‹ La province romaine de DalmatieChapitre 26 sur 32 · G. L I..III · texte numérisé non relu

G. L I..III

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Vecohia), Salone\ Mquum^ (Tchilluk), lader^ (Zara) ; mais on en trouve aussi dans les municipes de Novx* (Runovitj), Riditœ^ (San Danillo), et Scardona^y kArupium' (Vital), Tarsatka^ (Tersate), Albona*, Apsoros*^ (Osero), Sansego* ' et Crepsa (Gherso)* *, dans les cités de droit latin et dans les villes stipendiaires, aussi bien que dans les municipes et les colonies. De plus, les inscriptions de iVarona, pourtant si nombreuses, ne nous donnent pas une seule mention de duumvirs, mais seulement des quatuorvirs*' etdes sévirs**. A5a/one**, à-^?i^i^m** (Tchitluk), à lader*'' (Zara), on trouve des qioaPuorvirs à côté des duumvirs j sans qu'il soit possible de tirer de Texamen de ces documents une conclusion bien précise. Une inscription de 5a/(me, rapportée, d'après Lanza, parOrelli**, parle aussi d'un triuânvir. A Salone encore et même dans les villes qui ne nous ont pas fourni des inscriptions très nombreuses, on voit la mention d^édile tantôt à côté de celle de Ilvirj. d'*., tantôt à côté de celle de //// vir j. d^^, La distinction des deux collèges de duumvirs et d'édiles est loin d'être nette, et dans les dernières villes

« 1978, 2072, 2081, etc.

2 2730 ; Bull, diarch. est. daim. y II, pag. 178.

* 1910. — »2774. —«2810. — ' 3009.— » 3028, 3029.— » 3047, 3054, 3055.— i» 3138 — «« 3147.— « 3148.— *' 1822.— «* 1770. etc. — <» 2075, 2079.— i« 2733.— *» 2914.

*• Q. Pœto Optino | Q. f. Serg. Valenlino D.G.G. | (decurioni coloni© GlaudisB SalonîtaaaB) | flamini divi | Trajani Aug | triumviro desiguato Galpurnia | marito pientis. Or., 3833.

1» (7. /. L., m, 1, 2730 {Mquum).

notamment, les quatuorvirs d'une époque répondent exactement aux duumvirs d'une autre. Il semble naturel d'admettre qu'à un moment donné le nombre des procès à juger, des intérêts à concilier, ayant augmenté avec l'importance de la ville, il devint nécessaire de porter de deux à quatre le nombre des administrateurs juges.

M. Mommsen émet, sous forme dubitative, il est vrai, un avis opposé. La mention certaine de duumvirs au temps de Trajan pourrait, dit-il, faire supposer qu'il réduisit à deux les magistrats municipaux, jusque-là au au nombre de quatre. Le seul fait qui viendrait à l'appui de cette opinion serait l'existence permanente de quatuorvirs à Narona, une des plus anciennes cités occupées par les Romains. Pourquoi alors la même réforme n'aurait-elle pas été appliquée dans cette ville ? Pourquoi ne supposerait-on pas, au contraire, que ce serait sur son modèle qu'aurait été réformée alors l'organisation municipale? L'inscription d'Orelli citée plus haut, se rapportant au même règne, se rattacherait, dans l'un et l'autre cas, à une période intermédiaire fort courte, puisque cette inscription est unique, sans pour cela présenter rien d'anormal ou d'extraordinaire, beaucoup d'autres villes, Ariminium^ et Tergeste entre autres, ayant eu des triumvirs à leur tête.

La multiplicité des dignitaires diminuait l'influence que pouvaient donner les fonctions. Les noms des duumvirs servaient comme ceux des consuls à Rome à désigner les

* Or., 3836.

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années. Souvent ils étaient inscrits sur les monuments dont ils avaient surveillé l'exécution. Il y avait là sans doute surtout une satisfaction d'amour-propre, mais on y trouvait un dédommagement aux charges souvent fort lourdes qu'impliquait l'exercice des fonctions municipales. Il fallait le plus souvent, pour les obtenir, lutter de générosité entre candidats, et c'était pour empêcher que ces générosités ne transformassent les villes en une sorte de fief à la discrétion d'une famille* , que ces dignités étaient exercées non par un seul personnage , mais par plusieurs.

Ija réunion, entre les mêmes mains, des fonctions administratives et des fonctions judiciaires n'était qu'un reflet de ce qui avait été à Torigine, à Rome, l'autorité consulaire. Le titre même que portait le légat propréteur indiquait assez que les fonctions judiciaires supérieures lui étaient réservées, et, de fait, il avait dans sa province jusqu'au droit de condamner à mort et d'envoyer aux mines*. Celles qui revenaient au magistrat municipal ne s'étendaient donc pas beaucoup au-delà des attributions d'un de nos juges de paix, pouvant affranchir', émanciper, prononcer l'adoption, nommer des tuteurs*, si ce n'est

* Vers la fin de Tempire, l'aristocratie des dédirions n'ayant plus à ménager le peuple, dont elle ne dépendait plus, et forcée peut-être aussi par la loi qui rendait les curiales responsables de l'impôt, devint si tyran nique que Ton créa dans la ville des patrons ou défenseurs. (C. Théod., XXIX. 3 et 8.)

