CLINIQUE
Les Allemands distinguent une forme aiguë qui est exceptionnelle, avec Kirmisson et Jacobson, les auteurs français distinguent seulement deux formes chroniques.
1° L’ostéo-arthropathie déformante de Méricamp, rare.
2 La pseudo-tumeur blanche ou ostéo-chondro-arthropathie, plus fréquente.
L'arthralgie est une forme rare qui ne mérite pas une description particulière; elle est caractérisée par des douleurs articulaires plus ou moins vives.
i° L’ostéo-arthropathie déformante était considérée . comme une forme spéciale à la syphilis héréditaire tardive, cependant Lannelongue en a observé un cas chez un enfant de deux mois et demi.
En général, elle apparaît plus tardivement entre 7 ans et 28 ans.
Ses sièges d’élection sont le coude et le genou.
Son évolution peut être divisée en deux périodes.
Dans un premier stade: soit par poussées subaiguës, soit par une évolution lente et progressive des hyperostoses s’installent. |
Dans un deuxième stade, l’existence de ces hyperostoses crée une gêne importante du jeu articulaire, constitue un
obstacle permanent à l’exercice des mouvements d’où résulte une réaction vive de la synoviale, des lésions des car-tilages et des ligaments créant des déformations articulaires et si la lésion siège au niveau du membre inférieur, des troubles importants de la statique et de la claudication.
Lorsque les lésions sont arrivées à la période d’état, l’élément essentiel c’est l’hyperostose qui déforme les épiphyses.
« Cette déformation est d’autant plus frappante qu’elle est irrégulière, étrange, bizarre, parfois même extraordinaire. Ce n’est plus une hyperostose massive qui, dans son irrégularité morbide, conserve cependant une certaine régularité de configuration générale, mais bien une sorte de végétation qui bourgeonne à l’aventure, en donnant naïssance à des saïllies, des mamelons, des apophyses osseuses, dont la situation, le volume et la forme sont susceptibles de toutes les bizarreries possibles. De là, naturellement, des anomalies d’aspect, des originalités et même des excentricités de configuration qui constituent le caractère dominant de cette variété » (Fournier).
L'évolution de cette forme est lente et même, sous l’influence du traitement, il ne faut pas compter sur une régression rapide de semblables lésions. ;
Cette forme est rare et sa rareté constitue une des principales difficultés du diagnostic, on ne pense pas à l’arthrite déformante syphilitique chez l’enfant.
On croit le plus souvent à un rhumatisme tuberculeux déformant et cela avec d’autant plus de raison que celui-ci apparaît aussi tardivement, à l’âge de l’arthrite spécifique. Cependant, le rhumatisme de Poncet survient plutôt par crises douloureuses, par à-coups caractéristiques. La lésion n’est pas constituée par des néoformations osseuses irrégulières, mais les articulations sont distendues par un
Les
gonflement diffus et douloureux qui envahit même les parties molles d’une façon à peu près constante. |
Le rhumatisme chronique déformant est facile à éliminer, car il ne frappe que des sujets âgés et parce. que ses lésions sont caractéristiques.
La présence des hyperostoses crée une difficulté de diagnostie difficile à résoudre, puisqu'il s’agit d’une cnmplicaüon tardive de la syphilis héréditaire; on peut confondre ces néoformations osseuses, si capricieuses dans leurs fornes, avec les exostoses de croissance. On basera le diagnostie différentiel entre les deux affections sur les points suivants : dans l’exostose ostéogénique, les mouvements de l’articulation ne sont pas gênés, la tumeur osseuse se développe, non sur l’épiphyse, mais à la hauteur du cartilage de conjugaison, elle est juxta-épiphysaire ; elle se développe pendant la croissance, mais son volume n’augmente plus vers la fin de l’adolescence, enfin, caractère important, l’exostose de croissance est indolore, elle n’est douloureuse que si elle est recouverte d’une bourse séreuse enflammée, ou si elle est superficielle et exposée à des traumatismes, ou encore si elle comprime des filets nerveux.
2° La pseudo-tumeur blanche de la syphilis héréditaire est beaucoup plus fréquente, elle apparaît chez un enfant de 5 à 14 ans, le plus généralement.
L’interrogatoire révèle l’existence d’un chancre ou d’accidents syphilitiques chez le père; chez la mère, d’avortements ou d’accouchements prématurés.
L'examen peut montrer des stigmates de syphilis hérécitaire : nez effondré, kératite interstitielle, déformation de la voûte palatine, irrégularités dentaires, hyperostoses sur des points variablés du squelette.
Le siège d’élection de cette arthropathie est le genou et
la bilatéralité de cette affection est si fréquente qu’elle porte le nom d’hydarthrose nee double qui lui a été donné par Clutton.
Mais, plusieurs articulations peuvent être frappées à la fois, par ordre de fréquence, après le genou, les articulations le plus souvent en cause sont: le coude, la hanche, le cou-de-pied. Sur quarante cas réunis par Fouquet, on note: le genou, douze fois ; les deux genoux, treize fois ; le coude, huit fois ; la hanche, deux fois ; plusieurs articulations, cinq fois. | 3
L ’arthrite se développe lentement, athotseent et, fait caractéristique, elle est indolore. On a rarement observé ‘des phénomènes douloureux, ce point est très important pour le diagnostic et, lorsqu'ils existent, ils présentent le caractère propre aux douleurs osseuses de la syphilis, c’est- &-dire qu’ils ont des exacerbations nocturnes.
L’articulation frappée est indolore, elle est globuleuse et recouverte d’une circulation veineuse complémen-
taire. Elle se présente donc, le plus souvent, comme une simple hydarthrose du genou (vingt-cinq fois le genou était atteint sur trente-neuf observations), fréquemment bilatérale, puisque, sur vingt-cinq cas, les deux genoux étaient pris treize fois.
A l’examen, on reconnaît la présence d’un liquide peu abondant, qu’on peut retirer par une ponction, il est séreux clair et visqueux, jamais purulent.
La palpation de la synoviale permet d’éliminer la présence de fongosités, mais on trouve des épaississements, des plaques de blindages si spéciales à la syphilis, qui lui donnent un aspect cartonneux.
Les mouvements passifs imprimés à l’articulation sont faciles. Les çcontractures et, par conséquent, les attitudes vicieuses font défaut, il n’y a pas d’adénopathie.
Le sujet, malgré son hydarthrose, malgré ses épaississements Synoviaux, n’éprouve aucune douleur à la marche et la claudication peut ne pas exister. Ce n’est que tardivement qu’elle fait son apparition, soit parce que l’épanchement devenu important distend l’articulation, soit parce que des hyperostoses se sont développées sür les épiphyses, soit encore par suite des déformations articulaires qui apparaissent lorsque la cause de l’affection est méconnue et qu’on laisse le mal évoluer.
Certains auteurs ont décrit deux formes: l’hydarthrose et l’ostéoarthropathie simple, qui ne sont que deux degrés de la même évolution; il est rare, en effet, que l’hydarthrose ne s'accompagne pas de lésions osseuses et cette division ne paraît guère justifiée.
De même, on pourrait décrire une forme de pyarthrose spéciale, bien décrite par Hutchinson. Dans la syphilis héréditaire, des gommes peuvent se développer sur une épiphyse (ostéomyélite gommeuse) et s’ouvrir accidentelle- , ment au niveau d’une articulation donnant, par infection de cet article, une pyartrhose.
Mais ces cas sont à séparer des arthrites de la syphilis héréditaire, ils ne constituent qu’une complication de l’ostéomyélite gommeuse (cas de Schuller, Henbner, Parrot, Wagner, Baginski, etc.).