Pour «compléter l'étude ethnographique de T Autriche, il
Quand je l'aï aperçue à Vienne pour la pre mière fois, elle m'a causé, je Tavoue, une vive émotion, tant mon ignorance de ces choses était complète. Pendant mon voyage, elle ne m*a pas quitté, et m'a donné la clef de plus d'un problème. Voici ce que Ton y voit.
Les Allemands occupent à l'ouest le Tyrol non italien, les deux duchés d'Autriche, la Styrie, les cantons extérieurs de la Bohème, où déjà ils se mêlent avec les Tchèques, et la Garinthie, où les Slovènes sont à peu près en nombre égal ; puis apparaissent, comme des Iles perdues au milieu des mers de populations différentes, les colonies allemandes fondées à différentes époques en Moravie, en Hongrie, dans les comitats de Zala, de Somogy, de Pesth, de Sohl, dans le Banat, et surtout en Transylvanie, où elles forment encore un groupe important et compacte. Les Roumains s'étendent sur un territoire grand environ comme l'Italie, très-bien arrondi, mais sans limites naturelles, embrassant la Transylvanie, une lisière de la Hongrie, la Moldo-Valachie et la Bessarabie russe. Ils sont en tout 8 millions. Les Magyars,
faut lire l'intéressant ouvrage de M. le D' A. Ficker, secrétaire ministériel de l'empire : Les populations de la monarchie aU" trichienne {Bevôlkerung der Oesterreiehischen Monarchie), et les beaux travaux du baron de Czôrnig. On y trouve une série de tableaux et de cartes indiquant la proportion relative de chaque race dans la population des diverses provinces.
pressés entre les trois autres races, sont groupés sur la vaste plaine qui se déroule des deux côtés de laTheiss et à Tôuest du Danube entre la Raab et la Save. Leur nombre ne dépasse pas 5 millions. Les Slaves enfin dominent sur d'énormes espaces. Tirez une ligne qui, partant de l'Adriatique vers Monfalcone, à l'ouest de Trieste, remonte vers le nord avec l'Isonzo, suit alors la Drave, la Mur, la Drave encore et le Danube jusqu'à la mer Noire : au-dessous de cette ligne, en Autriche, la Carniole, ristrie, une partie de la Garinthie et de la Styrie, la Croatie, la Dalmatie, la Slavonie, ensuite la Bosnie, la Serbie, la Bulgarie, la Roumélie, c'est-à-dire presque toute la Turquie d'Europe, voilà ce qui appartient aux Slaves méridionaux. Ils touchent aux frontières du Lombard-Vénitien, qu'ils ébrèchent même vers Test d'Udine. Tous les beaux ports de la côte dalmate, depuis Trieste jusqu'à Antivari, sont à eux, et d'autre part ils approchent de Gonstantinople. Les Slaves du nord commencent à Pilsen, vers les montagnes du Bôhmer-Wald, c'est-à-dire aux frontières de la Franconie, prennent ensuite tout le centre de la Bohème, la Moravie, la Gallicie, débordent au delà des Karpathes en Hongrie, où ils occupent tous les comitats du nord, et enfin, suivant la rivière Sereth et le Dniester comme limite méridionale, arrivent à la mer Noire vers Odessa. La race slave, appuyée
<sur l& masse de Fempre nusse, s'atamce atosi jusqu'au centre de FEuropier embrassantv entre ses deux hrss éte&diis Ters rOceideist^ les Vataques, les Hcmgroiset lesÂlIefliairàsde TÂBiriôbe. S<ir k carte, eela Mi Feffet de deux puiss^les iBAndibilles d'ume mâcboire ouyertey maàs à moitié refermée déjà. C'est Qoe des douleurs d«s slavomânes que les Magyars soient venus séparer omune par un coin les Slovaques et ks Tchèques é^ Sk>Vèiies et des Cro«ites^ rompant ainsi Iol cobtinuité dii territoiie slaveL Les Magyars, de le%tr côté, &e demaiiderai<eiit pas mieui: que de se voir serrés d'un peu moins près par les deux in'aiKhes de œtte famille trop nombreuse ; mais les évéB&- 9ients en ont déddé autrement. C'est à la sa^sse des hommes de tirer parti dets situations créées par l'histoire.
Maintenant que aoits cônaaissons la force relative des principales nationalités de l'Auliriche et l«s positiofis qu'elles occupent, abordons Texaitten des différeiMls qui les divisent^ et voyons d'abord Laquesti<Hii croate.
Le mo«nremeni natiimal des Slaves du sud est né d'une réaction contre le inottY^m^it national des M^^arS) de même qoie ceteiirei est né de la
ET LES SLAVES DU SUD. , i9
réaction contre les tentatives de g^mafiisation des Habsbourg. Porter peinte à la lan^e d'un peuple, c'est Foffenser dans ce qu'il a de plus seBsiUe. Il scmfMra qu'on le décime i la guerre, non qu'on te âéfiationaM'se. Qu'un' conquérant le conduiise à k koucberie, il le lui pardonne; maiis qu'uB souverain, pour Télever à une culture plus iiaute, lui en impose l'idionK, il se soulève en fureur et le renverse*
Le mouvement linguistique magyar ne date que du siècle dernier. Afin de mettre plus d'unité daiKS l'administration de son empare polyglotte, remierefir Joseph II s'efforça, ay moyen des écoies, de faire apprendre Tallemaiid à tous ses peuples. Les Hongrois, prêts à la révolte, se mi^ rent^ €omme manifestation antiaUemisinde, à cultiiver leur langue, jusque-là très-négligée, attendu qae toutes les affaires publiques se traitaient en latin et (pue tes gens aisés ne lisaient guère que rallemand, et te framçais. Tout mouvement national est aecompagné d'un réveil littéraire, d'abord parce qné c'est ainsi qu'une race s'afiirnie en face de Tétranger, et ensuite parce que c'est par des écrits et des poésies qu'on répand use idée nouvrite. A te fin du dix-biuitièHie siècle, toute une pléiade d'écrivains et de poètes surgit en Hongrie. Nicolas Rêvai publie des travaux importants sur la gramMiaire et les antiquités hongroises ; Gso-
konay compose les premières poésies populaires en dehors de toute imitation classique ; François Kazinczy fonde en 1791 le premier théâtre hongrois, traduit en sa langue maternelle les principaux chefs-d*œuvre des langues étrangères, et mérite que son anniversaire, célébré en 1855, devienne une fête nationale. Plus tard, Alexandre Kisfaludy, le Pétrarque hongrois, — Michel Vôrôsmarty, Torgueil de sa patrie, le poète de ses gloires antiques, dont le peuple, sur la proposition de Deâk, a adopté la veuve, — Erdélyi, qui s'est donné pour mission de réunir les chants populaires des Magyars, — Petôfi, le poète inspiré de la liberté et de la révolution, -^ Arany, dont les poèmes, d'une touchante simplicité, ont pénétré jusqu'au fond dès campagnes et ont été accueillis avec enthousiasme même par les Serbes, les Slovaques et les Polonais, — des historiens comme Horvàth, des romanciers comme Jôsika et Jôkay, des publicistes comme Eôtôvs, une foule d'autres écrivains encore, ont permis à la Hongrie d'affirmer qu'elle aussi avait une littérature nationale. Une même inspiration animait tous ses écrits, l'amour de la patrie et la haine du despotisme étranger. L'écrivain Sealsfield fait à ce sujet une remarque très-juste. « La poésie hongroise se distingue pour moi, dit-il, de celle des Allemands en ceci qu'elle est plutôt l'expression de la
nation que celle des individus. » Quand, en effet, une même passion possède tous les cœurs, il est naturel qu'avec plus ou moins de talent les écrivains émettent des idées semblables. Pour donner un centre à révolution littéraire, une académie fut fondée en 1827 par l'initiative privée, et les magnats y apportèrent leur souscription avec cette générosité tout anglo-saxonne qui ne connaît point de bornes quand il s'agit de l'intérêt public. Esterhazy donna 80 000 francs, Karolyi 125 000, Batthiany 150 000, Széchenyi 160000.
Tant que les Magyars se contentèrent de fortifier leur propre nationalité et de la défendre contre les empiétements du germanisme, ils n'excitèrent que les sympathies des autres races, aussi hostiles qu'eux à la centralisation du gouvernement autrichien. Gomme le remarque M. Etôvôs, dans toute l'histoire de Hongrie il n'y a pas de traces de rivalités nationales. Toutes les races défendaient la patrie commune ; les Hunyadi étaient Roumains, les Zrinyi, Croates. Les difficultés surgirent quand on commença de faire usage du Hongrois au sein de la diète. Au moyen âge, la lange officielle avait été le latin, et elle l'était restée parce que, en sa qualité de langue morte, elle avait cet avantage de n'humilier aucun des idiomes vivants. Les affaires se traitant en latin, même dans les assemblées des comitats, le hon-
grois, le croate, le nràmain, restaient à Fétat àe patois, sur le pied ffune parfaite égalité ; mais, si l'on se servait désormais du magyar, ce dialecte derenait langue dominante, €t toot le monde était tenu de l'apprendre, ou n'avait plus qu'à se taire. Les Slaves, les Roumains , ne connaissant cpse leur langue maternelle, étaient frappés d'incapacité politique.
La proposition d'employer désontnais le hongrois fut faîte pour la première f<»!s & la diète de 1830. Le mouvement national des Slaves du sod se dessina aussitôt. Les cireonstances, il est vrai, y poussaient. L'affi^anchissesient de la Grèce, les questions de race bruyamment débaU%ies par tes savants allemands, les idées démocratiques- répandues dans toute l'Europe par la révolution de juillet, avaient préparé le réveil de ce qu'on appelait alors l'illyrisme, parce que le siège de Tagitation était dans les anciennes provinces illyrien«es constituées par Napoléon. (Jn journal croate parut en 1B35 sous le nom de Nwme Borv^Azke. Une association de patriotes slavophiles s'était formée pour relever }'idk)me maternel, le purifier, le cultiver. Ils adoptèrent pour langue littéraire le dialecte classique de Raguse, qui floriissait dès le quatorzième siècie, et avait servi à la composition de tragédies, de poèmes, d'idylles, dont bien peu ont échappé au tremblement do terre de 16^7.
ET ï JS SLAVES DD SUD. 103
Une société ée lecture fut étid)lie a Agram. fie fiombreux écrÎTains se fîr^t un devoir patriotique de publier des brochures et des Ihrres isur tous les sujets qui pouyaient intéresser ieors compatriotes. Le ban prot^eait ce réveil littéraire et le gouv^ujOBent akibichien ne s'y BOkon trait pas hostile, car il espérait y trouver, conformément à sa politique traditioaneile, un moyen de coulenir les Magyars. A la tète eu moaTement iUyrien se trouvaient deux hommes distingués , le comte Janco firaskowîtch, riche magnat qui Tomlait défendre les tran ditions provinciales et rantonomie du pays, et le poète Louis Gay, dont les espérances étaient plus vastes, et qui songeait à reconstituer reniqure seri)e\
En 1S43, la diète ItongncÀse, ouverte par rem* pereur François en personne, décida que la langue magyare devait être exclusivement employée à Favenir non-seulement dans la diète, dans les comitats, dans les cours de justice, mais même dans les affaires communales et eociéâasiiqaes, oomme Tenr^îstiement des actes de Tétat civil, par exemple, dette décision excita Tindignation de tontes les popolatians slaves du royaume, fiéjà
]. Ob neiin «boom suive Je pins giaad inlérâl te* artici«ft (fie BL Cjpriea Robert a publiés dans la Revue des Deux-Mondes sur le mouTement illyriea (lIvraisDos dn l*' norembre 18%4 et
104 L£S NATION ALITES
Kollàr, le poète slovaque, avait proclamé Tidéal du panslavisme. Les Magyars, non contents de défendre leur nationalité contre les Allemands , prétendaient l'imposer aux races voisines. Eux, qui n'avaient à aucun prix voulu se laisser germaniser, prétendaient maintenant magyariser tous les autres.
A la diète de 1847, une nouvelle loi fut proposée, plus rigoureuse encore que la précédente : elle rendait le magyar obligatoire dans toutes les écoles du royaume, même dans celles des contrées slaves. Les Croates pouvaient se servir du latin pendant six ans encore; après ce délai, le hongrois était la seule langue autorisée ; quant à rillyrien, il était proscrit absolument de tout emploi public. Les libéraux hongrois se montraient sur ce point les plus intolérants de tous. A leurs yeux, les patriotes slaves étaient des traîtres qui youlaient démembrer la patrie, et ils pensaient sincèrement que le seul moyen de déjouer leurs coupables menées était d'imposer à tous une langue commune, destinée à augmenter la force de cohésion de l'état. Us ne comprenaient pas que rien n'est plus dangereux pour un pays que d'y faire naître des partis ayant un intérêt supérieur au maintien de l'unité nationale. Les Slaves étaient attachés à la Hongrie par les souvenirs du passé, mais ils Tétaient bien plus à leur nationalité.
G*était un étrange aveuglement et une grande imprudence que de les forcer à choisir entre leur patrie et leur race. Quelques-uns le comprenaient parfaitement, entre autres Széchenyi. « Nous auti;jes Magyars, disait-il, dans notre folie, nous méconnaissons les Slaves et tout ce qu'ils font en faveur de leur nationalité, parce que nous croyons que leur seul but est de se détacher de la couronne de saint Etienne. Je crois pouvoir affirmer que nous écrasons Tenthousiasme des Slaves d'une façon brutale, avec une sévérité tout orientale, avec une injustice vraiment asiatique. Gela est-il noble, chevaleresque, et cela peuWl bien finir ? » En 1848, au moment où la diète voulait imposer aux Croates, à défaut du hongrois, l'usage du latin, le comte Louis Batthianyi, le chef de l'opposition, s'écria au milieu des rumeurs hostiles des galeries : « N'est-il pas contraire à toute bonne politique, au sens commun, à tout principe d'équité, de forcer les Croates à faire usage d'une langue morte au lieu de la leur? Ce serait un acte de tyrannie dont l'histoire n'offre pas d'exemple. Des conquérants ont pu imposer aux vaincus leur propre idiome, mais jamais nation n'a été forcée de se servir d'une langue morte. Notre nationalité existe, c'est un fait ; ce qu'il faut développer, c'est notre constitution, nos libertés. Sachons nous concilier l'affection de nos frères de la Croatie, et ils
récmiroiit leurs effods aux nôtres po«r assurer la régéaéralioà ^e notre patrie oommuBe. » €es sages avis ne furent pas éeoutés. Les mltra-magyars poQssèreat les Slaves à bout par mie série de mesures vexatoires^ mises en vigueur de ItMiS à 1 84S , afin d'imposer partout Teflaidoi 4e ieur kliome^
Oq sait comiaeiit TAutricbe tira parti de la haine violente que ces mesures firent naître an
1. Le comte J. MayTalh, dans son Histoire d^Anirtchej parle dans les termes suivants de ces procédés aiisin imfMli tique» qu'injustes : > La situation du pajs était aggravée par la trista lutte des idiomes. On voulut tout d'un coup transformer en Magyars 6 millions dliabitansts appartenant à d'autres races S'agissait-U d'un débat d'argent, les tribunaux reteaiefnt de prononcer, si les comptes n'avaient pas été tenus en hongrois. Les pétitions rédigées en allemand ou en slave n'étaient pas aaème reçues, et les lettres officielles des oomitats croates étaicfil renvoyées, si les adresses étaieat écrites en latic. Toates les inscriptions de mariage, de naissance, de décès, dev2<ient être conçues en hongrois, même dans les communes où niil ne compfBBBh cette langue. Quand des extraits des registres de paroisse étaient denoandés pour servir à l'étranger, il était interdit d'y joindre une traduction, même à la demande des intéressés*, Les pasteurs étaient obligés de prêcher en hoDgroisun droiancbe sur trois, que les troupeaux Jfi comprissent ou ma. Insqne éiat les districts exclusivement slaveSj les enfants devaientapprendre par cœur le cathéchisme en hongrois. Des prédicateurs magyars écaieatimpflsés aux ooiamiiaes, M celmi qtà réclamait-était battu aous prétexte que la dignité de la nation était compron^fso. Ces injustices irritaient profondément les pauvres Slovaques, et nul parmi les magnats ne prenait leur parti, sauf le com:e Stépium Saécben^ et mol. «
cœur des Sloraques, des Croates et des Roumains. La guerre de Hongrie de 1849 fat réellement une guerre de langues. La diète hongroise finit par comprendre qu'il fallait se concilier l'appui de tous les habitants du roya;iraie et à k veille de se dissoudre, à rapproche des armées russes, elle prociajna le principe de l'égalité des droits de tontes les races (Gleichbincluigunff),
Quel était le programme des Slaves du sud ? Dans quel espoir avaient-ils pr» les armes pour repousser les Magyars au prix du plus pur de leur sang? U est facile de répondre à ces questions, car les wœux de ces populations ont été nettement exprimés dans des pièces officielles. Dès la fin de mars 1848, au monaent où le mouvement révolutionnaire faisait le tour de lHurope, une nombreuse réimion de délégués des trois royaumes de Croatie, de Slavonie et de Dalm^ie eut lieu à Agram; elle formula ses demandes , qui furent soumises à l'empereur; puis la diète, ouverte au mois de juin, exposa les conditions de l'acoord à conclure «vec la Hongrie. Voici le résumé de ces importants documents ^
t. rai troQTé 1« premier dans le hlue hook concermnt les affaires de Hongrie déposé au pariemeut ang^is le 15 aodt 1850, le second dans un recueil allemand contenant les principales pièces officielles du débat hongro-croate : Akiemiûeke zur GeschicfUe des MroatitekSlavomsh landlo^ef , herausgegiben «en
Pour former le royaume triunitaîre, à la Croatie et à la Slavonie doit se joindre la Dalmatie, car ce royaume, dès les premiers temps du moyen âge, complétait l'unité territoriale des deux autres.. Plusieurs des anciens rois de Hongrie ont été couronnés en Dalmatie { le ban faisait des donations dans ce pays ; c'est en vertu de ces anciens . droits que l'Autriche a obtenu cette province, déjà conquise en 1814 par les régiments croates ; enfin le diplôme du couronnement de l'empereur de 1830 reconnaît l'unité du royaume triunitaire. L'île de Mur, habitée exclusivement par des Slaves, le territoire des régiments -frontières croates et slavons, le district littoral de Piume et de Buccari, seront incorporés définitivement au royaume triple et un, dont ils ont originairement fait partie. Ce royaume pourra s'adjoindre par un lien fédéral la voïvodie serbe , et entretenir des relations officielles avec les districts slaves de la Carinthie, de la Carniole et de l'Istrie. Si les parties de l'ancienne Croatie qui sont actuellement soumises à la Turquie faisaient retour à la cou-
Stephan Pejakovie. On peut lire aussi sur ce sujet plusieurs études très-bien faites, entre autres Ueher das SelbstbesUmmungsrecht der Konigreichen Dalmatien , Croatien und Slavonien , Yon F. von Pretôcki ; — die Kroatische Frage^ Agram, 1867 ; — Politische Rûckblicke in Bexug auf Kroatien, Ton Emeric Bogovic; — die Gleichherechtigung ^ von J. Praus.
ronne de saint Etienne, elles seraient aussi annexées au royaume triple et un.
La nature du lien qui réunit ce royaume à la Hongrie est un sujet extrêmement délicat, sur lequel Croates et Magyars épuisent toutes les recherches de Térudition et toutes les subtilités de l'interprétation juridique. Les Hongrois prétendent que la Croatie fait partie intégrante du royaume de saint Etienne. Les Croates soutiennent que leur pays est un territoire indépendant, réuni à la Hongrie par un lien fédéral. L'historien Horvàth ayant dit que la Croatie était une pro* vince acquise par droit de conquête, ce mot suffit pour irriter tous les Slaves du sud et provoquer une foule de réponses indignées. Voici ce qui paraît résulter de ces débats.
La Croatie n'a pas été conquise par la force des armes. En 1102, Koloman,roi de Hongrie, voulant étendre ses frontières jusqu'à l'Adriatique, entra en Croatie avec une forte armée. Les Croates, au lieu de se défendre, envoyèrent au roi une députation de douze chefs choisis dans leurs douze tribus, et un traité fut conclu qui, tout en reconnaissant la suzeraineté de Koloman, assurait au pays une complète indépendance pour l'administration de ses propres intérêts. Le lien entre les deux pays était d'abord fort lâche ; mais par suite des progrès de la centralisation, qui eurent lieu
i€t comme partoni en Europe, il se resserra sans
cesse. Plusieurs rois de Hongrie se firent coureiH ner à Agram ; la Châtie avait une momiaie à elle, les rmnurinas, et des lois spéciales inscrites comnie telles âaas le corfu$ j%ri&; sod ban était investi d'une autorité indépendante et presque souveraine ; la pragmatique sanction fut acceptée par la diète croate trois ans avant que celle de Hongrie ne Teùt ratifiée. A partir du quinzième siècle, des députés croastes vont, il est vrai, si^er à la diète hongroise ; mais les lois votées à Presl)ourg doivent être ratifiées par la diète d' Agram. Ce n'est qu'en 1790 et 1791 que des lois portent qu'à l'avenir les levées d'hommes et de contribua tions pour la Croatie seront décidées au sein de la diète hongroise, tout en formant néanmoins un chapitre spécial. Ces impôts devaient être perçus par des agents croates. La Croatie n'envoyait à la diète hongroise, dans la chambre basse, que deux représentants; mais les chapitres, les trois comitats slatons, les villes royales et le district de Tiropola y avaient aussi leurs députés. Dans la chambre haute siégeaient le ban, qui, parmi les hauts fonctionnaires de la couronne de Hongrie, occupait le troisième rang, les évèques, les obêr-' gespane et les magnats croates.
On voit que la nature du lien qui unissait les deux pays est trèsHlifficile à déterminer. C'est un
lien complexe et mal défini cxMXïe il en existait beaucoup au moyen âge. Ailleurs la questioo eût pcéseaté peu d'imporianœ ; ici elle en avait beau- C90<ip, parte que, les Hongrois se plaçant sur le torain historique pour lutter coatre Vienne^ c'était prédfiément sur oe même terraiiiL que les Croates se retranchaient pour repousser les usurpations des Magyars. Lors du Tote des malheu^ peuses lois proscriyaut Tempioi de la langue stftTe^ le député croate Ossegovitch contesta émrgiquement i la diète le droit de légiférer sur une pareille matière, et de toute façon il avait raison.
