CHAPITRE IX
Plaintes des élats de Languedoc. — Opinion de Foibonnais. — Influence des administrations sur la prospérité publique. — Inégalité dans le rapport des impositions. — Réductions sur les contributions directes. — Supériorité en principe des pays d'étals. — Traditions de liberté. — Mouvement de l'opinion en faveur des assemblées provinciales. — Le marquis de Mirabeau et les élats de Languedoc. — Plans d'administration. — Assemblées provinciales sons Louis XVI. — Avantages et inconvénients. — Protoslations contre les Étals. — Prétentions des états de Navarre et du Cambrésis. — Réaction de l'opinion contre les états. — Administrations collectives de 1789 et de l'an III. — Les conseils généraux modernes.
Comme toutes les institutions humaines, les états provinciaux ont eu leurs détracteurs et leurs apologistes. Parmi les premiers, figurent surtout les administrateurs et les administrés eux-mêmes. Ces derniers, habitués à se plaindre, se plaignaient des charges qui résultaient de leur gouvernement local comme de celles qui provenaient des contributions générales. Les états, si fiers d'ordinaire de leurs privilèges, vont même parfois jusqu'à en regretter
rexistence. En 1716, ceux de Languedoc envient le bonheur des pays d'élections, « qui ont vu disparaître avec la guerre la dépense des fourrages, de l'ustensile, des quartiers d'hiver et de semblables impositions , et qui ne faisant pas corps, ne voient pas le présent souffrir des suites malheureuses du passé'. » Plus tard, le publiciste Forbonnais, tout en reconnaissant les avantages de l'administration des pays d'états, déclarait qu'il « n'arrivait pas toujours que les faibles y fussent moins opprimés qu'ailleurs, parce qu'un certain nombre de personnes dominaient d'ordinaire les suffrages et s'emparaient de l'autorité commune ~. » Cette sorte d'oligarchie avait sans doute des inconvénients; mais ceux-ci étaient atténués par le contrôle des intendants, qui étaient à la fois les agents de l'État et les protecteurs nés des faibles contre les abus de l'autorité locale.
Le meilleur moyen de juger de la supériorité d'un mode d'administration est d'en apprécier les fruifs; mais il est assez difficile de le faire avec certitude , parce que des modes diff'érents de culture peuvent amener des produits analogues. Toutes les fois qu'une certaine moyenne de liberté individuelle et de sécurité est assurée aux populations, elles peuvent travailler et prospérer dans des conditions diverses, mais favorables, parce qu'elles sont normales. Les