À MES MAITRES DE L’ECOLE D’ALFORT
Définition
La psittacose, appelée encore mycose des perroquets, septicémie des perruches, psittacosis et parrot desease en Angleterre et Amérique, est connue en Allemagne sous le nom de Papageinkrankheit ; c’est une maladie contagieuse, virulente et inoculable, commune aux diverses espèces de Psittacidés et à l’homme, avec possibilité de contamination entre ces derniers.
Elle est due à l’envahissement de l’organisme par un germe de nature mal connue, mais que de récentes études nous permettent de classer dans les virus filtrables.
https://archive.org/details/1A41552817 0017
Historique
Il semble que la psittacose ait été étudiée pour la première fois en 1879, date à laquelle deux épidémies ont éclaté en Suisse et en France. À cette époque, RIT- TER signale en Suisse une série de pneumonies atypipiques survenues à la suite de l’importation de perroquets provenant de Hambourg : la transmission de la maladie ne se serait pas faite par les oiseaux eux-mêmes, mais par l'intermédiaire des cages qui les ont transportés.
Cependant, d’après ROUBAKINE, JURGENSEN, en 1876, aurait déjà décrit une pneumonie atypique ayant la même origine que celle envisagée par les auteurs précités.
Plus tard, EBERTH en 1880, et WoLrF en 1882, décrivent une « mycose des perroquets » qui règne sur les perroquets gris (Psittacus erithacus) expédiés d'Amérique. WoLFF signale l'affection comme très fréquente et certaines années 95 % des oiseaux succomberaient pendant la traversée. Ces auteurs s’attachent surtout à l'étude anatomo-pathologique de la maladie. Cependant, WoOLFF pense que la transmission à l’homme peut être possible et il signale les dangers d’un trop grand nombre de ces animaux.
Quelques petites épidémies sont encore enregistrées entre 1882 et 1887 par OST, de Berne, et par WAGNER qui, en 1886, observe sept cas de pneumonie atypique,
dont deux chez un propriétaire de ménagerie et sa femme. On note en outre un foyer à Bonn, avec six cas décrits par FINCKLER en 1887, comme des pneumonies contagieuses atypiques, qui ne sont pas rapportées à des perroquets malades.
D'après ROUBAKINE, à cette époque, on n'ignorait pas, au Brésil et dans d’autres pays tropicaux, que certaine maladie des perroquets se transmettait à l’homme.
Mais ce n’est qu'en 1892 que se produisit la première grande épidémie européenne. Elle a eu pour origine l'importation de perruches par deux oiseleurs parisiens, MARION et DUBoIS ; en décembre 1891, ils ont acheté à Buenos-Ayres un lot de cinq cents volatiles ; plus de la moitié meurt pendant le voyage ; deux cents seulement de ces animaux peuvent être livrés à Paris et les deux importateurs se les partagent. Dès le début du mois de mars éclate à Paris et en banlieue une épidémie d’allure bizarre, que la plupart des médecins considèrent comme une grippe infectieuse à forme pneumonique, la maladie concomitante des perroquets n'étant qu'une coïncidence. Cependant le professeur PETER soutient l’origine aviaire de l’affection. mais pense qu il s’agit d’un typhus des perruches, modifié par elles et transmis à l’homme.
En 1893, une nouvelle épidémie, toujours à Paris, met en émoi le monde médical, et le D° DUBIEF, chargé d'étudier les nouveaux cas, met immédiatement les choses au point : « Je crois, dit-il, qu’il faut se rattacher à une maladie infectieuse spéciale ; cette maladie serait déterminée par le contact d’une perruche infectée elle-même. » Une enquête permit alors d’établir que tous les malades s'étaient trouvés exposés à la contagion par des perruches faisant partie du lot im-
porté le 3 février 1892, par MARION et DUBois. Les animaux de Dubois déterminent 12 cas, dont 8 mortels, et ceux de Marion contaminent 22 personnes dont 6 meurent. Cette épidémie, qui a provoqué une véritable panique, est à l’origine d’une importante communication de NOCARD, qui déclare avoir découvert et étudié, dans la moelle osseuse des ailes de perruches mortes pendant la traversée, un microbe spécial toujours identique à lui-même, proche du bacille typhique et classé dans le même groupe.
Pendant quelques années, diverses manifestations sont signalées en France et particulièrement à Paris. RENDU et MORANGE, en 1895, en observent deux cas.
En 1896, GILBERT et FOURNIER se livrent à une étude bactériologique de la maladie et retrouvent le bacille de Nocard dans le sang du cœur d’une malade morte ; ces deux auteurs pensent que ce bacille dérive du colibacille ordinaire par suite de certaines influences qui augmentent sa virulence et le rendent infectieux de perroquet à perroquet, et de celui-ci à l’homme: pour eux, la transmission de la maladie des psittacidés à l’homme n’est pas douteuse. DUPUIS dresse une statistique des cas de psittacose humaine, observés à Paris et dans sa banlieue, de 1892 à 1897 ; sur 70 personnes malades, 24 ont succombé, soit un pourcentage de mortalité élevé : 34,28 %..
En province, la psittacose apparaît à Bernay en 1898 : 8 personnes de la même famille sont atteintes, dont 4 meurent ; la cage du perroquet malade se trouvait dans la salle à manger et chacun caressait l’animal aux repas.
