‹ La provinciale; piece en trois actesChapitre 64 sur 68 · ACTE TROISIEME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIEME

MAURICE, désolé.

Tu me tortures à plaisir.

BERTHE

Pardon!... Je sais, ce sont des pensées mauvaises...

MAURICE

Finissons-en, ou tu ne partirais plus... je sens bien que tu ne partirais plus.

BERTHE

Ce n'est pas pour toi que je pars...

Tu ne m'aimes guère!...

BERTHE

C'était si simple de vivre tranquille, respectée... avec un homme comme Georges !

MAURICE, désespéré.

C'est moi qui ai commis la faute !

BERTHE

Oh! tu en as ta part... Il t'aimait, celui-là! Il était bon! Si tu savais dans quels termes il parlait toujours de toi ! Et toi, pour le payer de retour... Sais-tu pourquoi il a emmené Georgette?... De crainte que tu la lui voles...

MAURICE

Tu ne m'as jamais aimé!... Tu ne me parles que de lui.

BERTHE

Il va être toujours entre nous... C'est ce qui t'attend...

MAURICE, après un silence.

11 devait se défendre aussi!... Moi à sa place!... Il devait me chasser... Qu'est-ce donc qu'un amour qui ne voit rien... qui ne devine pas!... L'amour! c'est une soif qui brûle, une fièvre qui ne laisse pas de répit... Voilà comment je t'aime, moi. Ali! tu es une femme perdue... Tant mieux! Te voilà bien à moi : je te prends comme tu es.

BERTHE, entraînée, décidée.

Oui... comme je suis! (courant à la table h ouvrage.) Attends! j'ai là un châle... (Mettant rapidement le chute.) qui fera parfaitement l'affaire. (AUant vers la porte du fond.) Par ici... (Elle s'arrête brusquement devant la poupée de Georgetle qui traîne à terre, une loque de petite poupée, un peu mutilée et presque vide de son. Elle la ramasse et la laisse retomber en poussant un cri plaintif.) Ah ! ah!... (Suffoquée, elle vient tomber sur une chaise, à l'avant-scène, et, dans une crise de larmes, d'une voix entrecoupée :) Tu VOis... tu VOis... (Ses larmes coulent toujaurs. Puis, lentement, à travers des sanglots étouffés :) Et Gcorgette...

qui me... cherchera partout en rentrant... qui va m'appeler : « Maman... je veux voir maman... Où est allée, petite mère? »

Elle sanglote de nouveau.

MAURICE

Mon Dieu ! mon Dieu !

BERTHE

On lui cachera longtemps la vérité. Elle m'aura vite oubliée... Plus tard, quand elle sera grande...

MAURICE, après un silence.

Reste, va, reste... malheureuse femme... reste*

BERTHE

C'est vrai ! je ne peux pas partir.

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