2 Dig.. I, 18, 6, g 8.

3 C.JusL, VII, 1, 4.

* im«..I, 20, 4.

dans les colonies où ces droits étaient réservés au gouverneur' . Une exception à la règle qui fit instituer presque partout des duumvirs se remarque toutefois en Dalmatie pour quelques tribus et municipes de l'intérieur. Nous trouvons sur les monuments un Delmatapr inceps (C. /. i., III, 1321), principi Delmatarum^ 2776; principi municipii Riditarum , 2774 ; princeps adsignatus ex municipio Splono^ prxf{ectus) civitatis Maeze[iorum^ prxfectus) civitatis Daesit[iatum) (/. iV., 4987; Henzen, 5420). Pour les tribus, nous savons que Rome leur avait laissé leur ancienne organisation ; rien de surprenant donc à voir à leur tète un chef unique^ même avec T appellation romaine de prœfectus. Quant aux municipes, le princeps ne seraitil pas un (Lcurator^si ou <iidispunctorj> , exceptionnellemenl investi sous ce titre de leur administration et de leur tutelle ?

Le duumvir chargé, sous le contrôle du sénat, de la gestion des intérêts de la cité, en était responsable sur ses biens. Il administrait, affermait les propriétés communales, veillait à Tentretien et à la gestion des fondations faites par des particuliers en faveur de la ville et des monuments. Par là ses attributions touchaient à celles des édiles^ qui étaient chargés, non-seulement de prendre toutes les mesures relatives à la voirie, à l'entretien et à la conservation des monuments, mais de punir les contraventions. Chaque corps de métier ayant en outre son syndicat, les duumvirs se trouvaient réduits de la

1 Insi., I, 20, 4.

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sorte à une compétence purement civile. C'est ce qui ressort des différentes lois municipales qui nous sont parvenues, mais dont aucune ne concerne la Dalmatie. Ces fonctions étaient annuelles, mais on pouvait y être élevé plusieurs fois, après un certain intervalle ; la dignité même de duitmvir quinquennal pouvait être conférée de nouveau au même personnage.

G^ était la plus haute et la plus enviée de toutes les fonctions municipales, les duumvirs ou quatuorvirs quinquennaux ayant comme fonction principale la tenue de Valbum, du livre d'or sur lequel étaient inscrits tous les cinq ans les décurions, dans Tordre déterminé par la loi municipale, qui était aussi celui que Ton devait suivre pour recueillir les suffrages*. Ils remplissaient ainsi, en dehors des autres attributions du duumvirat, les fonctions des censeurs à Rome. Comme ils établissaient en outre, d'après le cens, Timpôt personnel ou foncier que devaient payer tous les citoyens, leurs fonctions devinrent plus redoutables à mesure qu'augmentèrent les charges de rÉtat.

Les édiles étaient, eux aussi, gardiens d'une partie de la fortune publique, et rien ne s'explique mieux que la réunion, dans quelques villes, de deux collèges de magistrats dont les attributions avaient tant de points de contact. Outre la garde des temples et des monuments, la police municipale et tout le service de la voirie, non-seulement la défense contre les empiétements des riverains, les dégradations, l'interdiction des rixes, mais encore au

1 Dig., L, 3, 1 et 2.

besoin la construction de ponts dans la cité, rentraient dans leurs attributions, et ils pouvaient atteindre directement par des amendes toutes les infractions aux ordonnances. Il ne semble pas que la distinction ait existé entre les édiles plébéiens et les édiles curules ; de rares inscriptions portent ce dernier titre. L'édilité étant une magistrature de début, tout Tavenir politique pouvait dépendre de la façon dont elle avait été exercée. Le choix des édiles intéressait toutes les classes de citoyens : les grands, à cause de leurs droits de réglementation et de surveillance de la vente des esclaves et des bètes de somme ; les chevaliers et les publicains, par leur juridiction sur les usuriers et par Tadjudication des baux; les plébéiens, par la police des marchés, le contrôle des poids et mesures, la protection de Vage7* publictùs\ tous, par la protection qu'ils devaient aux dieux du pays, la surveillance du culte, des bains publics et des mœurs, Tintendance des jeux, leurs droits de voirie et la charge qui leur incombait de veiller à T approvisionnement de la ville. Toutefois Tusage qu'ils pouvaient faire du produit des amendes pour des dépenses relatives à leur service, comme celles de l'entretien des bâtiments de jeux, était réglé par les décurions et contrôlé par le gouverneur. Celui-ci pouvait, au besoin, ordonner directement la réparation de certains édifices * et autoriser les travaux à faire aux murs d'enceinte ^.

La ville avait différentes sources de revenus. Ses

1 Dig., l, 18, 7.

2 Ibid.. 8, 9, § 4.

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biens-fonds pouvaient être loués à perpétuité, moyennant une redevance fixe *, à des fermiers ou publicains ^, qui pouvaient les transmettre à leurs héritiers ou môme à des étrangers. C'est la coutume appelée Beklemming , encore en vigueur aujourd'hui dans la province hollandaise de Groningue'. Mais d'autres constituaient une propriété plus diflScile à gérer, soit que les biens fussent loués pour un temps limité, soit qu'ils restassent à la disposition de la ville pour être annuellement affermés ou concédés à des particuliers. Les premiers étaient dits agri vectigales, et le prix de leur fermage vectigal; les autres payaient une redevance, scriptura, pour le droit de pacage * ou d'exploitation des champs et des forêts. Elle tirait en outre un produit du droit de pèche dans les lacs et étangs qui se trouvaient sur son territoire ', du fermage des salines, des carrières et des mines, des bains, qui étaient quelquefois administrés directement pour son compte par des actuarii. L'enlèvement des boues, les concessions d'eau, les pompes funèbres ®, constituaient encore d'autres sources d'alimentation pour son budget '. Il s'y

4 Dig,,\l, 3, 1.

2 /d., XXXIX, 4, 1.

3 Cf. Henry Havard; La Hollande pittoresque , les frontières menacées^ pag, 149 et suiv.; El. Reclus j Nouv. Géogr univ., IV, pag. 525.

* Gic; De lege Manilia, 6, 15.

