CHAPITRE III
Résidence des gouverneurs. — Leurs hôtels. — Voyages. — Célébralion de leur nomination. — Leur première entrée dans les villes. — Entrée et séjour du duc de Rethelois à Troyes. — Sa suite. — Autres entrées. — Le duc de Richelieu à Toulouse. — Son séjour à Bordeaux. — Son luxe, ses fêtes et son autorité. — Gouverneurs aux états. — Le comte d'Eu en Languedoc. — Gouverneurs en disgrâce. — Leurs gardes. — Services funèbres. — Souvenirs qu'ils ont laissés.
Il ne serait pas plus exact de dire que l'autorité des gouverneurs était toujours nulle que d'affirmer qu'ils ne résidaient jamais dans leur province. Leurs attributions avaient diminué depuis l'avènement de Louis XIV ; pour eux la résidence n'était plus la règle; mais certains gouverneurs, faisant revivre des attributions que leurs collègues négligeaient ou n'étaient pas autorisés à exercer, séjournaient plus ou moins longtemps dans leur gouvernement. Ainsi le duc de Vendôme n'avait fait que passer en Provence ; le maréchal de Villars y séjourna trois mois en vingt ans; mais le cardinal de Vendôme y demeurait; le fils du maréchal de Villars, le duc de Villars, vint se fixer à Aix dans les derniers temps de sa vie et
y mourut. Si le maréchal de Biron, nommé gouverneur du Languedoc à 74 ans, ne quitta jamais Paris , on pourrait citer, surtout dans les pays d'états, des gouverneurs qui ne se conlentaient pas de venir pendant plusieurs sessions présider les assemblées, mais qui prolongeaient leur séjour dans Fintervalle des sessions. Les princes de Condé allaient assez régulièrement en Bourgogne, où ils conservèrent longtemps une autorité réelle.
Les états ou les villes capitales des provinces mettaient d'ordinaire à la disposition de ces hauts fonctionnaires un hôtel, qui servait aussi aux commandants en chef ou aux lieutenants généraux chargés de les suppléer. Cet hôtel était meublé aux frais des états ou des municipalités. En 1717, la ville de Besançon payait 3,000 francs pour son loyer. A Dijon, les appartements du gouverneur étaient placés dans le logis du roi, l'ancien palais des ducs où se tenaient les états de Bourgogne. Au Havre, l'Hôtel de ville lui était particulièrement affecté , et l'échevinage ne pouvait disposer des logements qu'il renfermait sans son consentement. La ville d'Auxerre fit même disposer un hôtel pour le prince de Condé afin qu'il pût y descendre lorsqu'il se rendait aux états de Bourgogne'.
1. Arch. nationales, G^, 285. — En 1718, le maréchal de Montesquieu demande une cuisine plus grande, la sienne étant si petite qu'elle est tous les jours en danger d'être brûlée. (Bibliothèque nationale, fr., 11379.) — Courlepée, Description de Bourgogne , t. H, p. 86 — Guislain Leinale, p. 308. — Chardon, Hist. d'Auxerre, t. H, p. 121, 170. — Sur le séjour du prince de Condé à Aulun en 1763, voir G. Duraay, Vue Session... à Autun, p. 37 et suiv.
Les voyages des gouverneurs s'accomplissaient avec une grande solennité. Les municipalités les haranguaient, les milices bourgeoises faisaient la haie et tiraient des salves sur leur passage; les officiers à la tète de leurs troupes venaient les saluer. Quatre ou cinq carrosses à six chevaux , des gardes à cheval, des écuyers, des pages composaient leur cortège, qui en imposait aux populations par le nombre et le luxe du personnel. Quelquefois le carrosse de madame la gouvernante était si vaste, qu'en Bretagne il fallait élargir la route pour lui permettre de passer. Ces personnages s'arrêtaient d'ordinaire la nuit chez de grands seigneurs et chez les évoques, où des repas magnifiques leur étaient servis ^
Comme le gouverneur représentait le roi , il n'était sortes d'hommages qu'on ne lui rendît '. Les lettres patentes, qui autorisaient sa nomination, étaient transmises dans les principales villes de sa province par l'intendant; en 1689, le gouverneur de la ville allait les prendre à l'hùtelde l'intendant, et les portait à la main majestueusement sous un dais jusqu'à l'hôtel de ville, entre deux échevins, suivi de quatre magistrats et de quatre compagnies de milices , et précédé de quatre trompettes, sonnant alternativement. Ce pompeux cérémonial eut lieu, lors de la nomination du duc de Luxembourg, à Reims, à Châlons et à Troyes, avec cette seule différence qu'à