CHAPITRE PREMIER
AApeet général du pays. «> Géeflri*iiphia physique.
La province romaine de Dalmatie, bien que beaucoup plus étendue que la Dalmatie actuelle, n'était cependant qu'une partie de la vaste contrée que les Anciens désignaient sous le nom général à^Illyricum. Mais les pays auxquels se sont appliquées ces deux appellations ont eu , suivant les époques, une extension bien différente * . Pour les Grecs, riUyrie était tout ce territoire mal connu, peuplé de barbares adonnés à la piraterie et au brigandage, qui, au-delà de la Thrace, de la Macédoine et deTÉpire, s'avançait vers le nord et vers l'ouest de l'Adriatique à la Save et au Danube. Ce fut le premier nom que trouvèrent les Romains quand ils se présentèrent sur ces côtes, et, en dépit des dénominations particulières données à
' Cf. Poinsignon ; Quid prwcipue apud Romanos usque ad Diocle^ iiani tempora fuerit lllyricum-j thôse, 1846. — Mommsen, C. 1. L., III, 1, pag. 279.— Marquardt; Die rœmische Staatsverwaîlung, I, pag. 141.
certains cantons, il resta toujours pour eux celui de la région prise dans son ensemble.
« Les Romains, comme les Grecs, dit Appien * , séparent des Grecs ces peuples (les Scordisques, les Maedes et les Dardanes ) , et avec eux les Pannoniens, les Rhétiens, les Noriques, les Mysiens d'Europe et tous les peuples voisins fixés sur la droite du fleuve, en descendant son cours; ils les désignent tous par leurs noms particuliers, mais les comprennent en masse sous celui de peuples illyriens. Quelle est l'origine de cette opinion ? Je n'ai pas pu le découvrir. Elle est encore en honneur, puisque le tribut payé par les peuples qui habitent depuis les sources de Tlster jusqu'à l'Euxin est confondu en un seul que l'on appelle tribut illy rien, d Aussi l'essai d'attribution du mot d'IUyricum à une seule de ces provinces, la Dalmatie, échoua-t-il, 5ans doute contre la force de la tradition, tandis que nous le retrouverons avec son acception plus générale dans l'organisation militaire et douanière de T empire.
Par contre, celui de Dalmatie, d'abord spécial à une circonscription restreinte, fut attribué par la suite à toute une Province qui, sous les Antonins, à l'époque la plus brillante de l'empire, s'étendait de VArsia (Arsa) au Drilo ( Drin) et à la Drina (Drinus), et de l'Adriatique à la plaine de la Save. La côte illyrienne devint alors la côte dalmate, et c'est à cette possession du littoral de l'Adriatique, sur lequel seul son nom s'est perpétué, que la
* A pp.; Illyr,, 6.
Dalmatie a dû dans Tantiquité, et doit encore, de nos jours, toute son importance.
Les Anciens appelaient golfe Adriatique ce long bassin de 835 kilomètres de longueur dans lequel les eaux de la Méditerranée pénètrent par le canal d'Otrante. Quelques-uns cependant lui donnèrent plus tard le titre de mer, qui a prévalu. Placée sur les confins du monde grec et du monde romain, l'Adriatique appartient au premier par l'inclinaison générale de ses côtes dans la direction de rOrient, mais au second par les montagnes qui l'entourent, la rattachent étroitement à l'Italie et font d'elle comme une dépendance de la péninsule. L'Italie, en projetant son extrémité vers la Grèce, semble, comme on Ta dit, s'avancer vers elle pour lui demander sa civilisation et sa culture; le courant qui, de la mer Ionienne, s'élève jusqu'à l'extrémité septentrionale de l'Adriatique, en longeant sa côte orientale, paraît vouloir apporter, lui aussi, à l'Europe occidentale les productions du Levant ; en revanche, par leurs ports tournés vers la pleine mer, les îles illyriennes ou dalmates, dont la face qui regarde le continent est rendue par le bora ' stérile et presque inhabitable, sont comme des bras tendus vers l'Italie.
La brise elle-même semble participer de ce rôle et de ce caractère de l'Adriatique : « Là, pendant chaque belle journée, la brise se lève au milieu du golfe et se dirige
^ Autrefois Borée. Ce vent, d'une extrême violence et des plus redoutables, soufiQe, suivant les parages, d'un point de Thorizon variant entre l'est et le nord-ouest.
4 oalmàtie.
à la fois en deux directions contraires : d'un côté vers les rivages deTItalie, de Tautre vers les îles et les montagnes de ristrie et de la Dalmatie. Pendant la nuit, Thémicycle des côtes qui entoure les eaux de TAdriatique renvoie vers la mer, comme vers un foyer commun, l'air frais qu'il a reçu : aux courants divergents de la journée succède un flot de brises convergentes * ! x
Les tempêtes qui aujourd'hui encore grondent si souvent sur les monts Acrocérauniens et ces escarpements du Monténégro au pied desquels, au large de Raguse, un goufifre s'abaisse jusqu'à plus de 1,200 mètres de profondeur, ont été des obstacles aussi redoutables que les pirates illyriens à Texpansion, sur la côte orientale, du génie hellénique. Elles ont établi comme une barrière entre l'archipel Adriatique et les îles Ioniennes, et celles-ci, rivées pour ainsi dire au monde grec et lui présentant tous leurs havres, sont, malgré les liens politiques et commerciaux qui les ont, à diverses reprises, unies à rOccident, restées, même contre leurs intérêts, profondément grecques. Seuls, autrefois, les marchands s'aventurèrent, et en petit nombre, vers les bouches de laNarenta. Aussi est-ce de l'Italie que l'influence hellénique revint vers ces îles d'/s^a (Lissa) et de P haros (Lésina), qui furent aussi les premières à subir l'ascendant de Rome. L'intérêt politique et commercial finit par triompher de la résistance des éléments ; les communications les plus actives s'établirent dans ces parages jadis si redoutés ;
' Elisée Reclus ; La Terre^ 3« éd. 1876, II, pag. 317.
et quand , après avoir assuré la sécurité des mers , Rome eut cessé d'être le pôle vers lequel tendaient toutes les richesses du monde, l'extrémité septentrionale de l'Italie vit s'élever au milieu des lagunes de ses côtes la puissance maritime de Venise . Par opposition à la cuve profonde de sa partie méridionale, l'Adriatique offre en effet, vers le nord, aux navires qu'elle semble y convier, une immense plaine marine autour de laquelle Aquilée, Pola, Venise, Trieste, et d'autres ports encore, les ont successivement reçus en foule. La sonde n'y descend nulle part à plus de 50 mètres ; à l'est, ristrie lui forme comme un rempart au milieu duquel s'ouvrent des baies bien abritées du bora, et à l'ouest le courant qui suit les côtes de l'Italie trace au commerce la route à suivre vers le sud pour de nouveaux voyages. L'opposition entre la nature si animée de l'Orient grec et la nature plus sévère de l'Occident latin est manifeste dans la configuration du littoral de cette mer. Quel contraste entre cette côte de l'Italie, si droite, si monotone, si triste, si dénuée déports, et ce rivage dalmate si découpé, si mouvementé, si charmant avec sa bordure d'îles! Sur la seule côte de la Dalmatie actuelle, on compte 51 îles, 218 ports, 187 baies, 4 rades et 403 écueils. Grâce à ces îles, fragments détachés du continent dont elles reproduisent les caractères, la navigation sur ce littoral se fait presque toujours dans des canaux qui ont au plus 50 mètres de profondeur. Les phénomènes naturels qui leur ont donné naissance se reproduisent encore de nos jours, avec moins de force sans doute, mais avec une remar-