5 Dig., XLIII, 14, 7.

^ Queis facile est œdem conducere, ûumiaa, portus, Siccandam eluviem, portandum ad bus la cadaver.

Juv.: Sr'., 3, V. 31-32.

»Z)i^., XXXIX, 4, 13, g l.

ajoutait quelquefois des redevances en nature, du blé par exemple * . Enfin la commune avait la jouissance de toutes les propriétés mobilières ou immobilières qu'elle avait acquises par dons et héritages, et le fruit du travail des esclaves qu'elle pouvait posséder.

Avant même que, dans les derniers temps de Tempire, après la réorganisation par Dioclétien, les libertés municipales eussent disparu, le gouverneur avait sur les finances municipales un droit de contrôle naturel. La fortune publique était trop intéressée à la bonne gestion des deniers des villes pour que le pouvoir central pût être exposé à la perte qui serait résultée pour lui de la ruine d'une d'entre elles. Les abus constatés dans nombre de cités auraient au surplus justifié surabondamment cette surveillance de rÉtat. Bien que le gouverneur fût responsable devant l'empereur, il ne parvenait pas à les empêcher tous, et plus d'u né fois il fallut donner des curateurs aux villes obérées*.

La limite est assez difiBcile à tracer sur certains points entre les droits de l'État et des villes en matière d'impôts. Quelques-uns étaient perçus à la fois au nom du Trésor public et de la Caisse municipale, de VMrarium et de VArca municipalis^ et revenaient pour les deux tiers à l'État, pour le tiers à la commune'. Ainsi, les mines, les carrières, les salines étaient en grande partie

»%., L, 4, 18, g 25; VII, l. 27, g 3.

2 Guratori reip(ublicse) Fla(Qati)um. G. L L., V, 1, 60; Curatori reipupublicœ Splonistarum, id., III, 1, 2026; Dispunctorem municipii, id. '^C. Just., IV, 61, 13.

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la propriété de TÉtat, et Toa peut même dire que leur possession par des villes ne constituait qu'une très rare exception. Les droits de douane et de péage étaient naturellement payés pour le compte de TÉtat, mais certaines villes avaient établi chez elles des redevances analogues. Si le produit des bains, des eaux, les sommes perçues pour les frais de nettoyage et de réparation des égouts', appartenaient à la ville, la ferme des latrines publiques* rentrait dans le fisc. Le duumvir avait dans les municipes le droit d'affranchir, mais Vœrarium percevait sur le prix payé pour Taffranchissement un droit du vingtième qui était, lui aussi, affermé à des publicains*.

De tous les impôts, celui qui pesait le plus directement sur les provinces était le tribut, tributum , que chacun devait payer d'après le cens et l'estimation de ses biens. Cet impôt, perçu au nom du duumvir questeur par les scribes, aboli à Rome après la conquête de la Macédoine, dans toute Tltalie après la guerre sociale, mais rétabli par Auguste, comprenait, outre la capitation, un impôt sur les terres, exigible en argent ou en nature, et atteignant, à raison de tant par 1000 as du census, tous les articles relevés comme existant sur la propriété ; on y consignait, dit M. Naudet* (sur le census), le nom de la propriété, le lieu, la quantité d'arpents labourables,

i Dig. vil, 1, 27, g 3.

2 Dig, XXII, 1, 17, § 5 ; Cf. Juv.; Sat., 4, v. 38 ; Suét.; Vtsp., 23.

* Or., 3333 et suiv.

Cf. Dureau de la Malle, Écon. pol. des Romains. Levasseur; Depecuniis publicis.

* Naudet; Adm, emp. rom., I, pag. 182-, Dig., L, 15, 4.

u42 OALMATiE.

le nombre des arbres, des plans de vignes oa d'oliviers, rétendue des prairies qu'on y faisait valoir dans les dix années, les p&turages, les lacs* les étangs, les salines s'il y en avait dans la propriété, enfin le nombre d'esclaves employés à la culture. «Comme le remarque très bien M. Fustel de Coulanges*, quand Lactance se plaint de ce que les agents de l'administration financière comptaient les mottes de terre et les arbres*, il se plaint de ce qu'il y avait le plus à louer, Le plus grand mérite d'une administration financière et le plus grand bienfait que les peuples puissent attendre d'elle, c'est l'attention à maintenir l'égalité. Malbeureusement le propriétaire était forcé de faire lui-même la déclaration et l'estimation de ses biens ' en présence du fonctionnaire préposé au cens et de ses concitoyens assemblés à cet effet. Cette obligation renouvelait tous les dix ans la colère contre les percepteurs, et créait entre les habitants d'une même circonscription des haines que le pouvoir avait intérêt à entretenir. Eût-il hésité à supprimer ces enquêtes publiques s'il n'avait trouvé avantage à ces rivalités qui faisaient encore préférer sa domination, même tyrannique, à celle de telle ou telle faction locale ou de telle famille? De même, en confiant le soin de répartir les impôts aux curiales , on excitait contre eux les défiances et les

^ Ilist. des inst. poL de Vanc. France^ I, pag. 178.

2 Agri glebatim metiebanlur; vîtes et arbores numer&bantur; animalia omnis generis scribebantur; hominum capita numerabantur. (Lact.; De morlepcrs.^ 23).

^ Omniaipse, qui defert, aBSlimet. (Dig., L, 15, 4.)

