Kaufmann, PoUtische Geschichtc, p
l8o LA PRUSSE ET LA RÉVOLUTION DE iS^S
sèrent de suivre cet exemple ; l'ordre du jour fut rapidement encombré d'une série de projets et de pétitions, si bien que le comité de constitution ne fut nommé que le i5 juin'; il déposa son rapport le 26 juillet et les débats ne commencèrent à l'Assemblée que le 12 octobre, à la 73® séance.
Une direction ferme et sûre fit continuellement défaut. Les premières séances furent présidées par le doyen d'âge, von Schôn, excellent homme, jadis ministre de valeur, mais souffrant, sans vigueur, incapable de dominer une réunion nombreuse. Ainsi naquit un manque de précision, de netteté dans le travail, qui était particulièrement dangereux pour une assemblée divisée et sans traditions. Les présidents ultérieurs, Milde, Grabow, eurent un peu plus de fermeté ; mais l'esprit de direction manqua au ministère. Sa tâche était difficile, il ne savait exactement sur qui compter et s'appuyer ; il hésitait alors qu'il aurait fallu agir.
Dès le 3i mai, les discussions prirent à l'as semblée un ton de vivacité, souvent de violence, qu'elles ne devaient jamais perdre. Un député avait proposé le vote d'une adresse ; comme il avait rencontré quelque contradiction, le gouvernement par la voix de M. Ilanscmann, déclara
1 . Liste de la commission dans Ronnc, Dos Slaatsrecht der preussischen Monarchie, 1, p. Sg,
l'assemblée nationale de PRUSSE i8r
qu' (( une adresse était de la dernière urgence pour faire cesser les bruits vagues, les soupçons de réaction », Un député de Berlin, membre de l'extrême gauche, ancien pasteur sorti de l'Eglise pour ses opinions communistes, très populaire, Berends, se mit au premier rang en critiquant avec vigueur cette opinion et réclamant tout l'effort de l'assemblée pour les débats de la constitution : « Le peuple de Prusse et le peuple allemand apprendront à nous connaître dans la constitution que nous allons voter... Une adresse ne pourrait provoquer ([u une lutte oratoire sans utilité. » 11 succomba, mais l'extrême gauche avait de suite pris place. La discussion avait été chaude ; elle eut sa suite dans la rue ; des groupes animés se formèrent sous les Tilleuls et aux angles des grandes rues ; on encloua le pont-levis menant à la caserne d'artillerie ; dans les clubs, le bruit se répandit que la république serait proclamée dans la nuit'.
Les débats prirent une allure bien plus violente encore le 8 juin, à l'arrivée du prince de Prusse. L'opinion publique à Berlin continuait a lui être très défavorable : on évitait de prononcer son nom et les pasteurs l'omettaient dans les prières, pour éviter de fâcheuses interruptions"; il n'en était pas de même dans les campagnes, où il