6 DALMATIB.
quable continuité. Non-seulement les secousses souterraines y sont fréquentes, mais un tremblement de terre a détruit, il y a deux siècles, Raguse (1 667), comme autrefois Èpidaure. La côte s'abaisse par un mouvement lent : elle se serait affaissée de deux mètres depuis la fondation de Venise. A Zara, divers travaux de Thomme gisent audessous du niveau marin. « En Istrie, on voit encore, à quelques mètres en contre-bas de la surface marine, les restes des anciennes villes de Slpar et de Medelino ; près de Rovigno, l'île de Cissa, célèbre du temps des Romains par ses teintureries^ , s'affaissa lentement et disparut au viii« siècle; le Vrana, près de la Narenta, aurait cessé en 1630 d'être un lac d'eau douce pour devenir un lac d'eau salée , précisément à cause de l'affaissement
du terrain et de l'irruption des eaux marines qui en a été la conséquence*. » Dans les Bouches de Cattaro, des
débris de villes englouties sont encore visibles au fond de la mer.
Mais , pas plus sur la rive dalmate que sur la rive opposée, à l'exception de la riche plaine du Pô, il n'y a place pour un État. Les hasards de la fortune ont bien pu y faire éclore, végéter, vivre même j pendant quelque temps une de ces petites Républiques, comme en vit tant le moyen-âge, que la faiblesse de leurs ennemis défendait mieux encore que leur propre valeur et leurs médiocres ressources. Ainsi dura la petite République de
^ Procurator Bafii Gisseasis Veneti» et Histri» (Not, dign., éd. Ba3cking, II, pag. 49.
^ El, Beclus ; Nouvelle Géogr, univ., III, pag. 234,
Raguse : les Turcs, ennemis continuels des Vénitiens, furent les véritables sauveurs de son indépendance. Venise elle-même, séparée du bassin du Pô, dont elle devrait être le débouché naturel par ces mêmes lagunes qui faisaient sa force, empruntait à l'Orient bien plus qu'à l'Italie les éléments de sa richesse. Trieste, resserrée comme elle l'est entre la mer et des montagnes qui l'isolent du reste de l'Autriche sans l'abriter contre le bora, n'a autour d'elle qu'une ceinture de campagne insuflBsante pour la faire subsister, et ne peut être qu'un entrepôt . Bien plus mauvaise encore sous ce rapport est la situation de Fiume. Les côtes de la Croatie, où les montagnes finissent dans la mer même, ne peuvent abriter que des pirates, et servirent encore, il y a quelques siècles, de refuge aux redoutables Uscoques. Quant à celles de la Dalmatie, Zara et Spalato, les plus favorablement situées de toutes les villes qu'elles portent, n'ont pas en elles-mêmes et dans leurs dépendances les éléments nécessaires à la vie d'un État.
C'est qu'en effet les montagnes sont là, plus que partout ailleurs, des barrières insurmontables. Venise a longtemps dominé sur ces côtes , elles appartiennent aujourd'hui à un grand État européen depuis longtemps entré dans le mouvement de la civilisation occidentale; et cependant ces pays, malgré l'heureuse influence qu'exerça sur eux la domination française au commencement du XIX* siècle, se rattachent plus étroitement que jamais à rOrient, dont leur sol est une dépendance. Dans ces contrées, que tant de forces opposées sollicitent en sens
contraire, l'habileté administrative, la satisfaction des intérêts, s'imposent impérieusement au dominateur politique. L'Autriche les a trop longtemps plus qu'à demi oubliées * , et les aspirations de race qui les entraînaient vers rOrient ont fini par triompher des résistances religieuses, qui seules, depuis qu'elles lui étaient soumises, les unissaient encore à l'Occident. Rome, elle aussi, avait longtemps flotté indécise sur le parti qu'elle devait prendre • Dès le début, elle avait fondu dans la Macédoine la partie méridionale de l'IUyrie ; elle se décida ensuite, après de longues hésitations, à réunir le reste à l'Italie septentrionale. La Cisalpine et rillyrie furent placées sous l'autorité du même proconsul, comme plus tard Venise eut sous ses lois la Dalmatie maritime, et ce ne fut que sous Auguste que la Dalmatie forma une province indépendante. Les derniers temps de l'empire nous ofiFriront encore le même spectacle. Le nom d'Illyrie désignera à la fois une division de l'empire d'Occident et une division de l'empire d'Orient. Tandis que le nord deriUyricum et la plus grande partie de la Dalmatie resteront attachés à la portion du monde dont Rome demeurera la métropole, le sud sera uni à la fortune de Gonstantinople, séparation dont les groupements politiques et religieux perpétueront jusqu'à nos jours le vivant souvenir.
Rien de plus capricieux en apparence que la délimî-
^ Aus haîbvergessenem Landes CuUurhilder aus Dalmatien, von Theodor Schiff. Vienne, Klilch et Spitzer, 1875.
tation donnée à la Dalmatie par Auguste lorsqu'il porta du Formio à TArsa la frontière de l'Italie ; rien de pliis conforme en réalité^ aux faits géographiques. Loirsque s'ouvre sur le flanc oriental de Tlstrie et sur le grand golfe de Quamero cet estuaire par lequel les Argonautes étaient censés avoir débouché dans TAdriatique, la côte, jusque-là basse, comme sur presque tout le littoral de cette presqu'île, se relève tout à coup. Le montGoly commence une série de hauteurs qui, parle mont Sissol, vont rejoindre le géant de ce système, le mont Maggiore (1,394 "'), dont la masse imposante do« mine toute la péninsule. Le canal de TArsa forme luimême une profonde découpure où Ton trouve encore, à une certaine dislance de la mer, une hauteur d'eau de 40". Bien moins importants sont les deux petits golfes de Rabaz, port d'Albona, et de Fianona , que l'on rencontre ensuite. De l'autre côté du canal de Farasina , Cherso avec son chef-lieu du même nom caché au fond d'une rade dominée par des bois d'oliviers commence la rangée des lies. Sa pointe septentrionale regarde rextrémité du golfe de Fiume , un des plus beaux de l'Adriatique. Vu des hauteurs de Tersate, il présente avec son encadrement d'iles et de montagnes un aspect des plus pittoresques. A droite , le mont Maggiore abrite au pied de ses pentes abruptes et verdoyantes de riants villages célèbres par la beauté de leur site et l'agrément de leur climat : Moschenizza , Lovrana , Ika , Abbazzia, Volovska et Preluca, au fond de sa baie riche en pêcheries. Des hauteurs couvertes de bois et
de Tign(d»les se C9ntii3iiesitjas{fii''à Fiume. qui, ramassée
à droite de la Finmaïa. présente, esa même temps que les
lignes majestueuses de son oorso et de ses quais, ses trois ports : Tun sur le petit canal dériYe de la rivière, Tautre près du vieux môle; le troisième enfin, que de récents et importants travaux abritait contre les vents violents de ces parages, de chaque cdté du môle neuf, point de départ et d'arrivée des bateaux du Lioyd et des petits vapeurs qui font le service de la côte. En foce sont les ttes de Gherso et de Yeglia, toutes deux couvertes de montagnes peu élevées, séparées par un canal qui déboudie au centre du golfe, tandis qu'à TOrient, la passe de Zeng ou Segna, ouverte comme à pic entre Yeglia et Fun de ces écueils, si nombreux dans cette mer, se dessine sur la ligne blanchâtre des montagnes de la Croatie. Quant à la Fiumara, profondément encaissée, comme la plupart des cours d'eau de cette région, entre deux murailles droites, elle porte à la mer des eaux abondantes et chargées de limon longtemps encore reconnaissables au milieu de la rade qu'elles encombrent et dont elles obstruent rentrée* . Les rochers sont cultivés partout où ils peuvent supporter la culture; la mer, riche en poissons, est exploitée avec ardeur. Mais, trop souvent, des flancs dénudés des monts de Croatie, le bora souffle avec rage. Le golfe de Quarnoro a mérité par les tempêtes qui le rendent si dan-
^ c Ces limons siliceux sont évalués à 30.000 mètres cubes par an, tandis que la masse liqui<1e versée dans le même temps est de plus de 700 millions de mètres, soit de 22 mètres et demi par seconde.» (El. Reclus; Nouv, Qéogr. untv., III, pag. 228.)