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haines ; le pouvoir impérial apparaissait alors au peuple comme un protecteur contre les injustices et la rapacité des grands ; aux grands, comme le gardien de l'ordre et le défenseur de leur sécurité contre les convoitises et les appétits populaires. La taxe fixe était d\idixième\ mais elle pouvait encore être augmentée de levées extraordinaires. Des corvées pour les routes, auxquelles les artisans étaient astreints pour certains jours de travaux aussi bien que les propriétaires fonciers, le transport du matériel de guerre, venaient encore ajouter à ces charges. L'impôt atteignant les biens et non les personnes, les héritiers, après avoir acquitté le droit du vingtième sur les héritages^, réorganisé par Marc- Aurèle', pouvaient encore être poursuivis en paiement d'une dette. Quant aux non-propriétaires, ils payaient, à défaut de cette imposition foncière, la capitatio plebeia^ ou capitation humaine.

Ajoutons que ce qui rentrait dans le trésor n'était, comme le prouvaient les fortunes immenses faites par les publicains, qu'une partie de ce que payaient les contribuables. Les provinces impériales n'étaient pas plus que les autres à l'abri des exactions, et le procuratovj bien que placé directement sous les ordres de Tempereur, n'était pas toujours irréprochable.

Quelque équitablement qu'aient pu être réparties ces

* Ager decumiaus: fruraeatum decumanum. (Gic; Verr., II, 3, 5 et 6.)

* VernaB Augusti, vilico et arcario vigesimae her (editatum). (C. I. L., m, 1, 1966.)

3 Gapit.; M, Aur., 11.

charges, elles n'en étaient pas moins lourdes. Le service de la guerre, qui semblait n'être qu'un accessoire, pesait durement sur la Dalmatie.

La Dalmatie était surtout, pour les Romains, un lieu do passage et de communications avec les rives de la Save et du Danube. Il fallait donc entretenir à grands frais les routes et en ouvrir chaque jour de nouvelles pour faciliter le mouvement des troupes. Si aucune légion ne résidait plus depuis longtemps dans la province, il fallait nourrir les corps auxiliaires, fournir des contingonts, approvisionner les corps de défense campés le long de la frontière ou, après Constantin, dans les villes, pourvoir aux besoins des troupes de passage en vivres, armes, vêlements, chevaux et fourrages, à ceux des généraux et des officiers se rendant aux armées, des empereurs enfin qui devaient souvent la traverser pour se rendre aux armées d'IUyrie ou en Orient, transporter les approvisionnements et les bagages et pourvoir au logement de ces soldats. Seuls les soldats et les professeurs d'arts libéraux étaient exempts de ces corvées de transport et de ces obligations de logement*. Les troupes éloignées, tout n'était pas fini. Les réquisitions commençaient. Quelquefois, il est vrai, on payait au prix courant les denrées et les objets requis, souvent aussi à un prix fixé d'avance et non rémunérateur^. 11 devait inévitablement se produire, pour la levée de ces

^ Dig, L, 5, 10, g 2 et 11.

2 Cod, Théod., XI, 15

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impôts en nature*, les difficultés et les résistances que soulevait dans Tancienne France la perception de la dlme. Il était une de ces fournitures pour les armées qui, indépendamment de celle du vin, intéressait particulièrement la Dalmatie : c'était celle des chevaux. Elle en élevait beaucoup, et d'excellents*, que quelquefois on payait à des prix énormes', mais souvent à bas prix. Aussi des édits impériaux fixèrent-ils celui que devaient donner les officiers de remonte *.

Le service militaire n'était pas personnellement exigé, mais il fallait, si l'on était propriétaire et suivant la fortune évaluée par le cens, contribuer au recrutement de l'armée, soit en fournissant, seul ou en commun avec les propriétaires voisins, un soldat, affranchi ou esclave, auquel par ce fait même on donnait la liberté, soit par une contribution en argent. Quelquefois même le choix n'était pas permis, et il fallait payer aux capitularii ou temonarii chargés du recouvrement de cet impôt Vaurum tironicum ou adœratio tironis^ dont le chiffre variait de 20 à 36 aurei * (de 300 à 540 fr .).

* Deux édits de 382 et de 390 qui, eu accordent Texemptioa à une certaine catégorie de persoanes, nous montrent ce qu'étaient ces sordida munera si onéreux et si vexatoires. (Cod. Th., XI, 15 (ann. 382); 16, 18.)

2 Illyricissudant equilatibusalae. (Glaud.; Laus Serenœ reginsB , v . 62.)

3 Ipso lempore levati equorum pretiis enormibus Dalmatas. (Mamertin, cité par Godefroy, Comm ad Cod. Th., XI, il, {)

* En 367, sous Valentinien et Valons, il est de 23 solidij en 401, de 20 seulement; de 18 une autre année. C'était en môme temps le prix auquel on pouvait les payer et celui auquel on pouvait se racheter de la fourniture.

5 SagUo; Dict., I, pag. 579.

Le portorium illyricum était l'un des principaux aliments du trésor de l'empire. Les droits de douane étaient perçus non-seulement à l'entrée de l'empire, mais à l'entrée de chaque province. Tous les pays qui composaient Tancienne Illyrie étaient réunis sous ce rapport en une seule ferme * . L'adjudicataire ou conductor avait sous ses ordres des telonarii ^, le plus souvent des affranchis, chargés de percevoir dans tous les ports ou bureaux frontières les redevances ou teloneœ. Plusieurs de ces bureaux frontières nous sont connus par les inscriptions : Atrans', sur les limites de l'Italie et du Norique, entre Celleia (Cilli) et JEmona (Laibach) ; Boiodurum* (Innstadt, près de Passau), sur le Danube, à la frontière de la Rhétie et du Norique ; Pœtovio *, sur les frontières du Norique et de la Pannonie ; Savaria * (Steinamenger); enfin le village actuel de Lejan ^, à sept milles allemands au sud de Nicopolis^. La ferme comprenait donc la Mésie, la Pannonie, la Dalmatie et le Norique, mais je ne vois pas qu'il faille y ajouter la Rhétie.