D'autre part, l’affection est signalée à l'étranger. En 1895, PALAMIDESSI note à Florence, dans une
Tor
même famille, cinq cas de « pneumonie infectieuse » paraissant due à un contact avec une perruche ; il isole chez les malades un bacille analogue à celui du choléra des poules, présentant tous les caractères morphologiques et toutes les propriétés de la bactérie isolée par NocARD. PIERACCINI (1896) et MARAGLIANO (1897) observent encore d’autres cas ayant pour point de départ des perroquets morts ou malades.
ROUBAKINE rappelle qu’en 1898, au cours d’une exposition d'oiseaux organisée à Berlin par l’Union des Amateurs de Canaris, 5 ou 6 personnes auraient été gravement malades et 3 autres seraient mortes. Par la suite, les manifestations deviennent de plus en plus rares; on n’en sicnale que quelques cas : LEICHENS- TERN, à Cologne, en 1899 ; SOUZAVICKERY et RICHARD- SON, en 1904 ; mais brusquement en 1909 surgit à Zulpich, près de Bonn, une épidémie importante étudiée par BACHEM, FINCKLER et SELTER ; dans toutes leurs observations, ces auteurs ne sont pas parvenus à mettre en évidence le bacille de Nocard, pas plus chez les malades que chez les perroquets : ils n’ont pu découvrir que des streptocoques.
Il nous faut arriver jusqu’en 1924-1926, en Angleterre, pour retrouver quelques cas de psittacose dont un est signalé par un vétérinaire, SMYTHE, appelé dans une ménagerie pour examiner quelques perroquets et perruches malades; 8 jours ne s’étaient pas * écoulés que sa femme tombe malade ; lui-même, quinze jours après sa première visite, contracte la maladie avec des symptômes semblables ; son infirmier est atteint à son tour; mais, fait à noter, les propriétaires et employés de la ménagerie n’ont présenté aucun signe de l'affection en cause.
En 1928, on note un nouveau cas à Londres et en 1929, THOMSON en décrit quelques autres.
Mais en juillet 1929, la maladie fait une brutale réapparition ; très grave dans certains pays, elle est bénigne dans d’autres, mais elle coexiste en Amérique, en Afrique et en Europe.
L'épidémie éclate d'abord à Cordoba, en République Argentine, sous forme de nombreuses atteintes considérées d’abord comme étant de nature grippale, mais étiquetées par la suite du nom de psittacose grâce à M. BARROS qui a suivi avec soin cette épidémie ; au total, de juillet à octobre 1929, il y eut au moins une centaine de cas à Cordoba, pour 80 l’étiologie a été établie d’une façon certaine et la mortalité s’est élevée à 25 %. Tous les malades avaient été contaminés par des oiseaux importés du Brésil pour une exposition.
Quelques jours après l’éclosion de l'épidémie de Cordoba, le Docteur M. PATTIN en observe quelques cas à 35 kilomètres de là, à Alta-Gracia, station d’altitude ; ce sont des acheteurs de quelques oiseaux de l'exposition de Cordoba qui ont apporté la maladie.
Puis l’affection se propage au nord de l'Argentine, à Tucuman, toujours par l'intermédiaire des marchands de Cordoba ; la morbidité et la mortalité y sont très élevées. (SABATÉ et CARO). On retrouve ensuite l'épidémie à Buenos-Ayres où 23 personnes sont atteintes; le foyer le plus important a pris naissance dans un théâtre de la ville, le « Liceo », où un perroquet fut apporté sur la scène et chaque acteur ou actrice devait s’en approcher pour lui parler; le lendemain, le premier acteur tomba malade, puis huit des acteurs et actrices: le perroquet mourut deux jours
ET ne
après ; un acteur et une actrice succombèrent dans la semaine qui suivit.
Au total, dit BARROS, plus de 200 cas ont été observés en République Argentine; il convient d'ajouter qu'au Brésil, on ne signale la maladie ni chez l’homme ni chez le perroquet.
Peu de temps après le début de l’épidémie argentine, à la fin de 1929 et au début de 1930, la psittacose apparut à la fois aux Etats-Unis, en Europe, en Afrique.
En Afrique, on a constaté plusieurs épidémies familiales de psittacose, dont le diagnostic a été porté grâce à la présence de perroquets malades; neuf cas sont observés à Alger en janvier et février 1930, dont quatre se terminent par le décès (SACQUÉPÉE) ; il faut ajouter aussi deux cas suspects. |
Aux Etats-Unis, plusieurs cas sont observés en janvier 1929, c'est-à-dire avant l’épidémie d’Argentine ; mais ce n’est guère qu’au mois de novembre que celle-ci se fait sentir aux Etats-Unis. En trois mois, 158 atteintes ont été relevées dans les différentes parties du pays, dont 34 dans les dix premiers jours du mois de janvier. Au laboratoire d'Hygiène de Washington, où l’on fait des recherches sur l’agent infectieux, || personnes sont atteintes dont une meurt.
Un an après, au mois de janvier 1931, on signale une petite épidémie ; l'arrêté interdisant l'importation des psittacidés ayant été levé à.la fin de 1930, le 31 décembre, des perroquets venant de La Havane sont introduits à Brooklyn et la semaine qui suit voit apparaître 5 nouveaux cas de psittacose.
Au début de 1932, 12 nouveaux cas de psittacose humaine, dont 6 suivis de mort, ont été observés en