gereux qu'on aille chercher à son nom une étymologie flétrissante : le golfe carnassier. Celle du canal de Maltempo n'est point douteuse et n'est que trop justifiée.
Sur les hauteurs qui ceignent le golfe, la localité la plus importante autrefois était Tarsatica. Située de l'autre côté de la rivière, Tersate n'est plus aujourd'hui, par suite des étranges divisions politiques du pays, dans la même circonscription administrative que Fiume, son ancienne station navale. Celle-ci, avec son terri toire» forme un district spécial, le aLittoral hongrois» . A l'ouest, jusqu'aux limites de ce a separatum sacrx regni coronx adnexum corpus », c'est «le Littoral» « il Littorale t> dépendant des «Provinces représentées au Reichsrath » ; à l'est, c'est la Croatie, relevant de la «Couronne de Hongrie» .
Quant aux trois grandes îles du golfe de Quamero, dans lesquelles Lussin Piccolo occupe le premier rang par la sûreté de son port et l'activité de ses chantiers de construction, elles ont une population laborieuse de 42,000 habitants, et relèvent deTrieste.
La côte de la Croatie , à laquelle appartient par conséquent Tersate, présente d'abord le beau golfe de Buccari *, une des plus remarquables « foibe ^ » du Carsoliburnien, au fond duquel la ville du même nom abrite une population d'intrépides pêcheurs ; mais audelà de Porto-Re, qui est à l'entrée de la baie, plus rien à
* Buccari j joie, bon cœur; 5MCwre5Ci,?Bucarest (?).
* Gouffres : foihe en italien, doline en slavej inglutidors en frioulan.
13 DALVATIB.
droite ni à gauche, vers les îles comme vers le continent, qu'une bordure de montagnes blanches et nues. Dans cet étroit canal gardé par des écueils, la mer présente à peu de distance du rivage des profondeurs relativement considérables ; le vent y fait fureur. C'est à Segna que le bora souffle avec le plus de violence.
Los bouches de Segna, au sud de Ttle de Veglia, sont, quoique dangereuses, la passe la plus sûre pour sortir du canal de ]a Morlacca ou de la Montagne. Plus au sud, le canal de Page mène des côtes de la Croatie à l'Ue et au port dWrbe. Tandis que, du côté de la terre ferme, le canal, do plus en plus étroit et resserré, passe devant le polit port do Carlopago, la baie de Page s'ouvre dans une do cOsS tlesoù s'est réfugiée toute l'activité de cette région. L'offondromenl des vallées et l'irruption des eaux marinos ont produit dans ces lies de remarquables découpures. Quand elles n'ont pas été, comme Cherso, coupées par un canaP, et séparées en deux terres distinctes*, elles sont profondément pénétrées par des baies et des golfes, tous parallèles à la direction générale des montagnes. Celles-ci, de même nature que celles du continent, vont en diminuant d'élévation moyenne à mesure q\î0 l'on s'avance vers la haute mer. Là où elles ont protégé les gouffres intérieurs contre l'invasion des eaux salées, des lacs d'eau douce témoignent, comme ce-
^ \Acavancîla ou canal d'Osero, large de 5 à 6 mètres, peut-être creusée domain d*hommo à l'époque romaine, pour éviter aux embarcations ordinaires le pourtour de Vile. (El. Reclus; iVowr. Géog. unîv.,111, pag. 240.)
2 Cherso et Lussin.
lui de Yrana, dans File deCherso, des relations étroites de ces terres avec le continent voisin* .
Au sud de Page, à la forme étrange, aux importantes salines, le continent est lui-même attaqué et envahi par les eaux. Au fond du canal de la Morlacca, celui de Mastiniza sert de débouché aux deux mers intérieures de Novigrad et de Garin, dans la première desquelles vient se jeter la Zermagna (anc. Tedaniv^)^ sur les limites de la Dalmatie contemporaine. Les baies d'Artan , de Gliubaz, de Nona, accidentent enfin la côte, jusque-là si monotone et si droite. Mais au sud du détroit impraticable de Brevilacqua, sur lequel se termine au nordouest l'ancienne presqu'île d'/^t/^^^ (auj. de Zara), une région basse et sablonneuse sépare la mer des montagnes, et, bien qu'une rangée de collines d'élévation modeste ne tarde pas à paraître^ les canaux qui mènent à Zara sont mieux encadrés du côté des îles. Dans Uglian, que dominent les ruines d'un château-fort, la végétation est maigre sans doute, faute d'eau douce, mais assez verte encore pour embellir le paysage et donner l'aspect le plus riant à ses rives. La plaine qui entoure Zara est réputée pour sa fertilité et remarquable par sa fraîcheur, mais de peu d'étendue; la ville elle-même, débarrassée des remparts au milieu desquels elle étouffait, séduit et attire par ses débris anciens, ses monuments, l'urbanité de ses habitants, le pittoresque de ses costumes ; son port toutefois, malgré la sûreté qu'il offre aux navires, se res-
* Él. Reclus ; Nouv. Géog. univ., III, pag. 229-230.
sent peu du grand mouvement commercial dont la route est séparée de la capitale de la Dalmatie par une triple rangée d'Iles.
Le spectacle varie peu jusqu'à l'entrée de Sebenico. La région de Zara Vecchia est une des plus tristes de ces contrées. Mais les défilés sauvages qui conduisent au port de Sebenico, le coup d'œil que présente sa rade, les étages pressés de ses maisons aux couleurs voyantes (lue domino une forteresse dressée sur un rocher nu, forment un des tableaux les plus curieux de la Dalmatie.
Avec ses poternes sombres et ses ruelles bizarres, Sebenico est un des points de ce pays qui ont le plus d'originalité. Deux routes mènent de cette ville jusqu'à l'ancienne capitale de la Liburnie, Scardona : Tune par la Korka (anc. Titius), qui après avoir franchi à 6 kil. do cotte ville, par une chute des plus remarquables, les rochers qui s'opposaient à sa marche, vient paresseusemont môler dans la rade de Sebenico ses eaux à celles df la mer; l'autre par le plateau qui s'étend derrière là ville, nu, sec, sans végétation, sans habitants. Un bouquet do bois de chênes à l'angle des routes de Scardona et do Demis rompt seul la monotonie de ce désert pierreux. C'est par cette route cependant que Sebenico reçoit los produits dos seules mines exploitées dans la Dalmatie, celles de charbon du mont Promina.
