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Ce fut ainsi que fut agrandie , comme nous l'avons vu , renceinle de Salone^ devenue insuffisante pour une capitale. A Humatz, près de Lyubuski, où M. Mommsen serait porté à voir l'ancienne Bigeste, que nous avons placée près de là , à Vitina , la première cohorte des Belges, sous la direction de FI. Victor, centurion de la première légion Adjutrice pie, refait un temple a Liberi patris et Liber» » tombant en ruine, en y ajoutant des portiques * (173); un centurion de la 11® légion y avait déjà, au siècle précédent , conduit des travaux analogues ^.
Le nom de Marc-Aurèle se retrouve encore dans deux inscriptions qui malheureusement ne comblent pas plus que celles de Salone le vide considérable qui existe sur la liste des gouverneurs de la province. Albona ' et Arbe * voulurent-elles remercier l'empereur de quelques bienfaits particuliers obtenus de lui ou du service qu'il leur rendit, ainsi qu'à toute l'IUyrie, par ses succès sur les barbares ? Le danger grossissait en efifet de jour en jour sur les bords du Danube ; l'IUyrie était constamment menacée , et ce n'était pas inutilement que Marc-Aurèle prenait toutes les précautions nécessaires pour sa sûreté et celle de l'Italie *. La nouvelle enceinte de Salone pouvait bien être une protection en même temps qu'un embellissement. La Dalmatie fut appelée par lui à fournir de nouveaux
^ C. /. L., III, l, 1790; m, 2, 6362.
2 /6td.,2. 6368.
^ Ihid., 1, 3048.
* Md.. 3118.
5 Capitol.; i»f. Aur., U.
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contingents, sans doute une de ces troupes irrégulières \ comme on en voit encore en Orient , aussi redoutables pour le pays qui les emploie que pour les ennemis qu'elles combattent, et fiiisant revivre de nos jours le souvenir de ces grandes compagnies, de ces c gens de guerre » dont les brigandages excitaient encore un tel efiFroi dans nos campagnes au temps de la guerre de Trente ans et de la Fronde. Ces troupes étaient néanmoins précieuses, surtout pour la résistance, comme le montrent encore aujourd'hui les descendants de ces brigands qu'enrégimenta Marc-Aurèle, les héroïques mais sauvages soldats du Monténégro.
CasauboQ, dans ses Soies sur V Histoire Auguste^ voudrait que cette qualification de alatroneâi» s'appliqu&t ici à tous les soldats levés en Dalmatie*. Hais n'avons-nous pas vu les Dalmates servir en grand nombre sous les aigles romaines? Pourquoi alors Gapitolin mentionnerait*il d'une façon spéciale cette levée faite en Dalmatie et dans la Dardanie, restée si barbare? Ne savons-nous pas que, de nos jours, certaines parties du pays soumis à TAutriche sont encore parvenues à se faire exempter du service militaire? Il s'agit ici évidemment de populations restées, comme aujourd'hui les Krivoschi, en dehors du recrutementdes légions, auxquelles on fit, dans un cas désespéré,
1 L^tro-^.es etiam Dalmati» atque Dardani» milites fecit. J. Capit.; M. i4ur.. 21.
^ NoQ eaim parti Dal mat arum, sed ia universum omaibus hoc convenisse ex historicis ootum ot geographis. (Cas.; Not. ad Hist, Aug» script. Paris, 1620.)
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un suprême appel, et, tout porte à le croire, de celles qui habitaient la plus inaccessible partie de ces montagnes, la Tsernagora et la région d'alentour. C'est qu'eu efiet, en présence de la vaste conspiration des barbares coalisés depuis la frontière d'Illyrie jusqu'à la Gaule \ aucune ressource n'était à négliger. Les nécessités de la guerre allaient même forcer à jeter le trouble dans l'administration en transformant des provinces consulaires en prétoriennes, ou inversement.
La présence de ces troupes, la misère qui résultait des invasions et des pillages, la facilité que ces guerres donnaient aux administrateurs romains pour exercer leur esprit traditionnel de concussion et de rapine, excitaient déjà sous Commode des troubles en Pannonie ^. La Dalmatie était encore à l'abri de ces malheurs. On réparait les anciennes routes ; mais, malgré l'immense intérêt qu'avait l'empire à l'entretien de ces grandes voies si utiles pour transporter hommes et vivres à la frontière, on laissait aux villes les plus intéressées le soin de pourvoir à ces travaux d'utilité générale. Ce fut sous le patronage du légat L. Junius Rufinus Proculianus' que fut réparé à frais communs, par les habitants de Novœ (Runovich), Delminium {GB.Td\in)el RiditdB (San Danillo) , ce pont deV Hippus {CettuiB,)j dont celui-ci fit la dédicace en 184.
