Biedermann, Gesc/uc/iZe, loc, cit., p. igS
2. Le prince de Prusse à la curie des seigneurs, le ao avril.
M-: LANDTAi; L.M UK I 847 ^9
Westphalie et de Pomérnnie, de voir la curie des seigneurs se transformer en assemblée de réaction.
A la curie des Etats, les pétitions se succédaient, qui demandaient des modifications aux ordonnances de février : convocation régulière du Landtag uni tous les deux ans, suppression du comité permanent, nécessité de l'assentiment du Landtag uni pour tous les emprunts et pour assumer la garantie de l'Etat, interdiction de remplacer l'avis du Landtag uni sur les lois d'intérêt général par l'avis des landtags de province, contrôle du Landtag uni sur les domaines royaux et les régies financières, nécessité de consulter le Landtag uni pour modifier les ordonnances du 3 février.
C'est au cours des débats sur la périodicité du Landtag, qu'un jeune député de la province de Saxe, Otto de Bismarck-Schonhausen, fit son entrée dans la vie parlementaire. Il appartenait, quoi qu'on ait dit de son libéralisme*, au parti de la petite noblesse, profondément attachée au principe monarchique, conservant un vague regret du passé où elle avait brillé, et n'admettant
I. En se fondant sur un propos de Bismarck au comte d'Hérisson (^Journal d'un officier d'ordonnance, p. 356), on a construit toute une légende sur le libéralisme de Bismarck. H. Blum, Fiirst Bismarck und seine Ze'il, I, p. iii. Il ne faut pas exagérer la portée d'une boutade.
■yO LA PRUSSE ET L\ RÉVOLUTION DE l8^8
comme nouvelles réformes que celles qui auraient leurs racines dans les institutions et les traditions du pays'. Après quelques essais dans la vie judiciaire et administrative, il s'était retiré dans les propriétés de sa famille en Poméranie ; il y menait la vie du parfait gentilhomme campagnard, grand chasseur, grand buveur, toujours à travers champs et forêts, prêt a rendre service comme voisin ou administrateur des digues. Il comptait bien vivre et mourir à la campagne, après avoir a eu quelques succès comme agronome et conquis quelques lauriers à la guerre, s'il en éclatait une"^». Diverses fonctions rurales, l'exubérance même de son caractère l'avaient mis en vue, et, comme propriétaire h SchÔnhausen, il était suppléant, au Landtag de Saxe, du député M. de Brauchitsch. Il ne siégeait pas aux premières séances du Landtag uni ; mais M. de Brauchitsch tomba malade au mois de mai', et son suppléant fut appelé à le remplacer.
Otto de Bismarck eut à l'assemblée des débuts retentissants. Dans toute la force de ses trentedeux ans, haut de taille, robuste de tempérament, plein de la joie de vivre, il intervint dans les discussions avec cette éloquence familière et
1. M. de Bismarck, député, introduction, p. i3 ; Max Lenz, Geschichte Bismarcks, p. 36.
a. Bismarck, Pensées et Souvenirs, t. I, p. i8. 3. Max Lenz, Geschichte Bismarcks, p. 87.
mordante, vigoureuse et bien portjuite oii il excella pendant quarante ans. Il ne craignait pas la contradiction, prenant plaisir à heurter joyeusement les convictions de ses adversaires; quelque coup de boutoir ayant élevé un vif tumulte, il tira avec sérénité de sa poche un journal qu'il se mit à lire à la tribune, en attendant le retour du calme '.
Son premier discours marqua nettement son caractère politique. 11 partit en guerre contre l'opinion qu'en i8i3 les Prussiens s'étaient battus pour obtenir une constitution : à son avis, il n'y avait là qu'une « légende » et une « indignité" ». Quelques jours après, il intervint dans les débats sur la périodicité du Landtag. Il soutint qu'il n'appartenait pas à l'assemblée de se prononcer sur la périodicité, quelque désirable fùt-elle. « La patente royale datant du 3 février seulement, je ne crois pas qu'il puisse être agréable au roi, qu'il puisse convenir dans notre situation comme Etats, que déjà nous nous avancions avec une pétition pour obtenir le changement de cette patente. Laissons au moins l'herbe de cet été pousser là dessus. — Le roi a dit à plusieurs reprises qu'il désirait n'être pas pressé ni poussé ; or, je le demande à l'assemblée, faisons-nous
1. G. Hesekiel, Das Buch voin Fursten Bismarck, p. 99 ; R. de Keudell, Bismarck et sa famille, p. 6.