‹ La Prusse et l'Autriche depuis SadowaChapitre 6 sur 10 · Voyttt le chapitre C · texte numérisé non relu

Voyttt le chapitre C

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nistre de la guerre « commun » n'a pas hésité à se rendre à Pesth pour défendre ses idées. Qu'un dissentiment sérieux se produise, que l'opposition triomphe en Hongrie, et il faudra arriver à des combinaisons plus simples et moins sujettes à se déranger. Dans son adresse de 1861, Deâk a dit que le lien qui unissait le royaume à l'empire était l'union personnelle. Libre de choisir, c'est la forme qu'il eût sans doute adoptée. Il est probable qu'on y reviendra. Celle qui existe maintenant n'est que le dualisme en voie d'éclosion, im werden; à l'état parfait, le dualisme, c'est l'union personnelle. •

C'est dans les débats d'où sortit YAusgleich qu'on peut admirer la vigueur de logique et l'extrême bon sens de Deâk. En défendant son projet contre ses adversaires Tisza et Ghyczy, il ne dissimule pas les imperfections de son œuvre ; tout ce qu'il veut prouver, c'est que dans la situation amenée par les événements, il faut bien l'accepter. Ici encore il se montre fidèle à sa maxime favorite : ne céder à aucun prix sur le fond même du droit, mais transiger sur les détails d'exécution. Par l'adoption de YAitsgleich, il était arrivé au but qu'il avait toujours poursuivi. La Hongrie avait reconquis ses libertés, son autonomie était respectée. La continuité du droit ne recevait aucune atteinte, et d'autre part les États hérédi-

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taires étaient dotés d'un régime constitutionnel, garantie indispensable du respect de la constitution hongroise. Il est certain qu*en 1867 c'est raccord de M. de Beust et de Deâk qui a sauvé TAutriche d'une dissolution imminente.

On a voulu comparer Deàk à Monk, qui, lui aussi, a restauré une dynastie ; mais rien ne justifie ce parallèle, ni la nature de l'entreprise, ni les moyens employés pour la faire réussir. Monk a conspiré et conspiré contre la liberté au profit d'un régime si détestable, qu'il a fallu une seconde révolution pour en débarrasser l'ÀDgleterre : il avait pour armes le mensonge, la dissimulation, et pour récompense de ses services il s'est fait combler de titres et de richesses. Deàk n'a jamais eu d'autre moyen d'influence que son amour du droit et de la vérité, son bon sens et sa probité politique. S'il a ccmtribué à raffermir le trône impérial â>ranlé, ce n'est pas dans un intérêt dynastique, c'est pour permettre à la Hongrie de s'appuyer sur une Autriche régénérée. Et quant au prix de ses services, jamais il n'en voulut recevoir aucun, pas même des mains d'une nation reconnaissante. Il n'est guère d'exemples d'un désintéressement aussi absolu. Qu'il ait toujours refusé les honneurs et les richesses, on songe à peine à lui en faire un mérite, tant son âme parait naturellement supérieure à ces avantages que les

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hommes de notre temps poursuivent avec tant d'âpreté. L'antiquité, Tâge moderne, nous offrent d'autres grands citoyens chez qui Famour de la patrie avait étouffé toute vanité et toute cupidité; mais ce qui, même sur les cœurs les plus détachés des biens grossiers, exerce un grand attrait, c'est la popularité, l'applaudissement de la foule, la branche de laurier qu'offre la gratitude de tout un peuple. A cela même Deâk paraît indifférent ; son seul mobile est l'amour de son pays, la seulo récompense qu'il cherche, la conscience du devoir rempli.

D'après un usage qui remonte à l'époque où les rois de Hongrie étaient électifs , le palatin devait demander au peuple rassemblé s'il acceptait le souverain élu , et après la réponse affirmative il lui posait la couronne sur la tête. En 1867 la dignité]de palatin n'était pas occupée, et on était décidé à la supprimer : qui donc allait remplir cet office le jour du couronnement? Il n'y eut qu'une voix]: c'est Deâk, c'est lui qui a rendu l'auguste cérémonie possible, c'est donc lui aussi qui doit poser la couronne sur la tête de l'empereur. A la diète, un vote unanime proclama son nom. Il s'excusa d'abord avec douceur, puis , comme on insistait et qu'on voulait presque le contraindre à accepter, il s'emporta; le visage empourpré, furieux, il déclara qu'il donnerait sa démission

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plutôt que de consentir. C'est ainsi quUl se déroba au plus grand honneur que le parlement pût lui décerner.

L'empereur de son côté aurait désiré lui offrir quelque marque de sa gratitude. Deâk ne voulut même point en entendre parler. Il n'y eut pas jusqu'au portrait de sa majesté impériale qu'il ne crût pouvoir refuser, non par manque de déférence, mais parce que, d'après lui, l'homme qui a fait son devoir n'a pas besoin d'en être récompensé. A la diète aussi on parla de lui voter une récompense nationale, comme le parlement anglais le fait d'ordinaire en faveur des hommes qui ont rendu au pays quelque service signalé ; mais le projet fut abandonné : on savait trop bien que Deâk refuserait avec indignation. L'empereur ayant demandé au chef du cabinet s'il ne pouvait donc rien faire qui pût être agréable au « sage de la patrie, » le comte Andrâssy lui répondit : « Sire, vous avez à votre disposition trésors, places, honneurs. Pour tout autre vous pouvez beaucoup, pour Deâk vous ne pouvez rien. »

Le jour du couronnement, je cherchai, parmi les groupes brillants qui défilaient sur le pont de Pesth ou qui se pressaient dans les tribunes réservées, l'homme éminent dont chacun répétait le nom, et dont la prudence avait amené le triomphe de la Hongrie constitutionnelle. Je ne Taper-

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çus nulle part. J'appris plus tard que , fuyant la foule, il s'était retiré dans Tappartement qu'il occupait à l'hôtel de la Reine d'Angleterre, Est-ce misanthropie, dédain ou affectation d'originalité? Aucunement. En bon bourgeois , il a ses habitudes , et , sa besogne faite , il aime à n'y pas être infidèle. Qu'il donne le signal de la lutte contre l'empereur ou qu'il lui rende la couronne que Kossuth lui avait enlevée , il ne faut point que cela l'empêche de faire sa partie de quilles ou sa promenade champêtre.

Le nouveau ministère hongrois aurait voulu qu'il se mit à sa tête. Il s'y est refusé, soit par une antipathie instinctive contre toute position élevée , soit plutôt parce qu'il croit pouvoir rendre plus de services en qualité de simple député. En Hongrie , les défenseurs de la liberté sont tellement habitués à se trouver dans l'opposition, le Magyar est si avide d'indépendance , que nul ne se range volontiers dans le parti minislériel. Aussi ceux qui soutiennent le ministère actuel s'appellent-ils le parti Deâk.