La mention d'un légat en Dalmatie à cette époque est chose importante. Les écrivains qui nous ont laissé le
' J. Capit.; M. Àur., 22.
2 Limpride; Comm , 13.
3 C. I. L, III. 1, 3202; BulLdi corr. arch , 1851.
récit des événements de cette période sont, commd tous ceux des époques de décadence, vagues et trop peu soucieux de précision. Hérodien, nous parlant de Pertinax, dont Sévère s'annonce comme le vengeur, nous dit: que tous les soldats campés en Illyrie se souvenaient du commandement de Pertinax, qui, sous Harc-Aurèle, avait à leur tête conquis de nombreux trophées sur les Germains, alors qu'il était gouverneur et commandant en chef en Illyrie. Au début du même chapitre \ il avait déjà montré le bruit de la mort de cet empereur se répandant parmi les Pannoniens, les Illyriens et toute Tannée campée sur les bords du Danube, c A la tète de tous les Pannoniens, ajoute-t-il, ils étaient alors sous un seul commandement, se trouvait Sévère.» Que faut-il entendre ici par ces mots d'Illyrie et de Pannonie, qui, le premier surtout, reviennent sans cesse? Sans aucun doute, ils désignent de la manière la plus générale les pays riverains du Danube : les deux Pannonies, les deux Mésies et même laDacie; bref, la partie de l'ancien Illyricuml^ plus voisine des barbares. Plusieurs de ces provinces étaient souvent sans règle fixe, suivantles circonstances, réunies entre les mains d'un seul gouverneur militaire; mais, bien que toute l'armée soitdésignée sous le nom commun d'armée d'Illyrie, chaque province n'en conservait pas moins son autonomie administrative et son existence légale, même en cas de réunion provisoire de plusieurs d'entre elles sous un gouverneur unique. Hérodien
1 IIc'Todien, II, 9 (éd. Patavii, 1685).
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lui-même, qui affectionne celte expression vague d'Illyricwîi, parle des gouverneurs qui s'y trouvaient. J.Capitolin, dans sa biographie dePertinax, nous donnant Tétat ie ses services, nous le montre (je néglige celles de ses campagnes qui n'ont pas d'intérêt pour nous) commandant ime aile de cavalerie en Mésie, conduisant une flotte en Grermanie, passant de là en Dacie, rappelé par Marc- ^urèle et renvoyé plus tard par le même empereur en Elhétie etenNorique, enfin revenu de Syrie pour couvrir le Danube, gouverneur des deux Mésies et peu après de La Dacie \ La seule dos inscriptions de la Dalmatie qui porte son nom, trouvée à Arba^^ ne fait mention d'aucun Lien spécial l'unissant à la Dalmatie. Nous ne pouvons donc pas le compter au nombre des gouverneurs de la province, non plus que Sévère, dont Spartien nous dit seulement qu' «il gouverna les Pannoniens avec un pouvoir proconsulaire '».
Seul, des trois empereurs qui se succèdent avec une si triste rapidité, Didius Julianus lui appartient, a II reçut le gouvernement de la Dalmatie, dit Spartien, et la délivra des incursions des peuples voisins *. » D'après l'ensemble des détails que nous donne Spartien sur sa carrière, on peut placer la date de son gouvernement vers les dernières années du règne de Marc-Aurèle. L'incursion qu'il repoussa est sans doute celle des barbares établis en
* J. Capit.; Pertinax, 2.
3 Spart.; Sept, Sév., 4.
*/d., D,Juî., 1.
Mésie par cet empereur, incursion excitée par la nouvelle irruption des Marcomans, Bastames et Alains, qui en 178 attira de nouveau Marc-Aurèle sur les bords du Danube, où il mourut.