L'IUyrie était, nous l'avons vu, la voie que préféraient les empereurs pour se rendre en Orient. Le commerce, à leur exemple, avait adopté pour les marchandises, concurremment avec la route de mer, le chemin de l'Illyrie. La

1 Gonductor portoriorum vectigalium Illyrici. (C. I. L., V, l, 1864)

2 Portitores dicuatur teloaarii qui portum obsideates omnia scisciten- . tur et exea vectigal accipiant. (Nonius, pag. 268.)

8 Cf. Marquardt ; Rœmische Slaatsverwallung, II, pag 265.

ORGANISAT. ADMINISTR , MUNICIP. ET ÉGONOM. 347

navigation était très active sur le Danube et ses affluents ;

la Thrace et TlUyrie étaient constamment traversées par

les provenances de TOrient jusqu'au jour où la sécurité

disparut.

Les deux principales taxes étaient celles du 8* et du

40*. La première perçue, ce semble, exclusivement à la

frontière de l'empire, sur les objets de luxe importés de

l'étranger : épices , parfums , pierres précieuses , perles,

pelleteries, ivoire, soieries, étoffes rares, pourpre, bêtes

féroces * , etc. ; la seconde acquittée à leur entrée sur le

territoire romain par les objets de première nécessité ^ et

exigée en outre de toutes les marchandises romaines

circulant de province à province. Les ambassadeurs

étrangers étaient eux-mêmes soumis au payement des

droits de douane pour les produits qu'ils pouvaient

apporter du dehors , mais il leur était permis d'exporter

librement, à l'exception des articles prohibés, les objets

d'origine ou de fabrication romaine.

La sortie de certaines marchandises était en effet

expressément prohibée : fer brut ou travaillé , armes ,

sel, blé', vin et huile *; les autres étaient soumises à

des droits d'exportation.

Si le droit de visite , même exercé avec modération et

réserve au nom de l'État , est aujourd'hui encore si mal

accueilli par les voyageurs , à plus forte raison devait-il

« Dig», XXXIX. 4, 16, §7; 0. Jusf., IV, 61, 8.

2 Naudet , Op. cit.j l, pag. 191 .

3 Dig., XXXIX, 4, 11.

* (J.Just., IV, 21, Ij IV, 41, 2.

être une source de vexations intolérables lorsqu'il était remis à des fermiers personnellement et directemeDt intéressés à lui faire produire le plus possible. A l'exception de ce qui était nécessaire à la route , tout était soumis à Timpôt. Dans les ports , les navires avaient à payer le droit d'ancrage et le droit de stationnement, les marchandises une taxe d'entrepôt. Si la circulation sur la route était libre, il n'en était pas de môme du passage des ponts. Il est probable toutefois que la taxe n'était pas partout perçue au nom des fermiers du portorium^ mais au compte des villes quand celles-ci avaient construit le pont à leurs frais.

L'État ne demandait à ces divers impôts, en principe, que les sommes nécessaires à la bonne administration et à la défense de Tempire. Malheureusement, dans le fait, une grande partie de ces ressources était dépensée en prodigalités de toutes sortes, et, plus le désordre augmentait au dedans, plus le danger grandissait sur les frontières, plus il fallait accroître les charges; et comme le commerce, pour les mêmes causes, voyait chaque jour diminuer son activité, le poids de toutes ces contributions devenait de plus en plus lourd. De nouvelles charges vinrent encore ajouter aux souffrances des contribuables. Alexandre Sévère * avait établi le chrysargyre ou impôt des patentes, dû par toute personne qui exerçait un métier ou une profession. Variant du 15' au 50**, il était exigé tous les cinq ans pour une période de môme durée,

' Lampr.; AL Sév., 23.

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ce qui, en forçant à verser d'un seul coup au fisc une somme assez forte , rendait cet impôt plus impopulaire encore. Les propriétaires et les agriculteurs y étaient soumis comme les marchands ; les animaux , chevaux , bœufs , mulets, chiens et ânes *, devaient une taxe comme les produits naturels ou les objets fabriqués , et la vente en était encore grevée de l'impôt du 100*.

Constantin aggrava encore le poids de cet impôt *. La révolution que Dioclétien avait opérée dans la constitution de l'empjre , en multipliant les fonctionnaires, grands et petits, nécessita la création de ressources nouvelles. Il n'est pas jusqu'au changement qui s'accomplit dans le domaine religieux qui n'ait été, lui aussi, onéreux pour les sujets de Rome ; jusqu'au jour où le christianisme devint la religion officielle , il fallut subvenir aux frais de l'ancien culte. On cessait de croire, il est vrai, à la puissance des dieux anciens ou nouveaux. En vain les métropoles du culte des Césars s'efi'orçaient d'attirer chez elles tous les quatre ans, aux fêtes du néocorat, les fidèles de Claude ou d'Auguste. Ces cérémonies, si lucratives pour elles , puisqu'elles étaient célébrées à frais communs par toutes les villes associées, tombèrent en désuétude. A partir de Gallien, les dieux s'en allèrent. Tous les collèges de prêtres , même celui des Augustales , un instant si honoré , perdirent de leur prestige. Mais ils conservèrent leurs privilèges; l'obligation d'entretenir leurs temples et leurs

1 Boulanger î Devect, pop. rom., ap« Grwv. thés., l, pag. 729.

2 Aurumnegotiatorium. Cf. Zosime, II, 38.

350 dal3lATIe.

autels subsista toujours. A peine reconnu, le christianisme devint à son tour lobjet de semblables faveurs.

