‹ La provinciale; piece en trois actesChapitre 26 sur 68 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

et du beau, l'exaltation du meilleur de nous-même. Lejour où l'on y voit clair, il est trop tard.

BERTHE

C'est vrai, j'élais perdue avant de m'en apercevoir !. a Je te voyais abandonné de tous, découragé !... Le soir de ta première visite, rappelle-toi, je me retirais par discrétion... Georges me fit rester... Il me parlait tout le temps de toi, de ta droiture, de ta dignité dans la vie... quelles émotions délicieuses... Je me sentais meilleure!... Je te voyais retrouver peu à peu l'insouciance et la gaîté de ton âge. Quel bonheur d'y être pour quelque chose!... Et puis... Et puis...

MAURICE, désolé.

Berthe !

BERTUE.

Et s'il découvre tout, quand tu seras parti ?... Une fois seule, que lui dirais-je?... Cette résolution subite lui donnera des soupçons...

MAURICE

Je ne te l'avais jamais avoué : je lui ai déjà parlé de mon départ... depuis longtemps... Oui, j'étais las de mon rôle : ses continuels bienfaits me dégradaient à mes yeux... La découverte de ma faute peut le tuer, la continuation de ses services le rendrait ridicule... Tiens! cette affaire que m'a procuré Ardisson me vient encore de lui... Si tout se découvrait, que penserait-on de moi... de lui?...

BERTHE

Dans tous les cas, ne précipitons rien... Oh ! pas pour moi ! mais, mon Dieu ! faites qu'il ignore, lui ! Tâchons d'abord de retrouver un peu de calme, puis, demain...

MAURICE

L'amour est lâche : si nous ne profitons de notre épouvante, là, tout de suitef il vu nous ressaisir... Il y a un an que je dis demain, et je traîne de jour en jour... Berthe... Je t'aime !...

Il la prend dans ses bras.

BERTHE, reculant.

Malheureux !

MAURICE

Tu vois !... Et si demain je n'ai plus le courage ! Alors, tu auras beau me supplier,., comme jadis! Une fois de

plus, que ne ferais-je pas de toi ?... (Mouvement de Berthe.)

Tiens... si je voulais, tu me suivrais au bout du monde... (Berthe se cache le visage.) Te voilà l'cprise... pauvre Berthe... Prends garde! Je sors d'une race mauvaise... Mon père...

BERTHE

Maurice !

MAURICE, !e jutant sur elle.

Même maintenant... là, au milieu de notre épouvante... rien qu'en te regardant... une folie...

11 la dévore de baisers.

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