La situation est quelquefois difficile pour les membres du cabinet. Us ont la resposabilité du pouvoir, et cependant le pouvoir réel n'est pas en leurs mains. Deàk n'approuve pas toujours les projets ministériels dans tous leurs détails ; il les amende d'ordinaire dans le sens de la liberté et

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de façon à donner satisfaction aux minorités. Récemment encore , à propos des lois confessionnelles, il a réclamé en faveur des dissidents. Dans le compromis avec la Croatie, élaboré de commun accord avec Eôtvôs, il a donné une preuve nouvelle de cet esprit de tolérance et d'équité qui le distingue. En 1862, sous le joug de la plus dure op* pression, il avait adressé aux Croates un éloquent appel. Aujourd'hui que la Hongrie triomphante peut dicter ses conditions , il n'en a profité que pour les rendre si favorables à la Croatie qu'elles ont été accueillies à Agram par une illumination générale. Cette hostilité furieuse des Slaves du sud qui a perdu la Hongrie en 1849 est aiyourd'hui presque apaisée, et si jamais les Magyars avaient encore à défendre leurs libertés, les Croates, loin d'être contre eux les instruments aveugles de la réaction, seraient à leurs côtés pour protéger avec eux la patrie commune et leur antique constitution. L'effet produit par cette habile convention a été tel qu'une partie des populations dsleithanes aspire à s'annexer à la Hongrie.

En fait de politique étrangère , Deàk est partisan décidé de la paix. Il sait que c'est par la paix seulement que son pays acquerra plus de richesse, de stabilité, d'influence, et il n'ignore aucun des dangers auxquels la guerre peut l'exposer. H est bon qu'on le sache à Vienne et ailleurs , jamais

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la Hongrie ne donnera ses armées et ses trésors pour soutenir les projets que la dynastie pourrait nourrir de reconquérir sa position en Aile • magne. Le discours si habile que M. de Beust a prononcé en 1868 à la fête des tireurs, à Vienne, a semblé déjà trop allemand à Pesth, et le journal du parti Deâk, le Pesti Naplô^ s'est rendu Torgane des susceptibilités hongroises et a fait entendre des menaces de séparation. Le lien qui retient le royaume à l'empire est si fragile, qu'il ne faut pas l'exposer à une épreuve où les intérêts évidents des deux moitiés de TÉtat les entraîneraient en des directions opposées.

Au sein de la diète actuelle , il y a trois partis bien tranchés. C'est d'abord le parti Deàk, qui veut réaliser tous les progrès, mais en respectant les formes du dualisme établi par l'accord de 1867, c'est-à-dire le système des délégations ; c'est ensuite la gauche modérée, que dirigent Ghyczy etXisza, et qu'on nooune le parti des tigres parce qu'il se réunit dans un hôtel qui porte cette enseigne. Son but est l'établissement de l'union personnelle , mais par les voies légales et sans révolution. Les tigres^ malgré leur nom eifrayant, révèrent le sage Deàk, et souvent écoutent sa voix. Enfin il y a la gauche extrême, que guident Bôzsôrmenyi et Madaràsz. Ceux-ci défendent les idées de Kossuth. Us veulent la séparation com-

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plète d'avec Tempire , et la république fédérative du Danube. L'Autriche se désagrégera inévitablement, disent-ils. Les Allemands autrichiens entreront dans la grande unité germanique. Si nous ne coupons pas à temps le lien qui nous rattache à eux , nous n'échapperons pas à la main de la grande Allemagne, tandis qu'unis aux Slaves et aux Roumains nous sortirons de sa sphère d'attraction, et notre indépendance n'aura plus rien à craindre.

Ce qui fait la force de ces partis, c'est leur discipline. Chacun d'eux a son local , son club , où se réunissent ses adhérents pour discuter les questions qui se présentent, pour prendre des résolutions, pour se distribuer les rôles à la veille des grandes batailles parlementaires. De cette façon, lés sujets sont examinés au point de vue du parti et de l'intérêt général. Les diverses nuances se font des concessions , et on arrive à une entente indispensable au succès. La pratique régulière du régime constitutionnel exige des partis bien organisés, fermes dans leurs vues, soumis à une certaine discipline. Quand de petits groupes mobiles et sans cesse en voie de formation veulent faire triompher chacun quelque dessein particulier, le ministère manque d'appui, le gouvernement flotte au hasard, la besogne législative ne se fait pas, tout reste en suspens et en souffrance.

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En Hongrie, maintenant, c'est le parti Deâk qui, ayant la majorité, gouverne, et c'est dans le club Deâk que se préparent les résolutions de cette majorité. C'est donc là réellement qu'est le siège du pouvoir. Deâk exerce une véritable dictature, mais c'est la dictature du bon sens et de la vertu. Ceux qui le suivent sont loin de partager ses opinions, seulement ils ont une si grande confiance dans sa sagesse et son expérience qu'ils en viennent à dire : Il voit plus clair que nous , il faut marcher avec lui. On reconnaît Tintelligence politique d'un parti au tact qu'il met à se choisir un chef digne de le guider et à la constance qu'il déploie pour le soutenir. Cette qualité , les Hongrois ia possèdent à un haut degré, malgré la vivacité de leur imagination et la fougue de leur tempérament. C'est par là qu'ils ont triomphé de* toutes les résistances. Le régime parlementaire fonctionne parfaitement à Pesth. La liberté est grande, et la main de l'État ne se fait sentir nulle part. A la fête du couronnement, une foule immense circulait dans les rues de la capitale tout le jour et toute la nuit. Je n'ai aperçu ni un gendarme , ni un agent de police , et il n'y a pas eu le plus petit désordre. La Hongrie offre un des exemples les plus instructifs de l'influence que les institutions exercent sur les mœurs. Voilà un peuple d origine tartare, de sang méridional,

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plein de passion et de fougue, qui u«e de U liberté aussi correctement que les Anglais. Pourquoi? Parce que, ne se Tétant jamais laissé ravir, il la pratique depuis longtemps.

Je ne sais rien qui fasse plus d'honneur à la Hongrie que Tinfluence extrordinaire, souveraine^ exercée par Dcâk / même sur ses adversaires, car il n'a rien de ce qui d'ordinaire charme , séduit, entraîne un peuple. Il n*a ni l'éloquence irrésistible de Kossuth, ni les mots brillants de Széchenyi^ ni les vues générales d'Ëôtvos , ni les éclats de tonnerre de Wesselényi. Sa yoix , claire et agréable, manque de ce timbre particulier qui remue les nerfs et fait vibrer les cœurs. Son débit est facile, mais uniforme. Quand il parle , il fait peu de gestes. Il a d'ordinaire une main dans la poche, et de l'autre il tient quelques bouts de papier où sont notés les principaux arçuments qu'il compte faire valoir. Ses discours sont préparés avec soin, non pour la forme, qu'il abandonne complètement au hasard de l'improvisation, mais pour les idées, qui sont toujours inûries, pesées et nettement conçues. On n'y retrouve pas ces métaphores hardies, ces couleurs éclatantes, cette pompe orientale qu'aiment les Magyars. Le style en est simple , sans aucune recherche et presque sans éclat. Ce qui en fait la force, c'est la justesse, l'enchaînement logique, la déduction rigoureuse

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des considérations. Il parle à la raison, non à rimagination; il veut convaincre, non éblouir et entraîner. Quand il risposte à ses adversaires, il a parfois recours à la plaisanterie ou à une douce ironie, jamais il ne les blesse par son dédain ou ses sarcasmes ; il les réfute sans les humilier. En quelques mots, il dépouille leurs raisonnements des voiles dont ils ont su les envelopper; il en tire le fond , qu'il expose aux regards , et qu'il combat en invoquant les principes admis par tous. Il porte ses scrupules d'honnêteté jusque dans le choix de ses arguments, et il ne voudrait pas remporter, s'il devait en employer un dont la valeur lui fût suspecte. Il n'excite pas d'enthousiasme, mais il commande le respect. Ce n'est pas un orateur, c'est plutôt un sage.

