Le Maréchal de Villar.s, d\. XX et XXI
influence en leur faveur'. En 1761, le duc de Fitz- James agit même en défenseur de la liberté individuelle. « Il arrive quelquefois aux maires et aux consuls, écrivit-il, de faire mettre en prison des habitants pour des motifs assez légers. Comme la liberté des hommes est trop précieuse pour les en priver, sans des cas graves, je vous préviens que vous ne devez faire arrêter personne sans ordre supérieur, à moins que ce ne soient des gens pris en flagrant délits. »
Le gouverneur est appelé, par ses lettres patentes, à « faire vivre en bonne union, paix et amitié » les habitants de sa province. Il est le conciliateur par excellence, l'arbitre désigné, non seulement pour les querelles particulières, mais pour celles que des questions d'intérêt ou d'amour-propre suscitent entre les corps constitués et certains fonctionnaires. Les prétentions des officiers de l'armée, des gouverneurs de places et des lieutenants de roi motivaient souvent des réclamations de la part des municipalités et des tribunaux. En 177i, le bailliage du Havre est en discussion avec le lieutenant de roi au sujet de la police du théâtre. Le ministre charge le duc d'Harcourt « de prendre les mesures qui lui paraîtront convenables pour maintenir le bon ordre et rétablir l'harmonie dans la ville. » Une autre fois, le maire de Valognes veut faire participer à la charge des
1. Lellres de Bellelsle au chancelier. Bibl. nationale, fr., 7956.
2. Copie de lellres écrites par le duc de Fitz-James, en 1761. Bibl. nal. fr., 6828. Filz-James n'était que lieutenant général, mais il reinidissait les fonctions de gouverneur.
log-ements militaires « Messieurs de la noblesse » de la ville ; ceux-ci s'adressent au roi , qui leur donne tort, et pour terminer le différend, le gouverneur engage, en termes presque impératifs, le maire et messieurs de la noblesse à s'inviter à diner réciproquement. Ailleurs, ce sont des ([uestions de préséance à l'église, des entreprises d'un colonel ou d'un major de place sur les attributions d'un maire ou d'un lieutenant général de police , et nul n'est plus à même <|ue le gouverneur de trancher ces questions et de réprimer ces empiétements ^
Aux termes de ses lettres patentes , il avait le droit de convoquer les maires et échevins et de les commander. Ici encore, les termes n'étaient pas en rapport avec les actes. L'autorité des gouverneurs sur les administrations municipales était variable, restreinte et souvent presque nulle. Quelques-uns, comme ceux de Bourgogne et de Languedoc , avaient pu s'arroger le droit d'intervenir dans les élections, soit pour recommander un candidat, soit pour l'imposer'^. Villars donnait son avis sur la nomination de certains consuls , mais d'ordinaire évitait « d'entrer dans les divers partis » qui se disputaient la prépondérance dans les villes; il disait même : « Le meilleur est toujours de suivre la règle et les usages. » Il s'occupa particulièrement de rétablir les affairesde Marseille , que la guerre de la succession d'Espagne avait mises dans un état de crise des plus graves;