‹ La Prusse et la Révolution de 1848Chapitre 150 sur 174 · Sybel, Die Begriindtiiuj, t. I. p o~!i cl suiv · texte numérisé non relu

Sybel, Die Begriindtiiuj, t. I. p o~!i cl suiv

252 LA PRUSSE ET LA RÉVOLUtlON DE iS/jS

L'Autriche avait été bien plus profondément remuée que la Prusse : à l'Est, Magyars et Croates étaient en lutte et de ce conflit naissait l'insurrection de la Hongrie ; à l'Ouest, les pro-., vinces italiennes étaient en révolte, et le Piémont venait à leur secours ; dans la capitale même, les troubles de mars et de mai s'étaient changés en révolution, l'empereur avait fui \

Jamais la maison d'Autriche n'avait été ébranlée à tel point. Mais elle rencontra quelques hommes d'action qui d'une main rude et sûre devaient relever ses destinées. Windisclig-ratz bombarde

Vienne et la réduit ; Schwarzenberg prend le pouvoir qui flottait depuis neuf mois.

Le prince Félix de Schwarzenberg était alors âgé de ^8 ans : militaire, diplomate, homme du monde, il embrassait plaisirs et travaux avec une ardeur que dissimulait sa correcte élégance. C'était un politique froid, maître de lui et des autres ; il possédait au plus haut point le doigté diplomatique, le maniement des hommes et des choses ; il remontera l'empire d'Autriche avec une rapidité qui tient au prodige. Mais ses vues sont courtes et ses procédés brutaux ; il entend triturer les hommes comme une pâte vivante ; Metterniclî l'avait fait pendant trente ans ; mais les

I. Paul Matter, La Constiliillon hoiifjroisc et Home et la Révolution de 18^8, dans les Annales des Sciences politiques, 1889- 1890 et 1893-189'».

l'idke allemande au commencement de 1849 ^^^

temps étaient changés ; des idées nouvellesavaient pénétré dans les peuples et les avaient assoiffés d'indépendance et de liberté ; SchAvnrzcnberg ne voulait pas admettre ces revendications. Pendant deux ans il a traité par le mépris les idées d'indépendance des nations d'Autriche et les aspirations unitaires des Allemands. Son faire hautain et brutal, son dédain des besoins nouveaux ont soulevé dans lAllemagne entière un sentiment de colère qui a préparé la guerre de i865 et la séparation des deux empires. Son œuvre a donc été plus brillante que durable.

Mais Schwarzenberg apportait en politique les deux qualités qui font l'homme d'Etat, le coup d'oeil et la promptitude dans l'exécution. Le nom du vieil empereur était lié au régime de Metternich ; ii une situation nouvelle il fallait un homme nouveau ; Ferdinand, prématurément vieilli, est remplacé par son neveu François Joseph'". En Italie, le roi de Piémont, Charles- Albert est amené à reprendre la guerre, pour être définitivement battu. En Hongrie, où l'insurrection ne fait que croître, il faudra plus de temps, les forces russes seules permettront lécrasement définitif des rebelles. La constitution sera renouvelée : on fera de tous les pays de

I. Sur ces modifications en Autriche : S}bel, Die BegriinduriQ des deuUclien Reichs, t. I, p. 263 et suiv.

la maison d'Autriche un Etat unitaire, centralisé de façon à tenir dans la main du chef du ffouvernement. Mais pour de telles œuvres, il faut du temps, et il est nécessaire d'en gagner en Allemagne. Prokesch von Osten, ambassadeur à Berlin, Schmerling, ministre plénipotentiaire à Francfort, ont pour mission de temporiser : échanger des notes, rester dans le vague, discuter sur des projets lointains, ne rien promettre et ne rien brusquer, telle sera la politique autrichienne en Allemagne*; elle trouvera dans les hésitations de la Prusse un appui inespéré.

Dans un discours qu'il avait prononcé le 27 novembre devant le Reichstag autrichien à Kremsier, Schwarzenberg avait posé deux principes : le maintien de l'unité autrichienne, <■ nécessité allemande autant qu'européenne », — l'ajournement de la question allemande après la pacification des révoltes d'Italie et de Hongrie.