A peu de distance de Sebenico commence, vers Trau, la région fameuse des Sept-Châteaux aSette Castelli », le crparadis dalmatej) . Située partie sur le continent, partie dans une île artificielle, partie enfin dans celle de Bua,
Trau ne conserve d'autres restes de la domination romaine que les portes de son magnifique dôme, apportées de Salone. Éloignée de la route des paquebots, qui ne peuvent franchir son canal, et profondément triste, elle est riche pourtant, grâce aux abondantes récoltes qu'elle tire de ses oliviers, de ses figuiers et de ses vignes.
C'est au fond du canal de Trau que vient déboucher riadro, la rivière de Salone. A droite s'étagent, sur les derniers gradins de la pente douce par laquelle le mont Kapraja s'abaisse vers la mer, les intéressantes ruines de l'ancienne métropole de la Dalmatie, en amont desquelles un modeste assemblage de rustiques demeures a conservé ce nom fameux, ce Salone, dit M. Noé, a complètement l'aspect d'un de ces villages allemands au pied des Mpès, où les étrangers viennent de loin, pendant l'été, chercher la fraîcheur. De hautes montagnes chargées de nuages s'élèvent au-dessus des peupliers de sa rivière, qui coule des eaux aussi fraîches que si cent milles la séparaient de la mer, qui l'attend au contraire à l'extrémité de la prairie voisine*. » Le massif à travers lequel ces eaux si fraîches sont amenées de la Cettina par des infiltrations souterraines, c'est le montMossor (1,297™), dont une extrémité porte la fameuse forteresse de Glissa, au pied de laquelle passe dans un étroit défilé la route de l'intérieur, et dont l'autre vient expirer aux bouches de la Cettina. Le grand port de cet hémicycle est aujour-
* Heinrich Noé ; Dalmatien und seine Inselwelt. Vienne, Hartleben, 1870, pag. 264
iG DALMATIE.
d'hui Spalato, la ville la plus considérable de la Dalmatie, qui s'est peu à peu développée autour du palais de Dioclétien après s'être primitivement renfermée dans son enceinte.
La richesse des lies qui ferment son vaste bassin maritime et semblent continuer au-delà du canal sa fertile campagne, compense en partie les inconvénients qui résultent pour elle de son éloignement de la pleine mer. Entre Solta et Brazza, la plus importante, s'ouvre le passage vers la plus célèbre d'entre toutes ces îles dalmates. Lissa, la Malte de T Adriatique.
La couleur sombre et verdâtre des eaux au pied du Mossor et l'aspect marécageux de la petite langue de terre plantée de peupliers qui s'allonge en avant d'Almissa, indiquent seuls l'embouchure de la Cettina. Les montagnes sont si rapprochées que l'étranglement par lequel les eaux du fleuve arrivent à la mer est à peine perceptible de la distance à laquelle s'arrêtent les bateaux du Lloyd. Au-delà, le caractère dominant de la côte est la désolation. Quelques cultures jusqu'à mi-côte, quelques chapelles isolées, quelques maigres villages: partout ce morne aspect que rend si bien la a Vue des côtes de la Dalmatie » du grand ouvrage de GassasS quoiqu'elle représente une autre partie du littoral.
Macarsca, sur une petite baie, au pied du mont Biekovo, bien que plusieurs fois ravagée par la peste, est la
1 Voyage pittoresque et historique de l'Istrie et de la Dalmatie^ par Cassas et Lavallée. Paris, anX, 1802.
ville la plus active de cette côte. Elle a mieux remplacé Naronaj ruinée par les alluvions de la Narenta {Naro)j que Viddoet Metkovitj, aux fièvres redoutables, situées cependant toutes deux près des bouches peu praticables, il est vrai, de ce fleuve et des ruines de cette ancienne cité, et Stagne Piccolo, qui est, malgré Texcellence de son port, trop retiré au fond du canal de la Narenta, à la base de la longue presqu'île de Sabbioncello. Plus vivantes sont les tles '.Lésina, avec ses romarins, ses genévriers et ses myrtes; Gurzola, dont les chantiers de construction rivalisent avec ceux de Lussin Piccolo ; Lissa , au commerce actif. Le climat annonce déjà l'approche de la Grèce. La magnifique baie de Gravosa resplendit des feux du soleil de l'Orient, comme toute la campagne de Raguse, mais cette ville elle-même se blottit modestement dans une anse étouffée entre deux rochers, derrière la belle tle de Lacroma. Importante aujourd'hui surtout comme position stratégique, elle conserve encore quelques monuments de sa splendeur passée, mais aussi des témoignages attristants de ses malheurs dans les ruines de ses magnifiques villas, qu'à l'instar des patriciens de Venise, les nobles Ragusains avaient édifiées autour de la ville et qui, détruites par les Monténégrins, ne se sont pas relevées depuis trois quarts de siècle. Les enclaves turques de Klek et de la Suttorina marquent encore les anciennes limites de sa domination. Au-delà de la riche vallée de Breno et de la triste Ragusa Yecchia, l'ancienne Épidaure^ la côte ne présente plus qu'un mur abrupt de hautes montagnes plongeant à pic à une grande profondeur, et
dont la ligne droite n'est interrompue que par la belle, mais déserte , baie de Molonta.
C'est à 45 kil. de Raguse que s'ouvre le plus remarquable de tous les enfoncemei\ts de cette côte, les Bouches de Gattaro. Gomme au nord, la mer a pris ici entre les montagnes la place des vallées, et les étranges découpures du golfe sont une fidèle image de l'aspect que présentent les hauts plateaux, du désordre avec lequel les ravins se heurtent et s'entre-croisent au milieu de ces escarpements calcaires aux impraticables parois. Le sombre aspect de ces gorges marines, la force avec laquelle le vent soufQe parfois à travers ces défilés dont chaque angle augmente sa fureur, les pluies torrentielles de la saison d'hiver, Tobscurité profonde qui règne alors dans ces gouffres peu visités par le soleil, en éloignèrent longtemps les navigateurs. Longtemps les Grecs ne connurent que par la fable de Gadmos ce golfe Rhizonique\ pour leurs premiers géographes, c'était un fleuve' . Quel admirable refuge pour des pirates !
