L'IDÉE ALLEMANDE AU COMMENCEMENT DE
Frédéric-Guillaume IV et le prince Guillaume. — L'opinion en Prusse. — Reprise de la guerre danoise. — Scliwarzenberg et le relèvement de l'Autriche. — Tergiversations des quatre royaumes. — Les petits princes. — Le Parlement de Francfort : ses divisions. — Débats sur la constitution. — Le roi de Prusse et ses amis. — Vote de la constitution et élection de l'empereur.
La Révolution avait éclaté en Prusse sous une double pression : besoin de libertés politiques, aspiration à l'unité allemande. Sur le premier point, elle échouait et aboutissait tout ensemble et d'une singulière façon ; le parti libéral obtenait les réformes qu'il avait demandées, mais le retour au pouvoir de la réaction anéantissait toute liberté.
L'idée allemande avait subi pareilles vicissitudes. Frédéric-Guillaume IV, parti lors des journées de mars pour se mettre à la tête de l'Allemagne, brandissant la bannière aux trois couleurs, était rentré dans son palais dePotsdam, fort mécontent des autres et de lui-même ; il
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avait passé par des alternatives d'enthousiasme et de découragement; mais malgré ses amis, Radowitz et Bunsen, il s'était toujours plus écarté de l'unité allemande ; le parti de la camarilla lui avait représenté les idées de Francfort comme un produit delà révolution, la défense des droits des princes comme une mission divine, le respect de l'Autriche comme un devoir d'Ktat et de relieion.
Son frère, le prince de Prusse, plus calme, était venu à des idées plus raisonnables ; le futur empereur Guillaume avait regardé et réfléchi ; il avait entretenu avec quelques libéraux de Francfort, notamment avec Dahlmann, une correspondance et des relations qui avaient exercé sur lui une réelle intluence' ; il n'était pas l'homme de la camarilla et ne tenait pas pour la réaction à outrance ; il admettait la transformation de l'Allemagne en Etat fédératif avec une représentation du peuple ; il écoutait volontiers, — alors, — les conseils de la princesse de Prusse, toute acquise aux idées allemandes. Mais il ne pouvait, frère du roi, prendre la direction du parti allemand, et les hommes d'action manquaient.
Dans le pays et dans les milieux politiques, 4a grande majorité est fervente pour la renaissance de l'Allemagne; mais les chefs n'ont pas de décision ; leurs pensées sont nobles, élevées,
I. Biedermann. Geschiehte Di'ulschlands, 3'' partie, t. I, p. 398.
rarement pratiques ; ils voient juste et haut, ils n'agissent pas ; ils accablent Frédéric-Guillaume d'avis excellents, de considérations profondes et prophétiques, mais quand il s'agira de lui arracher une décision comme à un oracle, en le violentant un peu, ils n'oseront : leurs adversaires n'auront pas les mêmes scrupules.
Parmi les conservateurs, les plus nombreux sont hostiles à tout changement dans la Confédération germanique. La petite noblesse de terre, dont l'influence est grande dans le pays, est individualiste avec passion. Elle craint de voir, avec une modification en Allemagne, s'introduire des bouleversements dans le régime de la Prusse et ce régime lui convient trop pour qu'elle en admette le changement. Les hommes politiques du parti sont divisés, les modérés acceptent une entente plus étroite entre les Etats allemands, les ultras rêvent le retour au régime séparatiste.
Entre ces divers partis, le ministère louvoie et se divise. Brandenburg et ^L^nteuffel sont liés au parti conservateur et cherchent à mettre quelque suite dans les voltes du roi. Hevdt, Rintelen, Arnim sont « dans les idées de l'église Saint- Paul ' ».
La guerre avait repris dans les duchés. Le
I. Local (les séances du Paricmcnl ;i Francfort (lerlacli, Denhu'urdùjLciten, I, p. 3o6.
l'idée allemande al commencement de iSZlQ 25 I
Danemark s'était aperçu que. rarmistlce de Malmoë était tout à l'avantage des Allemands dont il favorisait rintluence en Sleswig. Le 21 février, le roi Frédéric Vil avait avisé la Prusse qu'il reprendrait les hostilités à l'expiration de l'armistice, le 26 mars'. La guerre recommença le 3 avril ; malgré la disproportion des belligérants, la lutte dura pendant quatre mois ; les Danois, d'abord contraints de se replier vers le \ord et dans les îles, reprirent l'offensive avec bonheur. Ils surent traiter après un succès. Les puissances étaient intervenues amicalement; le tzar Nicolas avait insisté pour la cessation des hostilités^; l'armistice puis le traité de Berlin mirent fin à la guerre sans donner solution à la question des duchés.
La monarchie prussienne s'était ainsi conformée au vœu de la nation germanique et ii l'invitation du pouvoir de Francfort d'intervenir en faveur des Allemands dans les duchés. Dans la seconde période de la guerre, la Prusse n'avait plus grand enthousiasme. Mais, à cette époque, elle pouvait seule avancer des troupes. Le temps s'écoulait, la monarchie des Habsbourg se raffermissait et se préparait à prendre de nouveau sa part dans les affaires allemandes.
1. Lavissc et Rambaud, Ilistotre rjéncralc, t. \I, p. 4^1 (par M. Schefer).