ACTE PREMIER
tain droit de contrôler mon existence, tandis qu'il m'est interdit, à moi, de pénétrer dans la sienne... Bref, il y a dans sa vie, des habitudes, des affections, que je dois ignorer... lui laisser croire que j'ignore.
BERTHE, émue.
Ah!
LE COMTE
Et c'est regrettable. N'étant pas un Géronte, je pourrais lui être indulgent sans m"amoindrir. Mais je dépends trop de lui pour provoquer ses confidences... Sa tolérance pour mes faiblesses en échange d'une sorte de complicité ; eh ! j'aurais l'air de lui proposer un marché !... (un temps.) Comment ! vous ne répondez pas? vous vous taisez ?
BEdTllE, baissant les yeux.
Je ne sais ce que vous voulez dire.
LE COMTE
Je veux dire... ce que je dis ! pas davantage! Mon langage est clair: vous devez en savoir plus que moi sur mon fils.
BERTHE, troublée.
Moi?
LE COMTE
Je ne faisais que m'en douter; maintenant que je vous ai vue, je suis certain que Maurice a pour vous une affection profonde.
BERTHE
Vous connaissez mal notre monde : les hommes vivent de leur côté, les femmes du leur. Les occasions d'intimité sont rares.
LE COMTE
Maurice est un garçon romanesque...
BERTHE
Il travaille... 11 travaille énormément.
LE COMTE
Sans doute. Mais son travail même l'oblige avenir souvent...
BERTHE, l'interrompant.
Pas ici!... Dans le cabinet de mon mari.
Elle montre la porte.
LE COMTE
Et ses soirées... lespasse-t-il aussi dans le cabinet de votre mari?