NE
les ganglions de la poitrine et du bas-ventre précèdent la moelle et ses nerfs : à la naissance, les organes sensoriels ne sont pas tous également développés, et tous n’entrent pas en activité au même moment. Il est donc bien naturel que lactivité mentale ne soit pas, elle aussi, donnée, dès le début, tout entière, et que, dans la progression et la régression de ses manifestations, elle suive normalement un ordre défini. L'observation démontre qu’il en est bien ainsi. Mais il n’en peut être ainsi qu’à condition que le cerveau ne constitue pas un organe unique et homogène (II, 281).
6° « Une contention d'esprit soutenue ne fatigue pas également toutes les facultés intellectuelles. La principale fatigue n’est jamais que partielle, de façon que l’on peut se reposer, tout en continuant de s'occuper, pourvu que l’on change d’objet. Cela serait impossible, si, dans une contention d’esprit quelconque, le cerveau tout entier était également actif ». La marche repose de l'immobilité; la musique fait plaisir après un bon diner; l'exercice d’un sens, en général, délasse de la fatigue d’un autre. On le comprend aisément, parce qu’on sait qu’il y a plusieurs organes senso-
riels ; car, si l'instrument des sens était unique, il faudrait que la fatigue et la satiété fussent géné- rales. Si donc l'intelligence et l'attention peuvent
échapper à la fatigue en modifiant leur occupation, c’est qu'elles ont à leur disposition plus d’un organe, et Bonnet disait déjà : « Si la fatigue cesse lorsque l’âme change d'objet, c’est qu’elle agit par d’autres fibres, (d’autres organes) » (II, 285).
IT. — Les preuves pathologiques sont au nombre de deux (IE, 290-303) :
1° «L'origine de certaines maladies mentales, el
le mode de leur guérison (Gall veut dire : l'utilité
k thérapeutique des distractions et des changements
d'occupation), prouvent également la pluralité des organes de l’âme ». Si un muscle, un membre, un œil, une oreille sont trop longtemps maintenus en état de tension soutenue, leur excitabilité s’exalte, des spasmes, des convulsions, des tremblements involontaires se produisent, les sensations colorées et auditives persistent, une fois même leur cause disparue. De même, si nous nous livrons avec une attention trop exclusive à certains sentiments ou à certaines idées, il finit par ne plus nous être
possible de les chasser de notre esprit. C’est là, le
plus souvent, l’origine de la manie partielle, proche parente de la monomanie d’Esquirol, et on se rend aisément compte combien cette conception nosologique devait convenir à Gall : si le cerveau était un organe homogène, la manie partielle, en effet, serait incompréhensible. L'existence des manies partielles suppose celle d'organes particuliers, à l'exaltation desquels elles répondent (II, 290).
2° « Des qualités morales ou des facultés intellectuelles peuvent, par une maladie, par une excitation, par une blessure, etc., être troublées, émoussées, ou exaltées, tandis que d’autres fonctions de l’âme sont dans un état tout différent, ou bien dans l’état de santé : phénomène qu'il est impossible de concevoir dans l'hypothèse que le cerveau tout entier n’est que l'organe unique et homogène de la manifestation de toutes les qualités et de toutes les facultés ». Et Gall allègue, entre autres exemples, les amnésies partielles des noms et des substantifs, consécutives aux commotions; les hypermnésies qui résultent de l'ivresse ou de la fièvre ; les aliénations relatives « à un seul objet », d’où leur nom de « manie raisonnante »; les cas nombreux, enfin, où l'imbécillité n’est que partielle
et s'accompagne d’une activité, souvent considérab ble, de certains instincts et de certaines facultés