‹ La province sous l'ancien régimeChapitre 30 sur 205 · I.V l'IlOVINCE. — T. I · texte numérisé non relu

I.V l'IlOVINCE. — T. I

50 LES ASSEMBLÉES d'ÉTATS.

se réunirent que tous les trois ans, à dater du ministère de Richelieu; que les états de Bretagne ne s'assemblèrent plus que tous les deux ans, à partir de 1630 '; qu'il y eut dans quelques autres des ajournements prolongés, comme en Languedoc de 1750 à 1752. La règle , sauf pour la Bretagne et la Bourgogne, était la réunion annuelle; l'usage fixait une époque , qui était pour le Languedoc la saison d'hiver, le mois de décembre ou de janvier; mais des motifs de convenance, des causes ou des influences diverses faisaient parfois anticiper et plus souvent retarder la date de la réunion '.

Les ordres du roi indiquaient la ville où elle devait avoir lieu ; car au dix-septième siècle surtout, la plupart des états n'avaient pas de résidence fixe , et les principales villes et même des bourgades, comme dans le comté de Foix^, avaient le privilège de les recevoir tour à tour. Il y avait peut-être dans cet usage une tradition des coutumes nomades des Francs, qui étaient encore en vigueur sous les premiers Capétiens et qui se manifestaient, même au sei-

1. Aux États-Unis d'Amérique, sauf dans cinq, les législatures provinciales n'ont de sessions que tous les deux ans. Un gouverneur disait que l'année où elles n'avaient pas lieu était l'année délicieuse. (Boutniy, Communication à l'Académie des sciences morales, '11 juin 1891.)

2. En 1714, la session de l'assemblée de Provence est retardée de deux mois parce que l'archevêque d'Aix est retenu à Paris par l'assemblée du clergé. (Bibl. nationale, f. fr., 8901.)

3. Articles que la province de Foix demande être réglés par le roi, 1674. — Il lui accorde le droit de tenir ses états en chaque ville dudit pays alternativement. (Arch. nationales, H 716.)

OUVERTURE DES ETATS. ol

zième siècle et jusque sous Louis XIII, par les fréquents déplacements des rois et par la réunion des états généraux à Tours, à Blois, à Pontoise et à Paris. Cependant, à partir du règne de Louis XIV, et surtout au dix-huitième siècle, il y eut une tendance à l'adoption d'une ville déterminée, qui n'était pas toujours la capitale de la province : la petite ville de Lambesc devint le- siège de T Assemblée des communautés de Provence ; dans les derniers temps de l'ancien régime, les états se tinrent d'ordinaire à Montpellier, à Dijon, à Rennes, de préférence aux autres villes de Languedoc, de Bourgogne et de Bretagne ' .

Le séjour des grandes villes finit par être préféré généralement, malgré les inconvénients que certains administrateurs y signalaient. Ainsi l'archevêque de Toulouse aurait voulu que l'on se réunit à Pézénas plutôt qu'à Montpellier, parce que dans cette dernière ville le tiers état aurait subi l'influence de la Chambre des Comptes, dont il était justiciable, et surtout parce que « les états y auraient employé plus de temps aux bals et aux comédies qu'à tra-

1. De 1687 à 1730, les états de Bretagne se tinrent six fois à Saint-Brieuc, cinq fois à Vannes, cinq fois à Dinan, deux fois à Nantes, deux foisà Vitré, une fois à Ancenis, trois fois à Rennes. A partir de 1732, ils se tinrent à Rennes. (De Kerorguen, 1. 1, p. 249.) — En Bourgogne, les états qui se tenaient d'ordinaire à Dijon, eurent lieu en 1526 à Beaune, en 1659 à Noyers, en 1763 à Autun. (Courlépée, t. I, p. 326.) — Les états de Navarre se tiennent à Saint- Jean Pied-de-Port, à Saint-Palais; ceux de Bigorre, àTarbes; ceux de Béarn, à Pau; ceux de Nébouzan, à Saint-Gaudens; ceux de Labourd, à Uslaritz.

vailler à l'expédition des afTaires. » F^ennui qu'on aurait éprouvé dans une bourgade aurait fait durer la session moins longtemps'.

Quelques jours avant l'ouverture des états, les villes où ils étaient convoqués sortaient de leur calme accoutumé. Des marchands étrangers y affluaient comme pour une foire; à Rennes même, ils dressaient dans les cloîtres des Cordeliers des boutiques de tout genre qu'on éclairait le soir; les hôtelleries et les maisons des notables se préparaient à recevoir leurs hôtes; des troupes de comédiens, comme celle de Molière qui vint à Pézenas ', s'installaient dans la ville; la municipalité secondée par l'intendant veillait aux approvisionnements. Ils sont tellement plantureux que l'échevinage de Chalon-sur-Saône inscrit à son budget une dépense de « confection de cages pour dindons à mener aux états de la province"' ». Et bientôt, par toutes les portes de la cité entraient les députés des trois ordres, les plus riches en carrosse à quatre ou à six chevaux, les autres dans des véhicules plus modestes, ou à cheval. Plus solennelle était l'arrivée du prélat, qui devait présider les états, et des commissaires du roi, accompagnés de leurs gardes, de leurs hoquetons et d'une suite nombreuse. Au dix-huitième siècle, l'archevêque de Narbonne, président des états

1. Depping, Corrcsp. adm. sous Louis AI F, t.I, Iiilr., p. xxi, p. 219, 230.

2. En 1656, le bureau des étals alloua à Molière GOOO livres de gratification.

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