I^achfahl, loc. cit., p
I20 LA PKL'SSE ET LA RÉVOLUTION DE l848
ni osé exercer une vive pression sur le roi. Bo- '^ delschvvingh tentait timidement cette pression ; il écrivait, quelques jours plus tard, que, le 8 mars, « il avait familiarisé le roi avec cette idée qu'une constitution ne pouvait être évitée' ». Mais son influence n'était pas assez forte pour en exiger la promulgation instantanée.
Les esprits éclairés qui avaient formé le centre droit du Landtag uni auraient pu seconder Bodelschwingh ; les uns étaient absents de Berlin ; d'autres n'osaient intervenir sans caractère officiel ; d'autres n'étaient pas rentrés en grâce auprès du roi qui avait désapprouvé leur attitude à l'assemblée. Les divers conseils de la ville, soit le magistrat, comité administratif, soit les délégués municipaux, hésitaient à intervenir.
Tous étaient dans le désarroi et le bavardage ; nul n'osait prendre une initiative; il y eut une véritable faillite des classes dirigeantes.
Le 9 mars, seulement les délégués munici- -' paux (Stadtverordnete) entreprennent la rédaction d'une adresse ; ils la traînent « avec une lourde lenteur » ; point par point ils en discutent les deux phrases : réforme foncière de la confédération germanique, convocation immédiate du Landtag uni pour rédiger une consti-
I. Bodelschwingh à Fallenstein, 3o mars i848. Diest, Meinc Erlebnisse im Jahre i848, p. i6.
LES PREMIERS TROUBLES 12 1
tution « sur la base d'une représentation populaire » ; ils votent cette adresse le 1 1 ; leur timidité s'en efTraie ; ils hésitent encore ; enfin le i4 seulement ils la portent au roi. C'était bien tard, le mouvement populaire était engagé.
Depuis les premiers jours de mars, les réunions se faisaient plus nombreuses sous les tentes — les Zelten — ■ du Thiergarten, le Bois-de- Boulocrne de Berlin. Entre deux morceaux de musique, en buvant de la bière blanche ou de l'eau-de-vie de cerises, en mangeant des semmeln, des concombres au vinaigre et des saucisses à l'ail, on écoutait les orateurs*. Ils s'enhardissaient peu à peu, et surexcitée par leurs déclamations, la populace faisait du bruit en rentrant par les Linden ou la rue de Leipzig.
Dès le 7 mars, cinq cents jeunes gens, étudiants et employés, réclamaient la liberté absolue de la presse et de la parole, l'amnistie des condamnés politiques, le droit de réunion et d'association, le jury, etc...^; une adresse portée au roi devait exposer ces revendications. Frédéric-Guillaume eut le tort de refuser cette adresse ; il en avait reçu de toutes les villes, le </ peuple berlinois s'irrita qu'il écartât celle-ci. A ^' la suite de quelque tumulte dans la rue, le roi fit ordonner diverses mesures de police pour