I. Denkwûrdigkjïlen von Manleuffel, I, p
mesures nécessaires pour que les séances aient lieu à Brandebourg le 27 de ce mois. Jusque-là, l'Assemblée est ajournée. »
Malgré les interruptions de l'Assemblée et même du président, le comte Brandenburg invite les députés à quitter de suite la salle; toute la droite se lève et part ; la majorité reste assise. Le président déclare : « Je ne puis lever la séance sans consulter l'Assemblée qui représente les intérêts les plus sacrés de plus de 16 millions d'hommes et qui a le droit absolu de décider de la clôture des séances. » La séance est simplement suspendue.
Brandenburo- et ses collègues s'étaient rendus au ministère de la guerre ; ils avaient donné ordre aux réo-iments cantonnés dans la banlieue
et les villes voisines de rentrer le jour même à Berlin ; mais au dernier moment il fut impossible d'exécuter immédiatement cet ordre; le ministre de l'intérieur, Manteuffel, dut se borner h écrire au président de l'Assemblée, pour l'inviter à cesser ses fonctions et à fermer le local des séances. Le président de police envoya au commandant de la garde bourgeoise une réquisition lui ordonnant « d'interdire aux députés l'entrée de la salle des séances et d'en fermer toutes les issues ». Le commandant Rimpler répondit à cette injonction par un simple refus.
L'Assemblée reprit séance le même soir en
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présence d'environ 200 députés sur 872 ' ; elle décida de continuer ses délibérations ; le lendemain, 10 novembre, à 5 heures du matin, les députés étaient à leur poste ; le président von Unruh les avait convoqués à la suite des nouvelles qu'il avait reçues pendant la nuit. Le général Wrangel allait entrer dans Berlin avec ses troupes.
Imperturbable et narquois, Wrangel arriva devant le théâtre royal à 2 heures et salua la garde bourgeoise ; elle ne lui répondit pas; à quelques pas, des gens sifflaient; en vieux patois berlinois, Wrangel leur demanda « comment ils trouvaient cela » ;" puis il s'assit sur une chaise en pleine rue ; le commandant de la biirgerwehr, Rimpler, vint lui déclarer que « la garde bourgeoise était décidée à protéger la liberté du peuple et la dignité de l'Assemblée nationale et ne céderait qu à la force ». A\ rangel répondit tranquillement : « Dites à vos hommes que, la force serait-elle là, je répondrai de l'ordre avec mes troupes. L'Assemblée nationale quittera dans quinze minutes la salle des séances et puis
1. On lui donna dcsormais le surnom de Uiimpfpnrlamenl, en souvenir de i'Iiistoire d'.Vnglelerre. Reicheiispcrger, Erlebnisse eines allen Parhiinantnriers, p. 17C).
2. On avait menacé de tuer sa femme s'il entrait à Berlin; en arrivant devant le Théâtre royal, il déclara gravement à ses officiers : « Je suis bien curieux de savoir s'ils l'ont pendue. »
la garde bourgeoise s'en ira', n Prévenu de ce dialogue par Rimpler, von Unruh déclara que <( l'Assemblée ne cédait qu'il la force des baïonnettes )) et ajourna la séance au lendemain, 9 heures. Puis les députés sortirent avec calme, deux par deux, leur président en tète.
Pendant cinq jours, les députés continuèrent leurs séances à l'hôtel de Russie d'abord, au siège de la corporation des arquebusiers ensuite, et les deux derniers jours h l'hôtel de Cologne. Leur nombre diminua à peine, le dernier jour ils étaient encore 238. Leurs débats se bornèrent d'abord h affirmer la permanence de l'Assemblée. Ils espéraient qu'un revirement se produirait en leur faveur. 11 n'en fut rien. Quelques troubles éclatèrent à Berlin, vite étouffés par les troupes qui arrivaient de tous côtés. La ville et ses environs étaient en état de siège, la garde bourgeoise dissoute^. La municipalité de Berlin, qui s'était d'abord solidarisée ardemment avec l'As semblée, ne tardait pas à se soumettre. En province, quelques mouvements populaires s'étaient produits, à Breslau, à Cologne, à Halle ; ils ne prirent pas de développement.
1. Récit très complet dans Blum, Bismarck, I, p. 418-9, et Die deutsche Révolution, p. 356.
2. Symptôme significatif, les hommes de la garde bourgeoise restituèrent leurs armes sans soulever presque aucune résistance.
La Chambre prussienne avait espéré que le Parlement de Francibrt et le pouvoir central interviendraient en sa faveur. Bassermann, soussecrétaire d'Etat, fut chargé en effet de tenter une médiation entre la couronne et l'Assemblée ; il l'essaya de bonne foi, mais échoua à cause des prétentions exagérées des députés : ils demandaient simplement la mise en accusation et l'arrestation immédiate des ministres et de Wrangel, et le départ des troupes. Le roi se récria, réclama une humiliation des députés, le rétablissement du caractère divin de ses pouvoirs. Toute transaction était impossible.
Au Parlement de Francfort, la gauche présenta des ordres du jour foudroyants contre Frédéric- Guillaume ; la majorité se contenta d'émettre, quelques jours plus tard, le vœu que l'Assemblée nationale soit rappelée de Brandebourg à Berlin aussitôt que la situation le permettrait '. Le vice-président du Parlement national, Simson, et un ministre de Nassau, Hergenhahn, envoyés à Berlin en qualité de commissaires de l'Empire, arrivèrent trop tard ; toutes décisions et dispositions étaient prises par le gouvernement, il n'était plus temps d'arrêter le cours des choses.
I. Ordre du jour Biederrnann (l'historien), i4 novembre. Voyez son ouvrage, Geschiclite Deutschlands, loc. cil., p. 255 ; Saint-René Taillandier, Histoire du Parlement de Francfort, loc. cit., p. 197.
Cependant les députés de Prusse délibéraient encore, pour la forme. Le i3 novembre, ils votaient la mise en accusation des ministres; le i5, ils examinaient un projet de décision portant que « le ministère Brandenburg n'est pas endroit de disposer des deniers de l'Etat et de lever des impôts, tant que l'Assemblée nationale ne pourra pas librement continuer ses délibérations à Berlin )>. Au milieu de cette délibération, un officier, le major Herwartli von Bittenfeld, entra dans la salle où siégeaient les députés, et leur déclara qu'il avait ordre de les dissoudre, au besoin, de force. L'Assemblée s'empressa de voter le refus de l'impôt \ qui était d'ailleurs sans valeur juridique^, puis les députés se dispersèrent.
Wrangel les pourchassa jusque dans les cafés ^. Toute réunion des députés de la gauche était dispersée par les soldats. « La principale chose est de montrer que le roi est encore maître dans le pays », écrivait le général de Gerlach le i5 novembre*. Wrangel mettait en pratique ces excellents principes. Il s'y entendait.
I. Die Steuerverweigerung. Unruh, Erinnerungen, p. 107 à iio.
3. Car la Prusse n'ayant pas encore de constitution, il n'y avait pas de Parlement chargé de voter le budget, et le roi seul avait le droit de fixer et lever les impôts.