Les ministres du nouveau culte eurent, comme les fonctionnaires, Texemption d'impôts. L'Église emprunta à la Dalmatie son ancien costume national, la ckilmatique. Généralement fait de laine grossière, ce costume à larges manches avait d'abord été décrié, et lorsque Commode osa se présenter en public, portant ime dalmatique, ce fut pourRome, habituée cependant aux surprises, un sujet de scandale. Il est vrai que la forme seule du vêtement était conservée. A la laine grossière avait été substituée la laine fine; des ornements d'or et d'argent, la pourpre, en rehaussaient l'éclat et la blancheur, de sorte que, dit Gasaubon, elle devint le vêtement des efféminés et des délicats, avant de devenir celui de graves et saints évoques. L'édit de Dioclétien, qui fixe le prix des marchandises, note un grand nombre de variétés de ce costume, que depuis longtemps on avait cessé de fabriquer dans son pays d'origine et que l'Asie avait adopté. Le cuculle des Liburnes eut la môme faveur. Porté par les soldats, en usage chez les pauvres, il fut emprunté par le clergé catholique, chez lequel il est encore en usage. Le nom de Bardocucullusy sous lequel on le désigne quelquefois, de Bardaïcus cucullus^ usité dans Gapitolin, indique que Ton en faisait aussi remonter l'invention aux Yardiéens, desquels on reçut aussi peut-être le Bardaïcus calceus, usité dans l'armée*.

* Cf. ap. Grœvii ihes., tom. VI, les différents mémoircé t De re vestiarm. Cas.; Nol. ad, Hisi. Aug. Script.

ORGANISAT. ADMINISTR., MUNICIP. ET ÉCONONf. 351

Des industries nouvelles, mais presque toutes au compte de FÉtat, s'étaient substituées à l'ancienne industrie nationale, bien primitive et bien pauvre. Rome avait réservé aux Dalmates les occupations pour lesquelles ils semblaient nés, la garde et l'élevage des animaux et le métier des armes, et s'était presque, en tout le reste, substituée à eux. Nous avons vu qu'elle tirait de la Dalmatie une quantité considérable de chevaux; les emprunts qu'elle lui faisait en hommes n'étaient pas moins importants. On trouve dans la Notitia des équités Dalmatx répandus par tout l'empire. Il semble même que cette expression soit devenue une appellation générique, et le cavalier dalmate le type de la cavalerie légère. En voyant, sous Trajan, des Pirustes établis dans la Pannonie pour travailler à l'exploitation des mines, on est en outre en droit de conclure qu'ils s'étaient faits rapidement à ce travail, auquel on les avait soumis après la conquête. Peut-être n'étaient-ils que les surveillants-des condamnés, auxquels était réservée la partie la plus pénible de l'exploitation.

A dater de Dioclétien, la Dalmatie, comprise dans la préfecture d'Illyrie, reçut tout un nouveau personnel d'administrateurs.

Dans la Notitia, le prœses de Dalmatie est un vir perfectissimus, parce que, dit Pancirol, «il était choisi, non parmi les sénateurs, mais parmi les chevaliers, au-dessus desquels venaient les perfectissimi » . Outre que la qualification de vir clarissimus se trouve sur quelques inscriptions, nous avons dit ce qu'il fallait penser delà préten-

due infériorité qui serait ressortie de ce titre du premier magistrat de la province.

Il a sous ses ordres un chef des secrétaires^ un corni" culaire ou chancelier, deux tabulaires ou secrétaires archivistes, un comment ariensis ou greffier, un adjutor ou substitut, un ab actis ou rédacteur, un subadjuva^ sousaide, second substitut; des exceptores (expéditionnaires) et d'autres serviteurs attachés à sa personne et ne pouvant passer à un autre service sans autorisation syr^viQWTaisineannotatione Clementiœprincipalis), Voilà toute notre organisation moderne : bureau du secrétariat, bureau des finances (tabularii), bureau des actes administratifs {cornicularius) y bureau judiciaire (commenta' riens is).

L'administration civile est dès lors, nous le savons, absolument séparée de l'administration militaire.

Mb\s 81 le prœses B,, comme nos préfets, certains droits en matière de finances, l'administration financière n'en existe pas moins à côté de lui, parfaitement indépendante, sous les ordres supérieurs du comte des largesses sacrées et ceux du comte des largesses pour VIllyrie.

Le contrôleur général {rationalis summamm) de la Dalmatie Tétait en même temps de laPannonie seconde et de la Savie. Ses attributions étaient la surveillance de tous les services financiers, le jugement au contentieux des réclamations en matières d'impôts et celui des procès relatifs aux mines. Il tenait, comme son nom l'indique, le compte de tous les revenus de sa province et poursuivait par tous les moyens la rentrée des créances du trésor, fai-

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sant vendre au besoin à l'encan, par les cohortales de son officium, le bien des débiteurs.

S'il voyageait à ses frais, il avait droit à certaines redevances en nature pour lui (le blé) et ses troupeaux. Son importance était, on le voit, presque égale à celle du prœses. Il résidait à Sirmium} (Mitrovitz). On en appelait de ses sentences au cornes sacrarum largitionum ou au cornes rei privatœ *.

A Salone était le prœpositus thesaurorum Salonitarum Dalmatiae. Un édit de 383 explique que le thésaurus était la caisse centrale de la province, où le prœpositus recevait, pour les transmettre au comte, les sommes et revenus que les tabularii et autres collecteurs lui avaient versés' .

Aucun atelier de monnaie n'existait en Dalmatie, ceux de Siscia (Sissek) et ^^Aquilée se trouvant à ses portes ; mais il y avait àçMxgynsecia^ ateliers de tissage et lissage, sous deux procurateurs^ : l'un transféré de Bassiana à iSaZone, l'autre àiSpaZa^o. Bassiana^ située dans la Pannonie seconde (auj. Dobrina, près de Posega, en Servie*), était trop exposée aux coups des barbares. Aussi me semblet-il, contrairement à l'avis de Pancirol et de Bœcking, que l'établissement a dû être transporté de Bassiana à Salone et

* Ou à Carnunte (Petronell). Cf. Bœcking ; Not, dign., II, pag. 335. 2 Cod. Th., XI, 30, 28.