En 1848, le programme de la diète d'Agram de^ nHtmia qne toutes les affaires fussent décidées par elle, sauf ce qui concernait Tarmée, les fi- Bances générales et les affaires étrangères, ma^ tières réservées à un parlement central. Le ban serait élu par la diète et installé par Tenipereur; ce viee-roî administrerait par l'entremise d'un conseil responsable. La langue croate deviendrait ridîome officiel, et tout fonctionnaire serait tenu de la connaître. Les troupes croates résideraient seules dans le pays; elles ne pourraient être appelées hors des frontières qu'en cas de guerre. L'érêque deviendrait archevêque et la cour d'appel Cùmr suprême, afin que tes affoires ecclésiastiques et judiciaires fussent toutes décidées en dernier
ressort dans Tintérieur du royaume. Le droit constitationnel, criminel et commercial devrait être commun avec la Hongrie. Des députés seraient envoyés aux deux chambres de la diète hongroise, mais les lois qu'on y voterait ne seraient exécutoires qu'après avoir été ratifiées par la diète d'Agram. La grande assemblée non officielle du 13 mars 1848 avait réclamé en outre la consécration de toutes ces libertés auxquelles aspirent les peuples modernes, liberté de la presse, liberté de réunion et d'association, libertés communales, le jury, la responsabilité des juges, l'égalité de tous devant la loi et une garde nationale.
En résumé, ce que les Croates voulaient obtenir des Hongrois, c'était exactement la situation que la Hongrie vient de conquérir vis-à-vis de TAutriche ; mais pour eux ce n'était là qu'un premier pas, qu'un moyen d'arriver à réaliser de bien plus vastes espérances. Ils ne songeaient à rien moins qu'à réunir un jour en un seul État toutes les populations slaves du sud soumises actuellement à l'Autriche et à la Turquie, c'est-àdire de ressusciter l'empire serbe de Douchajai le Grand. Aussi cessa-t-on de donner au mouvement national le nom d'illyrien, qui, par les souvenirs romains qu'il réveillait, pouvait offenser les Bulgares et les Serbes, et on adopta celui de
yougoslave, c'est-à-dire slave Bàéridional , le mot youg signifiant le sud.
Peu de temps après, Jellachich donnait le signal de la guerre civile, et lançait sur les Magyars les Slaves des régiments frontières, dont on exploitait les haines aveugles et Tobéissance passive. Les Croates furent très-mal récompensés de .leur dévouement à TAutriche. Il est vrai qu'on réunit à la Croatie le littoral de Piume et même rîle de Mur ; mais on ne lui accorda aucune des libertés qu'elle avait réclamées, et le ministère détesté de Bach leur enleva même l'autonomie, que ses anciennes institutions locales et son union avec la Hongrie lui avaient toujours garantie. Comme les Croates déçus le répétaient amèrement, on leur donnait pour récompense de leur dévouement le même régime qu'on imposait à la Hongrie en punition de sa révolte. Ils étaient préservés des envahissements des ultra-magyars, mais ils avaient bien plus à se plaindre des tentatives de germanisation de la bureaucratie allemande. L'oppression leur était devenue si insupportable qu'ils saluèrent avec bonheur, eux les soutiens dévoués de l'empire, les défaites de l'armée autrichienne en Italie pendant la campagne de 1859.
En 186), quand il s'agit d'envoyer des députés au parlement institué par la constitution de février, la diète de Croatie et de Slavonie reprodui-
sit en substance les demandes faites par la diète de 1848; réunion de la Dalmatie et des régimentsfrontières et rétablissement des libertés locales ; d'un autre côté, elle se déclarait prête à s'entendre avec la Hongrie pour le règlement des af-. faires communes. Les motifs de discorde étaient si nombreux que l'accord ne s'établit sur aucun point. La diète d'Agram refusa d'envoyer ses députés à Vienne. Malgré un manifeste très-habile et très-sensé adressé aux Croates par Deàk, Veatente avec les Magyars ne s'établit pas. Enfin la Dalmatie opposait à ses frères de Croatie la même résistance que ceux-ci offraient à toute tentative d'arrangement émanée soit de Pesth, soit de Vienne, et elle préférait envoyer ses représentants au parlement de M. de Schmerlîng plutôt qu'à la diète d'Agram. Cette tentative d'arrangement n'ayant pas abouti, le régime despotique et centralisateur inauguré par M. Bach continua de peser sur la Croatie. Toute l'administration était aux mains d'employés nommés par le gouvernement de Vienne et appuyés par les baïonnettes. L'ancienne organisation des comitats, ce boulevard des libertés, n'était pas plus respectée ici qu'en Hongrie. Les bureaux de la capitale gouvernaient ces contrées, dont ils méconnaissaient les mœurs, les besoins, les apirations. En 1824« on avait été jusqu'à imposer par un rescrit l'em-
ploi de rallemand dans les écoles de renseignement moyen. C'était encore ce système absurde qui avait si mal réussi aux Hongrois et qui con« siste à forcer une nation à se servir d'une langue étrangère, qu'elle prend par cela senlen horreur.
Les Croates accueillirent avec faveur les projets de fédéralisme du ministère Belcredi ; mais quand après Sadowa M. de Beust se résigna au dualisme, leur mécontentement ne connut plus de bornes. La diète d'Agram refusa de se faire représenter m couronnement de l'empereur à Pesih et elle fut dissoute. Celle qui fut élue pour la remplacer ne se montra pas animée d'intentions plus conciliantes à Tégard de la Hongrie. A l'époque où je visitais la Croatie, au mois de juin 1867, Tagitation était extrême. Chaque jour quelque incident mettait aux prises les magycLt-omanes et les nationaux.
Les partisans de l'union ayec la Hongrie étaient nombreux, non pas à Agram, mais dans le pays; c*étaient d'abord la plupart des magnats et des grands propriétaires, puis les personnes obéissant à Tinfluence du pouvoir central, enfin les Italiens de la côte et la grande majorité des habitants des deux villes les plus peuplées et les plus commerçantes, Ëssek et Warasdin, qui, situées sur les frontières de la Hongrie, entretiennent avec ce pays de nombreuses relations. C était surtout la question de Fiume qui mettait le feu aux esprits. L'exa*-
gération des prétentions opposées la rendait trèsdifficile à résoudre de façon à contenter les deux partis, . et ceux-ci y attachaient une importance extrême.
Fiumeestune petite ville maritime de lOOOOâmes, située sur l'Adriatique, au fond du golfe du Quarnero. Le port est assez bon, quoique d'un accès difficile ; mais comme il n'est relié à l'intérieur du pays par aucun chemin de fer, et que derrière la ville s'élève une chaîne de montagnes qui rend les transports très-dispendieux, le commerce ne peut y prendre aucun essor. Les produits de la Hongrie, de la Croatie même, vont à Trieste par la voie ferrée.
Fiume est june ville slave dont le nom originaire est Bieka, c'est-à-dire rivière; mais une grande partie de la population a été italianisée par suite des relations avec Venise, et l'on y parle généralement l'italien. La Hongrie tient énormément à Fiume, parce que c'est le seul point où son territoire aboutisse à la mer * , et Fiume veut
1. 11 nous semble que rimportance que les Hongrois ont attachée à Tannexîon de Fiume est tout à fait exagérée. « Il faut nous sairir du littoral, disait Kossuth en 1848, ou nous étouffons. » Sans la mer, entend-on répéter sans cesse, la Hongrie n a point d'avenir. C'est là une idée tout à fait surannée. Dans les conditions actuelles de rechange, il n'est point nécessaire qu'un peuple possède lui-même des ports pour faire un grand commerce. Nul pays n'en a relativement un plus considérable que
être incorporée à la Hongrie, d'abord parce que les Italiens ou plutôt les italianisés craignent la propagande ultra-slaviste, ensuite parce que la Hongrie est assez puissante pour réunir à son réseau ferré et aux provinces productrices du blé, par un chemin de fer direct, ce port maintenant délaissé. Faudrait-il donc pour cela enlever aux Croates un district complètement enclavé dans leur territoire pour le réunir à la Hongrie, dont il est séparé par toute Tépaisseur de la Croatie?
Jadis le petit canton de Fiume et de Buccari formait, sous le nom de littus hungaricum, une annexe de la couronne de saint Etienne, qui était rattachée directement à la Hongrie ; mais après la défaite des Hongrois, en 1849, le gouvernement autrichien, pour récompenser le dévouement des Croates, leur avait accordé le littoral. Après 1866, ceux-ci craignaient qu'il ne leur fût enlevé, et les
la Suisse, laquelle est située à quarante lieues du point d'embarquement le plus rapproché. L'Allemagne, qui a les excellents ports dR Hambourg et de Brème, fait venir une partie de ses importations par Rotterdam, Anvers et le Havre. Les expéditions en transit lèvent toutes les difficultés. Grâce aux récents traités, r£urope, sous le rapport commercial au moins, ne fait déjà plus qu'une fédération, et les négociants, pour exporter les produits, choisissent nq^ les bâtiments nationaux, mais ceux qui naviguent à meilleur marché. Fiume, même réunie à la Croatie, comme Texige sa situation, n*en restera pas moins ouvert au commerce hongrois, et la Hongrie sera préservée de toute marine militaire.
habitants de Fiume, au oontrairey manifestaient par toute sorte de démonstrations leur volonté d'être réunis à la Hongrie. Pour faire comprendre à quel degré la discorde sévissait jusqu'au sein d'une même dté, je citerai un inddent qui i cette époque passîontiait tout le pays. Les étudiants du gymnase ayant chanté des airs patriotiques croates, rétablissement fut envahi et saccagé par la foule furieuse. Le vke-gespann (soiis-|»réfet) Voncina fit arrêter les fauteurs du déswdre. Un commissaire royal nommé directement par la chancellerie intervint et donna Tordre de cesser toute poursuite. De là une irritation extrême dans tout le camp croate. Pour la contenir, on crut devoir remplacer le ban Socsevitch, considéré comme hrop national , par le général saxon Gabl^ia. Ia publication du journal ultra-croate le Fêzer fut sospenduey les fonctionnaires trop hostiles aux Hongrois, révoqués ou remplacés.
Je causai alors avec plusieurs des pèlerins slavophilesqui revenaient du fameux congrès ethnographique de Moscou. Us étaient indignés de ce qu'ils appelaient d*odieuses persécutions. « Les Magyars, disaient-!Is« n^ont qu'un but : nous enlever notre nationalité, notre langue, notre autonomie. Leur ncmibre diminue : ils ont peu d^enfants, et ils veulent combler les vides qui se font dans leurs rangs en magyartsant les autres
races. Pour y parvenir, ils ne reculeront devant aocun moyen : ils commenceront par la douceur ; mais, si nous résistons, ils auront recours à la violence. Vous connaissez leur résolution ée 184Ô, au moment même où ils se posaient en apôtres de la liberté. En Amérique, Kossuth a répété plusieurs fois dans ses discours qu'il avait commis une grande faute en ménageant trop les Slaves ^ Nous espérions que TAutriche nous défendrait. Pour conserver Tunité de l'empire, nous avons versé notre sang à flots. On vous parlera des vingt mille veuves des confins militaires , et ce n'est pas exagéré. Aujourd'hui, après avoir coupé l'empire en deux, on nous livre à la merci de ces mêmes Hongrois qu'on nous a fait égorger
1. IL «5t poanbla qu'es Amérique li»sul']i ait dit q<oeiques mots dans ce sens en faisant allusion aux excès commis par 1rs régiments-frontières; mais, pour être juste ^ il faut constater que dans tams ses discours ît s'est montré favorable au dévelof^- ■leiitde la nationalité croate. — « Ce n'est qu'à la eûsdition d'avoir pour voisine une Hongrie libre que les Slaves du sud peuvent espérer un libre développement de leurs rndividuaUtés nationales, lesquelles noes, Hoogrois^ nous désirons voir surgir,, et aiuquelles nous sommes disposés à prêter aide et assistance. La Hongrie est le boulevard de l'Europe contre le panslavisme, mais elle est sassi Valliée mturelle des nationaHtés croale , serbe et wafaiiqve; 4e mêste^ sans une Hongrie libre, jamais La Pologne et la Bohème ne pourront reconquérir leur nationalité perdue m Telles sont les remarquables paroles pronoocées par Kossuth en ISa8 ea la^tovre, et depuis lors ea toute ctrconstince il a expiiffié les Biémas idé%L
120 LES NATIONAUTÉS
autrefois. On nous accuse d'être partisans de la Russie. Il faut s'entendre : nous ne désirons point du tout être soumis au régime russe ; nous voulons jouir de toutes les libertés modernes, et nous croyons notre pays assez sage pour en faire bon usage. Nous admirons le patriotisme des Hongrois , leur éloquence , leur bravoure ; nous suivons avec intérêt les efforts qu'ils font pour le développement de leur littérature, de leur industrie, de leurs libres institutions. Nous n'oublions pas que, pendant huit siècles, nous avons partagé la même destinée, dans la bonne comme dans la mauvaise fortune. Nous sommes toujours prêts à leur tendre une main fraternelle ; néanmoins, s'ils essayeiit encore de nous ravir notre nationalité, qu'ils prennent garde à eux. Nous sommes un petit peuple, mais nous appartenons à une grande race. Plutôt que de nous laisser enlever notre langue et notre caractère propre , c'est-à-dire ce qui est notre génie, notre sang, notre vie, nous nous jetterions dans les bras de la Russie, cela est vrai, car la liberté politique , nous finirions toujours par la conquérir, tandis qu'une nationalité morte ne ressuscite pas. Il dépend des Magyars de ne point nous pousser à cette extrémité ; qu'ils accordent à Agram ce que Pesth a obtenu de Vienne, et nous serons les défenseurs les plus dévoués de la couronne de saint Etienne. Sinon,
voyez la statue élevée à Jellachich sur la grand'place de notre capitale Zagreb, qu'à la suite des Allemands vous appelez Agram. Le cheval du ban se dirige vers le nord, et Jellachich, de la pointe de son épée , montre les plaines de la Hongrie. C'est le chemin que suivraient un jour les Slaves du sud, en passant sur le corps des Magyars, pour s'unir à leurs frères du nord. Avec ou contre eux, nous marcherons à la^complissement de nos glorieuses destinées. » Les sentiments que ces paroles expriment se sont calmés, sans doute, par suite de la modération et de Thabileté du ministère hongrois, mais elles rendent bien la pensée intime de toute la nation.
Les prêtres étaient et sont encore à la tête du mouvement national. Ils suivent l'impulsion d'un prélat éminent, M. Strossmayer, évêque de Diâkovar. Ce personnage est l'homme le plus populaire des trois royaumes ; nous avons rencontré son portrait partout. Il s'est dévoué depuis longtemps au développement des lettres nationales. C'est lui qui a dirigé la souscription destinée à fonder une académie à Agram; il a donné luimême 125 000 francs, et, nommé président de l'institution nouvelle, il a prononcé le jour de l'inauguration, le 31 juillet 1867, un discours où il a exposé en termes éloquents et simples l'idéal des Yougo-Slaves. Il favorise la diffusion de Tin-
stnietioa dans le peu{de] et Térectioii d*écoks, parce qu'il sait que c'est le meilleur moyeu de fortifier la uatianalité slave.
Les {Hêtres croate» catboU^pies difierent beaucoup de ceux de TOceident. lia sont , comme le clergé inférieur hoogrois , plus dévoués à leur nationalité qu'à Rome. Us ont des allures indépendantes et fières. Yètus d'uni pantalon collant avec soutacbes ^ de bottes a la bongrotse , d'uae redingote serrée à brandebourgs y ils oot un air très-martial. Ils vivent joyeusement et détesteat les jésuites. Ils ont demandé, et l'assemblée de 1848 a réclamé aussi pour eu:i, rautorisation de dire la messe en langue vulgaire et de se marier. Us voient à côté d'eux leurs collègues grecs unis, soumis à Borne , avoir femme et ^if ants comme aux premiers temps de TÉgiisey et ils ne comprennent pas pourquoi ils ne pourraient faire de même. Le concordat a jeté «me teinte àe rigorisme sur leur existence facile, qui ne dMIérait guère de œUe des kïQiues. Même les bals qui se donoai^t au palais épiscopal ont complètement cessé , au grand r^ret de la jeunesse élégante d'Agram. En causant avec les différents eoclésîastiqttes que j'ai rencontrés , j'ai toujours été presque effrayé de l'extrèfoe violence de lairs sentiments patrioti* qnes. ^ ie leur prèdie en vain la «modération, me disait avec tristesse et les larmes aux yeux le vé-
néraUe évèque d'Agram , M. Haulik ; ils ne m'é^
coulent pas. Mes chanoines même m'abandonnent pour se jeter dans le mouvement. » En 1848, H. Haulik avait défendu avec énergie au sein de la {M'emière chambre de la diète de Pesth les droits de la Croatie; en 1867, son origine hongroise, ses admonestatioDS inspirées par la prudence et par Tamour de la patrie commune , suffisaient à le rendre suspect.
La puissance des iH*êtres est très-grande partout, principalement chez les peuples encore jeunes. Ils sont ses véritables, ses seuls instituteurs^ dans toute la force de ce beau mot. Ils entrent dans toutes les demeures; ils y pénètrent à l'instant où les plus graves événements de l'existence , la naissance, le nutriage, la mort, attendrissent rame humaine ; ils ont à parler non de ce qui nous courbe vers la terre , des soucis de la vie matérielle , mais de ce qui nous transporte dans la sphère des idées générales et des intérêts spirituels. Sortis du peuple, ils se servent de sa langue; ils savent quels sont ses préjugés, ses passions, ses vœux ; ils connaissent de près chaque famille , et nHgnorent pas quel est le mobile qui doit déterminer ses résolutions. Le poète lance le mouvement national , Thomme d'État en fornuile ks exigences; mais te prèire lui conquiert le p^ipte. C'est pour ce motif que dans ces der-
niers temps, en Autriche, on trouve toujours des évêques à la tête du mouvement des nationalités : en Bohême et en Moravie, les évêques de Prague et de Brûnn , mais ceux-ci ultramontains et n'appuyant l'agitation tchèque que pour faire opposition au ministère libéral, en Transylvanie, Tchaguna , é vêque du rite grec , travaillant à réveiller les Roumains , enfin Strossmayer entraînant les Yougo-Slaves, sans refuser Tappui de personne, pas même celui des popes serbes.
Le séminaire est en tout pays un centre d'action formidable, parce qu'on y forme des hommes réunissant deux qualités qui s'excluent d'ordinaire, l'obéissance passive d'un caporal de Frédéric Il et l'enthousiasme fanatique d'un séide de Mahomet. C'est dans les séminaires que le mouvement des nationalités a puisé cette force d'expansion qui le répand partout dans le bassin du Danube. Heureux les peuples dont les prêtres favorisent les progrès ! Ceux à qui manque ce privilège auront bien de la peine à voir leurs vœux s'accomplir. Le despotisme appuyé sur l'Église est un obstacle qu'pn ne renverse qu'au prix d'efforts si violents, qu'ils dégoûtent de la liberté toute nation qui n'éprouve pas pour elle cetjamour plus fort que la mort, dont parle l'Écriture.
£n 1868 des incidents nouveaux ont fait entrer la question croate dans une phase d'apaisé-
ment. La diète récalcitrante de 1867 a été dissoute et la loi électorale modifiée par un reserit royal , contrairement aux droits du pays , disent les Slaves. Le gouvernement n'a pas hésité à faire usage de son influence, et le résultat a été qu'il a obtenu la majorité au sein de la nouvelle assemblée. Seize députés de l'opposition ont déposé une protestation contre les actes illégaux du ministère et se sont retirés ensuite , laissant leurs places vacantes. La diète a nommé une délégation qui, réunie à une autre délégation de la diète hongroise, est enfin arrivée, après une longue élaboration, à un compromis dont la rédaction a été confiée à M. Zuvitch , et qui a été adopté par Ie$ deux pays intéressés. Afin de bien établir la pîtrite des droits, le texte de VAusgkich boii^iv croate est écrit dans les deux langues en i^^an l'une de Tautre. Voici les principales conditiQUî^ o' ce traité. La Croatie conserve sa diète ; celle-ci i «^ glera souverainement toutes les aflairesqui coi. cernent les pays croates, sauf ce qui est d'iutengénéral, l'armée, les douanes, les financeb. i uf ces affaires communes, la Croatie envoie 3i o*.,. tés au parlement de Pesth. Celui-ci doit doii' .. des séances spéciales où les députés croiu» ,. nent part à la discussion et au vot<'. L.
est beaucoup meilleur que celui (J(.^ <.
austro-hongroises. Il est plus bim^/.
partis peuvent échanger leurs idées de vive voix. C'est presque une organisation fédérale, et on est resté fidèle aux précédents historiques. D'ailleurs le parlement anglais vote aussi des lois , tantôt pour TAngleterre ou pour llrlande seulement.
Fiume envoie des députés à Pesth et à Agram.
Des revenus de la Croatie, 45 pour 100 sont réservés aux dépenses particulières du pays; le surplus est versé dans la caisse commune. La Hon*
grie intefviendra pour faire obtenir au royaume triunitaire son intégrité territoriale, c est-à-dire l'annexion des confins militaires et de la Dal~ matie.