Que Ton y pénètre au contraire par un temps calme et un ciel serein ! Rien de plus charmant et de plus pittoresque alors que ce dédale de canaux et de baies, que ce contraste qu'offre la ligne sévère des montagnes avec la nature souriante des rivages. Dès que l'on a franchi la pointe d'Ostro, Rose à droite, Gastelnuovo en face, appellent l'attention par leur site. La côte de Gastelnuovo jusqu'au canal des Catene ne présente sur la gauche qu'une lon-
* Fleuve Hliizon (Scylax, ch. 24).
gue série de maisonnettes baignées par les flots, reliées entre elles par une route praticable seulement aux piétons et aux cavaliers, toutes mimies de leurs barques comme à Venise. A droite, au pied de la pente fertile du mont Saint-Élie, s'enfonce la baie de Teodo jusqu'à ime plaine par delà laquelle apparaît le cône de Budua : c'est la rive catholique. Sur l'autre bord, les Grecs dominent et leur centre est Risano, ville toute grecque, admirablement située au fond d'une anse, au pied d'une montagne cultivée jusqu'à mi-côte. Dissimulé par destles et en quelque sorte étouffé entre le rempart élevé du mont Aurion et l'avancement du mont Cassone, le golfe de Risano est comme perdu dans ce labyrinthe. De Perasto, délicieusement posé en face du canal des Catene, la vue est ravissante. Cette petite ville fut riche autrefois, et Tlle San- Giorgio contient encore dans l'église de son couvent l'armoriai de toutes ses familles. Mais les maisons avec leurs terrasses, leurs appartements d'un grand style, leurs murs peints à fresque, leur luxueuse ornementation, ne cachent plus, les hôtes de ces palais l'avouent eux-mêmes avec tristesse, que les regrets et la pauvreté. Plus loin, Dobrota, au pied de la Tsemagora* , est le séjour préféré des habitants du golfe qui ont fait fortune à l'étranger, mais abandonnent pendant l'hiver leurs villas au pillage des Monténégrins.
^ Les sigaes particuliers à l'alphabet illyrien, les lettres et groupes qui ont, chez les Slaves du Sud, une valeur et une pronouciation spéciales, sont représentés dans le cours de cet ouvrage par leurs équivalents en français. Ainsi, Vellebié, Grnagora, Zermaig'a, etc., sont écrits comme ils se prononcent : Vellebitj, Tsernagora, Zermagna, etc.
Gattaro, sa voisine, n'est qu'une forteresse. Sa garnison la fait vivre plutôt que le commerce. Sa population est moitié catholique et moitié grecque ; cette petite ville de 2,500 habitants a deux évéques. De la «marine» , le coup d'œil est séduisant quand, se levant au-dessus du Monténégro, la lune éclaire la face opposée du canal, laissant dans Tombre la masse abrupte et nue de la Montagne Noire. Persagno seul, situé sur la rive opposée, travaille et commerce. Des plantations que l'on essaie de préserver des dents meurtrières des chèvres, le fléau delà région, rendront peut-être aux collines qui le dominent les forêts d'autrefois. Ainsi le mont Saint-Élie porte encore jusqu'à son sommet des oliviers, des châtaigniers et des vignes, au milieu desquels se dissimule une partie du village de Stolivo.
L'insuffisance des ressources agricoles, la difficulté des relations par terre et, d'un autre côté, le voisinage d'une mer riche en poissons et la voie naturelle qu'elle offrait pour les échanges, ont décidé du sort des populations riveraines, qui, après avoir fourni à Venise, conune presque toutes les côtes dalmates, les équipages de ses flottes, sont maintenant le principal élément de la puissance maritime de l'Autriche .
Gattaro, dont les ouvrages s'étagent si hardiment sur le flanc de la montagne, marque, pour ainsi dire, aujourd'hui la fin de l'Europe civilisée. Le territoire autrichien se prolonge encore à quelque distance vers le sud, et Spizza même lui est réunie aujourd'hui *. Mais Antivari,
< Décision du congrès de Berlin, 1878.
récemment cédé aux Monténégrins * , n'a pas perdu son caractère de ville turque. « Depuis Gonstantinople jusqu'aux rives de TEuphrate et des plages du Bosphore jusqu'à Gattaro, ses villes (de l'empire Ottoman) sont des cloaques remplis de fumier et d'immondices ; ses villages, des repaires et des solitudes ' . :» Antivari fut florissant autrefois, mais aujourd'hui sa plage est déserte, inabordable. Ce port de Scutari n'a point de route pour communiquer avec cette cité*. En vain la capitale de l'Albanie « est admirablement située à l'endroit précis où des contrées du Danube et des bords de la mer Egée convergent les routes de la basse vallée du Drin et du golfe Adriatique^», l'incurie des hommes et les caprices de son fleuve ont détruit tous ces avantages. Les eaux et les fièvres de la Boiana {Barbana), qui sert d'écoulement à son lac {Labecuis palus) la séquestrent de l'Adriatique. Dulcigno, son autre port, aujourd'hui aux Monténégrins également, est en partie comblé par les alluvions des rivières. En s' ouvrant un nouveau lit pour aller porter à la Boiana* la plus grande partie de ses eaux, le Drin a du môme coup achevé une autre ville qui végétait sur ses bords, et la plupart des habitants d'Alessio ont dû fuir ce trop dangereux séjour. Une seule rade a échappé jusqu'ici, malgré sa situation entre les deux bras de la
* Depuis le traité de San-Stefano. 1878.
* Pouqueville; Voyage dans la Grèce, chap. 44.
3 A. Dumont; Le lialkan et l'Adriatique, V : Scutari et les Albanais.
* Elisée Reclus; Nouv. Géogr.univ , I, pag. 197. */Md., I, pag. 177.
rivière, à T envasement général de la côte * , Saint-Jean de Medua, que la sûreté de son mouillage réserve peut-être à une destinée brillante, si le pays se régénère, c Ce port, le meilleur de la côte albanaise et que César signalait déjà comme tel dans ses Commentaires De bello ci" viliy est fermé aux vents régnants : à ceux du nord, par la hauteur qui le domine; à ceux de Touest, par une pointe rocheuse ; à ceux du sud-ouest, par la conformation de la baie d'Alessio, qui forme croissant jusqu'au cap Rodoni. L'ancrage est excellent et le fond de sable de très bonne tenue ; le port est assez petit, mais une jetée à l'ouest en étendrait les limites"... »
Au Drin s'arrêtait la Dalmatie. C'est au-delà de ce fleuve, sur la côte de l'Épire, battue elle aussi par les vents du sud-ouest, sur l'emplacement de l'insignifiant village de Durazzo, que se trouvait Dyrrachiv/m, si important alors et point de départ de la voie Ëgn'atienne. La Dalmatie se trouvait ainsi comprise entre les deux grandes routes d'Italie en Orient, celle qui de Dyrrachium et d'ApoUonie se dirigeait vers l'Hèbre à travers la Macédoine et la Thrace, et celle qui conduisait par le col de Nauport dans la vallée de la Save. Malgré les nombreuses voies ouvertes plus tard sur son territoire, bien qu'elle ait attiré vers ses ports une grande partie du trafic et servi fréquemment de passage aux légions, les
1 Golonna Geccaldi ; Excursion dans le district d'AUssio et à Saintr Jean de Medua. {Bull, de la Soc.de Géogr. de Paris, juin 1874.)
