Metternich, Mémoires, t. VII, p
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la force de l'âge, mùi'i par l'expérience d'une brillante carrière dans l'administration', il était doué d'un esprit clair et précis et d'une rare puissance de travail. Sa haute stature, son regard droit, son visage calme et intelligent attiraient même ses adversaires ; il cherchait à concilier les traditions du passé et les nécessités nouvelles et à donner quelque exactitude aux rêves de son roi. La tache était ardue ; il l'accomplit avec sagesse, parfois avec trop d'obéissance ; Frédéric-Guillaume était un monarque qu'il fallait moins suivre que conduire.
Peu de jours après cette nomination, au mois de juillet i845, le roi organisait une commission chargée des travaux préparatoires ; elle se composait, outre Bodelschwingh, de Savigny, Uhden, Canitz et Rochow ; quelques mois plus tard y furent adjoints le prince de Solms-Lich et les ministres de Thile et Rother. Dans la pensée de Frédéric-Guillaume IV, l'àme de la commission devait être Savigny. Profond jurisconsulte, évocateur des théories romaines et de la science juridique au moyen âge, Savigny paraissait devoir créer des institutions comme il les faisait renaître de la poussière ; mais ce grand historien du droit était un médiocre praticien, il
I. AUgemeine deutsche Biographie, notice par von Bodelscliwingli.
LES DÉBUTS DE FUÉDKRIC-GUII.LAUMK IV 3g
cherchait à faire des lois suivant des règles scientifiques sans se préoccuper des besoins véritables du pays' ; il lui manquait ce qui fait du jurisconsulte un législateur, l'esprit pratique. Ce rôle fut, en réalité, tenu par BodelscliAvingh. L'opposition résida surtout dans la personne du prince de Prusse, le futur loi et empereur Guil-1 iaume.
Le prince (ïuillaunu' avait alors près de 5o ans et il était tel (ju'il resta jusqu'il sa mort, ferme et sur, soigneux et inébranlable. Il est difficile de concevoir deux natures plus différentes que celles des deux frères. Le roi vivait de l'imagi- Tiation, dans une vibration toujours changeante, s'élevaut dans des éclairs de génie pour retomber dans un marasme de découragement. Guillaume, moins brillant, mais plus pondéré, réfléchissait, pesait, mais persévérait ; il n'était pas entêté, il se rendait aux raisons, mais s'il les croyait bonnes; les questions de sentiment et l'éloquence des mots n'exerçaient pas sur lui la même influence que sur Frédéric-Guillaume. Dans ses premières années, il avait vu l'efTondrement de la Prusse et son relèvement par l'armée. Il en/ avait conclu, à jamais, que la Prusse ne forgerait l'Allemagne que par le sabre. Dans cette âme honnête de soldat, le point de vue militaire et