‹ La provinciale; piece en trois actesChapitre 63 sur 68 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

BERTHE, tremblante.

Non! non! ne me laisse pas!...(se blottissant contre lui.) Seule, j'ai peur!

MAURICE, navré.

Pauvre Berthe!...

BERTHE, désolée.

Ne me plains pas... je suis ce que je mérite d'être : une femme perdue... Tantôt, quand il m'a fait venir devant toi, j'ai d'avance compris que j'étais perdue... Et après ton départ, si tu savais... (avcc épouyante.) Il ne m'a pas dit un mot... Au moins, s'il m'avait insultée, battue, j'aurais moins souffert... Mais non, pas même un mot!

MAURICE

Aie pitié de toi-même... Voyons, es-tu prête?

BERTHE

Oui.

MAURICE

Allons, viens... Qu'est-ce que tu attends ?

BERTHE, regardant autour d'elle.

Un petit moment encore... ici... dans cet intérieur que j'ai créé, où j'ai passé tant d'heures paisibles, et que je ne reverrai jamais plus... Tu crois que ce n'est rien, toi, de s'arracher...

(Geste découragé de Maurice.) Mais, j'y Vais... puisqu'il le faut...

j'y vais... N'aie pas peur! c'est moi la première qui t'ai

parlé de départ. (Après un silence, soudain épouvantée et en baissant la

voix.) Tu ne sais pas : il a emmené la petite ! (Mouvement de Maurice.) Comprcnds-tu... Il a deviné... Il se doute...

MAURICE

Mais non... Comment veux-tu qu'il ait deviné nos projets?...

BERTHE

Ah! laisse-moi le croire... aide-moi à le croire : cela vaut bien mieux qu'il ait deviné... D'abord, j'en suis sûre, moi! Il y des choses qu'on n'a pas besoin d'expliquer... Pourquoi aurait-il emmené Georgette? Et puis, c'est si naturel que je disparaisse... Ma place n'est plus ici. De quel droit resterais-je? (eiie réfléchit.) Vois-tu, ce serait épouvantable qu'il ne se doutât de rien. Pense donc!... S'il rentre tout à l'heure en croyant me retrouver... s'il me cherche dans toute la maison... s'il m'appelle... oh! oh! oh!... Non! va, je te dis qu'il le sait!... La maison est toute à lui maintenant... toute... toute à lui... je suis devenue une étrangère... Nous serons déjà loin, quand il va revenir. Lui, refermera la porte à double tour, mettra tranquillement le verrou... puis, prenant sa fille sur les genoux, il va lui faire des caresses... des caresses... ma part de caresses!

Je t'en supphe... viens...

BERTHE

Oui, il le faut ! (EUe se dirige vers la porte de droite ; mais en passant devant la fenêtre, elle s'arrête et regarde à travers les Titres.) Tions ! il

fait encore un peu jour... Mieux vaudrait attendre la nuit

complète... par prudence... (EUe regarde encore un peu, puis se retournant brusquement vers Maurice.) PaUVrC Mauricc! qUCllC chaîne

pour toi ? Je vais peser lourdement sur ta vie.

MAURICE

Tu es cruelle, Berthe.

BERTHE

Le jour où je te serai trop à charge... tu sais... Si tu ne me le dis pas ouvertement, tu trouveras un biais quelconque... je comprendrai, et m'en irai vivre seule.

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