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Keudell, Bismarck et sa famille, p. a

A LA VEILLE DE LA REVOLUTION lOI

jet de la Prusse pour établir une nouvelle législation sur la presse ; on n'arrivait guère h s'entendre, Frédéric-Guillaume voulait qu'on donnât plus de liberté aux journaux, Metternich plus d'entraves. A Leipsick, une conférence pour unifier les lois sur les lettres de change réussissait mieux et rédigeait une proposition qui, d'ailleurs, ne passa en loi que dans le courant de i848.

Brusquement, Frédéric-Guillaume décide de s'attaquer au plein de la question unitaire et charge Radowitz de rédiger un mémoire sur la réorganisation de la Diète. Le général lui remetce mémoire le 20 novembre ; c'était tout un plan de constitution allemande. Avec hardiesse et hauteur de pensée, Radowitz constatait que pendant trente-deux années de paix, la Diète n'avait rien fait ; la nation était émue de cette inaction. Des réformes s'imposaient. Il était indispensable que la Diète pût délibérer à la majorité ; il fallait créer un tribunal fédéral, assurer l'unité de la législation commerciale, douanière, postale, renouveler l'organisation et l'équipement de l'armée, organiser en commun les chemins de fer. Le 21 novembre, Radowitz partait pour Vienne sur l'ordre de son roi et présentait à la cour autrichienne ce plan de constitution allemande.

Le moment était mal choisi pour une pa-

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reille proposition ' ; Metteriiicli était absorbé par les alVaires de Suisse et d'Italie et engagé dans des négfociations délicates avec Guizot, L'Autriclie désirait réunir à Neuchàtel une conférence de plénipotentiaires pour régler la question du Sonderbund ; la France s'y opposait ; après tergiversations, on se décida à une opération grave et considérable, la confection bien fignolée d'une note commune que les représentants des puissances à Berne devraient remettre au gouvernement fédéral^. La Prusse ne pouvait se désintéresser de ces négociations qui touchaient de si près la principauté de Xeuchâtel. Radowitz fut chargé de les suivre ; il partit pour Paris et les réformes de la Confédération germanique attendirent la secousse de février.

Cependant, Frédéric-Guillaume voulait porter dans les institutions propres ;i son royaume le même esprit libéral qui l'animait dans les relations extérieures. Son entouracre immédiat était divisé, mais les tendances d'esprit nouveau l'emportaient pour le moment; à Radowitz et Arnim se joignaient quelques conservateurs modérés qui estimaient indispensable d'édicter

1. F. Raclifahl, Dculschland, Kiiaicj Friedrich-Wilhelm !\ und die Berliiier Mdrzrevolulion, p. Sy et suiv.

2. Paul Matter, Le Sonderbund, dans les Annales des Sciences politiques, i5 janvier 1896.

A LA VIEILLE DE I,A UÉVOLUTION Io3

immédiatement la périodicité du Landtag et sa transformation en parlement à deux chambres*. Le roi ne pensait pas opportune une pareille concession ; mais à la fin de l'année, il convoquait les délégations des Diètes provinciales. D'après l'ordonnance du 3 février 18^7, ces délégations devaient se réunir à Berlin, en comité général, au moins une fois tous les quatre ans ; en les appelant sept mois après la dissolution du Landtag uni, Frédéric-Guillaume faisait donc une application libérale de l'ordonnance de

Les délégations se constituèrent au mois de janvier, non sans difficulté*; elles devaient délibérer sur un projet de Gode pénal ; les débats se présentaient comme laborieux, car les députés du Rhin ne voulaient aucun changement au régime du Code français. La Révolution arrêta leurs délibérations.

Frédéric-Guillaume avait manifesté sa bonne volonté. Mais les peuples vont plus vite que les monarques ; ils se fatiguent des promesses creuses et préfèrent les réalités aux lointains espoirs. A les leurrer, les rois les las-

1. Lettre du comte Dohna Lauik à Bodelschwingh, citée par Treitschke, loc. cit., p. 6^6.

2. Cette difficulté tenait à la « réserve » que beaucoup de députés avaient mise en élisant les déléj^ations. Ranke, Allgemeine deutsrhe Diofjiaijhie, v" Friedricli-Wilhelin IV, p. 768.

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sent, et dans les masses se forment les res-f

sentiments profonds d'où surgissent les révolu- j tions.

L'année 18/17 pai'îiissait se terminer en Prusse dans le calme de la paix ; de bons esprits pouvaient croire h une lente évolution, préparant au royaume de nouvelles et glorieuses destinées * ; ce calme n'était qu'apparent. L'Allemagne était profondément troublée ; elle mûrissait pour une brusque révolution.

Un sentiment général de malaise s'imposait. Suivant l'expression pittoresque d'un contemporain, « le temps était lourd, comme avant l'orage; il y avait quelque chose dans l'air" ». Cette impression était perçue même par le& hommes au gouvernement et un ministre saxon, le baron Richard de Friesen, l'a définie exactement : (c Dans toute l'Allemagne régnait une inquiétude, un souci pour l'avenir. Les institutions politiques de l'Allemagne — soit de la Confédération, soit des Etats particuliers — avaient vieilli et ne répondaient plus à des / situations modifiées, à des idées qui s'étaient/ emparées profondément de la population.' Partout on avait la conviction que cela ne pou-

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