En résumé , la Croatie occupe vis-à-vis de la Hongrie une position assez semblable à celle que la Hongrie occupe vis-à-vis de TAutriche. Les Croates ont lieti d'être satisfaits * . Les Magyars, si avides de domination autrefois , n'ont reculé aujourd'hui devant aucune concession. Ils ont voulu faire honneur à cette sage parole de Deàk disant aux Slaves méridionaux : « Voici un blanc seing ,
1 . Évidemment tous les partis ne sont point satisfaits, L«s patriotes extrêmes se plaignent de ce que la Croatie ne soit plus qu'une province hongroise, contrairement à l'antique maxime : Regnum regno non prœscrihit leges. — La liberté de la presse n'est pas respectée, disent-ils. Le Ban, le baron Rauch, administrateur à la main de fer, fait régner la terreur. C'est toujours le système de Bach. — Telles sont les plaintes; mais sont-elles bien justifiées?
ms(3*ivez-y vos conditions. Nous les acceptons d'avance. Sanf le démembrement du royaume de saint Etienne, auquel nous n'aurions pas le droit de consentir, nous ne refuserons rien. »
Pour résoudre la question des nationalités en Hongrie, les Magyars doivent abandonner cet esprit de propagande intolérante au profit de leur langue qui , en 1S48 , a soulevé contre eux toutes les tribus slaves. Je sais bien que l'intolérance armée du fer et du feu a jadis atteint^ en plus d'un pays, le but qu'elle se proposait, mais aujourd'hui elle n'est plus de mise. Tous les hommes de TÈOite temps, même, j'aime à le .croire, les partisans de l'inquisition, sont devenus trop humains pour que l'emploi des moyens impitoyables, les seuls qui aboutissent, soit encore possible.
La Hongrie a besoin du dévouement de toutes les races qui habitent son territoire. Si la plus nombreuse de toutes, celle des Slaves, était rejetée par des mesures maladroites dans une hostilité irréconciliable, toute guerre extérieure mettrait l'existence du pays en danger. On a vu ce qu'il en a coûté à l'Autriche d'avoir contre elle la haine des Italiens et l'opposition des Hongrois. Ceux-ci doivent surtout renoncer à imposer leur
langue. Elle a des qualités incomparables , je le veux bien ; mais elle est parlée par un trop petit groupe d'hommes , elle est ignorée de l'étranger, et elle ne se rattache par aucun lien aux idiomes indo-germaniques des autres nations européennes : elle est sine maire et sine sororibuSj comme l'a dit autrefois un écrivain magyar. Ceux de qui elle n'est pas la langue maternelle n'ont donc aucun intérêt à l'apprendre , et il est fort injuste de les y obliger.
Les Hongrois ont attaché, nous semble-t-il, une importance exagérée à ces questions d'idiome. En Belgique, une société de littérature flamande, qui a rendu de grands services à sa cause, avait pris pour devise : De taal is gansch het volk, la langue est toute ^a nation. Cette maxime si énergique n'est vraie qu'au début d'un mouvement national : elle cesse de l'être à mesure qu'un peuple avance. La langue, chose matérielle, simple combinaison de sons, ne doit être qu'un moyen, non un but. Tant qu'elle est le moyen de faire pénétrer l'instruction chez un peuple, de le relever, de l'éclairer, on ne peut faire trop de sacrifices pour la cultiver et en répandre l'emploi ; mais il ne faut pas oublier que le but est la civilisation, c'est-à-dire le bien-être, les lumières, la moralité de tous. Un Chinois qui reconnaîtrait que sa langue maternelle est un mauvais instrument de la
pensée se hâterait d'en changer, s'il était raisonnable. Les Allemands qui émigrent en Amérique parlent bientôt l'anglais, et leurs enfants sont de parfaits Yankees. Sont-ils très à plaindre parce qu'ils ont abandonné la langue de Goethe pour celle de Shakespeare?
Les populations peu nombreuses qui parlent un dialecte particulier comme les Hongrois , les Hollandais , les Danois , ont un désavantage évident : elles sont isolées du mouvement général des esprits , et elles s'en apercevraient bientôt, si la connaissance très-générale de l'allemand et du français ne les rattachait aux autres peuples. Aussi je comprends les efforts tentés de différents côtés pour faire prévaloir les grandes langues littéraires, le français, Titalien, l'anglais, l'allemand et le slave.
Je m'étonne surtout, je l'avoue, quand je les vois proscrire pour assurer l'emploi exclusif et jaloux du dialecte national. C'est là un tort des Hongrois, qui s'explique au reste par la résistance qu'ils ont dû opposer aux empiétements de la cour devienne. Luttant contre les Autrichiens, ils ont été entraînés à proscrire leur langue, sauf à la remplacer par le français autrefois, par l'anglais maintenant, depuis que c'est à l'Angleterre qu'il faut demander des exemples de liberté politique.
Aujourd'hui que les Hongrois n'ont plus à com-
battre r Autriche ppur conserver leur indépen^ dancé^ ils devraient revenir à l'alletnand , et l'en^ seigner même dans toutes lés écoles populaires, comme on apprend le français en Hollande et en Allemagne , sans croire qu'on porte atteinte à la nationalité. Presque tous les Hongrois parlent déjà Tallemand. C'est par cette langue qu'ils peuvent entretenir des relations avec le reste de l'empire, avec les autres nationalités, avec la science européenne ; il est donc indispensable d'en répandre autant que possible la connaissance approfondie.
Dans son beau livre sur la question des nationalités , le ministre actuel de Tinstruction publique, M. Etôvôs, a bien indiqué , nous semble-t-il, comment il fallait la résoudre dans les limites mêmes de la Hongrie. Il n'admet pas qu'il faille diviser le pays en cantons dévolus à telle ou telle race et dont la langue officielle serait fixée par le parlement. Celui-ci , dit-il avec raison, se rendrait odieux à tous ceux qui se prétendraient sacrifiés- La mesure serait presque inexécutable pjirtout où des populations d'origine différente vivent entremêlées. Mieux vaut abandonner ce point aux décisions des administrations locales. Les ,çomitats, les communes, les différents cultes, choisiront la langue qu'ils voudront. Droit égal pour tous, voilà le principe qu'il faut consacrer.
et dans un pays aussi décentralisé que la Hongrie il est facile de l'appliquer.
La question des idiomes aurait pu se Sattlever en Suisse et en Belgique , car en Suisse trois langues sont en usage, le français, l'allemand et l'italien, et deux en Belgique , le français et le flamand ou néerlandais; Jusqu'à présent il ne s'est présenté aucun conflit sérieux, précisément parce que la loi laisse. chacun libre de faire usage de la langue qu'il préfère. Si Tune ou l'autre avait été rendue obligatoire, si surtout les pouvoirs publics s'étaient efforcés de faire prévaloir l'une d'elles considérée comme langue officielle, les mêmes antagonismes, les mêmes hostilités qu'en Hongrie n'auraient pas manqué de se produire.
' A la diète de Pesth , la seule langue dont la loi autorise l'emploi est le hongrois. Cette prescription est impôlitique, et, quoi qu'en disent les Magyars, point du tout nécessaire. Proclamez la liberté des idiomes , quel inconvénient en résultera-t-il? Un orateur emploiera i^Uemand détesté : soit ; mais , tout le monde le comprenant fort «bien, la discussion n'en souffrira pas. Quel- <ïttes-uBS s'exprimeront peut-être en serbe ou en roumain 7 afin de porter leur dialecte à la tribune ; mais quiconque aura un but sérieux et voudra agir -sur l'assemblée se servira évidemment de l'idiome qu^elle èomprsnd. S'agit-il du procès-
verbal, qu'on prenne un sténographe qui sache le roumain elle serbe, ou deux sténographes, et toute difficulté disparait. Dans les séances du congrès international des sciences sociales auxquelles j'ai assisté , j'ai entendu parler tour à tour français, italien, allemand, anglais, espagnol et hollandais. Ceux qui ne comprenaient pas étaient libres de ne pas écouter, et il n'y avait pas d'idiome officiel humiliant les autres de ses prérogatives légales. £n Belgique, les députés flamands ont le droit de se servir au parlement de leur langue maternelle ; mais , comme ils ont l'avantage de parler deux langues qui leur ouvrent l'entrée, Tune du monde latin, l'autre du monde germanique, ils ont le bon goût d'employer celle que comprennent leurs collègues wallons. Proclamez la liberté, supprimez toute exclusion , et cette question , qui a fait couler des flots de sang , qui a failli causer la perte de la Hongrie , se réduira à une simple affaire de courtoisie qui, entre gens comme il faut et éclairés, sera bientôt réglée.
Dans l'arrangement conclu avec la Croatie, les Hongrois ont sagement renoncé à cet esprit de prosélytisme hautain et tracassier qui les a perdus en 1848; mais ce n'est pas assez. Leur intérêt leur commande de favoriser par tous les moyens ce mouvement yougo-slave qu'ils ont tout fait jusqu'à présent pour étouffer. Ils doivent
appuyer les demandes que les Croates adressent à Vienne afin d'obtenir la reconstitution territoriale du royaume triunitaire par l'annexion des confins militaires et de la Dalmatie. Ils doivent contribuer à la fondation à Agram d'une université slave, qui puisse devenir le foyer du progrès littéraire et scientifique de ces contrées, et qui étendra son influence jusqu'au delà de la Save. Il faut aussi qu'ils soutiennent les clergés catholique et grec dans leurs efforts pour acquérir plus d'instruction et plus d'indépendance. C'est en agissant ainsi qu'ils se fortifieront, qu'ils grandiront, qu'ils rendront à leur patrie ses anciennes limites, et qu'ils deviendront véritablement les représentants de la civilisation en Orient.
Plusieurs Hongrois influents et éclairés des deux partis m'ont répondu : « Nous ne désirons aucune extension territoriale^ nous avons assez de terres et trop de Slaves, t — Je comprends ce langage : la conquête, en eflet, est une idée barbare. Les despotes ont intérêt à s'annexer des provinces nouvelles, parce qu'elles fournissent des soldats à leurs armées et des revenus à leur trésor ; mais les nations libres, dès qu'elles ont de bons traités de commerce, n'ont plus rien à gagner à l'agrandissement de leur territoire ; les plus petites sont les plus heureuses. Saint-Marin et le val d'Andorre sont les édens de l'Europe. Si donc la
Hongrie pouvait simplement conserver ses limites actuelles, nous n'aurions qu'à l'en féliciter; mais le pourra-t elle? Non, Taffaissement de l'empire turc et les mouvements des Yougo^Slaves ne le lui permettront pas. L'éternelle question d'Orient la saisira malgré elle. Je crois qu'il est pernais d'affirmer que la solution de cette question est entre les mains, non, comme on le répète, de la France, de l'Angleterre ou de la Russie, mais de la Hongrie, et que l'issue qu'elle aura dépendra de la politique suivie à l'égard de la Croatie^ Ce point est si important pour l'Europe tout entière qu'il mérite quelques développements*
L'empire ottoman tombe. Sa chute est irrémé-* diable. Elle est lente, mais continue; rien ne l'arrête, les réformes même la précipitent, et ce qui devrait sauver le croissant achève de le perdre, n y a deux siècles à peine, les Turcs faisaient, trembler l'Europe, et lançaient leurs janissaires jusqu'au. cœur de notre continent; aujourd'hui, sans Tappui de certaines puissances chrétiennes, ils n'auraient qu'à reprendre le chemin de l'Asie* Leur territoire diminue sans cesse ; ils ont perdu successivement la Hongrie, la Transylvanie,, la
ET LES SLAVES DU StJD. l^
Grèce, la Moldavie, la Valachie, la Serbie en Europe, et en Afrique, TAlgérie et TÉgypte.
Ce qui est bien plus grave, leur nombre décroît plus rapidement encore que leur territoire. Corn-* bien reste-t-il de Turcs en Europe? Une poignée, peut-on dire, l million )/2 en 1861, suivant la Société géographique de Vienne, 1 million sui^ vaut d'autres calculs. En Bosnie, il n'y a d'autres Turcs que les fonctionnaires; les mahométans, qu'ont rencontre au nombre de 400 000, sont des Slaves qui ont embrassé autrefois l'islamisme pour échapper aux persécutions des vainqueurs ; mais ils n'ont cessé de détester ceux-ci, et ils sont toujours les premiers à serévolteT contre eux. Dans la Dobrudja, il y a un groupe compacte d'Osmanlis; il s'en trouve aussi dans quelques^ villes de la Roumélie et de la Bulgarie, mais ils fondent avec une rapidité qui étonne. Le lieutOn nant-colonel Peale, consul d'Angleterre en Bulga^ rie, affirmait en 1864 que dans la 'partie de cette province au nord du Balkan leur nombre avait diminué de plus de 100 000 en dix ans. A ce compte, avant un demi-siècle, il n'eq restera plus du tout.
Le Turc ne manque pas de certaines qualités, et beaucoqp de voyageurs le préfèrent au Grec; toutefois il n'a point du tout celles qui font la. force des États modernes. Il ne travailla pas et se
multiplie peu. C'est tout le contraire de FAnglo- Saxon, qui couvre le globe entier de sa progéniture et remue les; eaux et la terre, sous toutes les latitudes. Le Turc a horreur du changement et n'aime que le repos ; TAméricain ne rêve que progrès et ne se plaît que dans le mouvement ; l'immobilité, qui fait le bonheur du premier, tuerait le second. Un Yankee a gagné un million de dollars : c'est pour lui, non le moyen de bien vivre, mais une première mise de fonds pour en gagner d'autres. Pourvu que le Turc ait son plat de pilau, il passera la journée à faire le kief. Je ne déciderai pas lequel des deux est le plus sage; néanmoins il est certain que l'un conquerra l'Occident la pioche à la main, tandis^ que l'autre achèvera de perdre F Orient le tchibouc aux lèvres. Ce résultat sera amené non par suite d'insurrections armées, mais par l'effet irrésistible des lois économiques.
Qu'adviendra~t-il après? Naguère, quand on n'avait égard qu'aux convoitises des souverains, on parlait de partager l'empire turc entre les grandes puissances. Depuis que les vœux des peuples commencent à se faire entendre, ces plans de partage sont abandonnés. L'Angleterre, qu'on accusait de vouloir s'emparer du Péloponèse ou de Candie, vient de prouver combien elle tient peu à des possessions peuplées de races hostiles,
en donnant i la Grèce les iles Ioniennes enrichies, civilisées sous son excellente administration. La France doit être, semble-t-il, refroidie à l'égard des expéditions lointaines, et l'Algérie offre un champ assez vaste à son activité. Restent la Russie, qui voudrait, dit-on, prendre tout, et l'Autriche, qui affirme ne vouloir rien. Quoi qu'il en soit, les héritiers naturels des Osmanlis sont les populations slaves et grecques, les anciens propriétaires du territoire. Les Slaves sont au nombre de 8 millions environ, les Albanais ou Chkipétars, plus qu'à moitié Slaves aussi, de l mil* lion et demi, et les Grecs environ 1 million.
Les Yougo-Slaves ont derrière eux un passé ^i, par ces effets de mirage dont se consolent les nations opprimées, est devenu l'idéal d'avenir sur lequel se fixent tous les yeux. Dès les temps les plus reculés, même avant la domination romaine, des tribus slaves ou Slovènes semblent avoir occupé tout le pays qui s'étend au sud du Danube et de la Drave, depuis les sources de cette rivière jusqu'à la mer Noire *. Au septième siècle,
1 . II paraît très-probable que les Thraces de l'antiquité étaient les ancêtres des Tougo-Slaves de nos jours. Hérodote regardait les Thraces comme la nation la plus forte de l'antiquité; il est impossible qu'elle ait disparu sans laisser de traces, et qu'elle ait été remplacée par une autre race, sans que l'histoire nous montre comment. Le nom de Ràttan^ qu'on donne en Hongrie
les Serbo-Croates, appelés par Tempereur Héracliuà, s'y établirent aussi, et par suite de leur caractère belliqueux acqxijrent une prépondérance complète. De 867 à 889, les deux apôtres des Slaves, Cyrille et Méthode, les convertirent au christianisme ainsi que les Bulgares. Ces populations continuèrent longtemps à mener leur existence primitive sous l'autorités de chefs élus, les ^ot*-. pans. Elles formaient ainsi une foule de petites républiques indépendantes reposant sur la com'^ munauté des terres, ce qui est encore à peu près le régime en vigueur dans ce pays. De la joupanie de Zçta, près du lac d'Ochrida, sortit enfin une famille qui eut assez de vigueur et d'esprit de suite pour réunir les autres joupanies sous sa loi. Ce fut celle des Némania. Etienne Némania établit la forme monarchique. Après avoir conquis toute la péninsule jusqu'à la Save et au Da« nube, sauf le petit territoire conservé par l!em^. pire byzantin, il mourut tsar de l'empire serbe en 1195. Le tsarat de Serbie parvint à l'apogée de sa puissance sous Etienne Douchan, surnommé.
SUrd, le Fort. Ce grand homme soumit F Albanie, la Macédoine, battit les Hongrois, fortifia Belgrade,
aux Serbes et aux Slaves du Sud^ ne vient-il pas du mot ThraceT Les anciennes inscriptions *et les mots éparsdans les livres grecs ne s'expliquent que par le yougo-slave. V. Moke^ Histoire dei; Francs f I, p. 2W.
donna un excellent code de lois à ses peuples, fit régner partout lu sécurité, encouragea les arts, et voulut enlever Byzanee à ses maîtres dégénérés, afin de défendre, au moyen de ses vaillants guerriers, le Bosphore et toute la péninsule contre les Turcs, déjà établis à Brousse. . Après sa mort, survenue en 1356, à un jour de marche de Constantinople, l'anarchie éclata entre- les grands vassaux. Le tsar Lazar, trahi par Vouk Brancovitch, perdit la bataille de Kossovo (1389)^ qui livra Tempire serbe aux Turcs, comme Mohacz devait leur donner la Hongrie.
La défaite de Kossovo a été un malheur immense pour rOrient. La domination turque a arrêté net le développement de la civilisation yougoslave, qui au treizième siècle n'était pas inférieure à celle de l'Europe centrale. La Serbie entretenait un commerce important avec l'Italie par ses ports de la côte illyrienne; Des villes florissantes s-étaient élevées là où il ne reste plus aujourd'hui que de misérables hameaux. Des manuscrits, des bijoux, des monnaies, des églises encore debout, prouvent que la culture des arts avait pénétré dans le pays, parcouru dans tous les sens par les marchands étrangers. Les tsars de la dynastie des Némanides épousaient des filles des patriciens de Venise, des rois de Hongrie et des empereurs de Constaptinople.
C'est cette antique civilisation serbe que les Yougo-Slaves veulent faire renaître en effaçant toutes les traces du sanglant et lamentable épisode de la domination du croissant. Un travail profond s'accomplit chez toutes ces populations, demeurées courbées sous le joug affaibli mais maladroit et lourd des pachas. Le sentiment national les a réveillées ; les mêmes espérances les unissent. Les Bulgares tendent la main aux Serbes, et les indomptables Monténégrins aspirent à se joindre à eux. Malgré certaines nuances de dialecte, tous se comprennent. En Bosnie, les Slaves mahométans tiennent plus à leur race qu'à leur culte, et sont les ennemis les plus impatients des Osmanlis. Le clergé national se dérobe à l'influence démoralisante des évêques phanariotes que la Porte leur impose. Les paysans mêmes se montrent avides d'instruction, et partout où s'établit une école, fût-elle ouverte par les missionnaires américains ou écossais, ils y envoient leurs enfants. Les ballades patriotiques des Serbes sont chantées partout. La culture de la terre est mieux conduite, le goût de l'épargne s'introduit; sans la crainte du fisc, l'aisance suivrait.
Les Bulgares, chez qui un peu de sang touranien se mêle au plus pur sang slave, forment un peuple modèle. Us sont très laborieux, très-propres, honnêtes, chastes, persévérants; on ne leur
fait qu'un reproche, c'est d'être trop doux et trop soumis. Le Serbe , comme le Monténégrin , est plus belliqueux, plus avide d'indépendance, plus occupé de politique ; c'est de lui que part l'agitation nationale, dont les flammes contenues agitent toute la péninsule. L'isolement dans lequel vivent ces peuples, par suite de la difficulté des communications, arrête leur progrès et prolonge leur repos ; mais que le chemin de fer récemment concédé ' de Belgrade à Gonstantinople, avec em-
1. Cette ligne de chemin de fer vient d'être concédée à une compagnie belge qui a Tintention de pousser activement les travaux. M. J. von Hahn, consul d'Autriche en Grèce, mort récemment, a publié une étude extrêmement instructive sur cette ligne, qui ne peut manquer de devenir Tune des grandes artères du commerce européen. Pour toute TEurope centrale, ce sera la ligne la plus courte vers Alexandrie et Tlnde. Prolongée jusqu'au Pirée, elle l'emporterait sur Brindisi, même pour un voyageur partant de Londres. Il y a d'Alexandrie au Pirée 511 milles marins, à Salonique 679, à Brindisi 835, à Trieste 1237, à Marseille 1425. Salonique est donc plus rapprochée d'Alexandrie que ne l'est Marseille de 755 milles. Un vapeur faisant environ 10 milles marins à l'heure, la malle arriverait à Salonique 75 heures plus têt qu'à Marseille, et à Londres, avant qu'elle touche ce dernier port. Avec le prolongement jusqu'au Pirée ou jusqu'à Monembasia dans le Péloponèse, à 482 milles de l'Egypte, l'avantage devient encore bien plus notable. Pour les trajets rapides, il faut gagner la terre le plus têt possible. L'ouverture de cette magnifique voie, dit M. vcnHahn, ferait dePesth et de Belgrade les principales étapes du commerce avec l'Orient, et rendrait la vie à toute la Turquie d'Europe. Par Gonstantinople , la mer Noire, le chemin de Titlis à Poti, en construction, la mer Caspienne, et par une voie ferrée à ouvrir le long du Syr-Daria, en
branchement sur Saloniqne, se «construise, et^I'éttiancipation des Yougo--Slaves de la Turquie, certaine en tout cas, est hâtée d'un demi-siècle. Les étonnants progrès accomplis par la Serbie indépendante dans l'espace de dix ans montrent tout ce que Ton peut attendre de ces populations intelligentes , et le jeune Milan , — élevé au foyer d'un philosophe français dont on regrette la mort prématurée, M. Huet, — ne sera pas moins utile à son pays que l'infortuné prince^ Michel.
La Hongrie ne peut rester indifférente à ce grand mouvement qui s'accomplit sur sa frontière et qui intéresse à un si haut degré plusieurs de ses provinces ; mais que fera-t-elle? S'y montrera-t-elle hostile, comme elle Ta fait jusqu'à ce jour? Elle ne parviendrait pas à empêcher le triomphe final ; elle ne réussirait qu'à s'aliéner ses Slaves à elle, qui n'attendront que l'occasion de se joindre à leurs frères de l'autre côté dé la Save, fût-ce avec l'appui de la Russie. Pour éviter cette funeste extrémité, elle sera obligée, malgré elle peut-être, de favoriser le mouvement national des Slaves méridionaux en Croatie d*abord, au delà du Danube ensuite. Serait-eHp donc amenée alors à inquiéter le gouvernement turc et
tQoinsde quinze jours en irait aux Indes. Si nous étions aiix Ëiats- Unis, il ne faudrait pas quatre ans pour réalisa ce rêve.