On lui a reproché d'avoir manqué de courage en 1848; la phrase stéréotypée était: «rwm baior, hanem bolcs^ il est plus sage que brave. » Le reproche était injuste. Il n'a fait que rester fidèle à ses convictions. Il a toujours voulu l'autonomie et la liberté pour la Hongrie, mais sans la séparer de l'Autriche. Dès qu'on eut rompu une union qui, d'après lui, était indispensable au salut de son pays, il se retira dans la vie privée. Il ne pouvait combattre pour des principes absolument contraires aux siens. *

Il manque peut-être de passion ; mais n'est-ce

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. pas pour cela qu'il est si clairvoyant et si prudent, et qu'il exerce sur ses ardents compatriotes une si salutaire influence? Il forme avec eux un contraste complet. Au milieu de cette nation brillante, avide de mouvement, de beaux costumes, de combats, de jeux, éprise de poésie romanesque et de belles paroles, il offre le type d'un bon bourgeois allemand. Son extérieur, ses allures, sa mise, sa façon de vivre, manquent complètement d'élégance aristocratique. Malgré ses soixante-sept ans, il a conservé toute sa vigueur; ses larges épaules n'ont point fléchi, sa taille épaisse et même un peu lourde ne s'est point courbée, ses che-' veux seulement commencent à grisonner, et sous ses épais soufcils en désordre brillent ses petits yeux, pleins comme autrefois de malice et de bonté. Le menton fortement marqué et la figure carrée expriment la persistance d une volonté forte. On devine l'homme qui en tout s'attache au réel, au solide, au vrai, et qui ne sacrifie rien aux illusions ni aux chimères. D'orgueil et de vanité, il n'en a> point de traces. Sa vie est si simple que ses besoins ne dépassent pas ceux d'un artisan. Pour un homme politique, c'est une force; il ne sacrifiera à l'argent ni son indépendance ni son temps^ il n'en aura même pas la tentation. Les folles dépenses de Mirabeau l'ont conduit à tuer son corps et à souiller son nom. Deâk n'a pas l'é-

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loquence du puissant orateur français, mais il n'a point ses vices, et son suprême bon sens équivaut à du génie. La vie du grand citoyen hongrois n'a pas une tache, pas une faiblesse, par une contradiction. Il est toujours resté semblable à luimême.

C'est un inestimable bonheur pour un peuple quand le grand homme qu'il apprend à vénérer est en même temps un homme pur. Son exemple, sans cesse présenté aux yeux de tous, ennoblit le caractère national. Chacun emprunte quelque chose de ses vertus, et s'élève rien qu'en apprenant à le connaître.

Dans le cœur du Hongrois, l'amour de la patrie l'emporte sur tous les autres sentiments. Les poètes eux-mêmes, chose rare, prétend Proudhon, mettent le patriotisme au-dessus de l'amour. « La liberté et l'amour, voilà mes seules affections, chante Petofi. A l'amour je sacrifie volontiers ma pauvre vie, mais à la liberté je sacrifie l'amour. » Deâk, lui, n'a vécu que pour son pays. Depuis qu'il est apparu pour la première fois dans l'assemblée de son comitat, on ne lui voit pas d autre mobile ; rendre la Hongrie heureuse et libre, tel est son but unique. Ses adversaires lui ont reproché l'étroitesse de ses vues, jamais ils n'ont mis en doute son désintéressement absolu. Qu'un intérêt personnel quelconque ait déterminé le moin-

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dre de ses actes, c'est ce que nul n'a pensé ni dit. Jamais il ne s'occupe de lui-même ; il ne vit et n agit que pour le bien public. Qu'on len loue, et il se fâche, tant se dévouer lui paraît naturel. U a prouvé en maintes circonstances que, pour conserver sa popularité, il ne dévierait pas d'une ligne de la voie qu'il s'est tracée. C'est la rare marque d'une grande âme. Quand je cherche à qui le comparer, je ne trouve personne, tant chez lui la grandeur antique se mêle à la simplicité bourgeoise. Sans qu'il y ait nul parallèle à établir, on songe à Washington ou aux grands parlementaires de la révolution anglaise ; nul simple bourgeois n'a exercé sur son pays un empire aussi absolu, aussi durable et obtenu par des moyens aussi purs. U n'y a qu'une chose que Deak place au-dessus de sa patrie, c'est la justice, et, s'il a ojnsacré toute son existence à la cause de son pays, c'est parce qu'elle était aussi la cause du bon droit.

PQUHAIS, RUTHÈIES £T TCHÈQUES.

L'Autriche a ce redoutable j»*iyilége d'être le champ clos où se débattent et où doivent se résoudre les plus graves questions politiques de notre continent. De son avenir dépend Tavenir de r£urope centrale et orientale. Que lantique empire des Habsbourg n'arrive pas à sortir de la crise de transformation dans laquelle il est encore engagé^ que, par suite d'une secousse extérieure ou d une convulsion intérieure il vienne à se disloquer, et la grande Allemagne ne tardera pas à se faire, embrassant toutes les tribus germaniques depuis la Baltique jusqu'au Danube. La conséquence probable de ce grave changement serait^ au bout d'un certain temps, TétabLissement d'un Ëtat panslave sous forme soit de monarchie despetique,

soit de république fédérative. Si cette puissance colossale, pesant d'un côté sur la Chine et sur rinde, de l'autre s'avançant jusqu'au cœur de notre continent, ne devait se former que quand les populations, plus éclairées et se gouvernant ellesmêmes, auront compris qu'elles n'ont aucun intérêt à conquérir, opprimer et exploiter leilrs voisins, c'est-à-dire à la veille du jour où se constituera la grande fédération européenne, la civilisation générale n'aurait peut-être rien à redouter de cet événement. Mais si cette concentration effroyable de forces devait, au contraire, s'opérer dans un bref délai, aux mains d'un gouvernement despotique encore attardé dans des rêves coupables de domination universelle et ruinant ses sujets pour en faire les soldats d'une colossale armée agressive, ce serait certainement un grand malheur pour l'humanité entière.

Ces éventualités peuvent paraître éloignées; mais ce qui est certain et actuel, c'est que l'Autriche est engagée dans la question d'Orient par ses Slaves du sud et par ses Slaves du nord dans la question de la Pologne. Le dualisme satisfait le parti dominant en Hongrie, et de fait, par l'habileté avec laquelle les Magyars ont su manier l'informe mécanisme des délégations, ce sont eux maintenant qui ont dans leurs mains le sort du ministère des affaires communes, et qui par con-

séquent régnent dans rEmpire-royaume. Mais les Slaves, qui sont à eux seuls plus nombreux que toutes les autres races réunies, sont loin d'être aussi contents que les Magyars. Ils réclament avec une persistance indomptable et une énergie croissante la part d'influence qui leur revient et que certes ils ne possèdent pas.

