‹ La Prusse et la Révolution de 1848Chapitre 109 sur 174 · Simon, L'empereur Guillaume et son règne, p. 20 et suiv · texte numérisé non relu

Simon, L'empereur Guillaume et son règne, p. 20 et suiv

iSa LA PRUSSE ET LA RÉVOLUTION DE 1 848

était très populaire parmi les hobereaux ; deux districts avaient pris l'initiative de son retour; des délégués de Poméranie lui avaient écrit pour rinviter à se fixer dans cette province ; le cercle de Wirsitz, dans le grand duché de Posen, Tavait élu député à l'Assemblée nationale. A Londres, d'ailleurs, son attitude avait été froide et correcte ; à la lettre des Poméraniens, il avait répondu qu'il « partageait absolument leur avis d'accepter la transformation de l'Etat en monarchie constitutionnelle avec toutes ses conséquences ». On n'avait pas osé, au Landtag uni, parler de son retour. Mais l'ordre se rétablissant un peu, dès le lo mai, Camphausen demanda lui-même au roi son rappel, «le caractère chevaleresque du prince garantissant » son entrée loyale dans la voie du régime parlementaire. En réponse, Frédéric-Guillaume envoya un aide de camp à son frère pour 1' « inviter à revenir bientôt dans sa patrie ». Mais les esprits étaient tellement montés contre le prince qu'une manifestation du peuple éclata à la nouvelle de son retour ; le ministère dut retarder son voyage d'une quinzaine de jours et l'inviter à adhérer par déclaration formelle aux réformes constitutionnelles '.

i. Indicateur politique prussien (Journal ofïiciel) du i6 mai, d'après le Moniteur universel français du 19.

l'assemblée nationale de puisse i83

Le 5 juin, en effet, le roi communiquait ;ui ministère une lettre de son frère, datée de Bruxelles : « Je me livre à Tespoir, écrivait-il, que les institutions libérales, pour la création desquelles Votre Majesté vient d'appeler les représentants du peuple, se développeront de plus en plus, avec l'aide de Dieu, pour le bien-être de la Prusse. Je consacrerai avec confiance et sincérité toutes mes forces à ce développement, et j'attends le moment où je donnerai mon adhésion, qui sera prévue par la charte, à la constitution que Votre Majesté est sur le point de concerter avec votre peuple. »

Le 4 juin, le prince rentrait sur le territoire prussien et, à Wesel, son premier point d'arrêt, il recevait un accueil enthousiaste des ofliciers de la garnison. Dans les courtes paroles qu'il leur adressa, se reflète tout son caractère et presque sa carrière : « On éprouve toujours un sentiment agréable quand on rentre dans sa patrie... V^ous savez que j'ai été exposé à des attaques nombreuses ; il est bien douloureux d'être méconnu. Ma conscience seule m'a servi de consolateur, et je rentre dans ma patrie avec une conscience pure... De grands changements se sont opérés depuis peu dans notre pays. Le roi l'a voulu et sa volonté est sacrée pour moi. Je suis son premier sujet et je me rattache de grand cœur au nouvel ordre de choses; mais il

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faut que le droit, l'oi-die et la loi régnent. Evitons l'anarchie; je la combattrai de toutes mes forces, c'est ma vocation '. »

Prévoyant que la venue du prince Guillaume à l'Assemblée ne serait pas sans soulever quelques difficultés, Camphausen prépara les députés, dès le 6 juin, par une déclaration à la tribune où il affirmait que « le rappel du prince devait, en quelque sorte, servir de préambule à la constitution )), et la très grande majorité de la Chambre parut l'approuver. L'événement se produisit le surlendemain.

Le prince de Prusse se présenta dans la salle des séances en uniforme de général. Les membres de la droite se levèrent ; ceux de la gauche crièrent: « Assis, assis. » Le président donna la parole « au député de Wirsitz ». Avec son calme habituel, le prince renouvela ses déclarations constitutionnelles : « Nous allons travailler avec notre roi à l'œuvre de la constitution. Quelle belle tâche ! La monarchie constitutionnelle est une forme que le roi lui-même a choisie. Nous nous y attacherons fidèlement... Puissions-nous être guidés par cette devise : « Avec Dieu, pour « le roi et la patrie"! )> Puis il quitta tranquillement l'Assemblée au milieu du profond silence

1. Lesur et Fouquier, Aiinunire historique, i848, Documents, p. i56.

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