A pousser ses sujets chrétiens à la révolte ? Aucunement. Il suffit de mettre plus à la portée de ceux-ci tous les éléments de la civilisation, l'instruction, les livres, les chemins de fer et les connaissances pratiques qui rendent le travail plus fructueux. Ce qui assure F affranchissement de ces populations, c'est que leur cause se confond avec celle de la civilisation moderne et qu'il faudrait anéantir celle-ci pour maintenir leur asservissement.
. La Hongrie doit isdîandonner la vieille politique de r Autriche, qui fut longtemps aussi celle de rAngleterre, et qui consistait à comprimer le développement des raïas de la Turquie pour éviter la dislocation de l'empire ottoman. Cette politique, à laquelle lord Palmerston et lord Stratford de Redcliffe se sont dévoués avec une énergie et une obstination sans pareilles, est aujourd'hui condamnée par touis les hommes d'État anglais qui savBat prévoir l'avenir et par tous les voyageurs anglais qui récemment ont visité cette région. Le ministre des affaires étrangères de la Grande- Bretagne, lord' Stanley, inésumait naguère de la âbQon ia plus nette les. idées qui ne tarderont pas Â'préYaioir à oe sujet eu Angleterre. €< Je ne puis m'expliquer que par l'empire qu'exercent d'ancîecknes traditions diplcimatiques la résolution de nos vieux hommes d'État de «soutenir toujours les
Turcs, qu'ils aient tort ou raison. Nous nous faisons des ennemis de races qui avant peu domineront en Orient. Je pense que nous arrêtons ainsi le progrès de contrées dont Tamélioration profiterait à nous, qui sommes les grands commerçants du monde, plus qu'à tout autre pays. Il m'est impossible de voir l'avantage actuel ou futur que nous pouvons retirer de notre conduite. »
De ces paroles on peut conclure que dans la question d'Orient la Russie est la seule puissance dont la politique ait été intelligente, suivie, prévoyante, et, pourquoi ne pas le dire? humaine. Elle n'était pas désintéressée, objectera-t-on. Je l'admets ; mais en accusant ses visées ambitieuses croit-on effacer le souvenir des services qu'elle a rendus? La Russie envoie aux Serbes , aux Bulgares , aux Bosniaques , aux Monténégrins , des souscriptions pour . bâtir des églises et fonder des écoles, des livres pour les bibliothèques, des vases sacrés, des ornements pour la célébration du culte. L'impératrice soutient une école de jeunes filles à Sarayevo ; quand les raïas sont victimes de quelque injustice trop criante, l'empereur réclame pour eux. Ainsi donc, tandis que les autres puissances compriment, comme le dit lord Stanley, l'essor des populations yougo-slaves, la Russie le favorise en encourageant tous les progrès de la civi-
lisation. Et Ton s'étonne qu'elles se montrent reconnaissantes envers la Russie, tandis qu'elles se défient de l'Angleterre et de la France, et détestent l'Autriche ! Un enfant a deux protecteurs : l'un le rudoie et le maintient dans Tignorance, l'autre le caresse , l'instruit et s'efforce d'en faire un homme. Aurez-vous lieu de vous indigner, quand il s'éloignera du premier pour s'attacher au second ? On fait juste ce qu'il faut pour susciter le panslavisme, et quand il apparaît, on le couvre d'injures et de malédictions, ce qui exaspère le mal sans le guérir. Détruisez les causes, et le mal se dissipera.
Si la Hongrie établissait avec la Russie, non une stérile et irritante lutte d'influences à Constantinople, mais une généreuse et féconde rivalité au delà du Danube à qui rendrait aux raïas le plus de services , la Hongrie l'emporterait certainement dans ce concours, dont le prix serait la reconnaissance d'un peuple malheureux et qui ne mérite pas de l'être.
Tout d abord, elle trouverait un moyen d'action infaillible, irréprochable et prompt dans le développement intellectuel et matériel de la Croatie satisfaite, qui deviendrait un foyer, rayonnant partout où se parle l'illyrien. En second lieu, le plan qui a le plus d adhérents au sud du Danube est celui qui consiste à fonder une puissante fédéra-
tion par Tunion avec les Hongrois et les Moldo- Valaques. En troisième lieu, la proximité, la frontière commune du Danube et de la Save, font naître des nécessités géographiques dont il est impossible de ne pas tenir compte. Enfin , raison plus forte que toutes les autres, la Hongrie représente la liberté, et la Russie le despotisme.
Le génie des Slaves les porte à des institutions républicaines, communistes et fédératives, à des autonomies locales, et si jusqu a présent ils ont été partout asservis, c'est justement parce qu'ils ont manqué de cohésion. La Russie, au contraire, est le modèle le plus achevé de la centralisation mise au service du despotisme. Aussi quand Pierre le Grand a introduit ce régime dans son empire, Ta-t-il emprunté non aux traditions de la race slave, mais aux exemples des royaumes latins, et c'est au moyen d'Allemands qu'il l'a appliqué et que ses successeurs l'ont maintenu. C'est donc faute d'autres alliés et en oubliant de naturelles antipathies que les Yougo-Slaves se sont tournés vers la Russie. Si la Hongrie leur tendait une main fraternelle, ils l'accepteraient avec bonheur, car ils trouveraient chez elle l'exemple des institutions qui leur conviennent et des libertés auxquelles ils aspirent. Ces populations ont toujours nourri à l'égard de la Russie une défiance ins* tinctive. A Belgrade, je l'ai constaté dans le3 plus
hautes régions, et il a fallu la politique hostile des puissances occidentale^ pour la faire mettre momentanément en oubli. Si l'on veut se rappeler le programme des réformes réclaméiBS par la Croatie en 1848, il fendra bien avouer que ce n'est pas précisément le régime moscovite que ce pays demandait.
Mais la Russie ne s'offenserait-elle pe^s de l'attitude nouvelle que prendrait la Hongrie? Sans doute, si les Magyars voulaient étendre leur in-î fluence ou leurs frontières, les armes à la main, à la façon de leurs anciens rois, ils échoueraient probablement; mais qui pourrait leur chercher querelle parce qu'ils donnent toute satisfaction aux Croates et qu'ils travaillent, à côté de la Russie, au triomphe de la cause dont celle-ci s'est constituée le défenseur ? Je suis de ceux qui croient qu'un grand avenir est réservé à la Russie, mais point du côté de l'Europe. Il est de l'intérêt de l'humanité, quoi qu'en puissent dire les Anglais, que la Russie s'avance dans les régions inhabitées de la Tartarie, qu'elle féconde le riche bassin de l'Amour, celui du Syr-Daria, même Bokhara, dont elle vient de s'emparer, et le centre du continent asiatique.
Sans s'effrayer du fantôme du panslavisme, sans s'occuper de maintenir le fameux équilibre des puissances, qui bientôt, par la. force des choses,
ne sera plus qu'un souvenir historique , et en né considérant que l'intérêt général de la civilisation, on peut affirmer, je crois, que la Turquie d'Europe ne doit pas tomber aux mains de la Russie. Les nécessités géographiques l'obligeraient de s'annexer aussi la Hongrie et la Roumanie. D faudrait donc soumettre à un régime autocratique des populations mûres pour la liberté, et étouffer par la force leurs plus légitimes résistances, n en résulterait une lutte à mort qui ébranlerait Tempire russe, ou qui l'entraînerait a l'application de ces mesures de rigueur sous lesquelles gémit la Pologne. Aux bords du Danube, elle trouverait une Lombardie. Comme pour l'ancienne Autriche, l'extension de son territoire serait une cause de faiblesse pour elle, de ruine pour ses sujets, de deuil pour l'humanité. Si elle veut suivre la trace de sa nouvelle alliée l'Union américaine, qu'elle renvoie comme celle-ci ses soldats dans leurs foyers, que par l'instruction elle réveille l'activité de tous, qu'elle mette en valeur les fertiles déserts de son territoire. Voilà sa mission, et elle ne pourrait la remplir en s'étendant jusqu'au Bosphore. La péninsule transdanubienne aux Yougo-Slaves, telle est la seule solution de la question d'Orient que puissent accepter la France, l'Angleterre, TAutriche et même la Prusse de M. de Bismarck.
La Hongrie a promis de réclamer pour la Croatie Tadj onction de la Dalmatie, qui maintenant fait partie de la Cisleithanie, et qui envoie ses députés au Reichsrath de Vienne. Si TAutriche est prévoyante, elle donnera cette satisfaction à la Croatie. Qu'on veuille considérer un moment ce que c'est que la Dalmatie.
La Dalmatie n'est qu'une étroite langue de terre resserrée entre l'Adriatique d'un côté et les montagnes de l'Herzégovine de l'autre, sur une longueur de plus de 80 lieues, avec une largeur de quelques kilomètres à peine. On y compte 400 000 habitants possédant 22 000 chevaux, 20000 bêtes à cornes et 800 000 moutons. Le total des exportations et des importations monte à une soixantaine de millions de francs. Le climat est délicieux r c'est celui de l'Italie. Des oliviers magnifiques y donnent d'abondantes récoltes. Cette province est un débris de l'ancien tsarat serbe conquis par Venise, défendu par elle contre les Turcs et cédé à l'Autriche en 1815, comme une annexe de la république des doges. Ce qui en fait l'importance, c'est que son littoral profondément découpé, ses innombrables îles, ses ports nombreux, sont peuplés d'une foule de matelots excellents qui montaient autrefois les galères vénitiennes et qui naviguent aujourd'hui sur la marine commerciale et militaire de l'Autriche. Le
t5d • ILES NATIONALITÉS
iaiïA de la populatioh est slave. La statistique Compte 20 000 Italiens, et encore sortt-ils plutôt Illyriéns. On parle italien dans les villes. C'est un héritage de la domination de Yenîse.
Oh ne peut le nier, il y a en Dalmatie un parti qui rêve la réunion à Tltartie. Ce même parti existe bien à Trieste, où il se -remue beaucoup, et pourtant la réalisation de bes vœux amènerait la ruine de la ville, et n'apporterait autun avantage sérieux à ^Italie^ L'annexion de la Dalmatie au
1. Pendant mon séjour à Trieste (J 867), j'assistai à un incident (Jûi peint bien les maiiifestations italianissimes dont cette ville eift de tetniis en temps le théâtre. Vne sbûiété venait de fonder une de ces brasseries viennoises où Ton se réunit le soir pour boire de la bière et écouter de la musique; mais le chef de l'établissement étant Allemand, lestriestins n'étaient pas vetms. tJn Italien le remplaçait, et une fête devait signaler son entrée en fonction. Deux orchestres jouaient; l'un, arrivé de Venise, l'autre appartenant à un régiment autrichien. Les italianissimes éhtouraient le premier et applaudissaient avec fureur les airs italiens , eq les faisant répéter plusieurs fois de suite. Le parti autrichien^ de son côté, applaudissait la musique du régiment. Énûn un certain air italien est bissé dix fois de suite. Un indi- 'Mm se lève et fait entendre un fortnidable coup de sifRet. Grande rumeur : on veut l'expulser. Cinq jeunes gens se jettent sur lui; mais de son poing terrible il les envoie rouler sous les titbl^^ se rassied tranquillement et commknde un verre de bicre. Ce calme et cette vigueur herculéenne suffirent à tenir les assaillants en respect. Le consul de Prusse m'apprit que ce hardi ch'aihpion de rAUtriche était un Prussien. La police vint demiandër les ordres du colonel. « Que la musique contitiue, répondit-il avec beaucoup de tact, notis en avons vu bien d'autres en Italie. Ces manifestations u*ont d'autre importance que celle que la compression leUr donne. »
royaume italien ne serait pas une combinaison moins désastreuse. Ce n'est certes piis au nom du principe des nationalités qu'on peut la réclamer, puisque la population est serbe. Cette union ne favoriserait aucunement le commerce des ports dalmates, et elle vaudrait à l'Italie la haine implacable de tous les Yougo-Slaves, à qui on enlèverait un littoral qui historiquement leur appartient et qui géographiquement leur est indispensable.
De toute nécessité, la côte dahnate doit être réunie à la Bosnie et au Monténégro. Comme le •disait un jour un guide monténégrin à Mme Muir -Mackensie, la Dalmatie sans la Bosnie, c'est un visage sans tète, et la Bosnie sans la Dalmatie, c'est une tête sans visage. Faute de communications avec les pays qui s'étendent derrière eux, les ports dalmates, qui portent de si beaux noms, ne sont plus que des bourgs sans importance, complètement déchus de leur ancienne splendeur. Ainsi Raguse, jadis république indépendante, a 6000 habitants, Zara 9000, Sebeniko 6000. •Gattaro, situé au fond de la plus belle baie de l'Europe, où des bassins et des docks naturels se creusent de toutes parts, assez vastes pour recevoir la marine tout entière d'un puissant Etat, •Gattarb est une bourgade qui a 2076 habitants. •Dans 'beaucoup de ces cités appauvries, des men-
(liants habitent les palais des anciens princes du commerce, et le lion de Saint-Marc ouvre encore fièrement ses ailes sur des bâtiments qui tombent en ruine. Cette côte, qui a le malheur de border une province turque, ne reprendra son antique prospérité que le jour où de bonnes routes réuniront ses beaux ports au territoire fertile de l'intérieur, dont la plus détestable administration arrête l'essor.
Ne serait-ce pas faire acte de sagesse et de prévoyance que de permettre l'adjonction de la Dalmatie à la Croatie, conformément à la promesse faite par l'empereur en 1848 et en 1861? Cette province ne s'est pas montrée, il est vrai, très-empressée de répondre aux éloquents appels que la diète d'Agram lui adressait, en invoquant la communauté d'origine; mais, si elle jette un regard sur l'avenir, elle ne tardera pas à voir de quel côté doit la porter son intérêt bien entendu. Réunie à la Cisleithanie, elle ne prospérera pas plus que si elle était annexée au royaume italien. Faisant partie du royaume triunitaire reconstitué, elle entrerait dans le mouvement de la civilisation yougo-slave, elle serait soustraite aux déraisonnables menées des italianissimeSj et elle attirerait à elle, par la force irrésistible de l'identité des intérêts, de la langue et de l'origine, la Bosnie et THerzégovine, qui sont ses naturelles dé-
pendances. Les Monténégrins demandent en vain à Gonstantinople un accès à la mer qui leur est indispensable. Qu'on leur ouvre, sans restrictions d'aucune sorte, le port de Gattaro transformé en port franc, et on s'assurera la reconnaissance, non-seulement de ces vaillants montagnards, mais de toutes les populations de l'intérieur. La récente insurrection dalmate, provoquée par la nouvelle loi sur le service militaire, prouve qu'il est bien difficile de gouverner de Vienne cette lointaine province. C'est d'Agram que la direc tion suprême devrait partir.
En résumé, s'il était permis de formuler une conclusion au sujet d'une question aussi complexe, voici ce que l'on pourrait dire à Pesth et aussi à Vienne. Vous renoncez à étouffer le mouvement yougo slave, puisque vous lui accordez en Croatie, tout ce qu'il réclame. Abandonnez donc complètement la vieille politique autrichienne, et travaillez hardiment à l'émancipation de ces populations si longtemps asservies, mais dont le triomphe définitif est assuré désormais. Vous aurez rendu service au progrès du genre humain, et un jour vous en serez récompensés. Vous aurez l'appui des hommes d'État anglais de la nouvelle école, qui voient très-bien avec lord Stanley la solution qui serait avantageuse au commerce de leur pays. Les peuples de l'Occident vous ap-
plaudiront, car leurs sympathies sont acquises à tout ce qui doit avoir pour résultat Taffranchissemeùi des races encore opprimées. Vous viendrez en aide aux Allemands, qui doivent craindre que la Russie, maîtresse de la péninsule transdanubienne, ne leur enlève un jour la Bohême au nom du même principe qui l'aurait conditite à Constantinople. Vous aurez rendu enfin le plus grand service aux Russes eux-mêmes, en les dispensant de devenir, pôtir obéir aux ordres d*un gouvernement ambitieux, les tyrans et les bourreaux de peuples qui aspirent à la liberté et qui sont dignes d'en jouir.
Le compromis qui est intervenu entre la Croatie et la Honnie, et qui est dû à Tirispiration si sage et si prévoyante de^Deâk et d'Etôvôs, semble devoir peu intéresser le public, et néanmoins la solution de la question d'Orient y est contenue. Qu'on persiste dans l'aveugle politique trop longtemps suivie par l'Angleterre et l'Autriche, qu'on continue à se montrer hostile aux légitimes aspirations des Slaves méridionaux, et ils se jetteront dans les bras de la Russie, qui, par ambition ou par humanité, ne les repoussera pas. Qu'on accorde, au contraire, à cette race intelligente', patiente, héroïque, l'appui qu'elle mérite, aussitôt elle se retournera vers l'Occident, Vers la lumière, vers la liberté, et la question d'Orient, grossie
par l'obstination et la maladresse, se résoudra par les progrès naturels et irrésistibles de la civilisation. Si l'on ne veut pas voir les Russes à Constantinople, il faut encourager les Serbes à Belgrade et donner toute satisfaction aux Croates à Agram.
DEAK FEHENCZ'
Dans nos sociétés démocratiques, il n'est plus, dit-on, d'homme, si éminent qu'il soit, qui exerce une influence décisive sur la marche des événements : les peuples obéissent à certains courants d'idées qui les emportent malgré tout. .Cette proposition n'est vraie qu'à moitié. Les hommes qui ne sont grands que parce qu'ils disposent d'un grand pouvoir ne sont plus autant qu'autrefois les maîtres de disposer à leur gré du sort de Thu-
1. Ferencz signifie François. En hongrois, le nom de baptême se met après le nom de famille. J'ai emprunté les éléments de cette esquisse biographique d'abord à deux études publiées, Tune par M. Csengery sous le titre de UngarfCs liedner und StcMts^ mànner, l'autre par un anonyme très-bien renseigné, sous le titre de Ungarn's Mànner der Zeit, puis aux hlue hooks du parlement anglais et enfin aux notes manuscrites qu'a bien voulu me fournir un membre du parlement hongrois^. M. Antoine Zichy.
DEAK FERENCZ. 157
manité ; mais jamais ceux qui représentent un principe de justice n'ont exercé une action plus prompte, plus irrésistible, plus souveraine. Un soldat de fortune, vaincu, exilé, pauvre, sans autre bien que son épée, sort on ne sait d'où, met en fuite des armées, prend des villes au galop de son cheval, conquiert des royaumes, et, constituant Tunité de Tltalie, fonde en Europe un nouvel État de premier ordre. L'histoire, l'épopée même oflfre-t-elle un spectacle plus extraordinaire et un plus prodigieux changement accompli en moins de temps par un seul homme? Ailleurs, nous avons vu un simple avocat, inconnu en Europe, porté à la tète d'une nation héroïque, par le seul renom de sa vertu dicter les conditions de la reconstitution de l'empire d'Autriche, assurer au descendant de tant d'empereurs la couronne de saint Etienne, et encore aujourd'hui, disposant de la confiance de ses concitoyens, tenir dans ses mains le sort de ce puissant État et en position de jeter ainsi un poids décisif dans la balance en cas de conflagration générale. Cet homme, c'est François Deàk. Depuis que l'attention se porte sur les affaires d'Allemagne, on entend sans cesse répéter son nom, et je ne vois guère de citoyen disposant d'une pareille puissance. Il ne sera donc pas sans intérêt de faire connaître sa vie et ses opinions.
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SI
François Deâk naquit le 13 octobre 1803, à Sojtor*, dans le" çomitat'dé Zala. Son père y possédait une propriété rurale qu'il faisait valoir luimême comme toi;s les propriétaires hongrois, et dont les produits suffisaient à ses modestes besoins. Les Deàk appartenaient à la classe moyenne de la noblesse ; ils étaient cependant d'ancien^ famille : la mère du fameux Verboczy, Fauteur du Corpus jwis hongrois, s'appelait ApoUonia Deâk, de Deakfalva. Ils portaient dans leur écusson un livre et une plume, emblèmes d'aspect peu féodal, mais qui semblait indiquer d'avance d'où devait provenir l'illustration de ce nom, jusqu'à ce jour inconnu à l'histoire. François Deâk fit ses humanités, puis étudia le droit à Raab. Il y débuta
1. La plupart des notices publiées en allemand portent que Deâk est né à Kehida. Sojtor Kehida et Puszta-Szent-Lâszlô étaient trois domaines qui formaient l'ancienne propriété de la famille Deâk. Le domaine de Sojtor et la maison où Deâk est né appartiennent aujourd'hui à sa sœur, Mme d'Oszterhuber. Deâk hérita de Kehida après la mort de son frère Antoine, et il y résidait habituellement jusqu'en 1849. Sa retraite favorite, pendaiit l'été, est une habitation des champs qu'il a cooservée à Szent- Lâszlè, près de Sojtor. Sous les ombrages des tilleuls et des ormes, il consacre ses loisirs à la sculpture sur bois, où il réuss.t, paraît-il, très-bien. Deâk a vendu en 1849 sa terre de Kehida au comte Széchenyi.
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même comme avocat ; mais, tout en plaidant et en s'initiant aiix ansanes de la jumpnidence, il s'occupait avec passion de politique, comme tout le monde en Hongrie à cette époque.
