I. Buscli, loc. cit., p. i
Li:S JOLR.MiES DE M.VRS
querait les choses en se metlaiit en opposition avec l'assemblée de Francfort. Frédéric-Guillaume afBrma qu'il allait rédigei' de suite une proclamation. Cette députation sortie, le roi reçut une délégation de la municipalité de Berlin et le dialogue fut h peu près identique. Bodelschwingh, en accompagnant les délégués à leur départ, leur annonça que le roi venait de rédiger une patente. Elle païut en efTet après quelques instants ^
« De fTi'finds événements arrivés à Vienne faci-^^ litent l'exécution de nos projets ponr la régénération de l'Allemagne et rendent indispensable leur prompte exécution », déclarait le roi. « Nous demandons que l'Allemagne soit transformée d'une confédération d'I'ltats en un Etat fédéré... Cela suppose une réorganisation delà constitution fédérale qui ne peut être exécutée que par l'union des princes avec les peuples. » Il proposait un système militaire et maritime identique pour toute l'Allemagne unie sous une seule bannière, l'identité des droits civils, l'unité de poids, de mesures et de législation commerciale. Pour hâter ces réformes, la convocation de la Diète unie était avancée au 2 avril. Une autre
I. Elle était contresignée des ministres v. Mùhler, v. Rother, Eichhorn, v. Thile, v. Savigny, v. Bodelschwingh, Graf z. Stolberg, Uhden, Frii. v. Canilz. v. Drucsbcrg, v. Rolir.-Runne, loc. cit., p. 35.
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ordonnance du même jour supprimait la censure et donnait compétence pour les délits de presse aux tribunaux ordinaires.
La nouvelle de cette publication se répandit rapidement dans la foule, h la sortie des délégations et par la distribution d'un supplément de V All£;eineine preussische Zeitung. Des cris de joie l'accueillirent et le peuple appela avec enthousiasme le roi ; Frédéric-Guillaume parut à son balcon ; la foule le salua de milliers de «hoch». Dès qu'il fût rentré, M. de Bodelschwingh annonça au peuple que le roi voulait travailler et le priait de se retirer ; mais les citoyens redoublèrent d'acclamations jusqu'à ce que le monarque parût une seconde fois ; l'enthousiasme se porta au délire ; le roi se retira alors définitivement en priant ses ministres de rétablir un peu d'ordre et de silence.
M. de Bodelschwingh descendit avec le général de Pfuel, gouverneur de Berlin, au portail n° I pour inviter le public à s'éloigner ; mais dans le tumulte l'ordre fut mal compris. A ce moment, avec une inconcevable légèreté, Pfuel quitta le château pour s'occuper d'affaires personnelles ; en son absence, le roi confia le commandement au général de Prittwitz ; d'aucuns affirment que le parti militaire profita de l'absence de Pfuel, qu'il trouvait trop faible envers la populace, pour lui enlever la direction
des troupes et entreprendre une action plus énergique *.
Le tapage ne cessant pas et le roi insistant pour avoir la tranquillité, Prittwitz sortit par le portail IV à la tête d'un escadron de dragons de la garde qu'il fit avancer au pas en face des manifestants'. Un mouchoir à la main, accompagné du commandant von Borstell et d'un trompette, il essaya de s'avancer dans la foule pour l'inviter au calme ; il ne parvint pas à se faire comprendre au milieu des vociférations. Il dut donc reculer avec son escadron jusqu'aux soupiraux du château.
La foule prenait fort mal cette manifestation militaire ; elle croyait à un coup de force et clamait : « Arrière les soldats ! Militiir zuriïck. ! » à la vue des dragons de Prittwitz et de l'infanterie postée à deux autres portes. Pour dégager ces troupes, le major von Falckenstein fit marcher une nouvelle compagnie, tambour battant, mais armes sur l'épaule, et il parvint à nettoyer une partie de la place pendant que les dragons péné-
1. Varnhagen, loc. cit., IV, p. 3o2 etsuiv.,qui parait reproduire l'opinion de Pfuel lui-même. Rachrabl, loc. cit., p. i/n, se rattache à cette version.
2. Récit de ces faits dans Blum, loc. cit., p. 178 et suiv. ; F. Rachfahl, loc. cit., p. 189 et suiv. ; Busch, loc. cit., p. 17 et suiv. ; Biedermann, GeschicJde, ibid., p. 243 et suiv. ; Sybel, Die Begriindurig des d. Reichs, t. I, p. i38 et suiv. ; Gagern, Denkwiirdiykeiten, p. i34 et suiv.
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trant à leur tour viciaient une autre portion. Mais la foule s'excitait, la poussée était violente, les cris s'exaspéraient contre les soldats, et des groupes prenaient une attitude menaçante. Le lieutenant von Preuss fut chargé de dégager le commencement de la Breite Strasse*, et avança dans cette direction. A ce moment deux coups de feu retentirent. On admet généralement qu'ils partirent par accident': le fusil du grenadier Kûhn frappa son sabre, le fusil du sous-officier Hettgen fut atteint au piston par le bâton d'un manifestant. Ces coups de feu n'atteignirent personne, mais produisirent sur la populace l'effet d'une décharge électrique. INIille cris retentirent : c( Trahison ! assassinat ! vengeance ! barricades. » Les simples curieux avaient entendu de loin les détonations et ne doutaient pas que les soldats eussent déchargé leurs armes sur la foule. Les révolutionnaires exploitèrent habilement cette erreur, et de ce moment la bourgeoisie berlinoise s'engagea hardiment dans l'insurrection.
En vain, le roi fait-il hisser un drapeau avec ce mot : « Missverstiindniss » (méprise) ; en vain, quelques amis de la couronne se précipitent-ils dans la foule pour arrêter l'élan populaire. L'insurrection est maintenant déchaînée. La situation était si tendue depuis plusieurs jours, que