2 Golonna Geccaldi, loc, cit.
difficultés qu'offrait à la circulation son sol si mouvementé ne lui permirent pas d'enlever à ces deux routes, plus directes d'ailleurs, leur prééminence et leur supériorité. Peu de pays, en effet, présentent un spectacle comparable à celui de la Dalmatie romaine. C'est un étrange chaos de montagnes et de précipices, de plateaux pierreux, de gouffres cultivés, de ravins impraticables, de grottes aux mille détours, de vallées sans eaux, de rivières sans bassins. Là surtout, et c'est, hélas! presque partout dans certaines régions de la côte et du nord, où les monts ont perdu leur parure de forêts, la blancheur et la crudité de la roche ajoutent encore à la morne tristesse de cette âpre nature. Le Carso libumien, autour de Fiume, n'est pas moins dépouillé par le souffle desséchant du bora que le Carso triestin, plus célèbre. Les pluies abondantes qui tombent sur ces régions au nord de TAdriatique, comme vers Raguse* , disparaissent par mille fissures. Des rivières entières, la Gatchkaet la Lika en Croatie, la Trebintschitza dans l'Herzégovine, se perdent dans des avens pour aller loin de là reparaître à la surface, sous la forme de rivières abondantes, comme la Rieka de Fiume, l'Iadro de Salone etl'Omblade Raguse, de froides fontaines comme à Fiume, ou de lacs comme à Gherso, où le lac de Vrana renferme dans un espace de 6 kilomètres carrés, 240,000,000 de mètres cubes d'eau*. Dans
* Hauteur des pluies: Fiume 1578™™ ; Raguse 1626™™; Zara 761°»".
3 Le lac de Vrana est donc le bassin d'évaporation des eaux de pluie tombées, soit à Test sur les pentes du Vellebitj, soit à l'ouest sur le Monte Maggiore. (El. Reclus ; Nouv* Géog, unir., III, pag. 230.)
les anciens Confins militaires, à Uglian, à Zara, à Sebenico, Teau manque, même pour les besoins de la population ; ailleurs, vers la basse Narenta, à Gattaro, elle jaillit à chaque pas du sol, ou s'échappe par des sources inutiles au sein même de la mer. Des nombreux lacs de la Dalmatie continentale actuelle, un seul est permanent, celui de Vrana, près de Zara Vecchia : la Trebintschitza n'est que par intermittence un affluent de la Narenta.
Sur le versant adriatique, les rivières n'arrivent à la mer qu'après avoir comme scié les montagnes, creusé des souterrains et franchi par de hautes et magnifiques cascades les obstacles qu'elles ont trouvés sur leur route.
Jusque vers Knin, où, sur la gauche, les rochers s'écartent un peu du fleuve, des parois à pic enserrent la Kerka" dans un étroit défilé. Des grottes nombreuses, mais d'une exploration difficile à cause de l'eau qui suinte du plafond, s'ouvrent à chaque instant dans le roc. Vers Kistagne, elle s'est creusé un lit au pied d'un plateau très étendu, entouré de collines dénudées et qui ne présente au voyageur qu'une énorme accumulation de pierres se dressant sur toute la plaine comme les vagues d'une mer subitementpétrifiée'. Ses chutes deBerglian, de Roncislap et de Scardona surtout, où elle descend par gradins superposés une hauteur de 40 mètres, sont célèbres ajuste titre.
^ Étendue du cours de la Kerka = 60 kh.
2 Eitelberger von Edelberg; Jahrbuch des K. K. Central Commitsion, 5e vol. Vienne, 1861.
La Gettina [Tilurim), formée par la réunion de quatre sources abondantes, dont deux surtout sont de véritables fontaines vauclusiennes, et plus alimentée par les infiltrations du plateau de la Bosnie que par les réservoirs du mont Dinara (1,811 mètres), n'a pas une vallée plus praticable, a La Gettina, dit Cassas, rencontre peu de plaines dans sa course ; rien de plus sauvage, en général, que le territoire qu'elle parcourt ; les Alpes même, dans leurs formidables irrégularités, n'offrent point d'aspect plus terrible. Ce fleuve roule quelquefois pendant plusieurs lieues de suite, encaissé entre deux montagnes entièrement taillées à pic, et qui forment un précipice d'une profondeur inconcevable, dont il occupe toute la largeur. Il semblerait qu'il les a pour ainsi dire sciées depuis leur superficie jusqu'aux entrailles de la terre..» C'est ainsi qu'il arrive à la première de ses trois cascades', haute de 150 pieds. «Au-dessous, ajoute-t-il, la végétation reparaît, la nature se réveiUe ; les arbres, la verdure et les fleurs renaissent, la vallée s'ouvre, s'élargit ; les montagnes s'abaissent, des coteaux couverts de forêts lui succèdent..; l'œil ressaisit des plaines, et la Cettina, lente et majestueuse, se promène à travers les prairies ^. »
LaNarenta* [Naro) a aussi ses étranglements et ses gorges. Sortie du massif du Dumoch, à 1 , 1 50 mètres environ
^ La Gettina a un cours de 100 kil. environ.
2 Cassas ; op, cit., pag. 151 et 152.
3 Étendue du cours de la Narenta = 280 kil.
d'altitude, à dix heures à Test sud-est de Mostar* , elle se dirige d'abord vers le nord, puis au nord-ouest jusqu'à Kognitza, descend rapidement de l'est à l'ouest jusqu'à la Rama, puis au sud jusqu'à son entrée dans la plaine de Mostar. oc Entre Kognitza et Mostar, dit M. de Sainte-Marie, le fleuve se déverse sur une pente de 900 pieds ; sa rapidité augmente ; ses eaux, ne pouvant s'élargir, se creusent un lit profond sous des rochers restant à fleur d'eau : on aura une idée du courant de ces eaux en se rappelant qu'entre sa source et son embouchure, la Narenta compte 3,500 pieds allemands de hauteur sur un parcours de plus de quarante heures* . »
Les déchirures au fond desquelles coule le Drin ' [Drilo) sont plus affreuses encore. «C'est, dit M. Reclus de la plus remarquable d'entre elles, une sorte de ce canon » semblable à ceux des Rocheuses de l'Amérique du Nord, un défilé où ne se hasarde aucun sentier et que resserrent des parois à pic de mille mètres de hauteur * . »
En dehors de ces rudes vallées, les chaînes ne présentent que de rares échancrures. Le col de Vratnîk n'ouvre derrière Segna qu'un couloir pour les vents. Peu de routes s'élèvent si haut et ont coûté plus d'efforts gigantesques que celles qui mettent la côte en relation avec le plateau de Croatie, ce Les routes et le chemin de
* Pricot de Sainte-Marie ; L'Herzégovine. (Bull, de la Soc. de Géogr. de Paris, mars 1875.)
2 De Sainte-Marie, loc. cit.
3 Longueur du cours de Drin = 140 kil.
* El. Reclus ; Nouv. Géog. wmv., I, pag. 178.
ASPECT flÉNÉRAL DU PAYS. 27
fer qui traversent ces montagnes utilisent des cols de 700 à 1,000 mètres d'altitude; môme la route de Jablanats à Stirovatcha, qui passe au nord du Yellebitj, atteint la hauteur de 1,382 mètres*.» «Pour ouvrir la roule d'Obrovazzo sur la Zérmagna à Carlopago par le col du mont Pragh, « de longues et fortes cordes soutenaient les ouvriers au-dessus d'abîmes profonds, et dans la seule année de 1832 on a fait sauter 41,215 mines'. » Bien que le plateau n'ait que 600 mètres d'élévation moyenne et s'abaisse plus lentement sur la Save, ses déchirures le rendent impraticable. Plus on avance vers l'est, plus s'accroît la longueur des vallées ; les crêtes, tout en conservant leur direction primitive, se redressent vers le nord en rangées parallèles. De son côté, la chaîne Dalmate, sur laquelle s'appuient les monts de la Bosnie, présente une élévation plus grande. Des hauteurs modestes des Kapella et du Vellebitj', elle s'est progressivement élevée par le Dinara, le massif volcanique du Prologh* et les monts pressés de l'Herzégovine jusqu'aux formidables hauteurs du Dormitor' et du Kom* , sur les confins du Monténégro. Les cluses ouvertes au milieu du calcaire du Jura bosniaque sont à chaque pas coupées par des renflements du sol. Ce n'est pas par une seule de ces
^ Él. Reclus ; Nouv, Géog. univ.j III, pag. 223. 2 Balbi; Ab, géogr.^ revu par Ghotard, I, pag. 464.
