CONCLUSION
L'histoire de la Dalmatie dans Tantiquité présente donc deux périodes bien distinctes : celle de TlUyrie indépendante et barbare, et celle de la Dalmatie romaine. L'étude que nous avons faite de la géographie de cette contrée nous a préparé à en suivre les différentes phases. Nous avons recherché l'origine et la parenté des races les plus anciennement établies sur son sol. Nous avons vu les premières migrations étrangères n'affecter que d'une manière insensible leur constitution et leurs mœurs. L'action de la Grèce elle-même fut limitée à quelques points du littoral et des îles, et, malgré ses relations fréquentes avec la Macédoine, l'Illyrie méridionale ou grecque était encore barbare au moment de la conquête romaine. Ni les Enchèles, ni les Ardiéens, si redoutables sous Bardylis, ni les Taulanliens héritiers de sa puissance, n'avaient pu constituer d'État véritablement fort, et la défaite de Gentios ne fut qu'un jeu pour Rome. Nous avons assisté à l'élévation et à la chute de la puissance des Dalmates, et retracé les longues luttes qui amenèrent la soumission de toute l'Illyrie à la Ville éternelle.
L'administration romaine prit alors avec une telle vigueur possession du pays, qu'un siècle seulement après la campagne d'Octave, 60 ans après la répression du soulèvement de l'Illyrie, la Dalmatie, bien que restant province impériale, put être confiée à la seule garde des troupes auxiliaires. C'est à ce moment que nous avons
étudié la géographie politique de la Province, et essayé de fixer, en nous aidant des travaux les plus récents, l'emplacement des villes, des stations et des peuples dont les noms nous ont été transmis par les historiens, les géographes et les itinéraires.
Nous avons retracé ensuite, jusqu'à la mort de Théodose, la vie de cette province souvent inquiétée par les barbares. Nous avons montré la Dalmatie se couvrant de ces temples, de ces palais» de ces monuments et de ces routes qui ont perpétué jusqu'à nos jours le souvenir des bienfaits dont elle fut redevable à la domination romaine. Enfin, après avoir esquissé l'histoire du développement du christianisme dans cette contrée, nous avons abordé le tableau de sa vie administrative, économique, industrielle et commerciale, en nous aidant surtout des nombreuses inscriptions, la concernant, qui nous sont parvenues.
Nous nous sommes arrêté au moment des grandes invasions barbares. Beaucoup de farouc'hes Dalmates vont encore succomber en défendant contre les envahisseurs le sol de l'empire. Cependant, en dépit de toutes ces apparences, Rome n'avait pas triomphé des obstacles qu'opposaient à son action civilisatrice la configuration géographique du pays et le caractère de ses populations. L'extérieur seul était romain. En vain la présence d'un si grand nombre d'indigènes dans ses armées et sur ses flottes semblait témoigner de leur soumission complète. Hors des villes, la tradition de vie indépendante et libre s'était perpétuée et les mœurs primitives s'étaient conservées. Lorsque les barbares auront triom-