ACTE DEUXIÈME
BERTHE
Qui a apporté cette boîte ?
GEORGES, à Georgette.
Nous n'en savons rien... n'est-ce pas, Georgette?
GEORGETTE, curieuse.
Non!... Nous n'en savons rien! Ouvre-la, petite mère.
(Elle saute à terre, et court vers la boite.) Je VOUX VOir, moi ! BERTHE, ouvrant la boîte, indifférente.
Tiens, du velours...
GEORGES
Une robe de velours... Tes épingles, pour la vente des moulins... Regarde-la, au moins...
BERTHE, a.rès avoir déplié le velours, un peu froide.
Très bien... Merci.
GEORGES
Comment! fâchée?... Je sais, je ne suis pas rentré déjeuner?... Je t'ai fait prévenir pourtant.
BERTHE, distraite.
Où as-tu déjeuné?...
GEORGES
Je me suis fait servir deux œufs... en bas, à V Hôtel du Palais... On pouvait m'appeler d'une minute à l'autre... Mais qu'est-ce que tu as ?
BERTHE, troublée.
Rien.
GEORGES
Tu es toute pâle.
BERTHE
Oh ! un peu de migraine... Elle est vraiment belle cette robe...
GEORGETTE, trouvant une image-réclame dans Tétoffe.
Tiens! une image!... Ça c'est pour Georgette.
BERTHE
Elle est trop belle ! C'est une folie.
GEORGES
Il y a deux ans que je la médite... Déjà, l'an dernier, je mettais de côté quelque chose chaque jour. Puis, tu sais bien? ce client qui m'emporta huit cents francs : adieu la surprise ! Aussi, dès qu'Ardisson m'a remis la forte somme... Ma petite chérie, comme tu vas être bien habillée !
RERTHE.
Comment as-tu fait pour choisir toi-même?
GEORGES
Je n'ai pas eu le bon goût? (ocpiiant le velours.) Regarde ces reflets... On prétend que nous autres hommes, nous n'entendons goutte à ces choses... La vérité est, que les hommes capables d'aimer à la folie, ont tous le sens de la parure féminine... Mais que dis-je? à la folie... Aimer est au contraire le propre de tout homme fort et bon. Me comprends-tu dans le nombre?
BERTHE, émue.
Georges...
GEORGES
Décidément, tu n'es pas bien, (un silence.) Que te voulait le comte de Ponthieu ? (souriant.) Ce n'est pas lui au moins qui t'a fait cette figure là.