* Principales attitudes : Klek, près d*OguIia(Gr« Kapella) 1,643 mètr.; Sveto Brdo, au nord d'Obrovazzo (Vellebitj), 1,552 mètres.
* Au nord de Sign.
* Dormitor = 2,700 m.
«Kom = 2,850 «.
28 DALMATIB.
vallées longitudinales, mais par une série de cluses que les rivières, Kulpa {Colapù), VnnB, {Œneus)^ Verbas (Urpanus)^ Bosna ( Valdasus) ou Drina [Drinus) et leurs affluents, descendent vers le nord, tantôt rapides dans les gorges, tantôt aussi épanouis dans des plaines d'une admirable fertilité. Là du moins, l'ancienne Dalmatie, la cDalmatie boisée» , se reconnaît encore à ces belles forêts aux arbres centenaires, jusqu'à ces derniers temps respectées par la hache. Mais les difficiles sentiers qui les traversent et les nombreux étranglements des vallées ont arrêté l'expansion de la civilisation dans ces contrées.
Cette constitution physique contient écrite toute la destinée de ces régions. Par elle s'expliquent la pauvreté de leur rôle historique et toutes les vicissitudes de leur existence agitée. Les peuples méditerranéens qui se sont successivement établis sur ces côtes n'ont pu que les effleurer et, avec quelque force qu'ils aient saisi le rivage, ont été impuissants à élever la civilisation jusqu'au somment de ces montagnes, aux pieds desquelles elle a dû s'arrêter. Les vallées qui se dirigent vers la Save, plus ouvertes aux envahisseurs, ont, au contraire, permis aux barbares, accourant par le nord, de franchir leurs obstacles dans des moments d'enthousiasme et d'élan, et, poussés par cette force mystérieuse qui attire toujours vers les pays du soleil, de gravir ces plateaux, d'escalader ces montagnes, et devenir même disputer et quelquefois ravir à la civilisation de l'Occident le littoral de l'Adriatique. On comprend toutefois que, grâce à la facilité que de semblables pays offrent pour la défense, certaines tribus
primitives aient pu s'y maintenir indépendantes; que d'autres, après avoir dépouillé les premiers possesseurs, aient sauvé leur conquête d'une conquête nouvelle, et ^ qu'ainsi des divisions ethnographiques nombreuses aient pu entraîner l'absence de toute unité morale et politique. C'est cependant à l'Orient que la race dominante des Slaves les rattache. Des peuplades longtemps divisées entre elles ont enfin abdiqué leurs vieilles rivalités pour se rappeler leur communauté d'origine, et c'est à ce moment, où plus que jamais TOrient les attire et les fascine, que l'Occident, impuissant à les pénétrer par le Sud, tente par le Nord une nouvelle annexion. La monarchie austrohongroise s'est avancée jusqu'à la Drina. Réussira-t-elle là où Rome a échoué ? La dynastie qui depuis si longtemps porte la couronne des empereurs d'Occident parviendra-telle à soustraire l'ancienne Dalmatie à l'influence des Césars moscovites, héritiers de l'empire byzantin ? Quelle que soit dans l'avenir sa destinée politique, la Dalmatie roonaine est du moins sortie presque tout entière des mains des barbares, et désormais ouverte à la civilisation, au commerce et à la science.
Les principaux traits de cette nature physique n'avaient pas échappé aux anciens. Sans parler des tenipétesde l'Adriatique, dont le souvenir revient si souvent chez les poètes, quelques écrivains nous ont laissé, comme nous le verrons en étudiant les Itinéraires, des descriptions assez précises de la côte. L'intérieur leur était naturellement moins . bien connu, et ils n'avaient sur le sol et les productions du pays que des notions assez vagues et fort incomplètes.
(icLes parages de l'Illyrie, dit Strabon, tant la côte de la terre ferme que les lies qui Tavoisinent, abondent en excellents ports et contrastent à cet égard avec la côte d'Italie située vis-à-vis, qui en est complètement dépourvue. En revanche, des deux côtés l'exposition est aussi belle et le sol aussi fertile. On n'y rencontre en effet partout que plantations d'oliviers et riches vignobles, si ce n'est dans quelques rares cantons absolument stériles. Telle qu'elle est, la côte d'Illyrie n'en est pas moins toujours restée négligée des anciens, ce qui peut tenir à l'ignorance où ils étaient de ses ressources, mais ce qui s'explique mieux encore par la férocité des indigènes et par leurs habitudes de piraterie. En revanche, le pays au-dessus de la côte est montagneux et froid ; il y neige souvent, surtout dans la partie septentrionale, et il s'ensuit que la vigne y est rare, et rare aussi bien sur les terrains en pente que dans les terrains unis*.»
La distinction entre la partie de l'IUyrie tournée vers la mer et celle qui se trouvait sur l'autre versant de la chaîne qu'il appelle le Mont Adrios^ (A. Dinariques)est, on le voit, nettement marquée. Scymnos, en contradiction apparente avec Strabon, mais ayant sans doute en vue une autre partie de ce vaste territoire, nous le dit ni neigeux ni trop froid, mais constanmaent humide. «La température y change brusquement, surtout en été, où les trombes, la foudre et les typhons sont, dit-on, fréquents. » Outre les tremblements de terre, le pays fut témoin, dans l'anti-
i strabon, VII, 5, 10.
2/Wd., VIT, 5, 5.
quité, de phénomènes météorologiques dont quelques-uns sont restés célèbres, notamment la pluie de grenouilles qui s'abattit sur le pays des Âutariates et les força de s'exiler* . Ce n'est pas la seule fois que nous trouvions riUyrie ravagée par la peste. Une lettre d'Hippocrate ^ nous montre les rois de ce pays invoquant le secours de son père pour la combattre, et c'est de là que descendit * quelque temps après sur la Grèce la peste fameuse qui, au début de la guerre du Péloponèse, fit, surtout à Athènes, tant et de si illustres victimes.
Les sauterelles étaient souvent redoutables. Aussi dans certaines villes élevait-on aux frais du Trésor municipal des choucas (xokoiovç), «parce qu'ils mangent les œufs et détruisent les petits des sauterelles qui dévastaient leurs récoltes. Par ce moyen, les nuages de sauterelles sont devenus plus rares et les récoltes de ces peuples n'ont plus à en souffrir *.» C'est ainsi que dans certaines villes des Indes, à Calcutta notamment, certains animaux sont protégés par les lois à cause des services qu'ils rendent à la salubrité publique*.
Outre la vigne et l'olivier, on cultivait encore le blé et l'orge, qui servaient à fabriquer un breuvage ® appelé
i Diod. Sic, V, 30 ; XX. 19; Élien; Uipi Çoiûiv, XVII, 4i.
