CHAPITRE X
La camarilla et Bismarck. — Réaction dans le pays. — Tendance du roi. — Résistance du ministère Auerswald à l'Assemblée, sa chute. — Cabinet Pfuel. — Le général ^^ rangel. — Emeutes à Cologne, Breslau, Franclort. — Débats de la constitution prussienne. ■ — Troubles à Berlin. — Insurrection et écrasement de ^ ienne. Influence en Prusse. — Ministère Brandenburg-Manteuffel. — Conflit entre l'Assemblée et le gouvernement. — Ajournement et envoi de l'Assemblée à Brandebourg. — Velléités de résistance. — La dissolution. — Constitution du 5 décembre 18^8.
Frédéric-Guillaume lY était installé à Potsdam depuis la fin de mai ; loin des ministres, pour lesquels il n'avait pas d'affection, il était entouré d'une petite Cour inspirée d'un pur esprit de réaction, et que l'on avait surnommée la camarilla. Le confident le plus intime était le général de Gerlach, homme désintéressé et d'une fidélité à toute épreuve, mais qu'une obésité remarquable empêtrait au physique et au moral ; son frère, conseiller de gouvernentient, esprit nourri et spirituel, portait jusqu'au fanatisme le culte de la royauté prussienne. Le général de Rauch,
brave militaire, plein de bon sens, voulait raction immédiate et son influence grandissait sur le roi à mesure que les circonstances politiques exigeaient plus de décision. Un conseiller de cabinet, Niebuhr, approchait de très près le monarque.
Le plus franc et le plus rude de tous était Othon de Bismarck-Schonhausen. Son esprit vigoureux et sarcastique plaisait au roi ; après les journées de mars, il avait adressé à Frédéric- Guillaume une lettre de chaleureuse effusion, que le monarque conserva tout l'été « comme un gage précieux de fidélité prussienne ». Il lui permettait des boutades qu'il n'aurait tolérées d'aucun autre et quiarracliaient à la reine ce cri : « Comment pouvez-vous parler ainsi au roi ? » Dès sa première visite à Sans-Souci, Bismarck s'était affirmé. « Que me reprochez-vous, lui demandait le roi ? — D'avoir évacué Berlin. — Cela s'est Tait contre mon gré », reprit le monarque, et la reine ajouta: « Le roi n'y est pour rien ; de trois jours il n'a pas fermé l'oeil. — Il faut qu'un roi puisse dormir », répartit l'enfant terrible'.
Il s'était dès le mois d'avril lancé dans une campagne de presse, envoyant à la Gazette de Magdehoiirg des chroniques virulentes, puis par-