‹ La provinciale; piece en trois actesChapitre 50 sur 68 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

MAURICE

Soit ! Mais on insinuera...

Que nous sommes deux amis... deux vrais !

BERTHE

Mais si la malveillance... Georges, pour toi-même!

GEORGES, à Berthe.

Pour moi !!! Que veux-tu qu'on dise de moi?

MAURICE, précipitamment.

Rien ! Ce n'est pas cela !

GEORGES, à Maurice, sèchement.

Je parle à ma femme ! (a senijc.) Alors tu n'es pas de mon avis... et comme ça, tout de suite... sans la moindre hésitation... Une chose pourtant si naturelle!... C'était donc chez toi une idée arrêtée d'avance? une idée préconçue?... (un silence.) Répouds, je t'en prie. Et que personne ne réponde à ta place... Tâche de m'expliquer...

BERTHE, tremblante.

Mon Dieu! mon opinion à moi... (Timidement.) Il me semble que tu ne peux imposer à monsieur...

GEORGES

Mes services, n'est-ce pas?... Il me l'a dit... Tu répètes tout ce qu'il m'a dit... Je ne lui en ai déjà que trop rendus?... Parle-moi aussi de sa fierté, puisque tu y es!... Dans tous les cas, vous ne seriez pas plus d'accord si vous vous entendiez... (un silence.) Mais qui me dit que vous ne vous entendez pas?... (Les examinant tour à tour.) Le même trouble!... Cette contenance éeralement embarrassée!... Ni

l'un ni l'autre, vous ne me regardez pas en face : qu'ai-je donc de si terrible ?... Une même idée fixe assombrit vos visages, vous absorbe et vous paralyse... Quelle idée fixe?...

Georges, je t'en conjure.

MAURICE

Vois l'état où tu la mets... où tu te mets aussi...

GEORGES

Allons donc ! tu es plus troublé que moi.

MAURICE, violemment.

En voilà assez !... Mes affaires ne regardent personne, et je ne tolérerai pas plus longtemps cet interrogatoire à double tranchant... Tu as l'air d'un juge d'instruction !

GEORGES

Et VOUS autres, de quoi avez-vous l'air? Vous avez l'air... de deux... (changeant de ton.) Non... c'est trop cruel... Je ne sais plus... je ne veux plus savoir ce que je pense!

(Un silence. Se tournant vers sa femme.) Berthc... jC t'en prie... aU

nom du passé... de nos huit ans de bonheur sans nuages... au nom de Georgelte... dis-moi que je me trompe ! que ma raison s'égare... prouve-le-moi que je me trompe... Prouvezle-moi tous les deux... Berthe... Maurice... par pitié! (un temps.) Berthe... tu ne m'entends pas... tu es donc morte... Ah! ce n'est plus toi... (un temps.) Rien?... Ah! prenez garde, alors, vous deux ! prenez garde ! parce que j'ai été trop longtemps bon... trop longtemps crédule... (s'e-

langanl tout d'un coup sur sa femme.) Bcrthc!!! (.Maurice veut s'interposer.

Alors, furieuï.) C'cst trop fort ! Il k défend !... Ma parole ! 11 la défend ! Elle a donc quelque chose ù craindre, (sautant sur Maurice.) Ticns, va-t'cu ! mlsérablc !

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