La résistance séculaire et indomptable de& Mar>. gyars contre les empiétements de la cour devienne, suspendue pendant les guerres de Napoléon, venait de se réveiller plus ardeiïte que jamais. Contrairement au texte des anciennes lois hongroises, la diète n'avait plus été convoquée depuis 1811. De 1822 à 1824, le gouvernement, pour éviter de réunir une assemblée dont il craignait les exigences, s'efforça d'obtenir directement des comitats les subsides et les recrues dont il avait besoin. Ë&péraat que les gens dont il aurait comblé les vœux ne lui refuseraient rien, il confirma le droit de vote individuel des innombrables membres de la petite noblesse. Dans le comitat de Zala, il y en avait plus de vingt mille, cultivant la terre de leurs propres mains ou vivant dans un état voisin de l'indigence. Pauvres, mais fiers, ignorants, mais d'autant plus orgueilleux de leur sang magyare, ils formaient la partie la plus remuante de la nation, celle dont l'hostilité contre l'Autriche était la plus enracinée, la plus irréconciliable. En s'adressant directement à eux et en leur accordant ainsi un pouvoir que la constitution n'attribuait qu'à la diète, le gouvernement
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commit une de ces fautes auxquelles n^échappent guère les dynasties qui veulent résister aux progrès légitimes de la liberté, même aux dépens de la légalité. Il n'obtint pas ce qu'il désirait : partout des orateurs populaires ^enflammèrent l'esprit d'opposition. Il fallut bien finir par convoquer la diète.
Quand la diète se réunit en 1825, rAutriche vit avec effroi se redresser devant elle, sur son propre territoire, dans la ville royale de Presbourg, ces principes de la Révolution, ces aspirations vers l'égalité et la liberté que la Sainte-Alliance et la France du droit divin venaient d'écraser en Italie et en Espagne. Les chambres rédigèrent une proclamation pleine de menaces, et proposèrent de mettre les commissaires royaux en accusation. L'orage ne fut conjuré que par l'intervention conciliante du palatin et par des concessions de la cour de Vienne. L'assemblée de 1825 fut appelée la diète de la renaissance, parce que c'est de là en eflet que date en Hongrie le réveil de la vie politique, qui n'a cessé depuis d'acquérir sans cesse plus d'éclat, malgré les revers de 1849 et le régime de compression à outrance dont ils furent suivis.
Le jeuK Deàk se jeta sans hésiter dans le mouvement libéral qui emportait alors presque tous ses concitoyens. Il prit une part active aux débats
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ardents qui ne manquaient pas de s'ouvrir à toutes les réunions de la congrégation du comitat
de Zala. Il avait droit d*y assister en sa double qualité de noble et d'avocat. Quatre fois par an se réunissait, comme on sait, au chef -lieu de tous les comitats la congrégation, à laquelle pouvaient prendre part tous les nobles — il y en ava:t plus de six cent mille dans le royaume, — les personnes remplissant une fonction libérale, comme les ministres du culte, les médecins, les instituteurs, les notaires, les hommes de loi. En temps ordinaire, le nombre des assistants était très-restreint ; mais dès qu'une question importante était à Tordre du jour, il y avait foule, la réunion devenait orageuse, les orateurs parlaient tour à tour au milieu des interruptions ou des applaudissements, et souvent les partis opposés en venaient aux mains. Cette assemblée départementale avait à choisir les fonctionnaires de toutes les catégories, juges, sous-préfets, officiers de police, notaires, et les deux représentants que chacun des cinquante-deux comitats avait le droit d'envoyer à la diète centrale.
Nulle part, sauf peut-être aux États-Unis, l'élection directe ne joue un rôle aussi prédominant qu'en Hongrie. Là véritablement on pmit dire que tous les pouvoirs émanent de la nation. Comme les représentants recevaient des instructions,
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c'èst^aMHFe*uir maixiatf impéaratif^ lit* congrégatimi* discuUiilr d'abfiFé'iDuteE^teB> questions' que* dëyai^ abondto easuite* Kei dltètle. M^ se* thinsformail^ alors«6B uxL-mMing^à, lfaE^ façon- angâiise», ou' plutâtt en* un c/iid semblable a* oeus* qne'Ili» révohitibip d9> 1789>et celle dé 184» eut fait' surgir enr F^ancei Les chefs de parti et les toibunsc popuilrirw»^ l6s^ députés infllient^ et les* oratear»deK»baii8ti j ppe»-< naient^ tour à tour l'a parole, car* c'eel? Hi* en dëâ»-' nitiii»' que^ se déeidmt là> marehe' dfev sâbiroK Qu'un' Bôgime ausâ ultra-démoeitaUque' ayeo uip mésanisme roppssenteitif * aassr déffaetùeux n'aitt produit) que d^bonc^ réteUfittl»^ tlmt* quq* Ht? main* du despotisme' rx» V^ pdiii faussé, eoelh ftû& le^pluat grand boiineup*à la: nation hongmiâo et pitHCPe' une ^foissde plus* Inaction ]nodârfitrièe»dël&ple9BO> libeptél
Le» jeun o Beàk aoquHM^ntSSf^dlnmfes^SBen^lëess de^son» GonnMt une infrueneo" qiv»' jmtiâaienti la matupité^ précoce de^ son espriir eti ses profonde»* connaiseaDoee; juridiques; 11^ pea^tligeail^ Ito iâéles^ de Uo];po»itionç ïY voulait ihtâ?9dUira»âliB» i'l!»^gahnisation sociale de la Hongrie ces prôieipOB^éga»litàet.daijustiflttqui.sontlchwBnus; le palariaioihe commune do^ lltmannilô- ak le» premior besoin^ élm peuples; oiviliaésv;: mai», an: môme tempe; il éttût. déoid^ ai déiéndtei Ib» amtique». llbertitoi de. soni pa}i»ottàiâdfe prévaloir sa:^laqgaB*, sossinsUtutione;
DBiàKTEHHEKGZi. 163
nHttoiialité.. H. appoiiait- dansr les< débatBh uner gmiidëd»]3i&^d'eGspo&itioH,, une- déduction sensée efumèHtBBteiops^qa'une dxtràmamadj^ationidBiis^ IjM^ODirduanoBSs Uisaivaiti to.uJQiir& pmcisémeni. oa qu'il voulait, et il poursuivait son but ju^ecLfBRmetè ati pertsévéranca;. oe qçd. esti uub^ grande force parfccmtt,. dans, les ; réunions: ncoDfibneiifies et popuilairas plusr^encoB&^qufailleuFs. Il ne tarda pointià; étrerâoceqpiié; ocmime lechefida soni parti dan£:>Ia aBBoHeds et. aaf feianeté^ s%« sai^sse^v, le ^ rendaient déjài digna' dis^e» la neprésenten aal^sein de; liassemblée, nationale:
Def mèmft- (pie^ la.j ^nesaa^ gyeeq%i& aa préparait put l0&lutlesFide4lâime auK^renoontres* décisives âèâ^chBmpss de bataille ^ ainsi xo^était dsmsnles jpuJbes . aratokâsv de& oomitatK. que les jjannes HongmiBi qui visaientt àt diriger- lesr. aiTaine^ de leur, p^ys» s'seoosngaéefti à llaaA^ si) difiieile; et.sâ, noblede.la.parale^et^s'biitiaiBiitià' la oarnère parlementairai. Gefttœ antiqw iniÉlkution,, q|ii remonte à. plus de nnllûe ansf. est enoore? aujound'hui^ lax meâlleui» picf aas^oBi à&Iaivje^'pubMqiie ^q\ia puissceposséder un psjQblibm. Œeatià oeite;éoQleque;se.'SQnt.forT j»ék»t(mftileœUoHXines 1 dîÉtaJbv . tou&.I^iOJ'ate IaiHôiigrie^;c';e0fa fiar œti organe, que. l'amauri dB ladilraléfafpénétnàvjufiQiierdans las-daEniersLrajogs du piopku. Unipayi») stenorgueiUira' em vain, de poMéder dimfi.sa capiitala iui< pajrlementi éclatant
164 D£ÂK FERENGZ.
de lumières et d'éloquence : si dans les provinces il n'y a que des institutions locales privées de vie, d'action et d'indépendance, le régime parlementaire n'aura ni racines dans la nation ni garanties de durée.
Antoine Deàk, le frère aine de François, était député du comitat de Zala à la diète. Son instruction était étendue, son intelligence élevée, mais sa santé se trouvait ébranlée. Se sentant atteint du mal qui devait bientôt l'emporter, il donna sa démission. Comme ses collègues réunis à Prèsbourg déploraient sa retraite, il leur répondit : « Je vous enverrai à ma place un tout jeune homme qui a plus de savoir et de mérite dans son petit doigt que moi dans toute ma personne. 3» Il parlait de son frère François, qui fut élu, quoiqu'il n'eût que vingl-deux ans. C'était en 1825.
Le jeune député fut parfaitement accueilli par les chefs de l'opposition. C'étaient dans la chambre haute Széchenyi, le grand comte, et le fameux baron Wesselényi, le géant de la Transylvanie, aussi renommé par sa force herculéenne que par 1 audace et la fougue de sa parole tonnante, et dans la chambre basse, Paul Nagy, l'orateur élégant qui avait fait entendre au sein de l'antique salle de Presbourg les accents de l'éloquence moderne. La première fois que Deàk parla, Dionys PÂzmàndy, qui lui répliqua, le félicita sur son
DEAK FERENCZ. 165
heureux début ; mais ce fut seulement dans la diète de 1832 à 1836 que Deâk conquit, sans y avoir visé, la position de leader de Topposition. A vrai dire, celle-ci manquait de chef. Paul Nagy, par trop de condescendance envers le gouvernement, avait perdu toute influence et était même devenu suspect; Ragàlyi avait abandonné le parti du progrès, Rôlcsei prononçait d'admirables discours, mais le tact politique lui faisait défaut; Eu" gène Beôthy et Moriz Szentkirâlyi ne s'étaient pas encore fait connaître; Bernâth et Pâzmândy, malgré leur talent, manquaient d'autorité.
Les qualités qui portèrent naturellement Deâk à la tète de son parti n'étaient point de celles qui frappent dès l'abord et commandent l'attention. Ses connaissances ne s'étendaient pas à des matières très-variées ; mais il avait étudié à fond les annales de son pays, et surtout les précédents de son histoire parlementaire. Sa parole, dépourvue de cet éclat, de cette pompe orientale familière aux Magyars, éclairait d'une vive lumière tous les sujets, découvrait le côté faible de l'adversaire et le réfutait avec une logique impitoyable. Au sein d'une assemblée portée à l'exagération et aux écarts de la parole, l'enchaînement rigoureux de ses idées et sa modération, qui ne lui faisaient demander que ce qui était immédiatement réalisable, lui assuraient une prépondérance incontes-
me DEAK 'PERBNOZ,
tée. Guider un parti d'opposition ««nnliii mfiturBlleraeilt é tout pousser à jr^itrême, icaiisciplireer, •lui 'donner de ^la cohésion, >Ia <cbo8e nëest^imlte «paftifasilB ; ^lle l-e^tbifiniTnomsencDrje<Hn Eongrie, par -suite de iFardeur du ^tempérament ^etcrite la «wsceptlbilité'des lamouFs-propïcs. III7 parvint n€fanmoins'«an6^fro]tt, ^sans^nulle tmbiïeté cBalci»lée, 'parile «bUI effet de^sa'fctçonfdfipenaenetxii'agir. Il évitait «toujours de blesser • la .vaniléf de îsesamis et même celle de -ses<ennemijK; jamais -ilme. faisait sentir sa ^supériorité inine «e portait au pramiar rang ; il s'efforçait deiprocurer à ses ; adhérente l'occasion dîexpc»er leuTs idées Bt^detfaine valoir leur -mérite. Enfin /quand 11 expiriniait aran'opinion, 11 1b faisait 'sim])lemerit^ avecunesoiftededéfiafiiae deilui-meme étsansvouloir rimpasBrauK'«utreK; tous -s'y ralliaient néanmoins, :paree qu'ils comprenaient qu'elle était la meilkiure à: suivre.
'La diète dB't3a2ià l&36<ej!tiuneites)pluB importantes de lee ^siècle ipotn* .rfikttoiKe • de ila iHungrae. \D/abonl ivinrent iles ^débate cru ;bujM (des jGnvmmina^'Xi^!él*é-dire des griëfeiqueil'apiHDsitLentéle- Anatt rà lia i^charge idiun i^ouvemeoiDQBnt iqiii .ne »pou- ^ vait «Ihàbituar Hà respecter les antiques (privilèges fde:iatnatran magyane^^et qui,À:tautirooment,dss vioklt < ooiveï^teniœnt omen méconnaisBait llespfit. LaAdhambrescbordai ensuite lies pvojets cbexéibiEine sTiciifriBJUoppositiondemaiidBitJIfégalitéipouritims
6t liaboUtion.d£Stprâil4gefi^LfiS4iobkstiàe(jpiajy^^ aucun âii)pôt{par£e«giie, dUipcès IdBianoieDQe&ûCMitumej^,ite^étaiôDit ibenue fieute au Jsej^MieetâeB^eDrmes. Toufidevaifii2tiaine)pat&ti€il€« llinflUBseotton générale V» .oaiddYBe .entiuBSfieigui'iiiwait.JAdistCimiibaUu liBfi ICuFCSs, «ai qm idurant des gifaeoPdfi -stovÂTe Itap&iéon .ft'icait eiusDce /fourni ôûvODO haixnnes. Maiotenaut gaie la conscription tétait liDtcocLuite,^! ne riestait aucun ipréiexie à <ûeUe esauiption ide riDqpôl;, d-autamt plus ii^juste içu'âUe ^tait in^voqme jxar .un nombre »plu« , grand d'indbvidus, .Les ^£g%ans^ ai&anchis du «firvage depuis la .fin du siècle dernier, sup^onl^ienJb toutes les «charges», lei étaienl tenus de^uUiverj)ar corvées les teirres'des seigneurs, ûe i^i/reiidait ce régime inicjue moins inioiérabki, x;'eat<'que^tc>rimpofiitiiOn. royale » -était iixée par la Lai ià da :somme minime id'aiiLAfiFon 5 millions de florins, jdantile n^ou^remesit rs'^agEecâuait ipar Je» percejiteurs îdu a^omitat, et (dont la pentFéefétait^loiD'd^ôfere régulière. *I1 âutt^le maire <à rbonneur (de ila baute n^hlieisae :hongBoi8e,«oe'iiit BUe'qui'demonda éa îpowmière J'abfditian ides [finiftfiléges dont «He ^olBlait. lËlle jdtait animée de «£e 'l^néneuK ^espuit de ijuistiae qh! auvaitceiitvfidnéillânktocritie içançaifle, la luuit idu < 4 «aotit.
An tlieoa d^Bncounager fce mouvament d'émamaitfMitioa, (Citfnme i'asmmtt £alt Hmie-IShéoëBe et Jesqpb m, )le «odhinettâfi tienne y oqjipoBa imeiRé-
168 DEÂK FERENGZ.
sîstance acharnée, et s'efforça de le comprimer par. tous les moyens. Il se présentait néanmoins une difficulté qui exigeait une solution immédiate: s'agissait de savoir si les nobles seraient obligés de se soumettre au péage qu'il fallait établir sur le magnifique pont suspendu qui aujourd'hui fait à Pesth l'orgueil du Danube, et dont alors Széchenyi avait conçu le projet. Sur le pont de bateaux, le manant seul payait, le noble passait, fier de son inique privilège. C'est à l'occasion de ces questions que Deâk prononça une série de discours qui fixèrent sur lui l'attention de tout le pays. Il éleva aussi la voix pour défendre la malheureuse Pologne et pour réclamer le droit d'asile en faveur des Polonais qui s'étaient réfugiés en Hongrie. A partir de ce moment, on vit que son vote décidait du sort d'une proposition, et que sa parole commandait la majorité.
Quand la session fut close, le gouvernement crut devoir recourir aux moyens extrêmes pour comprimer le mouvement qui emportait tout le pays. 11 fit condamner Wesselényi et jeter en prison Lovassy et Kossuth, jeunes tribuns qui communiquaient au peuple l'enthousiasme qui les animait. Éternel aveuglement du pouvoir! Une nation vient-elle à s'agiter pour obtenir plus de liberté ou de justice, il s'imagine qu'il arrêtera tout en frappant ceux qui paraissent conduire la foule.
DEAK FEBOmCZ. 169
Il n'arrête rien et prépare T^plosion qui bientôt l'emportera, semblable à un machiniste insensé qui, pour ne pas entendre le bruit strident de la vapeur, fermerait la soupape, sans songer que la force bouillonnante à laquelle il a ôté toute issue ne tardera pas à l'anéantir.
La diète de 1 839 se réunit enflammée de toutes les colères qui remuaient le pays, et décidée à imposer au gouvernement le respect de ses droits séculaires. Deàk était à la tète de l'opposition. Tous les députés de son parti se groupaient autour de lui et recevaient le mot d'ordre de sa bouche. Il les conduisit avec tant de vigueur, d'ensemble et de sagesse que le gouvernement en fut intimidé. La palatin alla jusqu'à consulter Deàk, et tira de la conférence qu'il eut avec lui la conclusion qu'il était temps de céder. Kossuth fut remis en libert, mais son ami Lovassy était mort en prison. Le comte Rhàday, député du comitat de Pesth, qu'on empêchait d'occuper sa place en l'impliquant dans un procès de lèse- majesté, fut également amnistié. Deàk avait acquis assez d'autorité pour servir d'arbitre entre la couronne et la nation, et il était parvenu à les réconcilier en maintenant intactes les libertés constitutionnelles qu'il considérait comme le fondement de Texistence de la Hongrie. Les hommes du pouvoir^ les chefs du parti conservateur, s'inclinaient eux-
170 }BEti£. BE^SSfCZ.
mêmes devant'lui, rat quand lil jouaice rote extraordinaiFje, jpùBr rlec^uel al ;&8mblait pirédestiné, il n'avait qu« iimite-six ansL
Un d66 amits de Deàk, L. in)th, nousB tracé de .lui à .aette iépoque .une vvwe fisquis^e. Kous:soinmes à Presbourg, et la .diàte «e&t iBéunie. — Entrons dans ;le local ^ise'Club, resiplMhineiépaisse ;famée ^âe itabac, où les di^uiiés de roppoeition se réunissent .presque chaque ^odr, ^pour :6''6iitendjre sur La marche ta ^suivre dans Jes débats ^panlemeniâire. Demain il y «aura «unie séauae lin^rlante, car un jesorit limpéoial est anrivé de Vienne, et il s'agit d'^y répondre. {L<aniaiatim lestceactréme, ïor- ^gueil uationatrest «blessé. On .en veut à ndtre -inibépendanoa, s'^cme-^-on de toutes (pmtts ; on pvêtond .asservir Je lihce royaume de saint iÉtieniœ. £les libertés queaiaus .a^tons suioonservermentire •tnois siècles ^d'Altenlats miccessifs, ton veut novs les vuvitr aiigouard'bui, fiaciiiquenieut, lenlement, idouoeneiiiseii&ent:;'mais lesang de nospèresjOOAile'enitore :dans nets veiaes/et Aàkéczi n'est point oublié.
linsi (parlent les rplus (exaltés. iD'autoes |H<9èxhent la imodérailiiin, :sfms qoarvemr à .-se laiFe «écouter. ^La discussion «st brillante, imais elle fiotte ou ibasord. ioitent «de •têtes, anitamt «d'ims différentau impossible de>s'eutendire. «in c» moment entre dans ia salle oan.ddonmKe jeune >ei!iof»3e £t d'a^«Pflnae nobuske. .^u^tses larges làpmkes si£-
•lève, >Bii{ipaiite par lun xau es&sz âccxmrt, une itéte ronde pleisse de rbanhomie et {&h%^n}aur. ^D'ëpaês ^Hsoiircils inDlira^ntt.des^jEeuK^gTJsooii ktiinalke le 'dispote àilaiuimté. dRisn en iluî inHndiguë ilforatteur. >Ses ^vêtemunts &Qnt :noi]i%, pmpires, mais dhinBtcoujBe (.imipeu ancieniue. .11 iiant «à ilaimain ;une ^osse caniueià pomnieBu «d'ivoire. \0n dirait luniboniboui^eois de kBresbomç venant (préndveiau cabaret sonverre ide bièrequQiidiôn Jl varfi^afiaeoir fHununazanapé; il rs^y instalte à rson aise, sons façon, et allume jun noiEVJôau cigare à .«elui quUl meai de ifinir. Il suit jd<-aboni la «discussion «avâc une attention, sésiause,; puis^tous^semblantattûndrfi sonAvis^liparteàsontour-sIl s'exprime sioiplemflnt,jcomnËe.£ill causait.. Il e^posetenipeu de imats l'objet du débat. Il montre lesipointei&ur lesquels tauBHsooit .dfaecord et le but qu!on veut aiteiudre. ;I1 ii!iâigue«wec;pTécfflian ilesimayens de ré^sir, • :le.eô1âé:&iblerpar •où 11 iaudra itttaquar d'adversaii«e, ilesi'ConGeaBLonsqujQn peutilui £aii»e,:lâs droits cpiUl (faut:maintenir ' à itout prix. !ll égaieiceite ^àéfductîon^ serrée œomme .la udémonâtration .dlun ibéorème^f dei plaisanteries: familièrBs^ (d'anecdotes , de .compaitHkums..A cotte l'sive <at4gale(ckivté, ites sopiiismesîsecdiflàipent, hs& fareurss&e :calment, >les imaginations inag^t7e6;se dâgmaant. Le.bon:sens a povléyilaamiRietestiinstruUie. (Le;.plan d£. bataille eët lirasé, ion sne .làTe .«t iFon 'va soi^per. .Ge bon
172 DEAK FERENCZ.
bourgeois qui gouverne ainsi la majorité de rassemblée souveraine, c'est François Deâk.
Un incident extraordinaire vint encore accroître Testime que lui avait vouée la nation. Pendant l'agitation qui précéda les élections pour la diète de î 843, il s'était élevé avec force contre Texemption d'impôt dont jouissait la noblesse. Dans le comitat de Zala, comme partout, deux partis se trouvaient en présence : l'un invoquant le droit acquis , les anciennes traditions , la constitution sainte, dont il ne fallait détacher aucune pierre sous peine de la voir crouler tout entière ; Tautre parlant au nom de Tégalité, de la justice, de l'intérêt public, des principes de la civilisation moderne, et visant à conférer les mêmes droits «jusqu'au dernier des zigeuner ».