2 Epistol.gr, j éd. Didot, pag. 315.
3 Pline; Hist. na/., VU, 37, 1.
* Elien ; nepi Cc^v, XII .
* Louis Rousselet ; LInde des Rajahs (Tour du Monde, 14« année, !«' sem., pag. 155).
* Ex ordeo vel frumento in liquorem conversum paupertinum inillyrico polum (Amm. Marc, XXVI, 8).
sabaja. Les radis et les panais y poussaient sans ciilture*. L'iris d'IUyrie, une des rares plantes de l'Europe qui entrât dans la fabrication des parfums^, était le plus estimé, particulièrement celui qui poussait dans les forêts voisines du Drin et de la Narenta '; Galien le cite en outre comme un médicament digestif et propre à faire maigrir *. L'année leur servait à enduire les pointes de leurs flèches, dont les blessures étaient ainsi rendues mortelles, bien que la plante mangée par eux fût inoffensive et que les biches tuées avec ces traits empoisonnés pussent impunément leur servir de nourriture *. On y récoltait aussi dans les montagnes ombragées Fasarum ou nard sauvage ^; la perpressa, plante inconnue, qu'ils employaient en boisson contre, la gravelle '; la gentiane enfin, abondante dans les endroits humides, de qualité supérieure, et qui serait même, dit-on, redevable de son nom au roi Gentios, auteur de sa découverte •. La flore du pays est au reste encore aujourd'hui réputée pour sa variété et sa richesse.
Parmi les animaux, le cheval dalmate, si apprécié, si recherché par les anciens, ne se retrouve plus en aussi
1 Athénée.
2 Pline ; Hist. naU, XIII, 2, 8 et 10.
» Ihid., XXI, 19, 1 et 2.
^ Galien ; nipi eruvôio'ïwç yappcxwv twv xarà xinwçy 1 • 4 (éd. Kuhn. Leipsig, 1827, tom. XIII).
^ Galion ; nipi rij; ^puxmÇy x.
« Pline î Hist, nat., XII, 27, 1.
W6td., XXVI, 55. 1.
•/Wd., XXV. 34. 1.
grande quantité qu'autrefois, bien que ceux des environs de Banialouka soient très estimés. Les &nes étaient renommés par leur petitesse, ce que Ton attribuait à la température *. Les brebis étaient d'une merveilleuse fécondité. « On dit, nous rapporte Aristote *, que chez les Illyriens, les brebis {ri ^Kfiyma) enfantent deux fois chaque année ', et le plus souvent ont deux, souvent trois ou quatre, quelquefois même cinq agneaux (epopouç) ou plus, et donnent facilement trois demi-congés de lait *. On dit aussi que les poules pondent, non pas, comme ailleurs, un œuf, mais deux ou trois par jour. » D'autres espèces étaient connues par des bizarreries de conformation. « Les chèvres illyriennes, lit on dans Élien ', ont une corne, mais non un pied fourchu. » « Au témoignage d'Aristote®, les porcs ysontsolipèdes, c'est-àdire n'ont pas la corne du pied fendue». Observations qui nous permettent de constater déjà dans cette contrée la présence de ces animaux, dont les premiers traitent en pays conquis la Dalmatie, leur « royaume », où ils ont été quelque temps plus nombreux que les habitants, et dont les autres ont valu par leur quantité à la Bosnie, où ils pullulent, le surnom peu poétique de ce pays des cochons». Mentionnons encore, parmi les produits re-
i Aristota; mpi rà ï(a«, VIII, 28.
* Aristote ; Hs/sè 6onj|jiaercri»v àxoverfAaroiVy ch. 128 3 Cf. Scymnos, v. 379.
* Le congé = 3 litres 25.
* Élien, Uepl Çwwv, V.
« Arist. ; mpï Ta Çwa, H, 1. Cf. Plin.: Hist. nat., XI. JOG, 1.
34 DALHATIB.
cherchés de rUlyrie, les huîtres * , mais surtout les escargots', remarquables par leur grosseur, et dont les plus appréciés étaient récoltes dans l'tle actuelle d'Uglian '.
La fabrication des fromages était, avec Texploitation des forêts, la principale industrie agricole du pays, oc La Dalmatie, dit un ancien géographe, exporte trois produitsutiles: dufromage,duboisetdufer^:», et le fromage de Doclea (Dukle, près de Podgoritza) nous est cité par Pline comme ime preuve de Texcellence des pâturages alpestres '. Enfin ces populations pastorales trouvaient une grande ressource dans la vente de la laine de leurs troupeaux, celle de Liburnie surtout, que Ton estimait à régal de la laine si renommée de Pézenas *.
Les richesses minérales de la Dalmatie n'étaient pas une branche de revenus moins importante que ses productions animales ou végétales. Outre les nombreuses et riches salines de ses côtes et de ses îles, elle avait encore des mines de sel à l'intérieur, dont Tune même, située sur la frontière des Àrdiéens et des Autariates, précieuse à cause de son éloignement de la mer dans un temps où le commerce n'existait pas, et dont le sel était indispensable pour leurs bestiaux, fut une cause fréquente d'hostilité entre ces deux peuples \ Le fer provenait des
^ PI.; HisL nat., XXXÏI, 21, 2.
2 Pliae; Op. cit., IX, 82, 1.
•* Cassas ; Op. cit,^ pag. 82.
* Juniorisphil. Totius orbis descriptio in Geogr. grssci min.,éd, Didot.
5 Plia.; Hist. nai., XI, 97, 1.
^ Ferrarius ; De re vestiaria, 1. 1, in Grœvii Ihes., tom. VI.
' Strabon, VU. 5, 1 1 ; Arisi.; tlepi eoyfAOdtwv, 138.
mines de Voïnitza, Targent de celles d!Argenteria (auj. Srebnitza); Tor enfin, dont on retire encore des paillettes de quelques rivières, Bosna, Verbas et Drina, des gisements de Slanitza, au milieu desquels on reconnaît les traces de cette ancienne exploitation. Ce fut au temps de Néron qu'eut Heu la découverte du précieux métal, et bientôt l'on tira de cette veine à fleur de terre jusqu'à cinquante livres par jour * .
Ni les cbevaux, ni les bois, ni Tor, ^ui donnèrent à la Dalmatie son plus grand lustre, ne se rencontrent aujourd'hui dans la partie de cette ancienne province qui a conservé son nom. L'or ne s'y manifeste nulle part; le fer qu'elle contient n'est point exploité, et une partie de ses forêts se retrouverait au milieu des lagunes sous les églises et les somptueux palais qu'elles supportent'.
La Bosnie, gr&ce, on peut dire, à l'incurie des Turcs, a mieux conservé ses trésors, et leur mise en valeur sagement ordonnée peut ouvrir pour elle une ère de prospérité qu'elle n'a jamais connue, comme la Dalmatie est en droit d'attendre du développement de la culture de son sol et de ses relations commerciales, joint à l'infatigable activité de ses marins, le retour de ses plus heureux jours et de son plus brillant passé.
* PL; Hisi, nal., XXXUI, 21, 2.
Robora Dalmatico lucent satiata métallo
(Stace; Sylves, I, 2, 153.) V. eacore, Ibid., III, 3, 89; et IV. 7, 13.
2 C'est de la Dalmatie que Venise a tiré notamment les 1 ,200,000 pilotis sur lesquels repose l'église de Santa-Maria délia Salute.