‹ La Prusse et la Révolution de 1848Chapitre 87 sur 174 · Simon, L'empereur Guillaume, p · texte numérisé non relu

Simon, L'empereur Guillaume, p

3. Le président du conseil Camphausen à lAsscmblée nationale, le 6 juin.

4. Ile de la Havel, à lo kilomètres au Nord de Potsdam. Mémoires de Bismarck, I, p. 3o.

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grande nation unie, libre et puissante ;iu eœur de l'Europe. Salut au prince constitutionnel, au guide du peuple allemand entier, au nouveau roi de la nation allemande libre et régrénérée. » Il annonçait que le roi sortirait à cheval « porteur des vieilles couleurs allemandes ». La solennité eut lieu dans l'après-midi. C'est la chevauchée (Umritt) de Frédéric-Guillaume.

Le spectacle ne manquait pas d'être piqiiant ; en tète, deux généraux et trois ministres, puis un garde bourgeois avec un grand drapeau noirrouge-or et trois étudiants avec la bannière de l'empire ; le roi en uniforme, avec un large brassard noir-rouge-or ; des princes, des généraux revêtus des mêmes couleurs ; etpourclore, le vétérinaire Urban, un brave combattant des barricades, avec sa grande barbe, ses cheveux flottants et les mains embarrassées d'une vaste couronne peinte. Frédéric II n'avait rien rêvé de pareil. Dès la cour du château', le roi jura « qu'il n'y avait pas usurpation de sa part, — qu'il ne voulait renverser aucun prince,... mais protéger l'unité et la liberté de l'Allemagne qui doivent être assurées par la confiance. . . » Et comme quelqu'un criait : « Vive l'empereur d'Allemagne », il répartit avec un geste mécontent : « Pas cela, je ne veux pas, je ne le puis pas. » Puis le cortège

I. Récit très complet dans Bledermann, Geschichte, loc.cit., j>. 25i et suiv.

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se remit en marche à travers une foule immense, Taisant un large tour parla Behrenslrasse, Unterden-Linden et la Breitestrasse. Devant l'Université, Frédéric-Guillaume jura à nouveau qu'il voulait « l'unité de l'Allemagne, la liberté de l'Allemagne ». A l'hôtel de ville, il déclara aux délégués municipaux qu'il était fort non par son armée, mais « par le cœur et la fidélité de son peuple M. Et après plusieurs autres serments, il rentra au château.

Le même soir, il signait une nouvelle proclamation, plus hardie encoie : « Il faut que les princes et les peuples allemands s'unissent sous une même direction. Je prends aujourd'hui cette direction pour les jours ^de danger... La Prusse dès ce moment se transforme en Allemagne. » Suivait tout un projet d'organisation de la nouvelle Allemagne. Ce n'était là que des mots, mais ils soulevaient une véhémente protestation de l'Autriche, qui se trouvait mise à la porte de l'empire avec une singulière facilité (2^ mars').

Le lendemain de cette comédie, 22 mars, on procéda à l'enterrement solennel des morts aux barricades. Toute la ville y prit part ; les magasins étaient fermés, les rues barrées, la foule en deuil ; les cloches tintaient ; des drapeaux noirs flottaient au château. Sur la place des Gendarmes ;

I. Blum, Die deutsche Révolution 1848-49. p- 2o3 ; Sybel' Die Begriindung, I, p. i45.

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les ministres des trois cultes bénirent les 2o4 cercueils ; puis le cortège se mit en marche ; tous les corps constitués, l'université, l'académie, Alexandre de llumboldt, en tête, les corporations, les étudiants suivaient, tètes découvertes ; le roi était au balcon, entouré de ses ministres ; il s'essuyait les yeux avec un mouchoir blanc'.

Le soir, Frédéric-Guillaume rédigeait encore une proclamation ■ qui dessinait un plan de réformes libérales à présenter au prochain Landtag; promesses déjà faites ; il n'y faut remarquer que « l'armement général des bourgeois avec la libre élection de leurs chefs ».

Le 24 mars, l'enterrement des soldats morts aux barricades eut lieu sans grande cérémonie \ tout au matin, « presque dans la nuit ». Le ministre de la guerre nVétait pas représenté. / Pour juger sainement les journées de mars, il faut se garder de toute exagération. Elles ont eu pour point de départ un éclat de l'opinion publique contre un régime d'oppression administrative et les hésitations perpétuelles du monarque. Frédéric-Guillaume avait-il le réel projet de don-

I. Correspondance de V Indépendance belge; Biedermann, Geschichte, loc. cit., p. 256.

3. Elle parut dans un supplément de la Gazette de Prusse, le 23.

3. Gazette de la Croix du 25 : « On a enfoui les soldats tombés dans leur devoir, comme des malfaiteurs, sans cloche ni cantique. »

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ner au peuple quelque liberté politique ? C'est vraisemblable, car il a réalisé ce dessein neuf mois plus tard. Mais, par ses tergiversations continues, il avait lassé le pays qui s'est soulevé au nom de la liberté. Dans ces revendications, il faut reconnaître (( des sentiments raisonnables et des aspirations élevées » \ C'est l'éternelle et grande lutte des citoyens et du pouvoir personnel. Mais la haine du peuple berlinois a fait dévier la révolution ; elle n'a plus eu pour but que a l'avilissement du roi et de l'armée" ». Par ses excès, elle a atteint ce but secondaire, mais elle manquera son idéal premier qui était placé bien plus haut. Pendant huit mois elle va s'agiter ; puis l'armée prendra sa revanche, durement.

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