Jacques Matter, État de l'Allemagne (^i8!t']), I, p
2. Biedermann, Mein Leben und ein Stûck Zeitgeschichte, I» ]j. 216.
A LA VEILLE DE LA REVOLUTION lOD^
vait durer ainsi..., qu'une évolution générale, même violente, apporterait une nouvelle solution '. »
Cet état latent se manifestait par de nombreux symptômes. Dès i840, avait éclaté dans les provinces de la Prusse orientale et de Posen une « conspiration aussi vaste qu'insensée " » qui prétendait soulever la population slave et catholique pour rétablir une république polonaise. Des centaines de conjurés avaient été arrêtés ; leur procès s'était déroulé à la fin de 1847, ''^ Berlin, en public selon les nouveaux principes du recès de juillet ; les chefs, Kibelt, Mierolawski, avaient acquis « une popularité romanesque » ; en commuant les huit condamnations à mort, Frédéric-Guillaume se conformait aux vœux populaires.
A l'autre extrémité du royaume, dans la province du Rhin, se manifestait des tendances séparatistes. Un député au Landtag, Stedmann, publiait une brochure qui conseillait aux pays rhénans de secouer le joug de la Prusse ; une association, RJieinisclier Verein, protestait contre toute modification au droit français encore en
1. Friesen, Erinneriingen ans meinem Leben, cité par Biedermann, loc. cit. ; cf. Rothan, L'Europe et l'avcnement du Second Empire, p. 63.
2. De Circourt, Berlin avant les barricades, dans la i?ewjede Paris du i5 novembre 1896, p. 875.
Io6 LV PRUSSE ET LA RÉVOLITION' DE l8/i8
usage*. Dans des cercles plus restreints et plus réservés, on parlait de la fondation d'une république allemande.
Plusieurs Etats voisins étaient en ébullition. La présence auprès du roi de Bavière, Louis F"", d'une danseuse, Lola Montes, aventurière de haut vol, faisait un scandale dont le souverain ne comprenait pas la gravité ^ ; il laissait la danseuse esquisser un rôle d'Egérie, le bon peuple de Munich s'indignait, les étudiants sifflaient ; Lola Montés le prenait de haut, menaçait de fermer ^Unive^^'sité. Au com"mencement de février i848, une émeute éclate à Munich et le roi est obligé de renvoyer sa favorite.
En Wurtemberg, le roi se plaignait, dans son discours à l'ouverture des chambres, des menées révolutionnaires et (( attendait les tempêtes de notre époque ».
Partout, en Europe, des luttes éclataient. La Suisse était le siège d'une sanglante révolution ; sept cantons s'étaient constitués en confédération séparée, Sonderbiind ; à la fin de l'année i847> le gouvernement de Berne ordonnait l'exécution fédérale; les combats de novembre amenaient une pacification par force, et les régions limitrophes de l'Allemagne en étaient profondément