‹ La provinciale; piece en trois actesChapitre 46 sur 68 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

son allure équivoque, son trouble, certain mot à double entente, m'ont fait froid dans le dos... Je regrette que ton nom soit mêlé à cette sale affaire : toutes mes excuses.

GEORGES

Du courage, Maurice... c'est vrai, je n'ai pas signé. Mais sois raisonnable... Le coup, tu le reconnais, ne te frappe pas à l'improviste. Des illusions sur ton père, ce n'est pas d'aujourd'hui que tu n'en as plus, et tu restes ce que tu étais. D'ailleurs, personne ne sait rien, sauf Ardisson, un honnête homme, et je réponds de sa discrétion... Tout se réduit donc à une perte d'argent, chose ennuyeuse, j'en conviens...

Oh!.

MAURICE

GEORGES

Non ! très ennuyeuse !... Mais pas irréparable... Examinons froidement la situation. De toutes façons, te voilà contraint à prendre une mesure de prudence, que je t'ai maintes fois conseillée : l'interdiction de ton père. Au moins, tu seras tranquille pour l'avenir... Reste la question d'argent.

JIAURICE.

Oh! quant à ç<i...

GEORGES

Traitons-la, séance tenante... Tu vas me signer un acte : un renoncement en ma faveur, pendant quatre ans, de la rente viagère de deux mille francs.

MAURICE, l'interrompant.

Mais...

GEORGES

Quatre fois deux mille francs me rembourseront les huit

mille que je vais t'avancer pour désintéresser le docteur... Au bout de quatre ans, tu toucheras de nouveau ta rente.

MAURICE

Je préfère...

GEORGES

Attends... Après tu exposeras ton idée; commençons par creuser la mienne... qui doit être bonne, car je me trouve dans de meilleures conditions de lucidité que toi. (Maurice, accablé, baisse la tête.) Je disais donc quc, pendant quatre ans, tu renoncerais, en ma faveur, à ta pension de deux mille francs... Ce n'est pas tout. Comme je ne suis pas assez riche pour te prêter à titre gratuit, tu me feras l'intérêt, à cinq pour cent : tes gains de jeune avocat te le permettent... Moyennant ces deux conditions, je reconnais la signature, et j'y fais honneur aujourd'hui même.

MAURICE, troublé.

Merci... Tu es bon... mais je n'accepte pas.

GEORGES

Note que je n'ai besoin de recourir à personne pour me procurer l'argent. Tu sais bien qu'Ardisson m'a compté ce matin onze mille francs... Donc, j'ai ce qu'il faut.

MAURICE, froidement.

Je l'ai aussi!... Mes mesures sont prises : dès demain je paierai.

GEORGES, stupéfait.

De quelle façon?

MAURICE

Un autre arrangement... Merci encore.

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