La noblesse indigente, « les pauvres en sandales » {bocskoros namesek)^ comme on les appelle en Hongrie, étaient très-nombreux dans le comitat. Le parti conservateur était parvenu en cette occasion à entraîner la plupart d'entre eux, quoique d'ordinaire ils se prononçassent pour les idées les plus démocratiques , Ni l'argent ni le vin n'avaient été épargnés pour décider les récalcitrants. Le jour de l'élection, ils se réunirent en foule au chef-lieu, aux cris incessamment répétés de nem adozùnk! pas d'impôts I Les élections en Hongrie ne se font point avec cet ordre, ce calme, qu'on
DEAK FERENGZ. 173
apporte en France à^cet acte décisif de la vie politique. Ce qui s y passe rappelle bien plutèt les luttes animées, violentes, souvent grossières, qui éclatent sur les hustings en Angleterre et en Amérique. Les pays libres ne s'effrayent pas de ces désordres momentanés. Ce sont les exutoires des colères populaires. Quand sur les flancs d'un volcan s'ouvrent de petits cratères par où la lave peut s'épancher, les grands bouleversements cessent d'être à craindre. Deàk ne fut pas élu. Ses adversaires allèrent même jusqu a le menacer dans sa paisible retraite de Kehida, mais les partisans de la réforme ne se soumirent pas aussi facilement que leur candidat à l'échec qu'ils ve« naient de subir. Une seconde épreuve eut lieu. Cette fois ils n'hésitèrent point à suivre l'exemple des conservateurs, et comme eux ils eurent recours aux promesses, à la corruption, à l'intimidation, même aux violences. De nouveau on en vint aux mains, le sang coula, mais ils l'emportèrent. De&k s'était élevé de toute son énergie contre les manœuvres employées par ses amis. Il avait déclaré d'avance qu'il n'accepterait pas un siège conquis, enlevé d'assaut p&r des moyens qu'il réprouvait. On ne voulut pas le croire; on se persuada qu'une fois élu il ne pourrait refuser. Deàk ftit inflexible, rien ne put le faire revenir de sa résolution. « Je n'ai pas, disait-il simplement,
174a DKAK BHHElffiK.
deux: poida et ddu»: mesane»;: je: nen^mn VBxsvit mon profit d!eF llillégalUé'. qner je bMmfiD chez. mes. advewraipeis »
G'étfetit uiraete'die grande oimragBîquit dut coûter' beaucoupr'à\sar YevivL\ nom pour l&i place de^dêputëf' qu^ir perdait) mmsF à osuse dUi cnu^ méBcnnpteD qu^îl: iniligeail; àVoeim qui) s'étaients dâvouéshpoiur le' suoeè»' de 9v candidsttïiîni Plusieurs' d^entre^emor avaient payé' de'IenP'peraaniie^ettdBadeùr^boiiraB^. au' point de) s^endettSarr. Etv. réeompeiise^ de; Imnr ssorifice», ils net nBoeTeienti qn^uni blâmer pubi&r d'àutiant^ pius^ onueK quUl toiHtiait de' plusi hauti. Leiir* désappointemeHt fut extutoEe ; dams lauo^ colère; 11^ n^ôpargnèrenU pEU à' Ikék Imry pibs> amers neproebe». Il(saoriiiaitV- disaiènt^ili^ Uintëerét< dti) parti àiTamUition àefs» poser enthomniBL d^line* probité^ politique' exeeptiosiiBile^ liesâecDtions^en Hongnre> , evmme) dans* tousA Las: ps^^ U:-' bres, donnffleofttlieu aujoimflit' d^; pamonsF sud^ exoiiées^ maisg'amais^ nul] nei s^ètait . aiâsé' d^ern réoiraer'le'iiéèultttt. Iiimioleirleitriompb&HleaspiKB>cipes'à des'suseeptiMlitéif peaKKninelle»;eb l&ibien) publie àh d'étooits' sorcqndesi o^étadt: uatCDW égoïsmoi
Bni perlitlquff^ \b. plfas> diffieileDes^.dœ résister é sesr« amisH, DÉédâieutu «EGEranagpa^ etcpaaraamrfifiia^, qu^auounê^ aocuastiont ne' pub ébranler;, ib nsndit. à(S0ff.p«j)9^un semoebiûQ'pluff grand quienallanti
DEAK FBBEMGZC 175
ocQtiper 9ont siège' an prademeirt. Quandi il s* agit de dnmieF ai toute; une notion une leçeniâe^mora* lité, des^disQeuTO'Sont^peu dfr'ohcysQ!;'un)aci^, un noWë exemple; parfe^pUis JioutMÎua la pl^us merveilleuse élaquence:
L'absence de' cet honnne^'de'bienipraduieit une impression profonde. Elle futr considérée oomme uni malheur public, et néanmoine^obaoun. finit par rendre justice aux nobltss sentimentts. qui^ «vaieiit guidé Deâk. « En France, s'écria Eugène Beotfay au' sein de* la diète, après lo^ mort de Latour d: Auvergne; (nr continua* dans^ son» régiment à faipe rappel de . son» nom, et: une» voixv répondait :- Mort au champ d'honneur. Bn Allemagne, le jourdti» couixnmement de L'empereur,, ohi demandait :* Yta^-iliunDahlbeiç dansd^aeRstance^J^ propose qu'à< rimvertupe de^ ohaque^ diàts' on dlemanâfe aussi V Dëàk est-il^ préscHt param nout??^ » Z^eàiè*nyîi ppm«ipal* adversaire de celui qu^on* avait déjw surnommé^ le grand- député de Zs^a, reodft henrmage*, suivoint^ Uusage' animais, à) son (antagoniste: poUMque^^ et^ n^hésita» poinikâb dinr que. le> plus- pur canvetère' de^la^ Hongrie'BBanquaità.ltuehambm; Le» jiDnraauar l&s^ plùs^ opposés auK opinions^ d^ Deém parlèrent dltns- le > wétae scnsi Sans avoir en d'autre^ but que celuii de* rempiiirson; devoii^ il eb^ thst im pdlisi béant suoiaè»; quee pair se»^ nmlleurs diflQOtiiiB^r c'ékuittlff ti«)mphe:dfa)l'h(nBiâtaté3poli4-
176 DEAK FERENCZ.
tique. Il fit autant d'honneur à ceux qui le décernèrent qu'à cekii qui en fut Tobjet. Nul n'osa occuper le siège que Deâk avait laissé vacant. À la diète de 1843, le comitat de Zala n'eut plus qu'un seul représentant, le jeune député Chusy. Deàk vécut retiré à la campagne, approfondissant les importantes questions qui se débattaient alors à la diète, et suivant d'un œil attentif le mouvement qui emportait la Hongrie vers de si tragiques destinées.
Rossuth, sorti de prison, avait remplacé par le Pesti Hirlap les correspondances manuscrites qui lui avaient valu sa condamnation. C'était le premier journal tpngrois dans le sens moderne. Il défendait les droits de la nation avec une vigueur et un courage qui valurent à son rédacteur une popularité inouïe. Széchenyi, qui avait donné le branle à cette agitation, commença dès lors à s'en inquiéter. Dans son Kelet népe^ il s'efforça de la modérer, et attaqua Kossuth avec tant de vivacité que le chef du parti conservateur, Aurel Dessewfify, se vit forcé de l'en blâmer. Le grand comte avait cru que, comme autrefois, le mouvement n'emporterait que les classes supérieures ; mais Rossuth, par son journal et par ses discours enflammés, avait soulevé le pays entier, et, ainsi que Dessewffy le disait très-bien à Széchenyi, on ne conduit pas en petit comité un pays où dans cin-
D£AK F£R£NGZ 177
quante-deuz comitats la population a le droit de se réunir quatre fois par an pour tout discuter.
Pendant les années qui précédèrent la révolu tion de 1848, la scission entre les deux nuances du parti réformateur s'accentua de plus en plus. De quel côté se rangeait Deàk? Il continuait à vivre dans la* retraite. Il ne prononçait pas de discours et ne publiait aucun écrit ; mais il demeurait fidèle aux principes qu'il avait défendus. Dans toutes les questions alors débattues, liberté de la presse, égalité des confessions devant la loi,* droits électoraux à donner aux villes qui n'étaient presque pas représentées au sein de la diète, suppression des privilèges, il se prononçait en faveur des réformes les plus radicales. Toutefois il voulait y arriver par iin progrès régulier, par la légalité ; surtout il repoussait absolument les projets de séparation d'avec r Autriche, qui commençaient à se faire jour. «. Je suis, répétait-il souvent, un réformateur, non un révolutionnaire. » L^éminent publiciste, Tami fidèle de Deàk et son collaborateur dans ses plus importants travaux, le baron Eotvôs, âgé seulement de trente ans et déjà célèbre par ses romans, ses poésies, ses études dp droit public, exprimait dans ses écrits les idées qui leur étaient communes. Tout eii défendant Kossuth contre les attaques souvent outrées de Széchenyi, il se séparait de Téloquent agitateur
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17B QËAK dSfiSlBNGZ.
$tD. Jinjet de ia .véurganisayioi] ^polUiqua de la iHûih grjfi jKofiBulh yAam i son <oppos£biQni radicale^ aijbgouyexnemailt autjiiGhiea, VAuraît ^ieadxe Biusore lies attnihutions dôjà si^laiges des.eoinitatfi, de^fagini' que, UâxevcLce -de da sou^eraineiié ^passant compléiemant .^n leurs 'mains, ia Hongrie. se «eraitticani»forméeten nQe:£3déirationidémocratique,fiQiiiposée decimiuante^eux Ëtate presque entiàremeut in- .dépeDdanis. C'étaittéMidemmfiat pousser Ja déaen- .tralisation j.uaqu'ÂiafdiaaolutLan de TËbat. Ëôt^vi^B '^t'Deékji^SiétevjantLau-aiefisus des puBsimos du^momsiit,:SDuteiiaiedt que/ipiandoniâuraitiUii ministère respaiBsabla ^ un :paiilanian;t .investi défi pouvoirs jqui tdans tout jpays Mhre doivent Jjui apiMtctenir,)!! wsb .Saudimt pastgue, soufi pFét&sJte d' autonomie,. kfi assemblées ^piOMinciales^puBasut su^endrellB^kàQutianidesioifi ivotéœ |>ar l'assem- Mée mationalie. Cette >g£aive question di^s dimites du pouvoir aeokrâl.itantiftgitée lors de la iondation .de la itôpublique ^des jÉtat&-Unifi, «et q\Jd .pi!éa&Gupe enaore ^maintenant ious des esprits !sérieux, iutialors jsn iHongnie ;Kol^^t de^dificussions qulon^peut^plaoeràicôtéide celles «de ia aél^ire publication ramjdjsijQaisiLe kiFédémiiste.
.fin l6à6^iDeàk se sentit balteint;d'iin maldncfianu qui:luitûtait:Bess>farces.HaibeirohaàJ£s recouvarar en ^vifiiilBnt des jlieux.:de dmins tàe «on «pays «et cds rétianger. dl ;ynyagea en .Suisse, en Italia, isn
iteance ^Bt (an /Ai|gtetar»e. Jl â% vint doeiiettx ipostaot,
imais. lifiip ifaihlB «ûncinte ipcAir tafiû^pter Ja «Aaaâida-
tuve «(piton iul xdSbîi tAvx. éleciions de ;184^.. iLa
^îtoâfiBn dewson pa^ ie ^pFéûccs|)ait «ivemâBt. Ji
y avait im «désaoefiorâ eQœ^gfant ^lùre îles ilonde-
mente et ite oDuiîûttnûmesd; «de Ja (Gcuostitution ùiçm-
gPDîse. iLeas (rau^ges idu a^égime j?^réBentaii(, t£l
que ies ifiiècleas d}a¥aiBdt fait, étaient si compliqués
qulils m'ouvraient pas «de voie cégulièce a^ux idées
nouvelles qui bouilloiumient «danBilesafisemblées
^des comitats. Les iftoputés savaient seuk le dpoit
de proposer «un ichasigement auic Ms en >v|gttasir ;
*mai6 dis n'anmaient .^uène à if aire prévaloir ileurs
ré90lutiofns. lie etemps se pardaitt en disoussions
irritantes. Quant «ra projet était BoumÊs «à da
•drambre des unagnats, ceux-^ci ie ^modifiaient >dUxr-
'dinaiFe ivofondément. Les «dép.utés adm^attaient
une partie des JaB^sademeiits, piis ^renvoyaient le
p(r<|p5t Jà, da chanjbse :haute. C^était lun éohai^ Jde
nodes £t(de (cantnenncÉes ^ans \&a. Si Ton pariV^e-
«Diût a s'enlendive^ H. falkût fenjsoise eaqpédier UêUh-
éortu à la ctmncellerie «hongs^oiae ide tienne, qui
'le irenvoyait œmc de nou»veaux {changements <et aux
resci^, lan tbieu qui ne irépetndait Jiien. Ainsi ia
^^onïbre ^basBe, ^ômanéetdfis ardentes iaMexnblées
«âefi'Gomitstts, "se tTmmaii iréduite 4 .l'impuissanœ.
La cour devienne faisait-elle quQlque9)romease,
cdle^i'dtaitiaaoueiUiBtparfune 'explosion A'elien;
180 DEÂK FERENCZ.
le représentant du souverain, le personnalis rtgkUy se servait-il d'une expression portant atteinte aux droits de la nation, on criait de toutes parts : Gror vamen^ et quelque juriste ressassait les précédents. La diète était donc un excellent boulevard contre l'arbitraire, mais elle ne pouvait devenir un instrument de progrès et de réforme. Malgré beaucoup d'idées généreuses brillamment défendues, malgré les discours éloquents de Klauzàl et la tranchante logique de Moritz Szentkirâlyi, aussi acérée, disait- on, que son scalpel, la diète de 18^3- 1846 n'avait amené aucun résultat. L'opposition avait manqué d'un chef pour la conduire au combat. Après les élection de 1847, elle en trouva un dans Kossuth, qui avait pris pour mot *d'ordre : « avec vous ou sans vous, et même contre vous ; » mais tous les députés n'étaient pas disposés à le suivre. Széchenyi insista vivement auprès de Deàk pour fonder un parti de la gauche modérée ayant pour devise : « Le progrès et la liberté sans révolution, 3» et se donnant pour mission de combattre à la fois Kossuth et le gouvernement. Deàk s'y refusa toujours, n ne croyait pas qu'il lui fût permis d'affaiblir le parti national par une scission déclarée, et il préférait courir les chances d'un soulèvement plutôt que de donner des armes au despotisme.
Le parti libéral commença de voir clairement
D£AK FERENGZ. 181
alors le lien intime qui unissait le sort de la Hongrie à celui des États héréditaires. Aussi longtemps que ceux-ci resteraient soumis à un régime despotique, les libertés hongroises seraient menacées. Le même souverain ne pouvait être à le fois maître absolu à Vienne et roi constitutionnel à Presbourg. La souveraineté du peuple et le selfgovemment anglo-saxon au delà de la Leitha et la
compression à outrance de Metternich en deçà, un pareil constraste ne pouvait durer. C'est ce que démontrèrent les deux députés du comitat de Toina, Bezerédj, l'écrivain humanitaire, et Perozel, qui fut plus tard général des honveds. C'était la ferme conviction de Deâk. Aussi a-t-il fait insérer dans VAusgleich de 1867, qui a établi le dualisme actuel, que, comme la Hongrie, l'autre moitié de Tempire serait dotée d'institutions con^stitutionnelles.
Il put espérer un moment que ses vœux allaient se réaliser, même pour les États héréditaires, quand le contre -coup de la révolution de février vint, comme un tremblement de terre, jeter bas Tancien régime. On assure cependant que sa confiance en l'avenir fut bientôt ébranlée. Quant il vit dans tout l'empire les populations et leurs meneurs si peu préparés à jouir d'une liberté régulière, les dépositaires du pouvoir si imbus des ancien • nés idées autocratiques , les nationalités si aveu-
gWsm^ fsifi ÎBJïistos; dan»^ lenr^prétbiitio]» ati lésa»; hBâfie» pé(Bii?F0cpF99^, iP se* seiitW.pnitNâ'«ire^^nito> tpislJisBsse, et iV né^tUftâl mnjB9%Btr.: c^ (Ueat: là. gibiih nroifceinent' dte te' fini. ■•
Eie> oomte* Eoms BktttlryaiijHv oMavge^dle fermer- le; prcmnev' BiiiiistèFe Hongroifi, ^^^ panmiiii' à y faire" enlârer SisécheFnyît etr ftiossiith , Ijsi pmmier C9miBo» mmis^re' isB- jdn'aiiaesy Vt sseané aonun»mîîiisisre' deshfpai^aïKrpiibliiisK 9M3S*étebliir une «uttente* enlfre' ce» deiaip aHrt&g^nistesH Ik» veille encore» s? acftHrwé's Flm- conttre* Fkottw, ff fôlîfeii^ un in^-termédiéiiie* don4^ iScnsa âevto^T'espeiiEEtôsefn^ Tauto**
Ee sage- db* R'etlida ponvaifr senP remplir cette* miissibw. Ba^thyanyr stressa donc à Deàk;^celuicF Mêsifca d'MIord. 11 n'^hvail a«(mu' goiîfr pouF lies: fon-cifons pnbHquey ; mwisr iV élaft haAilfaé » mellAre' toujours l'intérêt du pays au-dessus-- de' ses con— venancee. W Èmb pac? accepter lé* pQfPt»fè«iife de la jnetSce; pcmr Ieq«eP la pureté^ de- son^ caraefeàre eiï ses' eennaiésances' juridiques-- senriiiliient^ le* prédestiner: Il ent^a en fbnetion*le m mavs YS^B, W prit' pour* serrétaire* d?Étteit ffolomair Bftyczy; qai est actuefltementt Ife chef de- la* gaucftc; A la Wle d» comité chargé* dé- prépurer Ife codi8featt«ii» des. loi*»; 9 plaça* LadMias Sfealiay; que lap ni9iigrii»efifrvoyw mt* pen^ pRiy tard comme aon» représentanû auppèffd^ parlement de R*aneftfirtl,e^6fciTestfdl»vemi
depuis lîum des preiiriers historiens et: juriste» dé' srarpaj^i
DesF fameuseSi Itois.^ de^ 18f4a;. qnii antc trahsfoniiié laioanstttuttbn'politiquepdferla Hongrie et que lion a» remises? en^ vigueur* en. 1967', ne furent! pas l?œuvrœ dé' Dfeâk ; elles^ étaient déjà», élhbonées' quand' ii» entra au3 ministèner. Ôuoiqu^il en^ blâmât certaines^ diepositions, il i&'àpplitpiai à lôsmHttre £te exécutioiii de manière» b Hâter lîémaîiGipation des cloEssès inférifioares, sans lesb; soulever contre Ifeups-anciënB^ seigneurs.. Ce' fut* là^ asBure4-ili sa. plus rude besogne i Les > paysans nouvellementt afftenchis s^imaginaient qu^il»- ailment ae)pari«ger' les-terries {de leurs maîtres. Ilfe^ accouraient enrfoule vers Deâk pour.x)btfemr justtoei.Saipi&rte' était sans cesse* assiégée par de&gens appartenant aux; nationalités les pliis diverses, eày plaçante tous^eni lui l&mém&Gontiancéi.LeMag^arde Békes^ le/^uabe' dujBanati) lé Slovaque d'Aîîva, le ValaqueideeMarmxiposf^ tous s'adressaiontà Ibicsonme ài uni père pouirné^Bir leuns*difierends:.
Bn'HongriB^daii8;oe'pa^s^ qu'on piétesid, dominé: jtsm une aristocrsatie oi^ueilleufie,. nul n'es4t d'un abord, plus facile quelesministrea II& oouseEvent llappantement souveait. tnëi^modeste: quiilsi occupaient: dans'^ quelque' maison, panfciculièna ourà llhôtei^ et' à^tcerteânes héunes' il^vouaiy leeoivent^ Iief soie, il» w)nt' comme' d'oixiinairef à.leur dub^
184 DEÂR F£R£N«Z.
OÙ chacun peut les entretenir. Grâce à ces habitudes bourgeoises, ils restent en communication directe, immédiate, avec l'opinion, tandis qu'ailleurs les ministres, enfermés dans leurs somptueux hôtels, entourés d'huissiers et de serviteurs, vivent dans une atmosphère factice où la vérité ne pénètre pas, et s'imaginent sauver le trône au moment où gronde déjà la révolution qui doit remporter. En un siècle de démocratie; les mœurs démocratiques sont utiles à tous, et plus qu'on ne le pense. Deâk, en 1848, était logé à Thôtel Archiduc Etienne. Le matin de bonne heure, il recevait ces paysans accourus de toutes parts vers lui. Il leur expliquait le sens des nouvelles lois qui les affranchissaient de la corvée sans leur attribuer la propriété des seigneurs. Il leur montrait que, jouissant de la pleine liberté, de l'égalité devant la loi, ils pouvaient s'enrichir par le travail. Il les éclairait, les consolait ; il leur communiquait l'amour de la justice et de la patrie qui ranimait lui-même, et ils s'en retournaient chez eux prêts à verser leut* sang, sous les ordres de leurs anciens maîtres, pour la défense de ces mêmes lois dont ils avaient accusé l'iniquité.
Dans son administration , Deàk avait pris pour mot d^ordre cette belle maxime qu*il répétait souvent à ses employés : « Voulez-vous être libres , commencez par être justes. » Il disait aussi :
DEAK FËRENGZ. 185
« Soyez justes envers les petits , si vous voulez que les grands le soient envers vous. » De concert avec Szalay et Eôtvôs, il reprit Télaboration d'un code criminel qui mérita la haute approbation de rillustre Hittermayer et des principaux criminalistes allemands. Il prépara également la loi sur le jury.