Dans un chapitre précédent, nous avons fait connaître les griefs et les aspirations des Slaves méridionaux. Comme ils sont sous la couronne de saint Etienne, c*est le cabinet de Pesth qui a dû s'entendre avec eux. Quoiqu'il n'ait pas fait encore en faveur du développement de la civilisation jougo-slave tout ce qu'il aurait pu et du faire, il a du moins fait adopter un compromis qui a donné satisfaction aux principales réclamations des Serbes et des Croates. Le ministère cisleithanien s'est montré moins habile ou plus récalcitrant que le cabinet Andrassy : il n'est parvenu à s'entendre encore ni avec les Tchèques ni avec les Polonais. Or c'est en Bohème et en Gallicieque s'accumulent aujourd'hui les nuages qui recommencent à obscurcir l'horizon un moment éclairci de l'empire. C'est la résistance de ces deux pays qui a provoqué la crise nouvelle qui vient d'éclater en Autriche (1870). Pour comprendre les difficultés qui s'opposent à la reconstitution de l'empire il est indispensable de connaître les idées qui dominent

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en Gallicie et en Bohème. — YoycMis d'abord la Gallicie.

Si

Pourquoi y a-t-il une question gallicienne et comment est-elle venue troubler les travaux du ministère cisleithan et entraver la reconstitution de rempjre constitutionnel?

Parce-que la Gallicie est un fragment du royaume de Pologne, que les trois puissances du Nord se sont partagé fraternellement en 1772, 1792 et 1795, et parce que les Polonais veulent reconquérir leur autonomie en Autriche, aGn de pouvoir un j our tendre à leur patrie ressuscitée . les autres provinces que détiennent la Prusse et la Russie. 11 est presque inutile de répéter que le partage de la Pologne fut un criime de lèse-nationalité, un attentat au droit des gens. Le sentiment de la justice appliquée aux relations internationalesest assez répandu aujourd'hui et assez puissant pouf imposer silence à toute tentative de justifier cet acte, qui jadis a pu paraître natorel ; mais ce que Ton contmence seulement à voir mainteuamt, c'est que ce partage est la pire des fautes comdBises par le g0U¥ex!iieinent autrichien, qui de tout temps en a commis assez pour justiier ce mo4 de Frédôric II : il fant que rAuteicsbe aii la vie bien dore pour que

ceux qui la gauveraent ne soiesat pas encore parvenus à la tuer.

Du jour où la Pologne a été supprimée, Texistence de TAutriche a été mise en péril. Si cet antique boulevard de TÔccident pouvait renaître,* l'empire autrichien perdrait une belle province de moins, mais acquerrait une précieuse garantie de plus.

La Russie avait préparé de longue main et avec une extrême habileté Fassassinat de la Pologne. Frédéric II proposa de porter le coup de mort, tandis que ce fut malgré elle que Marie-Thérèse prit une partie des dépouilles de la victime. Elle se rappelait que Sobieski avait sauvé Vienne, et riniquité de la spoliation lui donnait des remords. La position était difficile : refuser, c'était fortifier l'ennemi; s'opposer, c'était la guerre. Ge qu'on peut reprocher surtout aux hommes d'état autrichiens, c'est qu'ils n'ont jamais eu une vue assez daire du danger que la suppression de la Pologne faisait courir i T^mpire pour profiter des occasions qui se présentaient à eux de réparer la faute commise au siècle dernier. A dilfiérentes reprises, notamment en 1813, 1815, 1831, 184F, L854 etl8&4, ils auraient pu agir dans ee sens. Ils ne Tont pas fait par manque d'énergie, de prévoyance, sixrtout par horreur des idées nonvelles. Ax^oord'hui que k péril fraiq» tons les ^eux et que Vienne

suit une autre politique, le moment est venu de rendre à l'Autriche la sécurité qu'elle a perdue depuis 1792. Les moyens sont ceux que dictent la justice et le respect du droit des peuples. Nous essayerons bientôt de les indiquer.

La Gallicie se compose des royaumes de Gallicie, de Lodomerie, et du grand-duché de Cracovie, annexé en 1847, du consentement de la Russie. Elle compte environ cinq millions d-habitants sur un territoire qui mesure 1 422 milles géographiques. Ce territoire fut augmenté lors du dernier partage de la Pologne en 1795, puis diminué par Napo- * léon 1", au profit du grand-duché de Varsovie, après la campagne de 1809. Sa situation légale dans l'empire est très-différente de celle de la Bohême et de la Hongrie ; ce point n'est pas indifférent dans un pays où les traditions historiques exercent encore tant d'influence. Au seizième siècle, les Tchèques et les Magyars se sont réunis à l'Autriche volontairement, en offrant leur couronne élective à un prince de la maison de Habsbourg. Aussi tout ce qu'ils réclament maintenant, c'est la reconnaissance de leur droit national. Ils ne demandent pas à sortir de la confédération autrichienne, pourvu qu'on respecte leur autonomie. Tout autre est la situation de la Gallicie, et très -différents sont les vœux des Polonais. La Gallicie a été séparée violemment, par un abus de

la force, du royaume de Pologne, qui avait sa civilisation propre, sa constitution héréditaire, sa mission historique, son droit d'exister comme nation indépendante. Les habitants de la Gallicie n'ont jamais, par aucun acte, approuvé le démembrement de leur ancienne patrie, ni ratifié l'annexion à l'Autriche. Chaque fois qu'ils ont pu faire entendre librement leur voix, ils ont protesté contre la suppression de la nationalité polonaise. Tel a été le sens de l'adresse votée par la diète* gallicienne en 1S48, en 1860, et jamais on n'a osé lui soumettre de programme qui impliquât l'abandon de ces vœux, qui sont ceux de toute la province. Ainsi donc, tandis que les Tchèques et les Hongrois ne réclament que la liberté et l'au tonomie dans l'empire, les Polonais ne demandent l'une et l'autre que pour en sortir. Satisfaits, les premiers pourront travailler à la grandeur d'une Autriche fédéralisée; libres, les seconds ne seront contents que quand ils feront partie de la Pologne reconstituée. Leur^ut, ils l'avouent, et il n'y a aucun titre légal qu'on puisse leur opposer. Aussi longtemps qu'a duré la triple alliance des puissances du Nord et que Metternich est parvenu à étouffer les manifestations des vœux des populations, la question polonaise en Gallicie était peu inquiétante. La Russie semblait avoir oublié ses projets d'agrandissement vers l'Occident ; elle

se contentait d'étendre sur TAlleinagne sa maio protectrice: Le ministre autrichien ipaintenaii les seigneurs en bride en excitant les paysans contre eux, et quand ii croyait qu'ils préparaient queli]ue mouvement, il les faisait égorger à tant par tète. Aujourd'hui tout est changé. La Russie a repris ses projets; elle ne cache pas l'amer res^ sentiment que lui caiise la famieuse ingratitude de rAutrichè; elle est presque un ennemi déclaré, et d'autre part, il n'est plus possible dïmposa* silence à la diète de Lemberg. Le danger se montre donc également menaçant au dehors et au dedans. Il faut se hâter de le conjurer, s'il en est temps encore.

