‹ La province sous l'ancien régimeChapitre 61 sur 205 · De Carné, t. II, p · texte numérisé non relu

De Carné, t. II, p

même province n'en entretint pas moins des régiments et faisait célébrer un service funèbre en 1780 pour la mémoire des marins bretons tués pendant la g-uerrc. Les états d'Artois offrent en 1G90 un rég-iment au roi ; en 1762 et en 1778, une frégate de i4 canons ; les états de Languedoc, en 1761, votent par acclamation un emprunt de 700,000 fr. pour la construction d'un vaisseau de même armement'. Sous Louis XVI, les états de Bourgogne firent les frais d'un vaisseau de 70 canons, et les élus généraux se montrèrent non moins généreux que ménagers des intérêts des contribuables, en souscrivant pour cette dépense 100,000 livres personnellement 2. Les petits états eux-mêmes s'associaient dans la mesure de leurs moyens à ces manifestations patriotiques, comme ceux du Nébouzan qui offrirent en 1762, au roi 1,000 louis « pour les besoins pressants de la marine^. »

Avant de parler des dépenses nécessitées par les services publics de la province , il faut mentionner les jetons que les états faisaient frapper et qu'ils distribuaient, lors de leurs sessions, à un certain nombre de personnages , pour qui ils formaient comme un supplément de gratifications. En 1776, les états de Bretagne dépensaient 10,350 1. pour leurs jetons ; en 1788, ceux de Bourgogne donnaient 100 jetons

1. De Carné, f. II, p. 201, 282. — Filon, p. 74, 89, 105. — Arch. nat., H. 748 3'.

2. Rossignol, les Ancienties Libertés de la Bourgogne, p. 247.

110 LES ASSEMBLÉES d'ÉTATS.

d'or, 6,550 d'argent, 10,900 de cuivre '. Les cent jetons d'or étaient pour le gouverneur; l'intendant, le maire de Dijon , les élus recevaient des bourses de cent jetons d'argent; les officiers inférieurs n'avaient que des jetons de cuivre. On alloua aux correspondants du bureau intermédiaire de Bretagne, en 1782, des indemnités de douze bourses de jetons, qui étaient justifiées par les services qu'ils rendaient^.

Les jetons de Bourgogne portaient d'un côté les armes de la province , de l'autre une devise et un emblème, qui pendant longtemps variaient à chaque session. Ces devises étaient des allusions aux événements contemporains , et surtout des éloges pour le souverain. Le dix-septième siècle est salué en 1600 comme un siècle meilleur. En 1605, Henri IV apparait en Jupiter olympien , avec ces mots : Et si quid ultra? En 1623, l'accord du roi et de la province est attesté par les rayons que le soleil répand sur leur tête; mais parfois, les doléances, que suscite le nombre des impôts, se manifestent dans l'emblème : une pluie de flèches indique les maux dont la province est accablée ; plus ingénieuse dans sa critique louangeuse est la devise de 1635 : Vt ditet spoliât. C'est une femme que l'amour enrichit en la dépouillant. Sous Louis XIV, la flatterie, l'admiration l'emportent; le soleil resplendit; le roi est représenté en Hercule; « Il assure mon repos », dit la devise qui

1. La dépense en 1776 était de 24,500 fr. pour les trois ans. Il était payé 150 fr. au graveur. (Arch, nationales, H. 139.)

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