ACTE TROISIÈME
BERTHE, tremblante.
Non! non! ne me laisse pas!...(se blottissant contre lui.) Seule, j'ai peur!
MAURICE, navré.
Pauvre Berthe!...
BERTHE, désolée.
Ne me plains pas... je suis ce que je mérite d'être : une femme perdue... Tantôt, quand il m'a fait venir devant toi, j'ai d'avance compris que j'étais perdue... Et après ton départ, si tu savais... (avcc épouyante.) Il ne m'a pas dit un mot... Au moins, s'il m'avait insultée, battue, j'aurais moins souffert... Mais non, pas même un mot!
MAURICE
Aie pitié de toi-même... Voyons, es-tu prête?
BERTHE
Oui.
MAURICE
Allons, viens... Qu'est-ce que tu attends ?
BERTHE, regardant autour d'elle.
Un petit moment encore... ici... dans cet intérieur que j'ai créé, où j'ai passé tant d'heures paisibles, et que je ne reverrai jamais plus... Tu crois que ce n'est rien, toi, de s'arracher...
(Geste découragé de Maurice.) Mais, j'y Vais... puisqu'il le faut...
j'y vais... N'aie pas peur! c'est moi la première qui t'ai
parlé de départ. (Après un silence, soudain épouvantée et en baissant la
voix.) Tu ne sais pas : il a emmené la petite ! (Mouvement de Maurice.) Comprcnds-tu... Il a deviné... Il se doute...
MAURICE
Mais non... Comment veux-tu qu'il ait deviné nos projets?...
BERTHE
Ah! laisse-moi le croire... aide-moi à le croire : cela vaut bien mieux qu'il ait deviné... D'abord, j'en suis sûre, moi! Il y des choses qu'on n'a pas besoin d'expliquer... Pourquoi aurait-il emmené Georgette? Et puis, c'est si naturel que je disparaisse... Ma place n'est plus ici. De quel droit resterais-je? (eiie réfléchit.) Vois-tu, ce serait épouvantable qu'il ne se doutât de rien. Pense donc!... S'il rentre tout à l'heure en croyant me retrouver... s'il me cherche dans toute la maison... s'il m'appelle... oh! oh! oh!... Non! va, je te dis qu'il le sait!... La maison est toute à lui maintenant... toute... toute à lui... je suis devenue une étrangère... Nous serons déjà loin, quand il va revenir. Lui, refermera la porte à double tour, mettra tranquillement le verrou... puis, prenant sa fille sur les genoux, il va lui faire des caresses... des caresses... ma part de caresses!
Je t'en supphe... viens...
BERTHE
Oui, il le faut ! (EUe se dirige vers la porte de droite ; mais en passant devant la fenêtre, elle s'arrête et regarde à travers les Titres.) Tions ! il
fait encore un peu jour... Mieux vaudrait attendre la nuit
complète... par prudence... (EUe regarde encore un peu, puis se retournant brusquement vers Maurice.) PaUVrC Mauricc! qUCllC chaîne
pour toi ? Je vais peser lourdement sur ta vie.
MAURICE
Tu es cruelle, Berthe.
BERTHE
Le jour où je te serai trop à charge... tu sais... Si tu ne me le dis pas ouvertement, tu trouveras un biais quelconque... je comprendrai, et m'en irai vivre seule.