‹ La Prusse et la Révolution de 1848Chapitre 68 sur 174 · Gazette de Cologne du · texte numérisé non relu

Gazette de Cologne du

122 LA PRUSSE KT LA BÉVOLUTION DE lSf\8

empêcher de pareilles réunions. Le mécontentement fut assez vif et le ton des discours devint plus âpre.

En même temps, l'aspect de la rue changeait:

j les étrangers venaient de tous côtés*, surtout de Pologne, et même à en croire une lettre de Frédéric-Guillaume à Bunsen, de France'. On en a voulu conclure, pour le bon renom des Berlinois, que les insurrections avaient été l'œuvre de « conspirateurs internationaux », et que la population n'y avait été entraînée que sous la pression et presque la contrainte des étrangers.

Y^^ réalité, il y avait da,ns les bas-fonds de Berlin assez d'éléments révolutionnaires qui agissaient par eux-mêmes, sans recourir à l'aide du dehors. Ils profitèrent du vague mécontentement qui régnait depuis longtemps et s'était accru

1. Il y eut parmi les insuigcs prisonniers plusieurs Polonais et Français et 33 cadavres ne furent pas reconnus ; il s'agissait vraisemblablement d'étrangers à la ville. Sur ce point, Rachfahl, loc. cit., p; 122 à 126.

2. Lettre citée par Saint-René Taillandier, Dix ans de l'histoire d'Allemagne, p. 53 et suiv. : « Plus de dix mille hommes, dont la trace est officiellement connue et suivie, et le double assurément en dehors des preuves authentiques, avaient envahi la ville depuis plusieurs semaines ; ils s'étaient si bien cachés, que la police, avec ses faibles moyens, ne put les découvrir. 11 y avait parmi eux l'écume des Français (de vrais galériens), l'écume des Polonais et des Allemands du Sud, surtout des habitants de Mannhcim ; il y avait aussi des gens très discijilinés, de préicndus comtes italiens, des négociants... »

LES PREMIERS TROUBLES 123

epuis un ;ui pour soulever la population plus portée il la raillerie qu'à la révolte.

Les étrangers ont afflué lorsqu'ils ont appris les premiers troubles ; il est exact qu'on entendait fréquemment parler polonais ou français clans les rues de Berlin pendant les journées de révolution ; mais ces étrangers, accourus au désordre, étaient des inconnus et n'avaient aucune influence sur les associations berlinoises ; ils ont apparu en mars et disparu en avril. De toutes les discussions soulevées à ce sujet, il apparaît donc que les étrangers n'ont été qu'un appoint. v La première impulsion est venue de cette multitude, tapie dans toutes les grandes villes, formée des hommes prêts à s'insurger contre tout gouvernement ; étudiants et bourgeois ont suivi.

La police, débordée dès les premiers jours, laissait passer et laissait faite. Son président, M. de Minutoli, louvoyait entre le peuple et le roi, préoccupé d'être à la fois populaire et bien vu à la cour. Les rues et les lieux de réunion prenaient la physionomie fiévreuse et inquiète des veilles de révolution. Les salons se fermaient ; les manufacturiers restreignaient leurs affaires ; le commerce était en proie à une crise monétaire due h l'abus du papier'.

Le gouvernement se décidait ii asfir : deux

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