^ Cité par Bœcking, II, pag. 346.

^Procurator gynœcii Bassianensis PannoniaB secundae Iranslati Salonis.

Procurator gynœcii Joviensis OaimatisB Aspalato.

* Mannert, III, pag. 675.

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non de Salone à Bassiana^ que ce déplacement ait précédé ou suivi l'établissement d'un autre atelier à 5paZalo. Pour moi, ce serait au milieu du m* siècle, sous Gallien, alors que riUyrie tout entière subit de si grands ravages, que Salone se serait enrichie des dépouilles de Bassiana^ ruinée sans doute par Tinvasion. Il est peu probable que Ton eûl songé à fonder un atelier à Spalato si Ton avait dû abandonner celui de Salone^ et il est au contraire admissible que, rétablissement de Salone ayant réussi, on ait pensé à en créer un autre dans le voisinage.

Le nom même qu'il porte indique assez qu'il a été fondé par Dioclétien. L'existence à Salone d'une teinturerie impériale* était en outre un motif de choisir cette ville pour la nouvelle manufacture. De plus, la Dalmatie pouvait fournir en grande quantité, grâce aux nombreux troupeaux qu'elle élevait, la laine nécessaire à la fabrication des étoffes ou des tapis ; la situation de Salone et de Spalato, sur les bords de la mer, leur permettait de recevoir facilement tous les autres produits nécessaires, en même temps que les objets fabriqués s'y trouvaient également mieux que partout ailleurs à la portée des bastagarii chargés de les transporter.

M. Bœcking examine, sans toutefois l'admettre, l'hypothèse qui placerait dans l'île de Cissa, auj. Uglian?, le baphium cissense Venetiae et Histriœ mentionné dans la Notice. Il se trouvait, comme nous l'avons dit, dans l'île aujourd'hui disparue de Gissa, sur la côte de l'Istrie, en

1 Procurator bafli SaloniUni Dalniatiae. (Not. dign.)

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face de l'endroit appelé sur le continent Punta Gissana, où a été trouvée une inscription décisive * . Nous apprenons par elle en même temps que les ouvriers de cette manufacture formaient un collège.

L'existence de ces corporations est fort ancienne, et nous trouvons à SaUme mention fréquente sur les monuments du collegium fabrum ou fabrorum *. Les ouvriers d'État se trouvaient tout d'abord groupés sous un prœfecPus ou préfet, sous les ordres directs du légat ou proconsul, comme l'indique l'inscription d'Orelli (3434) , qui parle de Bassus, prœfectus fabrum de Silanus, dans la sixième année du proconsulat de ce dernier. Tous les corps de métiers s'organisèrent sur le môme modèle, tous ayant leur arca ou trésor, leurs fêtes, leurs bannières, leurs préfets, leurs patrons. Celui-ci était souvent un personnage élevé; et, comme rien n'était moins honoraire qu'un titre honorifique, il remerciait par des dons du titre qui lui avait été conféré. La corporation, à son tour, savait reconnaître ses bienfaits et les graver sur la pierre ' . Que de généreux sacrifices, que d'ofifrandes magnifiques, soit à ces corporations, soit à la ville: thermes, bains, portiques, temples, marchés et jeux, cette satisfaction de la vanité, cette perspective de transmettre son nom à la

* D.M. I Q.C. Petronio M.G. Petronii f. VI viro Aug. | Froc. Baphi GisssB HistrisB et coUeg | purpur. Gissens. HistrisB patrono | T. Gor. Chrysomalus Purpurarius Aug. Lib. (Or., 4272.)

^C. l.L., m, 1. 2018, 2026, 2075, etc.

3 I. Vettio Augustali decurioni colon. Salon. quaBstori œdili, II vir. jure die. prœf. et patrono coll. fabr. ob mérita ejus coll. fabr. {C. I, L. , * III, l, 2087.)

336 DALMATIB.

postérité, fit &ire à toutes les époques : les inscriptions de la Dalmatie suflKraieat à le prouver. A Cissa^ nous trouvons dans le baphium le collège des pwrpurarii. U semblerait qu'un autre collège ait existé à côté de celui-ci. dans ces manufactures. Nous trouvons à SaUme un magisierconquilarius \ chargé sans doute, sous les ordres du procurator, de la réception des coquilles d'où Ton extrayait la pourpre, et qui devait avoir un certain nombre d'ouvriers sous sa direction. En était-il de même dans les ateliers de tissage ? Ceux qui fabriquaient les vêtements de l'empereur appartenaient-ils au même collège que ceux qui tissaient les voiles des navires ? Rien de plus varié, en effet, que le travail auquel on se livrait dans ces ateliers, où se confectionnait tout ce qui était nécessaire à l'armée et à la marine en fait d'objets tissés. Il n'était pas de l'intérêt de l'Etat de multiplier à l'excès ces corporations ; elles-mêmes ne pouvaient que perdre à ce fractionnement, et- il est plus naturel d'admettre que tous les ouvriers d'un même établissement étaient groupés en un seul collège *.

Salone avait en outre une manufacture d'armes où ron fabriquait surtout les casques, les gantelets et les cuirasses. Elle était sous la surveillance du maître des offices.

Ces manufactures avaient rendu im peu d'activité industrielle à la Dalmatie. Aussi était-ce en Illyrie que Ton trouvait le seul œmes commerciorv/m de l'Occident,

2 lis collegiis vel corporibus, ia quibus artificii sui causa unusquisque assumitur, ut fabrorum corpus est (Dig., L, 6, 5, g 12.)