Au sein du ministère, il appuyait toujours avec Batthyànyi,' Eôtvôs, Mészàrôs et Klauzàl les mesures qui permettaient une entente avec TAutriche. Il voulait éviter la rupture complète, dont il n'avait cessé de prévoir et de prédire les funestes conséquences. La Hongrie aurait dû surtout éviter de s'aliéner la sympathie des libéraux et des capitalistes autrichiens.^ En instituant le régime de l'union personnelle, il aurait fallu faire immédiatement le partage de la dette. Avec moins de 200 millions de florins, la Hongrie se dégageait alors de toute solidarité financière avec TAutriche. Depuis lors il lui a fallu accepter une charge triple. Dans les débats de l'hiver dernier, Deàk s*est prononcé très-nettement à ce sujet. « Nous avons commis, disait il, une grande faute en 1848. Je dis nous parce que, moi aussi, j'y ai participé. On prétendait nous faire intervenir dans des dettes contractées sans notre assentiment. Nous n*y étions ni légalement ni équitablement tenus. La faute du ministère de Vienne fut d'exiger comme
uni droite oe' opii» dé? motee purrt ne^ peuFaii? fittre qu^nna^ coiioesKOir. Ila'nàtrèfiittdfi nouraorèteità' uné'qi]S»tioEn'dB*fôiiiDe^,ert.(la noerpiifi acoBptsr ansr^ sitôt. mnBj tranHOffittoiE qpiii eut é^i^é' Isnem dtu sanj^ QuelsipcagirèsKnoiis aaiiioiiBhMts^. depuis! A queLdegnè'deipisôspéssité'iie aerioiiBHmuBipa»; parvenus I » Les amis de Deâk prétendent .(pieîc*«st à* totrt.qidiL s'îaocirser d'arair surree; puhit méconnu liintéBèt vénrlaMe: dut payai. Il aorat' vAh dàfSiLbma dairementi lai voiia? à saiivrer, mais^ iii aairaâfcété'im^ puimantaiMim pnsjraAoii! son opiminr..
Bt en eSM, entre la &nw de ^ieniitt) qcii jetait' les;: Croates?; eêa, le» ScorHea". son le&i Hoi^irais'poiir leuc ende\/»? LesH dnoits» (p'elierax^it éié;foivsBe de leur Goneéder, et lest patHnios: esaspéités, qui ne voyaiegoil de salutt quisî dan» rinsunredaon, Jl n-y avvfltt sluft: de plaoepour Le^panti qniiyouiait s'en ttoir Mèleonantiài lai lég^ité. Bni temps d& révolutions tesi: pacthib estrémes; restent, seuls: en. pcésanoEi Laipopuibnité da Deàk s'évanDui&aaiUcapi^ dËonenti DL s^apeR^jerwait ave£* dbuleur quril perdaitt taut&. infltieneo) sur Te^piiit. diuni peupla^ quûse sœtBdti trahi*. Voyant la^^chon, inévitable y ili.nja pouvait que^ gémin sur r.at¥eu0einent. du gouwernementi. hièt tëmpsc des; transactions étaiti passé. Il atuitt. attaquée ao^aa: achaimemant: pas* cauK' quidansstQui] ODœ$Mfynms.nn^voyaient(,qu{uir piège:. He. JQiimal ISrMoPùziust [Ui 16 Jfars) s^ô£oi?çaiti de lui!
BEA^ PBRENGZ: 1^7"
eirfc^er' Dèut piFesttfe etf awraii prisp pour' ép^raphe* pei>iaaneiitl8' :• « Plte de^ politique de t(Wlàbiroi » Pl'esqne' totie les eomitat^ avaient nmamë" De&k r«©te5if»o, G^est^A-dipe membre fe tftnbanal ppovhicdeL comme 1^9= ¥iUë9 d'J^ngfeteiTe accordent Va di*oit dfe citté' auî? Hoimne» dtjnt elles veulent honorer Ife mépilfe^. (îëtlte' disfinetiicm qui» faisait dfe Deai^ réîn dfe la nation^ en^âèpe, on lui' en- faisait uiï gpîef , on= essayait d'en- Mre- un' ridfcule. Ee tftre que la Hongrie» avait? accerdé & son* grand ciitoryeni é^ait pris comme^ synonyme de proeureur an» idé«s étooitës^, adtâdié aux ancienned coûtaiBBs qne'la'BéFvohitioa devait balayer.
Llenttrée du.bîin Jelltahich^ avée ses Croates* d'ânes le» comitats du sud: et Uai mort du- généiral^ Eamiberg", assasniïé sur le pont de» Ptotjlï a« moment aiu il' \x;jiaiir^ au nom de* l'^ampereFar, négocier au' sujet de Uorgosiisatioa die' VttPtaéei,. rendirent bienn têfb une* lutte* à main armée iné\ût^ble. La poésie elte^même' entonnait krdliiroii' des combats. Yô<rôsmarty se taismt, rawâs Pattltl, ce Tyrtée hongrois-, lançait au vent de» ff\iztafi ces chants guer>~ riers r« Le^tezirps- es* venu aujourd'hui ou jamais- '> eO : a Les- Ironipettes sonnent, V& tamèour bat: at» armes I »• Tout le pays: 9& soulevait en pép#lant ces refrains, oopmrme' te. Franee de* 98 partait
poOT'lt flrontière' en cftantiant; Icf MàrsHitaw'. JLe Folede'Deàli sembllait terminé; Néanmoins il
188 DEÂK FRRENCZ.
se dévoua jusqu'à la fin à des tentatives de conciliation qai seules , croyait-il , pouvaient épargner à sa patrie un lamentable désastre. En septembre, il se rendit à Vienne, à la tète d'une députation, qui avait pour mission de s'entendre avec la diète ; mais la négociation ne put aboutir : on se sépara aigri de part et d'autre. Au commencement d'oc* tobre, il sortit du ministère. Il conserva néanmoins son siège de représentant. Quand le prince Windischgrœtz à la tète de l'armée autrichienne victorieuse arriva sous les murs deBude, Batthyinyi proposa de lui envoyer une députation pour négocier de la paix. Les deux chambres votèrent la motion. Par *une sombre journée d'hiver, le 31 décembre 1848, la députation partit. Elle était composée d'hommes avec qui la cour de Vienne aurait pu s'entendre : l'archevêque d'Erlau, George et Antoine Maylàth, Batthyànyi et Deàk. L'orgueil de la force triomphante et la démence de la réaction enivrant Windischgrœtz, il ne voulut point recevoir los Hongrois; il leur fit dire qu'il ne traitait pas avec des rebelles. Ce mot a coûté cher à l'Autriche. 11 lui a valu l'hximiliation d'être vaincue par la Hongrie d'abord, et l'humiliation plus périlleuse encore d'être sauvée par la Russie. Ces rebelles gouvernent aujourd'hui à Pesth, et c'est en s'inclinant sous le drapeau tricolore de la ré-' volution que l'empereur est monté sur « la colline
DEAK FERENGZ. 189
du couronnement. » Combien la destinée de F Autriche et de son jeune souverain eût été différente, si dès lors François-Joseph avait tendu la main à cette déesse invincible qui s'avance à travers notre siècle , renversant tout ce qui fait obstacle à sa marche triomphante, la liberté I Que la poignante responsabilité de la rupture définitive et du sang versé retombe sur ceux qui Tout provoquée I II ne restait aux Hongrois d'autre alternative que Thumiliation complète ou Tappel aux armes. Ils préférèrent tirer du fourreau le sabre des Bethlen et des Râkôczi. Certes on ne peut leur en faire un crime : ils avaient pour eux le droit national et le droit historique; mais Deàk, l'homme de la légalité, n'avait plus rien à faire sur une scène livrée désormais au hasard des batailles. La première partie de sa carrière politique prit fin avec ce triste jour de la Saint-Sylvestre, où il revint du canop autrichien ayant perdu tout espoir d'un arrangement pacifique. Quand la diète se transporta à Debreczin, il ne l'y suivit pas. Il ne condamnait pas la révolution, mais comme il ne l'avait ni provoquée, ni voulue, il ne se croyait pas tenu à la servir.
, 90 SÏSIAK d^RENiûZ.
PflQdaBt que les anmées cuitj^iohieniies lenMShifi-- .iRaient te pays, iDeâk levait 'dans^nii âomaiite*âe i^hida, sacs «e caobBr. Lorsçae iefi .Hongrois, mu- 'tocieux à ilour ionr, Féoaanpèireiit Be^ 6t finde, il ne voulut ipas «quitter sa metcaitte. .Aoi milieu "de oœ luttes, m son «caractèrB m ;Bes idées :ne lui pfermdttaientid'^Te utite à.voQqiafB; âlipréférait s'6ffaaer/Chi'ii'a>pusi)ublié'le6.i$aug)ffute5«]!^ilfei«Bs cpii/suivkrenttla^oapitulation de^iDàges, dècomte Bàtthyàuyi, ile^oomte Leiningen, Nagy Saudar^-fifloajanich, 'Sorok,.Âulich,iLaunery KiBS^uaill^^pu pou- .dus.iCefuttenaoreiBue^granâeiiaiite. lAninuiiigeuviiPnement ine ^s'est jamais 'saiwé *per des ^engeamces {)oliticpieE. QeuiL qu^on tue se transformeift'eu martyrs, 'fit .ne imaurenlt :plu& Sis iTesffiuscitent (pom* de ^hâlfiiilent tde leurs i^uges. En J86i7, 'dp iHoqgiie, j'ai .Vil partout .AU& vitiûneB ks pariraits «des (victimes de l%kB rattachés /par les mêmes ilauriecs et ^nveloppé^ vdu môme i crêpe funécaicn.
Tandis gue «es «anciens collègues >9e dérobaient aux poursuites paf l'exil , Deàk n'était point i»quiété; il n'eut pas d'interrogatoire à subir. La pureté de son caractère semblait inspirer le respect, même à ses ennemis. Il reprit peu à peu sa vie habituelle, se rendant à Pesth, ou à Vienne,
quand .^bâs afraiv€isd'yaippfilfiieiii;.JL4e semitnavfic ardeur f à «âs /études ifÎGMVQiriteB,; Aixiais il .n^ilit.iia- .raitrre >aucun icrit «^ur, donni^r ."GTOd opinixin.fiiH* la -sUujatÎQn qui tétait £aite :à «on pajfs. a3andiB qu'Ëôtyôs, iPaul Somsiich,) ËdQuaKdiZ&edényi, île comte Antoine .Szé&aei^ »publkiQiit diimpoj^taHis ouvrages, où ils ^avândiquaientiles droite de leur patrie iteaitée enipays conquis, tûaélcfieitaisait. Son silence dura dk ans. Chose étrange^o^'esi; pendant ce temps qu'il grandit aux yeîuac de toa&y ^ gueson infhien<2e devint souveraine. C'est denns sanrâtiâite qu il s'éleva à^sette situation unique qui ledit Uapbitre des «destinées de laiHongrie.iCQmmeat?onaie saurait le dire. Jamais il ne parlait teipremieridies afifaiies rpubligues. Quand on IfintenriOgeait, il irépondait '.en peu ide ^mats. ill ne jcachait.pas sa pensée,, mais il ne cherchait pas 1 occasion de laiaire connaibre. .U comprenait .que la. réaction devait^suivire tson cours.Jl assistait calme^iluliSérant en ^ap- .par^Buce^ âuxtexpérienaes •dexentralisatLon du mibnistère fiaçh. Il prévoyQitiqu':elles.devaJfint:miséraidBmnni véchouBi. «C'est ce imoment quiil attendait. Jusque4àtautiafIjQ£tLuy)ar^aifi6aitvain,'taut&plaiiite puérile. Il yixjrait peu de ononde. Ayant vendu^on domaine de dLebidi^, ;il iiabitaitPesth. :Sonplus ^rand «bonheur iétait de . ftiire idu ibisn. ^11 oonsar orait .chaque «amiéa ime^grande .pastie «denses twn ilafitcâjrevenus «À iseeousir iles amis jaauvres cet li
192 DEÀK FERENGZ.
distribuer des aumônes aux familles néœssiteuses. Il avait même repris sa gaité tranquille, et le soir venu, après une journée de travail, il aimait, en compagnie de quelques intimes, à raconter des anecdotes en fumant et en buvant de la bière. Cette attitude semblait inexplicable; elle irritait ceux dont Fâme plus ardente ne pouvait supporter le spectacle de la patrie asservie. Son ancien collègue au ministère, Szemere, alors exilé, écrivait à ce sujet : « Deàk dans sa solitude ressemble à un oracle dans une contrée maudite, que nul n'ose aller consulter. » Brutus sous les Tarquins avait agi de même, seulement De&k ne conspirait pas.
Quand le cabinet de Vienne voulut reconstituer la Hongrie, il essaya de s'entendre avec De&k. C'est alors que celui-ci adressait à M. de Schmerling^ ministre de la justice en ce moment, cette lettre, reproduite par tous les journaux, où il déclarait avec autant de fermeté que de convenance qu*il ne pouvait rien, parce que la façon dont le ministère voulait régler les affaires hongroises était complètement opposée à ses principes.
La résistance du « sage de la patrie » {arszdg lôlcse) n'empêcha point le ministre Bach de tenter à son tour d'échanger avec lui « quelques paroles raisonnables ». Le plan des partisans de la centralisation pouvait très-bien se justifier. Que vou-
DEAK FERENCZ. 193
laient-ils? Constituer tout simplement un État autrichien, comme il 'y a un État français, anglais^espagnol, accorder aux différentes provinces de l'empire les plus larges attributions pour le règlement des intérêts locaux, mais investir le pouvoir central des pouvoirs qui lui sont indispensables pour assurer le maintien de Tunité nationale. Pour que l'Autriche continuât à subsister, il ne fallait pas, disaient-ils, lui refuser les conditions qui seules rendaient son existence possible. Â tous les raisonnements du ministre, reproduits pendant plusieurs entretiens, Deâk répondait simplement : a Que votre excellence me pardonne, je ne connais que la constitution hongroise. Tant qu'elle n'est pas rétablie, je ne puis rien, car je ne suis rien. Je n'existe pas. » Le ministre insista, pressa en vain: il ne put le faire dévier de sa résolution.
Le cabinet viennois négociant avec Deâk comme avec le représentant de la Hongrie, son autorité morale s'accrut encore. Une lettre d'un de ses compatriotes, écrite vers 1860, nous explique assez bien l'origine de ce prodigieux ascendant. — Pour Deâk, disait-il, la vérité et la justice l'emportent sur tout intérêt politique, même sur celui de sa patrie, si celui ci pouvait être en opposition avec le droit. On dit que les perles fines perdent leur éclat quand la personne qui les porte devient
:94 DEÂK FERENGZ.
malade. Deàk cesse;'ait d'être lui-même, s'il devait prêter la main à ce qu'il considérerait comme une atteinte au droit, même pour délivrer son pays de 1 oppression. Il ne ferait rien que sa conscience n'avouât pas, et nul ne sait jusqu'à quel point il porte le scrupule. Sa vue est perçante, la rectitude de son jugement est sans égale ; mais il hésite à agir, tant il craint de ne pas bien agir. Il s'ensuit que beaucoup de gens, le voyant demeurer en repos au moment où, dans leur impatience, ils s'attendaient à le voir marcher en avant, l'accusent de manquer de courage ; mais le peuple est frappé de la simplicité de sa vie, de la pureté de son caractère, de la logique de sa conduite politique, qui depuis quarante ans n'a pas varié. Il sait que Deàk est incorruptible, que les promesses et les menaces ne l'ébranleront pas, que ni les influences de la cour, ni les murmures de la foule, ni les olyurgations de ses amis, ni la crainte de la mort, ni même l'exaltation du sentiment patriotique, ne le feront sortir de la voi« qu'il s'est tracée. Il lui attribue une sagesse surhumaine, une prudence, une prévoyance à déjouer tous les pièges et tous les périls. Deàk est aux yeux des masses le type de la justice, l'organe de la vérité, la pierre de touche du bon droit. U n'inspire point d'enthousiasme, car il n'a jamais cherché à entraîner personne par ses discours ou ses écrits;
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mais la nation entière croit que c'est de lui seul qu'elle doit recevoir le mot d'ordre. Aucun parti ne parviendrait à entraîner le peuple sans Tassentiment de Deàk, car chacun pense que lui seul peut dire quand il sera prudente! juste de passer à l'action. Les exilés, quelque populaires qu'ils soient, ne trouveraient nul écho dans le pays, si Deàk se taisait; mais qu'il se lève, qu'il parle, et toute la Hongrie comme un seul homme obéira à sa voix.
L'appréciation dont nous venons de reproduire le sens explique pourquoi les Hongrois n'ont profité ni de la guerre d'Italie en 1855, ni de la guerre d'Allemagne en 1866, pour secouer un joug détesté. C'est que « le sage de la patrie, » qui ne voulait pas l'anéantissement de l'Autriche, ne leur en avait pas donné le signal. Bientôt son rôle allait devenir plus actif.
Le diplôme impérial du 20 octobre 1860 avait établi, sur le papier du moins, le système constitutionnel, car l'empereur François-Joseph y déclarait qu'à l'avenir aucune loi ne serait édictéechangée ou suspendue sans la coopération de la diète. Celle-ci devait avoir dans ses attributions les objets d'intérêt commun, comme la diplomatie, les finances, l'armée; le reste était réservé aux délibérations des assemblées provinciales. Le diplôme fut d'abord favorablement accueilli en
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Hongrie. Cependant se déciderait-elle à envoyer des députés au Reichsrath, reconnaissant ainsi à cette assemblée centrale le droit de disposer de ses trésors et de ses soldats? consentirait-elle à n'être plus qu'une province de l'empire au lieu de continuer à être le royaume indépendant de saint Etienne? Là était la difficulté. Deâk espéra qu'on pourrait arriver à une transaction acceptable par les deux partis, pourvu qu'on reconnût à la diète hongroise le droit de discuter les conditions de l'accord. Sur ce point-là, il n'admettait pas de transaction. Il reprenait l'ancienne et fière devise des Magyars : n^il de nobis, sine nobis, A Vienne, on était entré dans une voie tout opposée. Les Allemands, partisans d'une centralisation plus forte, avaient reproché au diplôme d'octobre de trop concéder au principe fédéraliste. La patente du 26 février 1861 vint étendre la compétence du pouvoir central : elle décidait que la Hongrie serait représentée au Reichsrath par 85 députés, et elle accordait une représentation spéciale à la Transylvanie et à la Croatie, ce qui semblait admettre que ces partes adnexx du royaume de saint Etienne n'auraient pas à envoyer de députés à Pesth. C'était porter atteinte à son intégrité territoriale.
Quelle fut l'attitude de Deàk en présence de ces importants changements? Quand les anciens con*
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servateurs hongrois eurent obtenu le diplôme d'octobre, le chancelier baron Vay, qui était chargé de le promulguer en Hongrie, crut devoir s'adresser à Deàk. Il lui demanda son concours, et le pria tout au moins de ne pas commencer la lutte sur le principe même de la constitution octroyée. Deàk refusa de prendre des engagements. Toutefois il ne voulut se mêler à aucune agitation hostile. Seulement, quand les journaux de Vienne le sommèrent de se prononcer, il déclara que, suivant lui, le seul terrain sur lequel une entente était possible était celui des lois de 1848. Il disait en même temps à ses compatriotes qu'ils arriveraient plus tôt au but par des négociations conduites avec fermeté que par une rupture immédiate et violente.
En décembre, accompagné de son ami Eôtvôs, il eut à Vienne une longue conférence particulière avec l'empereur. Il en emporta sans doute la conviction qu'une entente était possible, car à son retour en Hongrie il changea complètement d'at^ titude, et après douze ans d'abstention absolue, il rentra dans la vie publique avec décision et activité. Le moment d'agir lui semblait venu. On s'occupait de la réorganisation judiciaire des comitats et de la réforme de la législation hongroise. Il intervint dans cette élaboration avec sa modération et sa fermeté habituelles. D'une part, il n'admit
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point les exigences des radicaux, mais d'autre part, il repoussa énergiquement le droit pénal et la législation sur la presse de TAutnche comme contraire aux lois hongroises et au régime consti-
tutionnel. La ville de Pesth répondit par une adresse au rescrit royal du 16 janvier 1861. Ce fut encore Deàk qui la rédigea dans Tesprit d'opposition légale qui était le sien.
Les élections pour la diète eurent lieu conformément à la loi électorale de 1848. C'était déjà une première concession. Deàk fut élu le 11 mars 1861 par la ville de Pesth. Dès les premiers jours, on put prévoir le rôle prédominant qu'il allait jouer. La méfiance pour tout ce qui émanatit de Vienne, l'hostilité contre le gouvernement, étaient si grandes qu'un conflit s'éleva avant même l'ouverture de la diète. Une loi de 1848 avait décidé qu'à l'avenir cette assemblée se réunirait à Pesith. Le ministère, probablement pour marquer la prééminence de la couronne, crut devoir convoquer la diète à Bude, où se trouve le palais du souverain. Les députés se réunirent pour délibérer sur le parti à prendre. Les modérés proposèrent de se rendre d'abord à la séance solennelle d'ouverture à Bude, puis de se transporter à Pesth pour y tenir les séances ordinaires. Cette transaction ne satisGt point les députés de la gauche. Dès l'abord, ils voulaient contraindre le gouverne-
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ment à respecter l'œuvre de 1848 tout entière. Sur ce point, ils n'admettaient aucune concession, même pour une simple formalité. Us proposaient de déclarer traître à la patrie tout député qui assisterait à la séance d'ouverture à Bude. Deâk se leva et déclara que, quoique dévoué aux lois de I8(&d et peu amateur des cérémonies officielles, il se rendrait à Bude, dùWl être tout seul. L'opposition avancée avait la majorité; néanmoins ce fut la proposition du parti modéré qui fut suivie. Deâk avait eu le courage de dire et la gauche le bon sens de faire ce qui était raisonnable.
A peine la diète se fut-elle réunie à Pesth que la question se présenta de savoir sous quelle forme elle allait faire connaître ses griefs et ises réclamations. La gauche, qui reconnaissait pour chef le comte Teleki, se prononçait pour une « résolution. » Elle devait blesser l'empereur et rendre impossible toute négociation ultérieure. Deàk proposait de donner la forme d'une adresse à l'exposé de principes que la diète voulait faire. — Le langage, la conduite, pouvaient être fermes, mais pourquoi rendre le conflit inévitable? S il doit avoir lieu, disait Deàk, que la responsabilité en retombe sur la cour, non sur la diète. — Céder sur l'accessoire pour obtenir l'essentiel, telle a toujours été sa maxime.