L'opposition de la Gallicie contre le gouvernement central n'est pas un fait nouveau. Elle a commencé aussitôt après l'annexion. On peut y distinguer trois phases. Après chacune d'elles, la. lutte s'étend et devient plus vive. A l'origine, l'opposition était concentrée dans les diètes et avait peu d'échos dans la population. En 1848, elle gagna tout le paya, et, pour la tenir en échec, le gouvernement appuya les réclamations des Ruthènes. Enfin maintenant c'est au sein même du Reichsrath que les députés galliciens ont transporté la guerre. Pour faire comprendre la i^tuation actuelle, il faut résumer cette curieuse hish toire.

lia première diète gallicienue fut convoquée en 1782, dix ans après le partage, sept ans après la promulgation des lois nouvelles. Comme elle montrait peu de sympathie pour le gouvernement autrichien, elle ne fut plus réunie jusqu*en 1817. £lle était composée de dignitaires ecclésiastiques et de membres de la haute aristocratie siégeant en nom personnel, des représentants de la noblesse payant 300 florins d'impôt foncier et des délégués de la ville de Lemberg. La bourgeoisie des autres villes et le peuple de la campagne n*y étaient donc nullement représentés. Ses attributions étaient restreintes. Elle avait à voter des mesures d'intérêt provincial, certaines taxes, et elle pouvait aussi ém>ettre des vœux. C'est ce dont elle ne se fit pas faute. Depuis 1828 jusqu'en 1847, à chaque session, s'élevaient tes plaintes les plus vives contre les abus que protégeait le gouvernement de Vienne et d'instantes réclamations en faveur d'une amélioration de l'enseignement universitaire^ de l'instruction primaire et du système d'impôts. Ces demandes sans cesse renouvelées n'aboutissaient à rien : ou elles rencontraient un refus formel, ou elles étaient enterrées sous des formalités et des retards interminables.

Le gouvernement eut recours à un système de compression très-habile, dont l'efifet aurait pu être beaucoup plus grand que les moyens violents em-

ployés en Russie pour empêcher la Pologne 4e renaître. On entretint soigneusement l'ignorance et la superstition et on s'opposa à tous les efforts que voulaient faire les Polonais pour la dissiper. Imitant les autres aristocraties, les seigneurs gal^ liciens n'avaient point fait ce qu'il aurait fallu pour conquérir la sympathie [de leurs vassaux et celle desRuthènes. Les fonctionnaires autrichiens se posèrent en défenseurs des paysans et les excitèrent contre leurs maîtres. D'autre part, le commerce , rindustrie, ne rencontraient que des entraves et ne pouvaient se développer. Privée de tout encouragement et même du crédit foncier que les propriétaires galliciens avaient en vain demandé de pouvoir établir comme dans la province prusso-polonaise de Posen, Tagriculture ne faisait guère de progrès. La presse était bâillonnée par la censure préventive. La littérature nationale était proscrite, car elle eût évoqué l'ombre de la grande patrie. En un mot, ce despotisme sourd, qui dans tout l'empire étouffait l'essor des diverses races, s'appesantissait ici avec d'autant plus de rigueur, qu'il s'agissait de comprimer une opposition plus enracinée et plus irréconciliable.

A partir de 1840, cette opposition prit un caractère nouveau. Une partie des Polonais, s'ouvrant aux idées modernes, comprit que, pour faire triompher leur cause, il fallait rattacher les clas-

POLONAIS, RUTHÈNES ET TCHÈQUES. 2kl

ses inférieures à la noblesse , et , que le seul moyen d'y parvenir était d'adopter un programme libéral et démocratique. Ils ne reculaient pas devant la réforme sociale. La terre aux paysans, tel fut leur mot d'ordre. Le gouvernement autrichien, qui avait puisé sa force de résistance dans l'hostilité des classes, comprit qu'on allait retourner contre lui l'arme dont il s'était servi, et il répondit par la jacquerie de 1846. Les massacres des propriétaires, tolérés et même encouragés par les chefs de district *, soulevèrent dans toute l'Europe un sentiment d'horreur et de réprobation.

De fureur et de désespoir, les Polonais, afin de se venger de l'Autriche, songèrent un moment à se jeter dans les bras de la Russie. M. le marquis Wielopolski publia la Lettre d'un gentilhomme polonais à M. de Metternich^ qui fit une si grande sensation à cette époque, et où il déployait hardiment la bannière du panslavisme. Les conservateurs autrichiens dans leur aveuglement venaient de commettre encore une de ces fautes qui perdent

1. Les chefs des districts où. la jacquerie avait le mieux réussi furent promus à des postes plus élevés. L'un de ceux-ci, devenu préfet de police à Lemberg après 1846 et élu député à la diète en 1861, vit son élection cassée, malgré tous les eiïorts du gouvernement. M. Golejewski, actuellement député au Reichsrath, avait accusé l'ancien chef de district d'avoir favorisé les massacres de 1846, et l'assemblée considéra ce fait comme démontré.

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les états, et blehtôt ils allaient la renouveler pour étouffer le mouvement national des Magyars en permettant au général Paskievs^iU de dire cette parole funeste : a grand tsar ! la JSongrie est abattue à vos pieds.» Heureusement que les Polonais n'adoptèrent pas le programme panslave de Wielopolski, sinon c'en était fait de TAutriche.

Les événements de 1848 éloignèrent de nouveau la Gallicie de la Russie. Muette, sombre, asservie, elle subit comme les autres provinces la période de réaction qui suivit la restauration du trône des Habsbourg par les armes russes. Durant les maladroits essais de régime représentatif qui furent ébauchés entre Solferino et Sadowa, les représentants de la Gallicie se prononcèrent toujours pour le fédéralisme. Le ministère Belcredi est le. seul qui ait eu vraiment leur sympathie , bien qu'on leur reproche de ne pas l'avoir soutenu avec assez de vigueur. Après l'introduction dii dualisme et l'arrivée au pouvoir de M. de Beust, leur attitude fut d'abord hésitante. Ils ne pouvaient approuver une constitution qui ne leur accordait pas l'autonomie, qu'ils avaient toujours réclamée ; d'autre part ils ne voulaient ni s'aliéner les Hongrois, auteurs du régime nouveau, ni s'allier, aux Tchèques, livrés, disait-on, aux influences russes. En outre on leur avait donné un gouverneur po-

lonais, le comte Golukowski, et on leur pronoettait d'importantes concessions. C'est afin de Ie3 satisfaire que le Reichsrath, au lieu de prendre les membres de la délégation cisleithanienne pour les affaires communes dans toute la chambre , comme le fait le parlement hongrois, décida qu'on les nommerait par province, de façon à donner ainsi un caractère fédéral à la constitution nouyelle.

