C'est la versiuri olficiclle et elle paraît certaine
LES JOURNÉES DE MARS iSq
le premier choc devait déterminer une explosion. La révolte éclate partout à la fois.
A l'instant où sont tirés les premiers coups de fusil sur la place du Château, deux grenadiers sont assaillis devant la maison de banque de la Jiigerstrasse. Les barricades qui s'esquissaient déjà depuis une heure, s'élèvent de toutes parts. Les combattants ne comprennent plus seulement des étrangers ou des récidivistes; mais des étudiants, des artistes, des commerçants prennent les armes ou construisent des barricades. Soldats de landwehr, membres de sociétés de tir, ils sont des tireurs redoutables; ils sortent deux canons que, faute de boulets, ils chargent de billes en pierre, de ferraille et de débris. Les barricades sont construites avec soin ; des voitures dételées sont couvertes de planches, de bûches, de pavés que les femmes apportent dans des corbeilles ou dans leurs tabliers ; par devant, on tend des fils de fer pour ' arrêter la cavalerie ; par derrière se dissimulent les insurgés ; d'autres se cachent sur les toits, derrière les pignons, d'où ils dirigent sur les troupes un feu plongeant. Vers le soir, des incendies éclatent dans les postes de police et les bureaux d'octroi, la fonderie royale et le parc d'artillerie.
Le général de Prittwitz disposait de i4ooo hommes et 36 canons. Ce n'était pas trop pour
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cette guerre des rues. Le combat commença vers Ix heures; il durait après minuit au clair de la lune ; sur les divers points du champ de bataille on avait à coups de canon réduit au silence les barricades, puis les troupes s'étaient avancées, gagnant maison après maison, tirant sur chaque tête qui apparaissait imprudemment; des toits tombaient des projectiles sur les soldats ; ils pénétraient de force dans les maisons, et dirigeaient leurs coups souvent au hasard; un étudiant inoffensif, deux enfants moururent ainsi.
Le sang-froid n'avait pas abandonné les officiers \ Le général von Mollendorf assailli par les insurgés, leurs pistolets sur sa poitrine, refusa d'ordonner à ses troupes de se retirer; le lieutenant von Reibnitz assiégé dans le château de Monbijou, ayant fait disparaître ses soldats dans des barques sur la Sprée, ouvrit la porte et demanda aux assaillants : « Qu'est-ce que vous voulez exactement? » Le lieutenant Tùpke, mortellement atteint, écrivit une lettre pour excuser son absence au service, puis laissa tomber sa plume et mourut. Leurs adversaires avaient pareil courage ; dans la Breitenstrasse, une barricade fut prise et reprise trois fois ; sur la barricade de la Taubenstrasse, un jeune étudiant