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quand rOrient en avait trois. Les attributions de ces fonctionnaires étaient-elles simplement, comme le veut Pancirol \ d'acheter tout ce qui était nécessaire pour préparer les vêtements de l'empereur : soie, laine, lin, pourpre, peaux, etc., etc.?Bœcking^, avec raison, les étend à la surveillance du commerce des matières rares et précieuses en général : vêtements de luxe, argent, pierres précieuses, sel même. Le monopole du sel était une assez riche source de profit pour le Trésor pour que la surveillance des salins, dans un pays qui en avait un aussi grand nombre que la Dalmatie, fût attribuée à un magistrat particulier ou distraite tout au moins du service général des contributions. L'existence de ce comte du commerce atteste en outre que le commerce n'avait pas, malgré les guerres et les invasions, perdu toute son activité. Du moins se maintenait- elle sur quelques points de la province, à Salone notamment, où nous trouvons sur les inscriptions des marchands *, négociants en vins et en huiles principalement, et peut-être, comme une inscription récemment découverte* le ferait supposer, un collège de mercuriales analogue à celui que nous rencontrons si fréquemment à Narona *, et qui avait probablement une sorte de juridiction en matière commerciale, ou tout au moins, comme nos Chambres de Commerce, le soin de

* Grœvii thés», lom. VII; Not, dign , pag. 1529. 2 Bœcking; Not, dign., I, pag. 252.

^ C. LL., III, 1. 2125, 2131, etc.

* Bull, di arch, e st, daim., II, pag. 18.

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veiller sur les intérêts commerciaux de la cité. Le culle de Mercure * et de Neptune ', si répandu dans cette ville et dans les autres ports, à Issa* notamment et à Corcyre Noire *j où nous lisons une dédicace à Vénus maritime, sont des témoins aussi probants de l'intensité de cette vie commerciale, du moins pendant la période prospère de l'empire.

Quant aux bastagarii^, chargés des transports pour le service de l'empereur et des armées, leur rôle était considérable dans les temps de crise que traversait l'empire.

Le comte des largesses sacrées avait encore sous ses ordres le œmte des métaux en Illyrie^. La Dalmatie ren* fermait, nous l'avons vu, d'importantes mines d'or. D'autres mines existant en outre sur le territoire de Vlllyricyum^ l'exploitation en était surveillée avec soin par l'État et les villes. Celles qui se trouvaient dans le voisinage choisissaient parmi les décurions des proeuror leurs des métaux^ chargés surtout d'empêcher les condamnés aux mines ou chercheurs d'or de ne rien détourner à leur profit, afin que tout le produit des mines revînt au trésor, sauf la redevance à laquelle ils avaient droit. Dans les mêmes villes, dans chaque ville, selon Pancirol, un ma-

1 C. 1, L., m, 1, 1791, 1792, 2/èid., 1794.

3 ïbid., 3076.

* Jbid., 3066.

* PraBpositus bastagarum.

^ Gomes raetallorum per Illyricum.

ORGANISAT. ADMIXISTR., MUNICIP. ET ÉCONOM. 359

gistrat spécial appelé libripens ou zygostate, était chargé déjuger les difficultés survenues à propos des monnaies. Il y avait déjà longtemps, comme en témoignent la loi Oppia (215 av. J.-G.) et les troubles qui en amenèrent vingt ans après l'abrogation, que l'or était employé pour la parure des femmes. Dès les premiers temps de l'empire, on le vit, avec le progrès du luxe, usité dans les ameublements, servir à la décoration intérieure et extérieure des maisons, figurer même comme vaisselle d'or sur les tables des particuliers, d'où il fut banni sous Tibère* . Les lois somptuaires qui se succédèrent n'empêchèrent pas les abus de se reproduire; Néron défendit aux particuliers de porter la pourpre; il fallut cependant que la même défense fût répétée par Gratien, et cette fois, sous peine de mort. Les mines de Dalmatie avaient-elles tenu tout ce qu'elles avaient promis lors de leur découverte au temps de Néron ? Nous n'avons aucun renseignement à cet égard, et nous ne pouvons donner d'autre preuve à l'appui de l'affirmative que les débris qui subsistent encore, notamment près de Srebnitza {Argentaria) et de Skoplye (mines de Krupa), de leur exploitation par les Romains, et la présence jusqu'à la fin de Tempire, enillyricum, de ce comte des métaux.

La distinction subsistait toujours officiellement entre le Trésor public et celui du prince. Dans les premiers temps de l'empire, un procurateur résidait à côté du gouverneur, presque son égal en dignité, chargé spécialement

* Tac.; Ann., II, 33.

360 DALUATIE.

de radministration des domaines. Nous trouvons encore dans la Notitia un procurator rei privatas per Dalmatiam- C'est à lui que j'attribuerais T administration d'une partie fort importante du domaine public en Dalmalie, celle des forêts. Bien que Tannée de terre attir&t surtout Tatteation des empereurs, que lesLiburnes eux-mêmes eussent été détournés de leur élément pour être incorporés dans les légions, des flottes parcouraient toujours la Méditerranée, le conmierce maritime était toujours actif, et le Danube lui-même était sillonné par de nombrenx navires. Les vaisseaux liburniens n'avaient rien perdu de leur renommée déjà ancienne; on les trouvait partout, comme sur terre les fantassins et les cavaliers dalmates, et les forêts de la Dahnatie étaient d'une utilité bien précieuse pour les constructions navales.

Telle était l'organisation savante et compliquée qui avait remplacé, du moins à la surface, l'organisation primitive des tribus illyriennes.

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