Certes, pour un député de la Gallicie désireux de remplir son devoir, la position était difficile. Les vœux, les impatiences des Polonais, il les connaissait et probablement les partageait ; mais , pouvaifc-il contribuer à entraver l'action d'un mi- «istère qui apportait à la Cisleithanie la liberté et le progrès? Devait-il lai refuser tout concours, au risque de replonger l'Autriche dans le chaos? N'était-ce pas travailler en faveur de la Russie que d'affaiblir le seul état qui pût faire contrepoids à l'influence moscovite, le seul oii la nationalité polonaise peiat espérer de se reconstituer actuellement? Ces dernières considérations l'ont emporté dans Tesprit des députés galliciens, et avec raison, croyons-nous. Ils ont presque toujours voté avec le ministère, sauf dans le débat sur les lois confessionnelles, où, malheureusement pour eux, ils se sont prononcés en faveur des prétentions de l'église catholique.

On le voit, jusqu'à Tannée dernière l'attitude.

des Polonais a été tout Topposé de celle des Tchèques. Ceux ci ont refusé de prendre part aux travaux du Reichsrath et de reconnaître la constitution nouvelle tant qu'on n'accorderait pas au pays de la couronne de saint Wenceslas la même autonomie qu'aux pays de la couronne de saint Etienne. Les Polonais, au contraire, nous euleinent se sont rendus à Vienne, mais ont soutenu le ministère dans l'espoir qu'ils obtiendraient de lui, par la douceur, les concessions que leurs frères de la Moldau ne pouvaient lui arracher par leur opposition absolue. Toutefois l'attitude conciliante, des députés galliciens, dictée, on peut en être certain, par un patriotisme ardent et éclairé, a fini par déplaire à leurs commettants, qui ne voient que leurs griefs locaux et qui peuvent moins bien se rendre compte des sacrifices d'opinion et de la prudence qu'imposent souvent la politique générale et les nécessités d'une situation complexe. Au mois d'août 1868, le mécontentement s'est fait jour à la réunion annuelle de la diète de Lemberg. On a reproché aux députés leur manque d'énergie et le peu de succès de leurs efforts. Après un débat très-animé, il fut décidé que la diète adopterait un programme résumant les demandes de laGallicie, et que les députés seraient chargés de présenter ces résolutions au Reichsrath et d'en \ obtenir l'adoption.

Cette pièce est d'une grande importance pour qui veut se rendre compte de la situation actuelle de Tempire, car ce que réclament les Polonais est à peu près ce que demandent les Tchèques, et elle permet de comprendre quel serait le régime constitutionnel de la Cisleithanie, si le fédéralisme défendu par les Slaves venait à remporter.

Voici les points principaux du programme galiicien: d'abord le Reichsrath reconnaîtra au royaume de Gallicie, de Lodomerie et grand-duché de Cracovie une autonomie nationale conforme aux besoins du pays. La diète gallicienne décidera seule du mode d'élection des députés au Reischrath. Ces députés ne prendront part aux travaux du Reichsrath que pour les affaires communes à ce royaume et aux parties de la monarchie représentées dans cette assemblée. Les affaires suivantes passeront dans le cercle des attributions de la diète gallicienne, — les chambres de commerce et autres organes des intérêts matériels, les institutions de crédit, banques, caisses d'épargne, assurances, législation de l'industrie et des redevances, renseignement à tous les degrés, le droit civil, le droit pénal, la police, la législation des mines, l'organisation des pouvoirs judiciaires et administratifs, la détermination de la façon dont doivent être exécutées les lois fondamentales en ce qui concerne les droits généraux des citoyens et Tac-

lion des potivoirs exécutif et judicaire établis par les lois de Tempire, le rëgiement des rapports de la Gallicie avec les antres parties de la monarchie, ^organisation communale sans autre restriction. Les dépenses que nécessiteront la justice, les cuUes, rinstmction, la police, l'administration, Tagricuiture , seront couvertes au moyen d'un prélèvement opéré sur les revenus de TÉtat. Ce sera one somme proportionnée aux besoins, réels du royaume, dont l'emploi sera contrôlé non par le Retchsrath, mais par la diète gallicisme. La Gallicie aura son tribunal suprême et sa cour de cassation, un ministère responsable envers la diète et un ministre dans le conseil de la couronne.

Tels sont les principaux articles du programme de L868. Nous ne les discuterons pas en détail ; il nous suffira de faire remarquer que, s'ils acquéraient force de loi, ils entraveraient complètement la marche éa gouimmement constitutionnel, déjà rendiae si difficile par Tinstitution bizarre des délégations. Je prends seulement le dernier point. Si ies Polonais prétendent avoir un de leurs dé-potés dans le ministère central, ils voudront bien admettre, j'imagine, que les antres parties de lempire jouissent du même privilège. A côte du minislre ^al&aeai, fl j anra donc « néoessairsmentii un représenlaot éa Tfvoi, de la Bohême^ de Tarchîdnehé d'Autriche, de la Styrie et Garinthie, de

POLONAIS, RUTHÈNES ET TCHÈQUES. Si?

la Dalmalie. Quand il y a pleine liberté de choix, la formatioa d^nn ministère est déjà Tone des grandes difficultés du régime parlementaire. Comment ce régime pourrait-il fonctionner, si dans tout cabinet les différentes parties de la monarcilié deraîent être représentées?

La réclamation de la diète de Lemberg est empruntée aux traditions de l'ancien régime et ne cadre plu4s avec les institutions modernes. Ainsi autrefois il y avait en effet à Vienne un chanceli^ pour la Hongrie qui avait sa place marquée dans le conseil de la conronne ; mais à cette époque l'empereur était un souverain absolu, et il ne s'agissait pas de former un ministère responsable envers des assemblées délibérantes. Si des représentants de la Gallicie et de la Bohème doivent absolument faire partie de tout cabinet, il dépendra d'eux d'éterniser une crise ministérielle et d'arrêter toute la marche du gouvernement. Aujourd'hui, c'est la puissance de Topinion, la publicité et non un chancelier qui doit donner des garanties aux populations. Le malheur en Au-' triche, c'est que de divers côtés on veut à la fois obtenir des libertés modernes et conserver des institutions empruntées an moyen âge. Tchèques et Polonais demandent parfois des choses qm s'excluent. Hs rendent amsi très-difficile la tadie de eeuz qai veulent s'entendre avec eux.

Par suite d'une vicieuse orgauisation de la représentation des différentes provinces, lés Allemands sont les maîtres dans le Reichsrath, quoique la Cisleithanie n'en renferme que 6 millions, contre 10 millions de Slaves. Il en est résulté que les demandes de la diète gallicienne furent trèsmal accueillies, et que, malgré les vives instances des Polonais, la discussion en fut ajournée. Les Allemands ne peuvent se résigner à accepter le rôle que la nécessité finira par leur imposer. Comme toute classe qui a longtemps dominé, ils ne font pas volontiers place à côté d'eux à ceux qu'ils sont gouvernés depuis des siècles, et qu'ils sont habitués à considérer comme inférieurs à eux sous tous les rapports. Ils ont plus d instruction et de richesse que les Slaves, ils ont l'habitude du commandement, ils apj)artiennent à cette race germanique, supérieure par nature à toutes les autres; donc, pensent-ils, la prééminence leur revient de droit. A leurs yeux ce serait à la fois une humiliatipn pour tous les Germains et un malheur pour l'État, si la direction des affaires devait passer de leurs mains dans celles d'une race qui ne l'emporte sur eux que par le nombre. Telles étant les idées dominantes dans le Reichstrath, le programme de la diète de Lemberg, présenté dans la session de 1869, n'avait aucune chance d'être accepté. Maigre les vives

POLONAIS, RUTHÈNES ET TCHÈQUES. 2(i9

instances des députés galliciens, il ne fut pas même discuté.

