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CHAPITRE VI

LES PREMIERS TROUBLES

La nouvelle de la Révolution parisienne. — La première émotion. — Emeutes à Cologne, à Kœnigsberg, à Neuchàtel. — Réveil de la diète. — Assemblée d'Heidelberg. — Propositions de réforme allemande. — Projets de constitution prussienne. — Timidité des ministres et des conseils de la capitale. — Premiers troubles à Berlin. — Les éléments de désordre.

Les événements les plus attendus surprennent lorsqu'ils arrivent. Au commencement de l'année i848, Ifîs hommes d'expérience et de réflexion pressentaient quelque profond mouvement*, mais on pensait que la conflagration ne se produirait qu'à la mort de Louis-Philippe. La Révolution de février produisit en Allemagne l'effet d'un coup de foudre '. . .

Tout événement en France a une action immédiate sur le Rhin. On y suivait avec anxiété les nouvelles de Paris. A l'annonce de la proclama-

1. Friesen, Erinneruncjen cuis ineinem Leben ; Sybel, Die Begriindung des deulschen Reichs durch Wilhehn I, t. T, p. 3iO.

2. Hubner, Une année de ma vie, p. 12 ; Malmesbury, Memoirs of an ex-minisler, I, p. 221.

LES PREMIERS TROUBLES lOf)

tion de la République, tout bouillonne. Dès le 27 février, dans le grand-duché de Bade, à Mannheini, une assemblée populaire expose les « revendications du peuple » : la liberté de la presse, l'armement du peuple, la convocation d'un parlement allemand. Les Wurtembergeois ne veulent pas rester en arrière ; le lendemain, à Stuttgart, une réunion d'électeurs adopte le même programme.

Le mouvement gagne la Prusse. Il y est parfois didactique : à Bonn, les professeurs rédigent sous la direction de Dahlmann une adresse proclamant la mission allemande de la Prusse. Les universités, les innombrables associations et corporations envoient à Berlin adresses et délégations. Dans quelques villes Tordre était déjà troublé. A Cologne, on assiège le conseil municipal réuni h l'Hôtel de Ville pour lui arracher l'adoption des « exigences du peuple » ; aux réclamations habituelles sur l'unité de l'Allemagne et la renaissance de la Prusse, s'ajoutent des revendications sociales : protection des ouvriers, garantie du travail, nourriture des enfants aux frais de l'Etat. La foule s'agite quelque peu ; les troupes envahissent la place pour arrêter <( cet attentat inouï dans la province «'.Les troubles se modéraient, se transformaient en rédaction

I. Circulaire du président de Rautner, Gazelle de Cologne, du 3 mar^.

IIO LA PRUSSE ET LA RÉVOLUTION DE l848

de pétitions, lorsque le carnaval, vieille tradition à Cologne, vient surexciter les esprits ; sur une querelle insignifiante, un choc sanglant se produit entre le peuple et les soldats ; les journaux révolutionnaires, qui se fondent, grossissent et exploitent h merveille cet événement douloureux '.

L'agitation s'étend bientôt à Dusseldorf, à Magdebourg, h Brunswick où une assemblée de bourgeois réclame la liberté de la presse, l'institution du jury, l'armement du peuple, la convocation des Etats, la représentation du peuple allemand. A Breslau, un conflit éclate entre le peuple et l'armée, des combats acharnés se livrent dans les rues, les cuirassiers parviennent, non sans effusion de sang, h disperser les masses. A Kcenisberg, une pétition est rédigée par J. Jacoby ", le chef du parti radical dans la province de Prusse, demandant la liberté de la presse et la création d'un parlement allemand, elle se couvre de signatures ; le président de police, M. de Lauterbach, veut faire du zèle réactionnaire; les étudiants brisent les fenêtres de sa maison, met-

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