Une série de notes adressées à la Prusse", au pouvoir central de Francfort, à tous les gouvernements allemands, développent ce programme avec des restrictions ou des additions ; la Prusse

1. Ans den Briefen des Grafen Prokesch von Osten, p. 9 et suiv.

2. Sur ces notes et projets, voyez Kliipfel, Geschichle der deulsclien Einheitsbestrebungen bis :u ihrer ErfiiUuntj, 1848-71, t. I, p. 78 et suiv. ; Ilubner, Une année de ma vie, p. 499 et suiv.

l'idée allema.nde au commencement de 1849 ^^^

ne reste pas en arrière dans ce jeu diplomatique, et les chancelleries grossoient : note autrichienne du 28 novembre déclarant « l'Autriche bien éloignée de vouloir quitter l'Allemagne » et réclamant l'ajournement de la constitution germanique ; — note remise par Sclimerling à l'archiduc Jean le 28 décembre affirmant que l'Autriche veut travailler à la question constitutionnelle avec tous les autres Etats de l'Allemagne où elle tient la première place, et menaçant de tout entraver si on veut agir sans elle ; — note prussienne du 23 janvier qui « émet l'avis que l'établissement d'une nouvelle dignité impériale n'est pas nécessaire pour atteindre une unité allemande réelle, mais pourrait soulever des obstacles insurmontables » ; — note autrichienne du 4 février qui proteste contre toute formation d'un état fédératifoii l'empire n'entrerait pas avec toutes ses dépendances, idlemandes ou non ; l'Autriche est une, on ne peut l'expulser de l'Allemagne, elle y doit entrer tout entière ; — nouvelle note autrichienne du 27 février pour proposer la création d'un directoire où les deux grandes puissances auraient chacune deux voix, la Bavière, une, les petits Etats, tous ensemble, quatre; il n'y était mot d'une représentation du peuple.

Schwarzenberg gagnait ainsi du temps qu'il employait à rétablir l'ordre dans l'empire. Le

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26 février, les Hongrois éprouvaient une première défaite à Kapolna, et le gouvernement pouvait croire à la fin de l'insurrection. En Italie, les hostilités avaient repris, elles tournaient en défaveur des Piémoritais et préparaient la défaite de Novare C (23 mars). Le if mars, le gouvernement dissolvait le Reichstagf et octrovait une constitution unitaire qui organisait l'Autriche en Etat indissoluble et supprimait toute séparation entre les provinces. Suivant l'expression du temps, Schvsarzenberg aurait bientôt les mains libres à l'intérieur et pourrait agir en Allemagne.

Pendant qu'ainsi l'Autriche travaillait et la Prusse tergiversait, les autres gouvernements de l'Allemaofnc suivaient le cours de leurs intérêts et de leurs aspirations. Ils étaient divisés en deux camps bien tranchés, les moyens, royaumes de Bavière, Wurtemberg, Saxe et Hanovre, et les petits, une trentaine de princes et de villes libres. Les quatre royaumes s'en tenaient au système temporisateur de l'Autriche ; ils avaient besoin de la Prusse, qui était en Allemagne l'élément fort ; si une insurrection survenait chez eux, l'Autriche ne pourrait rien en leur faveur, trop occupée de ses propres difficultés; il leur faudrait en appeler aux troupes prussiennes, ainsi qu'il advint en mai et juin iS/jQ ; les rois ne voulaient donc pas froisser la Prusse en refusant d'examiner les projets de réformes en Allemagne. Mais

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ils ne se souciaient nullement de se soumettre h un empereur, et, dans la création d'un l^tat allemand, ils ne pouvaient que perdre tout ou partie de leur indépendance. Suivant les paroles de M. de Beust à la Chambre de Dresde, « la monarchie saxonne acceptait les plus larges modifications à rintérieur, mais non pas dans ses rapports avec les Etats voisins ; elle ne voulait pas compromettre son existence*. »

Les rois avaient donc intérêt à gao^ner du temps pour que rAutriche, maîtresse chez elle, redevînt maîtresse en Allemagne et rétablît l'ancienne Confédération. Dès le 28 octobre, l'ambassadeur bavarois h Londres, comte Bray, écrivait à lord Palmerston que son roi n'admettrait jamais un empereur héréditaire en Allemagne, et en appelait aux puissances, garantes des traités de i8i5 ; dans des notes des iG février et i'"" mars, le gouvernement de ^lunich s'opposait à toute constitution qui exclurait l'Autriche de la Confédération .nouvelle et organiserait pour l'Allemagne un pouvoir unitaire ; le système qu'il préconisait n'était autre que celui de i8i5. La Saxe royale, le Hanovre tenaient pareil langage. Le Wurtemberg, tout en protestant de son attachement aux votes de Francfort, v mettait certaines restrictions qui aboutissaient aux propo-

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