Bon général et bon administrateur, Didius Julianus puisa plus lard, lorsqu'il fut devenu empereur à son tour, dans la confiance que lui inspirait le souvenir qu'il avait laissé parmi les habitants et dans les légions, une sécurité trompeuse. L'audace et l'habileté de Septime Sévère entraînèrent les uns et les autres à la vengeance de Pertinax, sansmème peut-être qu'ils eussent été informés du choix des prétoriens.
Les inscriptions nous donnent le nom d'un autre légat qui vers ce moment gouverna la Dalmatîe, Scapula Tertulus. Sous lui, les habitants de 5i^rni^m (Suplyaya) et autres duconventus de Scardona, peut-être les Lacinienses, les Stlupini et les Olbonenses, comme le veut Borghesi, réparèrent le prétoire du chef-lieu*. S'agit-il ici du Scapula Tertulus mentionné dans le Digeste^ ^ ou de son fils, consul en 195? M. Moramsen inclinerait plutôt vers la seconde hypothèse. L'administration de Q. Flavius Scapula Tertulus pourrait alors se placer sous le règne de Sévère, sans qu'il soit possible de préciser davantage.
Nous savons par Dion Gassius ^ que son père Apronianus fut quelque temps gouverneur de Dalmatie, mais il est plus difficile d'en déterminer exactement l'époque.
< C. /. L., m, 1,2809. ^ Dig,,l, J8, 14.
^ D. Cas3., XLIX, 3G.
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Dans les Fastes consulaires et les inscriptions nous trouiTonsle nom d'Apronianus, consul en 1 68 * , puis en 19 1 ^. liais s'agit-il du môme personnage ? Rien ne le dit. Il lerait extraordinaire qu'un homme politique eût conservé dnsi sous Commode la haute situation qu'il aurait eue lous Marc-Aurèle et obtenu un deuxième consulat vingtrois ans après son premier. J'inclinerais donc à croire jue nous avons en face de nous deux personnages différents.
Toutes les biographies de Dion, s' appuyant au reste firesque exclusivement sur son propre témoignage, plaident le gouvernement d'Apronianus en Dalmatie en 180, L'année même où son fils, revenu avec lui de Gilicie, fut, Igé de 25 ans, introduit au Sénat.
Apronianus, et son fils l'historien, qu'Alexandre Sévère y envoya plus tard, en 226, laissèrent en Dalmatie un souvenir respecté .
L'armée avait quitté les bords du Danube pour aller en Asie combattre le compétiteur de Sep time Sévère. Celui-ci pouvait compter sur la fidélité des provinces, qui avaient salué avec enthousiasme le nouveau ccPertinax» , et des soldats, avec lesquels il fallait garder bien des ménagements sans doute, mais qui, fiers d'avoir désarmé les prétoriens', régné dans Rome et obtenu de lui, outre le produit du pillage auquel ils s'étaient livrés, des gratifications abondantes, avaient tout à redouter s'il succombait. Niger
2/Md.,l, 1172, 1945.
^Hérodiea. Il, 13.
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vaincu, les soldats de Tarmée dlllyrie allèrent combattre les partisans d^Albinus, qui ne leur cédaient en rien en courage et en ardeur pour le meurtre ' . Malgré leur absence, les frontières restèrent paisibles sous ce règne énergique.
Les inscriptions ne nous apprennent rien sur le sort de la Dalmatie durant cette période, et les historiens, tout entiers au récit des guerres de Sévère, puis des inimitiés, des crimes et des folies de ses indignes successeurs, nous disent à peine quelques mots du sort des provinces pendant ces premières années du m* siècle.
Hérodien nous montre Sévère veillant sur l'administration , tout en engageant ses fils à se servir des immenses richesses que les provinces apportaient au trésor pour faire des largesses aux soldats ^. Spartien nous indique en outre quelques-unes des règles suivies par lui dans le gouvernement : que l'administration d'une province ne fût donnée qu'à ceux qui y avaient siégé comme assesseurs et que l'on ne pût être assesseur dans la province où l'on était né'. «J'ai recula République troublée partout, dit-il en mourant; je la laisse en paix, même avec la Bretagne ^.»
Garacalla parut quelque temps dans ces contrées, détruisit un grand nombre de barbares aux environs de la Rhétie ^ et visita les bords du Danube, où même il
1 Hérod., III, 7, ^Ibid., 13.
3 Spart.; Niger, 7.
* Id., Sept. Sév,, 23.
^ Jd.y Carac, 7.