Pour diminuer Tirritation que Tattitude du parlement central devait produire en Gallicie, le gouvernement se hâta de faire quelques concessions relati vendent à la nomination des chambres de commerce et à remploi de la langue polonaise dans l'enseignement supérieur; mais ces satisfactions, consenties par voie administrative, sont toujours révocables, disent les Polonais, et à les en croire, dérisoirement insuffisantes. Le mécontentement devint général. L'irritation contre la majorité allemande fut extrême. Tous les journaux et les hommes de tous les partis déclarèrent qu'il fallait faire, des résolutions votées par la diète de Lemberg, le programme national qu'on saurait bien imposer à Vienne. Un fait grave vint prouver que la haute noblesse partageait le sentiment de la nation. Le personnage le plus important du pays, le prince Léon Sapieha, donna sa démission de président de la diète, et il ne reprit, dit-on, ses hautes fonctions que sur les instances • de l'empereur. Bientôt le gouvernement central aura contre lui toutes les forces vives de la Gallicie, profondément blessée et avide de trouver l'occasion d'une revanche. Si la Cisleithanie était solidement constituée, elle pourrait ne point trop s'inquiéter de l'hostilité de la Gallicie, quoiqu'il

250 POLONAIS , RUTHÈNKS ET TCHÉQOES.

fût déjà fiicheux d'avoir proToqrié ranimosité d'une province qui représente toute la natiimalitè polonaise; mais ^i face de la Hongrie, forle de son passé de gloire et de sou ardent patriotisiiie, la Gisleithanie offre bien p«i de cohésion. Elle existe à peine sous un nom nouveau et sans signification, et elle doit compter avec le fanatisme froissé des Tyroliens et avec rhostiiUé implacable des Tchèques, Ëtaqt faible à ce point, Toppositâon de la Gallicie peut Tébranler jusque dans ses fondements enoire si mal assis. Se peut-il que Vienne se refuse longtemps à voir le péril?

Unanimes pour faire triompher le programme de 1868, les partis se divisent quand il s'agit de choisir le meilleur moyen pour atteindre le but commun. Les uns veulent faire une oppoeition passive, les autres une opposHion active. L'opposition passive consiste à imiter les Tchèques et les Hongrois d'avant 1869, à s'abstenir de toute intervention dans Tadministration du pays, et à ne pas envoyer de députés an Reichsratti, aiossi longtemps qu'on refusera de rendre au paysr Tautonomie i laquelle il a. droit L'opposition active, au' contraire, prétend arriver à ses fins paria voie constîtntionneUe, en luttent avec énergie et persistance au sain des assemblées dé^bérantes, en saisissant toutes les oecasions pour arradter des coaieesaions saseesBÛres, em mndifiant ainsi peu à

peu Tétat des choses jusqu'à ce qu'il réponde aux y<!eux de la Gallicie. A la tête du parti de Topposition la plus tranchée se trouve un homme de grand talent comme écrivain et comme orateur, M. Smolka. Le parti de l'opposition constitutionnelle reconnaît pour chef M. Ziemialkowski, qui naguère encore exerçait au sein de la diète une influence prépondérante, mais qui Ta complètement perdue depuis que des id^es plus radicales l'emportent.

Rien ne peut mieux faire comprendre les diverses opinions] qui ont cours en ce moment en Gallicie que les discours prononcés par MM. Sdnolka et Ziemialkowski au meeting des électeurs tenu à Lembei^ le 27 juin 1869. Le retentissement de cette assend^lée a été grand parmi tous les Slaves du nord de l'Autriche, et ces discours ont précisé le piaiform des partis qui vont se disputer la directk» des esprits. La question est grave, car il se peut que lavenir de l'Autrichie en dépetfde.

M. Zienniialkowski parla le premier. Je nâiume ses paroles. « Jai déjà eu rhonneur, dit-41, de représenter la viUe de Lemberg en 1848, en 1861 et en 1B67 ; mais la chance m'a toujours été con^ traire. Après b seisi^m ée 1848, j'ai ébé eiilé; pendant celle de 1861, j'ai été mis en prison, et eain, pendant la dernière, j'ai eu le malheur de méoonienter mes étocteurs. Pourtant j'ai toujours

obéi à ma conscience et fait ce que m'imposait le devoir envers mon pays. J'ai promis en 1867 de combattre pour la liberté et la nationalité, considérant, en ma qualité de Polonais, ces deux choses comme inséparables. En fait de libertés, j'ai demandé celles de la parole, de la presse, des personnes, des cultes, des associations, des réunions et enfin le jury. Pour la nationalité, j'ai demandé que la langue polonaise fût introduite dans l'enseignement, dans l'administration, dans les hautes cours de justice, que notre autonomie nationale et provinciale nous fût rendue, que l'indépendance de la commune fût respectée. Maintenant qu'avons-nous obtenu? Beaucoup en fait de liberté, très-peu de chose, je l'avoue, pour la nationalité. Cependant on peut citer l'admission de la langue polonaise dans l'enseignement primaire et moyen, dans l'administration et les tribunaux. Depuis 1867, il est décidé que tout ce qui n'est pas nommément dans les attributions du Reichsrath est dans la compétence des diètes provinciales. Notre existence nationale a été reconnue en cela que c'est la députation de la Gallicie et non point le Reichsrath qui nomme ses représentants à la délégation commune. Nous avons empêché que les biens de la couronne de Gallicie ne soient vendus, et nous avons obtenu d'importantes réductions d'impôts. D'ailleurs nous

ne sommes que trente députés à Viennje, et nous avons à lutter contre une majorité cinq fois plus nombreuse que nous. Nous arrachons des concessions, pas à pas, à des gens qui, depuis cent ans, se sont habitués à nous régir en souverains, et qui se défient de nos intentions et de notre dévouement à Tempire. Je crois que nous devons persister à réclamer le respect de nos droits, et je suis convaincu que nous obtiendrons chaque année quelque concession nouvelle. Voilà pourquoi j*ai voulu que la Gallicie se fit représenter à Vienne en 1867, même en 1868, et c'est pourquoi je n'ai pas quitté le Reichsrath cette année-ci. J'étais en prison quand en 1864 le pays se décida à sortir de l'opposition passive pour entrer dans l'opposition active. Malgré nos échecs, je pense que nous devons persévérer dans cette voie. Ce que veut le pays, c'est que ses intérêts soient défendus au sein du parlement central. Quoique la constitution actuelle ne nous satisfasse pas, je pense que nous devons aller à Vienne, parce que cette constitution peut être améliorée, et que l'abstention est un moyen violent, désespéré, auquel il ne faut avoir recours que quand tous les autres sont épuisés. J'ai été partisan de la politique abstentionniste quand elle nous menait en prison ou au gibet. Aujourd'hui qu'elle est facile et sans danger, je n'en veux plus, parce qu'elle nous

empécher^,it de marcher en avant. Députés, nous sommes les soldats du pays, et il ne nous est point permis de déserter notre poste.»