Tandis que Deàk travaillait avec son ami le pu*
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bliciste Csengery à la rédaction du projet d'adresse qu'il comptait présenter aux chambres, le parti de Topposition s'efforçait de grossir ses rangs. L'hostilité . contre le cabinet autrichien était générale. Presque tous les députés s'étaient prononcés dans les réunions électorales contre la patente de février. A mesure qu'ils arrivaient de leur comitat, la gauche s'emparait d'eux el leur prêchait une ligne de conduite qui répondait parfaitement à la vivacité de leurs sentiments antiautrichiens. Deâk, lui, ne faisait rien pour que son opinion triomphât. Il lui a toujours répugné de se servir de son influence personnelle pour ob^ tenir un vote. Il pousse le respect des convictions d'autrui si loin, à un tel excès peut^on dire, qu'il ne cherche pas même à conquérir des partisans ou à faire partager ses idées par l'entraînement de l'éloquence. Il veut que ce soit la seule évidence de la vérité qui subjugue ses contradicteurs.
Le jour même où Deâk devait donner lecture de son projet d'adresse, une funèbre nouvelle se répandit dans Pesth ; Ladislas Teleki, le chef de l'opposition, venait d'être trouvé mort dans sa chambre. Le dernier mot de ce drame n'est pas encore connu. Tiraillé, dit-on, entre certains engagements pris envers l'empereur et la conduite que lui commandait son patriotisme, il se serait dérobé par un coup de pistolet â une position in-
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tolérable. Deâk, atterré de Tévénement, demanda la parole à l'ouverture de la séance pour prononcer réloge de son adversaire politique, mais son émotion fut si vive que les larmes lui enlevèrent la voix. Un frisson parcourut l'assemblée, et la discussion fut ajournée.
C'est le 13 mai suivant que Deâk lut cette fameuse adresse qui pour la première fois appela sur son nom l'attention du monde entier. La diète hongroise vit se produire ce jour-là un fait à peu près sans exemple dans les annales parlementaires des autres pays. Quoique ayant perdu son chef, l'opposition avancée avait une majorité de quelques voix. Elle voulait que la chambre adoptât une « résolution. » Tisza et Ghyczy, qui avaient pris la place de Teleki, avaient déployé la plus grande activité pour obtenir ce résultat, et cependant, quand le moment du vote arriva, la gauche décida que trois de ses membres quitteraient la salle afin que l'adresse de Deâk fût adoptée, sans qu'aucun des partisans de « la résolution » eût à. voter contrairement à ses convictions.
Les dernières paroles de son discours avaient produit une impression profonde. « On prétendra peut-être, avait-il dit, que ma politique est craintive et lâche. Celui-là seul est craintif et lâche qui songe à sa propre personne là où l'intérêt de la patrie est en jeu ; mais il ne mérite pas ce repro-
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che, celui qui, sans s'inquiéter de son intérêt particulier, ne songe qu'au péril de son pays. Quand il ne s'agit que de nous, nous pouvons courir les hasards ; quand il s'agit de ceux qui nous ont confié leur destinée, du sort de la patrie, alors il ne faut rien risquer, la prudence est un devoir. »
<E II nous faut tout risquer pour la patrie, mais nous ne pouvons risquer la patrie elle*-mème. Je sais que nos ennemis, pendant les sombres années que nous avons traversées, ont rempli jusqu'au bord la coupe de nos amertumes. Je comprends que ce serait pour nous un âpre soulagement de laisser éclater la voix longtemps comprimée de nos colères et de nos douleurs, de donner un libre cours à notre juste indignation, sans nous inquiéter des conséquenses qui pourraient en résulter. Moi aussi, je partage le ressentiment qu'éprouve tout Hongrois contre ceux qui ont ruiné tant d'existences, semé tant de deuils dans notre patrie; mais je sens en moi la force d'aimer mon pays plus que je ne hais nos ennemis. Je préfère imposer silence au ressentiment dont mon âme déborde plutôt que de me laisser entraîner à un acte qui pouriaitnuireàla Hongrie. Je connais toute la puissance de l'opinion publique. Je sais qu'elle élève qui la sert, et abat qui lui résiste. J'admets qu'il faut en tenir compte ;
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mais j'ai un ami fidèle qui parle plus haut encore à mon cœur que Topinion publique, un ami qui nese laisse point fléchir, dont les injonctions sont sacrées pour moi, et dont le blâme me tuerait: cet ami incorruptible, c'est ma conscience. »
L'orateur croyait parler devant une majorité hostile et jouer sa popularité; mais son triomphe fut complet. Jamais son merveilleux ascendant ne^ s'imposa d'une façon plus irrésistible. Ses adversaires les plus décidés furent subjugués.
Quand le projet d'adresse fut publié, il provoqua dans tous le pays un transport d'orgueil patriotique. Les journaux de Vienne eux-mêmes reconnurent que nul dans Tempire n'était capable de répondre à ce document magistral. En montrant quels étaient les droits que l'histoire et les traités donnaient à la Hongrie vis-à-vis de l'Autriche, il fournissait à un peuple fanatique de son passé un terrain légal pour la résistance, dont rien désormais ne pourrait plus l'arracher. Cette adresse était comme une nouvelle bulle d'or où étaient inscrits tous les titres de noblesse et toutes les libertés de la nation magyare, elle est insérée an trésor des archives nationales, et sans cesse on la cite avec fierté. Ainsi que le disait alors un émigré Hongrois, Deàk Ta déposée sur le seuil qui sépare TÂulriche de la Hongrie, et nul empereur ne montera plus sur la « colline du
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couronnement » sans l'avoir relevée pour s'y conformer.
Dans cette mémorable pièce, celui qu'on appelait le « sage de la patrie » dit d* abord nettement que la Hongrie ne peut accepter une constitution octroyée. Ce qu'elle veut c'est qu'on lui rende son antique constitution, née du développement historique de la nation, garantie par des traités, consacrée par l'expérience des siècles, il n'y a que le peuple seul qui puisse la modifier, si les nécessités de l'époque le réclament. « Le droit et la justice, la sainteté des contrats sont pour nous, ajoutait-il; contre nous, il n'y a que la force des armes. On veut faire de la Hongrie une partie intégrante, une province d'un empire autrichien, d un état unitaire, qui n'a jamais existé : nous ne pouvons y consentir, sans sacrifier l'existence indépendante, la constitution traditionnelle de la Hongrie, et c'est ce que nous n'avons pas le droit de faire. La pragmatique sanction, qui est le traité en vertu duquel l'empereur est roi de Hongrie, considère notre pays comme un État indépendant. Les successeurs de Charles III, Marie-Thérèse, Léopold II, François P', Ferdinand V, ont tous respecté notre indépendance et notre droit de ne payer d'autres impôts que ceux votés par la diète. Joseph II seul a refusé de se faire couronner, pour ne pas devoir sanctionner nos privilèges dans son diplôme inau-
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gural ; aussi la Hongrie ne l'a-t-elle jamais reconnu comme son souverain Intime, et ses rescrits n'ont pas été insérés dans le receuil de nos lois. Le lien que la pragmatique sanction et tous les autres traités ont établi entre la Hongrie et les états héréditaires est une sorte d'union personnelle. De véritable union réelle, il n'y a pas trace. L'intérêt le plus évident de notre pays nous défend de confier la faculté de lever chez nous des hommes et des impôts aux décisions d'une assemblée où nos représentans seraient en minorité, L'Autriche a à défendre en Allemagne des intérêts qui ne sont pas les nôtres. Elle fait partie de la confédération, la Hongrie point, et ainsi celle-ci pourrait être entraînée à prendre part à une guerre qui ne la concernerait en aucune manière. t>
Après avoir réclamé la restitution à la couronne de saint Etienne de toutes les partes adnexœ^ Transylvanie, Croatie, Slavonie et confins militaires, l'adresse finissait par déclarer catégoriquement que jamais la Hongrie n'enverrait de députés à un parlement central, que jamais elle ne sacrifierait son indépendance et ses libertés, garanties par la constitution, par les lois, par les diplômes d'inauguration et par les traités.
Ce qui étonne dans ce document, c'est qu'il n'y est pas fait appel une seule fois, même indirectement,
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an droit natureL Deàk n'inToqae que le droit historique. C'est le contraire gc^'on fait ordinairement quand on veut résister aux souverains et fonder la liberté. « Les droits des hommes réunis en société, disait Tui^ot, ne sont point fondés sur leur histoire, mais sur leur nature. » Gela est vrai; un abus n'est pas respectable parce qu'il est ancien, une iniquité ne devient pas Intime parce qu'elle a duré. L'esclavage remonte aux premiers jours de l'humanité ; on a cependant bien fait de l'abolir. Mais Deâk , trouvant dans l'antique cxmstitution de son pays les libertés modernes, et ayant à se défendre contre une dynastie d'ancien régime, choisissait admirablement son terrain en invoquant la tradition. Il s'appuyait sur le principe même d'où le souverain tirait sa légitimité. Celuici ne pouvait donc l'attaquer sans ébranler le fondement de sa puissance.
M. de Schmerling, comme Joseph n et Necker, voulait brusquer les réformes et reconstruire Tétât d'après un modèle plus régulier, en renversant les institutions léguées parle passé, a Le premier devoir d'un ministre , disait Necker à propos des résistances de la Bretagne, est de faire rentrer cette province dans le droit comn^un, sans tenir compte des privilèges incompatibles avec Tunitë de la monarchie. » M. de Schmerling tenait exactement le même langage au sujet de la Hongrie.
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L'opinion en Europe était disposée à lui donner raison. L'Autriche offrait une constitution moderne, la Hongrie défenda\jb des institutions vieillies. M. de Schmerling était, disait-on, un réformateur éclairé, Deàk un conservateur étroit.
L'adresse de Deàk paraissait être l'œuvre d'un l^ste, non d'un homme d'État. Et cependant j mcline à penser que Deâk n'avait pas tort.
Sans doute la France, en 1789, ne trouvant que servitude dans son passé, a bien fait de rompre avec lui; mais la Hongrie, rencontrant la liberté dans le sien, devait y rester attachée. En France, les états généraux n'étaient qu'un souvenir effacé de la mémoire du peuple, et le droit ancien que le recueil des anciennes iniquités. Aussi, depuis les légistes du moyen âge jusqu'aux économistes du xvm* siècle, tous les partisans de la justice et de l'égalité ont favorisé l'extension du pouvoir central ; mais la royauté étant devenue plus tyrannique, plus odieuse et plus ruineuse surtout que Taristocratie et que les administrations locales, successivement immolées à son profit, la Révolution a tout balayé. En Hongrie, la noblesse, c'était en grande partie le peuple même ; les institutions locales émanaient directement de lui; les diètes s'étaient succédé sans interruption depuis mille ans, et toujours elles avaient défendu les droits de la nation. Celle-ci était fière de ses lois, de sa
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constitution; elle les adorait et s'était toujours montrée prête à verser le plus pur de son sang pour les défendre. On conçoit que Deâk, interprète fidèle de ses concitoyens, n'en ait rien voulu sacrifier, en échange d'un régime nouveau octroyé et d'une efficacité incertaine. Ce qu'il n'a jamais consenti à abandonner, c'est « la continuité du droit. » Il savait toute la force que la tradition donne à la liberté.
L'Angleterre conserve ses institutions représentatives, les États-Unis leur régime républicain, parce que ces deux pays y sont arrivés peu à peu, par un développement organique, par la tradition.
La France semble ne pouvoir garder la liberté, qu'elle a si souvent et si héroïquement conquise, parce qu'elle y arrive toujours brusquement, en un jour de fureur populaire, sans que rien, ni son éducation, ni son histoire, ni son culte, ne la préparent à en jouir.
En tout, la part de la tradition est grande, et qui veut s'en passer échoue. Voulez-vous réformer d'un coup l'organisation politique ou sociale d'un peuple, les mœurs, les idées, les intérêts résisteront, et vous aboutirez au despotisme ajrès avoir traversé l'anarchie. Les yeux fixés sur la justice idéale, améliorez ce qui existe, corrigez les abus, et vous vous rapprocherez du but, quelque haut placé qu'il soit. La France, à la fin du xvm" siècle,
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a voulu rompre complètement avec Tancien culte ; après un prodigieux effort, elle est retombée aujourd'hui sous le joug d'une autorité plus intolérante que celle d'autrefois. Au xvi* siècle, l'Allemagne et l'Angleterre ont procédé en religion par voie de réforme ; elles ont respecté la part de la tradition : le mouvement émancipateur a réussi. Dans les arts, c'est la tradition qui a permis aux hommes inspirés de créer des chefs-d'œuvre. Les grandes épopées nationales sont des légendes transmises, remaniées, à qui un poète est venu donner une forme définitive. Les drames des tragiques grecs, ceux de Shakspeare, de Racine, de Corneille, de Goethe, de Schiller, ont un fond traditionnel. La peinture marche à sa perfection par une tradition ininterrompue et facile à suivre en Italie depuis Cimabué jusqu'à Raphaël. Pour la sculpture, pour l'architecture, la part de la tradition est bien plus grande encore. Remontez à l'origine des plus étonnantes inventions modernes, la locomotive, le télégraphe électrique par exemple, vous verrez qu'on n'y est arrivé que par des améliorations successives. La société, pas plus que la nature, n'aime à procéder par ces « écarts absolus, » que vantait Fourier. Les prodigieux changements dont la surface de notre globe porte * la trace se sont accomplis peu à peu, prétendent les géologues, le temps faisant l'œuvre de la force.
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Nos institutions, nos lois aussi subiront de profondes transformations, mais les plus radicales et les plus durables ne seront pas brusques.
L'adresse de Deâk fut très-mal accueillie & Vienne. Elle énumérait d'une façon trop décidée les conditions auxquelles seulement la Hongrie consentirait à traiter. C'était le « sinon, non » des Aragonais. La chancellerie impériale y répliqua par un rescrit en date du 21 juillet. Il y était dit que 1 union entre la Hongrie et les États héréditaires était tout autre que personnelle, qu'elle était plutôt réelle, que la Hongrie avait toujours été obligée de contribuer aux dépenses générales , que les lois de 184a ne pouvaient être complètement remises en vigueur^ attendu qu'elles avaient produit de graves désordres^et que dans l'intérêt de Tempire et du royaume il était urgent d'envoyer des députés aux Reichsrath de Vienne pour y discuter « les affaires communes. » En somme, c'était là le point auquel on tenait. Pourvu que les Hongrois se fissent représenter à la diète centrale, on leur aurait concédé tout le reste ; mais les Hongrois sont de ces gens « à cou raide > dont parle rÉcriture. Il est impossible de les faire céder, surtout quand ils s'appuient sur leur « droit historique; » cest un peuple de soldats et de juristes. Chacun d'eux est armé de son sabre et de son corpus juris. A défaut de l'un, ils
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se servent de Tautre. Ils invoqueront Verbôczy d'abord, Ràkôczi ensuite. Le rescrit impérial provoqua une explosion de mécontentement. Il n'y eut plus deux partis au sein de la chambre, il n'y en eut plus qu'un. On décida que jamais on ne céderait aux injonctions de Vienne, et on chargea Deàk de faire connaître cette résolution.
La nouvelle adresse que Deâk rédigea, et qui fut adoptée à l'unanimité, reproduit les mêmes arguments que la première, les développe, les fortifie par de nombreux précédents historiques. Il y réfute point par point et avec une impitoyable logique toutes les affirmations de son impérial contradicteur. Comme mémoire juridique, c'est un chef d'œuvre, qui n'aurait peut-être pas excité l'enthousiasme de tout autre peuple que des Hongrois, mais qui aurait entraîné le verdict de toute cour de justice. C'est un résumé de l'histoire politique de la Hongrie et une exposition de son droit constitutionneL
Le débat était sans issue. M. de Schmerling voulait faire du royaume de saint Etienne une province autrichienne; Deâk et la nation tout entière réclamaient à Pesth une diète historique et un ministère responsable. L'adresse elle-même disait que toute communication ultérieure était inutile. Le 21 août 1861, la dissolution de la diète était prononcée. Celle-ci, s'appuyant sur la disposi-
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tion constitutionnelle qui ne pennet pas au souve rain de dissoudre le parlement avant Texamen du budget, inséra au procès-verbal une protestation solennelle déclarant qu'elle ne cédait qu'à la force. Pendant cette bataille parlementaire de cinq mois, Deàk, comime le commandant d'une place assiégée, n'avait pas quitté un instant la brèche attaquée par l'ennemi. La patrie s'était personnifiée en lui. Elle lui avait donné plein pouvoir. 11 parlait et négociait en son nom, ou plutôt Deâk, c'était la Hongrie.
Il paraît que le jour même de la dissolution de la diète il reprit sa manière de vivre habituelle, et qu'il alla avec quelques amis jouer aux quilles dans un cabaret de campagne des environs de Bude. On lui en a fait un reproche. Comment pouvait-il se livrer ainsi à de vulgaires distractions au moment où il avait donné le signal d'une lutte décisive ehtre son pays et l'Autriche? Comment expliquer tant d'indifférence en présence de si graves événements? Deâk, a-t-on répondu, était rentré dans la vie privée. A aucun prix, il ne voulait prendre la pose d'un martyr : il était d'ailleurs heureux du résultat de la session. Il était sûr de la victoire. Il avait donné à son pays un programme, raisonnable qui avait été adopté à l'unanimité par tous les partis. Cette unanimité rendait toute révolution inutile, car elle assurait
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le triomphe de la résistance légale. Quand une nation tout entière est décidée à ne rien abandonner de ses droits, la compression, eût-elle à ses ordres une armée de gendarmes, n'en viendra pas à bout, à moins de l'exterminer. Il savait que l'Autriche serait bientôt réduite à céder et que l'indépendance de la Hongrie triompherait. C'est pour cela que le soir du 21 août 1861 Deâk buvait gaîment de l'o/èncr, et jouait aux quilles sous les tonnelles de la Schône Schàferin.
Au mois de septembre, les assemblées locales de toutes les villes et de tous les comitats furent dissoutes. Des commissaires royaux reprirent la direction de Tadmimstration. Le régime autocratique était rétabli comme au temps de Bach. En même temps, pour isoler les Hongrois, on exaltait le sentiment national en Croatie et en Transylvanie ; on obtenait que les députés seraient envoyés à Vienne par les Roumains et les Saxons, en faveur de qui on avait abaissé le cens électoral. « Nous pouvons attendre, » avait dit fièrement M. de Schmerling, comptant que la Hongrie se lasserait de sa résistance.
M. de Schmerling se faisait illusion sur la situation de l'Autriche. Menacée au sud par l'Italie, qui revendiquait Venise, au nord par la Prusse, qui aspirait à reconquérir la prééminence en Allemagne, c'était pour elle une singulière imprudence de
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conserver sur ses flancs une Hengrie profondément ulcérée, que la main de Deàk arrêtait seule sur le seuil d'une insurrection armée. Au printemps de 1865, Tempereuryit enfin le danger. C'est encore à Deâk qu'on s'adressa par Hutermédiaire des magnats du parti conservateur, George Maylàth et Sennyei. Le modeste avocat de Pesth qui tenait en ce moment dans ses mains le sort de l'empire des Habsbourg fît connaitiie les conditions qui . rendraient possible un accord avec la Hongrie. Celle ci ne sacrifierait rien de son autonomie. Son indépendance serait garantie, mais les objets d'intérêt commun se régleraient de commun accord. C'était l'esquisse du dtMlisme adopté depuis.
Dans cette crise décisive, l'impératrice engagea^ dit-ouy son époux à céder. Elle connaissait la langue et la littérature hongroises. Elle avait pour les Magyars plus de sympathie que la chancellerie viennoise. Un vague instinct lui révélait que le temps pressait.
En juin 1865, François Joseph fut reçu avec enthousîasme àBude. Par le manifeste dé septembre^ le ministère Belcredi suspendit la constitution de février 1861 afin de pouvoir élaborer une organisation acceptée par la Hongrie. Enfin en décembre l'emporeur ouvrit en personne la diète à Pesth. L'accueil fut très-brillant et très-chaleureux. Les Hongrois se méfiaient de l'empereur d'Aulriche y
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mais malgré tout ils aimaient encore leur roi. De part et d'autre, on croyait pouvoir arriver à s'entendre; toutefois Deâk ne voulait transiger en rien sur « la continuité du droit. » 11 fallait d'abord remettre en vigueur les lois de 1848, votées par la diète et sanctionnées par le souverain. Quand un ministère responsable aurait été nommé, îl pourrait proposer les modifications jugées nécessaires. C'est ce qu'une nouvelle adresse exposa. Le ministère Belcredi, qui désirait contenter la Bohême et la Croatie, ne put se décider à une concession qui devait irriter tous les Slaves. 11 hésita, et répondit encore une fois par un rescrit en février 1866. L'ajournement de la diète suivit, et l'Autriche alla affronter sur les champs de bataille la Prusse et l'Italie sans avoir la Hongrie derrière elle.
Deâk et son parti n'auraient point donné la main aux exilés de Klapka pour soulever la Hongrie, et après Sadowa ils n'abusèrent point de la défaîte de l'Autriche pour augmenter leurs exigences, mais îl n'en est pas moins certain qu'ils furent satisfaits des résultats de la guerre. Verser le sang hongrois pour garder Venise ou pour conquérir la prépondérance en Allemagne leur semblait également déplorable. Etôvôs avait toujours fait voir dans ses publications que les plus grands dangers de la Hongrie provenaient de ce que l' Au -
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triche faisait partie de la confédération germanique. Il dut donc saluer avec satisfaction le jour où elle en sortit Qu'à Vienne on désirât faire des États autrichiens un État unitaire, rien de plus naturel : Terreur a été de croire qu'avec tant de nationalités distinctes, hostiles, ce vœu était réalisable, et en poursuivre Taccomplissement par la force était une folie qui menait à l'iniquité. Les événements de 1866 ont mis un terme définitif à ces tentatives.
M. de Beust, arrivé au pouvoir, comprit qu'il fallait accepter sans discuter le programme de Deâk, et c'est des mains du juriste hongrois que r empire-royaume reçut l'organisation constitutionnelle qui y est maintenant en vigueur. Quand on étudie cette organisation, on ne peut se défendre d'admirer la prévoyance, la vigueur d'esprit, le génie politique qu'il a fallu pour construire un mécanisme qui répondit aussi bien aux nécessités diverses et souvent contradictoires de la situation ; seulement, je l'ai dit et je le crois encore, ce mécanisme est trop compliqué pour bien marcher en temps de crise *. C'est en dehors des délégations et d'homme à homme que M. de Beust a réglé les affaires avec le ministère hongrois, et quand il s'est agi de réorganiser l'armée , le mi-