ACTE TROISIÈME
GEORGES , même jeu.
N'est-ce pas qu'il est très joli garçon ?
ARDISSON, étonné.
Soit! Mais qu'est-ce que son physique a à voir... (cn temps.) Berneron se trouvait justement dans la boutique de Durand, le coiffeur, en face de chez moi...
GEORGES
En voilà un qui est coiffé... ton coiffeur... Oh ! mais là, en plein !
n rit douloureusement.
ARDISSON
Justement... Quand Berneron, debout près du comptoir de la belle madame Durand, oii il passe ses après-midi, aperçut les deux officiers...
GEORGES
Le coiffeur le sait... qu'il est?...
ARDISSON
Ça ne m'étonnerait pas... Un individu commun, plat, obséquieux...
N'importe! La gourgandine est jolie... Berneron doit avoir de l'agrément, (u nt douloureusement.) Crois-tu qu'elle aille le voir chez lui?... ou que ça se passe quand Durand fait des barbes à domicile ?
Il éclate de rire.
ARDISSON
Tu es gai, ce soir !
GEORGES
D'humeur folichonne... Tu y vois clair.
Un temps.
ARDISSON, après avoir haussé les épaules.
Bref, dès qu'il a vu les deux témoins en grand uniforme, sonner à ma porte, Berneron s'est douté de quelque chose, a laissé là madame Durand, et a porté au cercle la nouvelle toute chaude. Au cercle, il a trouvé le colonel... un brave homme, lui...
GEORGES, distrait.
Célibataire?...
Geste d'impatience d'Ardisson.
ARDISSON
Le colonel, mis au courant, fait venir ses officiers, me convoque aussi. Nous voilà tous chez lui, y compris le lieutenant Jandet, un bon diable au fond : si tu savais comme il imite Coquelin cadet !... Le colonel se tourne vers moi : « Que réclamez-vous au lieutenant Jandet?» Je lui réponds : « Moi, rien : j'ai déjà mon affaire. Il m'a appelé rustre et butor. — Et vous, lieutenant, que réclamez-vous à M. Ardisson? — Il m'a touché le bras ! — Eh bien, touchez-lui donc la main!... » C'est alors qu'en me donnant une poignée de main, le lieutenant Jandet a dit quelque chose... attends... quelque chose... tiens! je ne sais plus... mais c'était drôle... oh ! mais, là, d'un drôle : nous avons tous pouffé... De bons garçons, va, ces officiers! Ce soir je leur paye à dîner, et de grand cœur... Demain, ce sera le tour du lieutenant... 11 voulait môme commencer. Mais le colonel, un latiniste, a dit : « Cédant arma togœ. » Tu sais que tu es du dîner.
GEORGES
Moi!
ARDISSON
Bien sur. Je compte également sur Maurice... J'avais même convié le colonel, mais il m'a donné à entendre que