‹ La Prusse et la Révolution de 1848Chapitre 131 sur 174 · Sybel, Die Bc(jrûn(lunrj , I, p · texte numérisé non relu

Sybel, Die Bc(jrûn(lunrj , I, p

3. Ces négociations dans Sybel, p. 254-5 ; Bismarck, p. 67-8 ; Gerlach, p. 238.

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Le baron Otto de MiuitcufFel avait alors quarante-trois ans; comme Bodelschwingh, il avait suivi une carrière administrative fort rapide et brillante ; il représentait le vieil esprit de l'administration prussienne, mais avec assez de souplesse pour avoir conservé sa direction au ministère pendant les deux « ministères de mars ». Comme Brandenburg, il n'était pas un réactionnaire féroce, il cherchait le progros, mais il ne le comprenait que confié à une administration sage et ferme ; il était fort dans la confiance du prince de l^russe.

Les pourparlers du roi avec ManteufFel sur la formation du nouveau ministère commencèrent le 25 octobre. Manteulfel hésita quelques jours, redoutant une conflagration générale et conseillant de garder le ministère actuel. Bismarck se chargea de le décider ; il n'y parvint qu'en <( lui rendant compte des mesures de sûreté prises autour du théâtre royal pour la sécurité personnelle des ministres ». Avec Brandenburg, Manteufï'el rédigea alors un programme ministériel qu'il présenta au roi ; les grandes lignes de ce plan politique étaient les suivantes : le 4 novembre, déclaration à l'Assemblée sur les méfaits de la garde bourgeoise, dissolution de cette garde, les soldats tout prêts et les postes en armes, ajournement de l'assemblée à la moindre opposition et son exil à Brande-

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bourg'. Ce programme ne péchait pas par excès de faiblesse. Sauf la date, il allait être suivi à la lettre, — et dépassé.

Manteuffel et Brandenburg trouvèrent facilement leurs collaborateurs ; le général de Strotha, désiorné comme ministre de la guerre, s'enquit simplement de la tenue de rigueur. MM. de Ladenberg à l'instruction publique et aux cultes, Kùhne aux finances, Kisker à la justice complétèrent le ministère dont la composition parut le 9 novembre au Moniteui- prussien^.

Dès le 2 novembre, l'Assemblée nationale savait que Brandenburg avait reçu la mission de former le ministère ; elle comprenait que ce serait la lutte à mort entre elle-même et le gouvernement, et tenta une démarche pour l'éviter. Elle vota une adresse au roi signalant qu'un pareil cabinet « serait sans espoir d'obtenir une majorité dans la chambre et la confiance du pays ; il accroîtrait l'excitation et entraînerait

1. Otto de Manteuffel, Denkii:urcli<ikcilen heraiisijeijeben von Poschinger, I, p. 21. Berlin, 1901.

2. Ordonnance du 8 novembre, Geselz-Sammliinij, p. 347- On pensa à Bismarck pour en faire partie ; Frédéric-(îuillaume le trouva trop ardent. D'après Gerlach, il ôcrivit en marge de; son nom : « Ne pourra être ministre que si la baïonnette doit être maîtresse absolue. » D'après \ itztiium von Eckstadt, la formule était plus énergique : « Réactionnaire rouge, sent le sang, on s'en servira plus tard. »

des conséquences funestes qui rappelleraient le sort d'un peuple voisin* ».

Une commission de 25 membres, conduite par le président de l'assemblée, von Unruh, porta cette adresse au roi le 3 novembre ; le roi reçut les députés avec froideur; Unruh donna lecture de la protestation ; le roi, impatient, prit le document, sans parler, et se tourna vers la porte; Jacoby s'avança vers lui en disant : (( Nous ne sommes pas envovés seulement pour apporter cette adresse, mais aussi pour vous donner des renseignements sur la situation du pays. » Le roi continuait à marcher vers la porte. « Que Votre Majesté nous accorde audience, ajouta Jacoby. ; — Non, » répliqua Frédéric-Guillaume. Alors Jacoby répartit : « C'est le malheur des rois qu'ils ne veuillent pas entendre la vérité -. » Le roi sortit.

Les journées suivantes furent nerveuses à l'As-

I Adresse du 3 novembre.

3. Récit du président von Unruh, Erinnenmgen, p. io6. L'impression de la répartie de Jacoby fut pénible aux assistants, plusieurs députés protestèrent contre ces paroles. Biedermann, Geschichte, loc. cit., p. 354, conteste qu'elles aient été prononcées. Il n'y a sur ce point aucun doute : les assistants sont très affirmatifs, les paroles de Jacoby ont été citées à l'Assemblée nationale par le député d'Ester qui faisait partie de la délégation ; les journaux du temps les ont rapportées sans aucune protestation de Jacoby, qui reçut des félicitations personnelles pour les avoir dites. Il les a d'ailleurs confirmées à Blum. Voy. Die deutsche Révolution, p. 356, n. i.

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semblée nationale ; la délégation rendit compte de sa démarche et des paroles de Jacoby au milieu des applaudissements des uns, des protestations des autres ; en réponse à son adresse, l'assemblée reçut un message royal qui refusait de retirer au comte Brandenburg la mission de former un ministère ; elle écarta une proposition de Waldeck de constituer une sorte de comité de salut public, et elle attendit. La rue n'était pas plus calme ; la garde bourgeoise se solidarisait avec l'Assemblée.

Les ministres hésitaient encore. Trois éventualités s'offraient à eux : gouverner à côté de l'assemblée, — ils ne le pouvaient ni le voulaient ; la dissoudre immédiatement, — c'étaij risquer une insurrection ; « la mettre hors d'état de nuire ^ », ils s'arrêtèrent h cette solution.

Le 9 novembre, les ministres parurent h l'Assemblée; d'une voix ferme et forte, Brandenburg donna lecture d'un ordre royal. L'Assemblée, élue pour convenir une constitution, déclarait le monarque, sort sans cesse de sa compétence; elle agit sous la pression, les outrages et les violences de la multitude; on tente de la pousser à la république. « Nous sommes donc obligés de transférer à Brandebourg le siège de ses séances ; nous avons chargé notre ministère de prendre les

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