Ce discours, dont une traduction très-écourtée ne peut rendre la forte éloquence, fit une profonde impression sur l'assemblée, quoique celle-ci fut portée d'avance pour les mesures extrêmes et pour une attitude d^'hosiilité radicale que M. Smolkà vint ensuite défendre à la tribune. « Mon ami M. Ziemialkowski, dit M. Smolka, pense qu'il faut envoyer une députation à Vienne.

L'expérience du passé me porte à être d'un avis contraire. J'ai siégé au Reichsrath depuis 1861. Cette année-là et Tannée suivante, j'ai proposé de' déposer notre mandat parce que je savais que nous n'obtiendrions rien. D'autres députés sont allés à Vienne croyant faire mieux que nous. Que nous ont-ils rapporté? Des augmentations d'impôt et la fameuse constitution de décembre, qui met à fin tout espoir d'un meilleur avenir. On prétend qu'il faut que nous allions au Reichsrath pour améliorer la constitution et pour dire leurs vérités aux ministres. Voilà ce que prétend mon ami M. Ziemialkowski et ce que veulent les adresses envoyées au prince Sapieha; mais c'est tout ce que désire le ministère. Notre présence à Vienne lui suffit. On nous laissera parler en toute liberté ; puis on passera à l'ordre du jour, sans égard

POLONAIS, RUTHÈNI^ ET TCHÈOUÉS. 255.

pour nos discours, nos vœux et nos récriminations. Je ne veux pas rendre notre dépotation responsable du refus hautain opposé aux demandes votées par notre diète pendant sa dernière session. Ce refus, il fallait s'y attendre, il était inévitable ; mais ce que je reproche à nos députés, c'est de s'être tus quand ils auraient dû parler, c'est à-dire quand on a voté la loi militaire et surtout quand on a justice Tétat de siège à Prague. Ce silence nous a fait un tort moral plus grand que toutes les souffrances matérielles dont nous avons à nous plaindre. Nous nous sommes tus, nous qui avons écrit sur notre drapeau : Pour notre liberté et pour la votre, et nous avons laissé, ô honte! à l'abbé Greuter l'honneur de défendre une nationalité opprimée. Que nous a valu notre condescendance envers les ministres et les Allemands? De nouveaux impôts et une armée de 800 000 hommes. En 1848 et en 1861, nous avions des amis, et nos ennemis nous respectaient. Nos lâches concessions, faites dans l'intérêt du ministère, ont eu pour résultat que les Allemands nous méprisent, quoique la députation ait été à leurs ordres, et que les nationalités opprimées comme nous et réclamant comme nous leur autonomie nous délaissent et s'éloignent de nous. Notre diète et notre députation n'ont pas su agir avec énergie, mais il est temps encore de sauver

notre honneur et notre avenir, car telles sont les lois du monde moral qu'une idée vraie ayant sa racine dans la justice et le droit des peuples finit toujours par remporter. Seulement, plus de transactions. Le moment est venu d*agir avec décision et vigueur. »

On voit quel est le plan de campagne préconisé par M. Smolka. Au lieu d'aller à Vienne et de tout attendre de la reconnaissance du ministère et du Reichsrath, il faut, suivant lui, ne plus envoyer de députation au parlement central et s'allier aux Tchèques, pour forcer la majorité allemande à accorder aux Slaves l'autonomie quïls réclament et la part d'influence à laquelle ils ont droit. Au vote, ce fut la politique radicale de M. Smolka qui l'emporta. Le meeting décida que la proposition Smolka devait devenir le mot d'ordre de la diète, qu'elle ne devait plus envoyer de députés au Reichsrath et que les députés actuels seraient invités à donner leur démission. Lesrnee^ tings tenus vers la même époque dans les provinces où dominaient la noblesse et les propriétaires se rallièrent au contraire à la politique de M. Ziemialkowski.

A la suite de l'importante réunion dont nous venons d'indiquer les résolutions, tous les députés de la ville de Lemberg, sauf M. Smolka, donnèrent leur démission. Le comte Goluchowski,

rOLONAIS, RUTHÈNES ET TCHÈQUES. 257

l'ex-gouverneur de la Galicie et le partisan décidé du ministère central alla jusqu'à dire, dans l'exposé des motifs qui le décident à déposer son mandat, qu'en théorie la politique Smolka peut être la meilleure, mais que le pays, manquant d'unité e de force pour la soutenir, aurait tort de s'y engager. Une association nombreuse et composée de personnes notables se forma sous le nom de Club des résolutionisies, afin de défendre à tout prix le programme national. Dans ces derniers temps, le mouvement d'opposition est devenu de plus en plus décidé. Comme toujours, lorsque l'opinion s'enflamme et se précipite avec force dans un mê me sens, ce sont les mesures extrêmes qui obtiennent le plus de popularité. M. Ziemialkowski, naguère encore sî appuyé par tous les partis qu'on pouvait le considérer comme le véritable représentant de la Galicie, est dépassé, considéré comme réactionnaire et inféodé au ministère allemand, lui qui, pardévouement à la cause nationale, a subi l'exil et la prison. Sa politique, disent les journaux même modérés, est celle de la peur, peur de la Russie, peur de l'Autriche, peur du peupie. On lui oppose le mot de Palaçky , rappelé récemment par M. Saint-René-Taillandier: t Avant l' Autriche, nous existions, nous existerons après elle. » Lorsqu'on analyse les discours, les journaux et les brochures qui expriment les idéas des Polonais

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en Gralide, ri en ressort qnUls sont décidés à soutenir les résolutions de la diète de 1868; mais q<ae, quant aux moyens de les faire i»*éTaloir, trois opinions se font jour donnant tien i la &»*mation de trois partis.

D'abord, le parti des modérés ¥eiit continuer à envoyer des députés an Reicbsrath, afin d'obtenir du gouvernement et de la majorité les ccnacessions qu'on réclame. C'est en Autriche et par lAntriche allemande seulement, prétendent-^ils, que la nationalité polonaise peut vivre, se dévetepper et travailler i reconstituer l'ancien royaume. Donc il xke fout point par trop d'impatience mett^re en péril l'existence de Tempire, ni renverser une constitution qui a tant contribué à son salut Avec de la patience et de la persévérance ' on arrivera au but. L'insuccès des députés pendant la session de 1869 et l'accueil dédaigneux qu'ont reçu leurs réclamations en 1870 ont beaucoup diminué Tiniluence des modérés, surtout à Lemberg. On les accnse d'être plus Autrichiens que les Viennois eùx-mémes et de sacrifier la Pologne à l'Autriche. Les chefs du parti modéré sont le comte Golucbowski et M. Ziemialkowski.

Il y a, en second lieu, le parti radical, représenté par M. Smolka^ et par la société démocratique de

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