Loc. cil
croire qu'elle avait son siège dans une partie si in-
ignifiante » (1, 223). Après avoir cité Zénon et son
fatalisme, Descartes et ses animaux-machines, a Malebranche et sa vision en Dieu, Helvétius et sa
Lable rase, Leibniz et ses monades, il s’écrie :
x « Voilà quelques échantillons des efforts des philo- De sophes, dont plusieurs ont fait l'admiration de leur | siècle! » (IV, 254). Le système de Kant lui «paraît d'une généralité telle qu’il ne trouve d’apà k plication à aucune science ni à aucun art ». Kant
et ses disciples se perdent « dans le vague », et (8
construisent « tout le monde extérieur avec de
prétendus matériaux pris dans leur intérieur, au
ee È : s lieu de faire de l'observation la base de leurs rai-
“ sonnements ». Toute métaphysique est, somme
ne toute, impossible : « Il paraît prouvé par lexpé- | rience que tant que l’homme est condamné à habiter cette terre, 1l n'y a pas de fruit à tirer pour lui des spéculations de cette sublime D philosophie, et que nous ferons très bien, par
conséquent, de nous renfermer dans la sphère
‘4 d'activité que nous offre le monde des réalités » N (IV, 121-122).
Var L:
Aussi, sans prononcer contre l'observation inté-
Ce
rieure le même ostracisme que Comte, témoignet-il à son égard de la plus vive défiance, et finit-il par condamner sans appel la psychologie métaphysique : « Je suis loin de nier que l'intuition intérieure ne puisse devenir aussi un objet d'observation ; mais lorsque je vois que cette intuition conduit, dans chaque individu, à des conclusions différentes, et ne se prête, par conséquent, à aucune observation certaine; lorsque je vois qu’au milieu du monde corporel, qu’au milieu d'institutions fondées sur la matière et les corps, les métaphysiciens, comme Berkeley l’a déjà fait, il y a plus d’un siècle, vont jusqu’à révoquer en doute l'existence de la matière par les sophismesles plus puérils, soit dans l'intention d’éloigner d'eux le reproche du matérialisme, soit que, par une semblable extravagance, ils prétendent s’élever au-dessus de l’humble observateur de la nature ; lorsque je vois dans tous les siècles les efforts aussi solides que profonds des idéologistes tour à tour se détruire et se renouve ler ; lorsque je vois que les métaphysiciens de profession affectent une aversion pour les recherches sur l’homme tel qu'il existe : je doute que jamais un tel emploi de lesprit métaphysique puisse pré-
Me : Cr ee
tendre à un autre mérite qu’à celui de la simple spéculation » (IV, 122-123)‘.
C'est, d'autre part, que Gall décline toute prétention à « expliquer les premières causes des phénomènes non seulement de la vie animale (Gall veut dire : psychique), mais même de la vie organique * ». Il proclame prudent « de n’entreprendre jamais l’explication d’une force quelconque dans la nature » (Il, 281). Toutes les définitions qui ont été données de la vie, même par Kant et Bichat, ne nous présentent jamais « que des conditions isolées de la vie, ou quelques-uns de ses premiers et de ses plus importants effets ; et presque toujours des
4. Cf. A. Comte, Cours de Philosophie Positive, Ed. Schleicher, 4907, I, 20 : « Cette prétendue méthode psychologique est donc radicalement nulle dans son principe. Les résultats d’une aussi étrange manière de procéder sont parfaitement conformes au principe. Depuis deux mille ans que les métaphysiciens cultivent ainsi la psychologie, ils n'ont pu encore convenir d’une seule proposition intelligible et solidement arrêtée. Ils sont, même aujourd’hui, partagés en une multitude d'écoles qui disputent sans cesse sur les premiers éléments de leurs doctrines. L’Observalion intérieure engendre presque autant d'opinions divergentes qu'il y a d'individus croyant s'y livrer. Les véritables savants, les hommes voués aux études positives, en sont encore à demander vainement à ces psychologues de citer une seule découverte réelle, grande ou petite, qui soit due à cette méthode si vantée ».
2. Recherches sur le Système Nerveux, etc., Introduction, p. &.
AO NAN MES COL LEA Strat) À AR EL A
choses que l’on devrait considérer comme des propriétés essentielles et inhérentes aux corps, sont personnifiées et transformées en substances réelles» (E, 4). Jamais les physiologistes « n’expliqueront la vie; jamais ils ne remonteront aux forces premières. Il est de fait que les hommes doués de la À
| plus grande sagacité ont échoué toutes les fois À qu'ils ont voulu s'élever au-dessus des phénomènes et des conditions de ces phénomènes » (IE, 149). Dans l'ignorance où nous sommes « en général des | forces primitives de l'organisme vivant » ([, préface, p. xxvu), il convient de s’en tenir, en tout, au pur examen et à la simple exposition des faits, « indépendamment de toute explication » (I, 4). Les fonctions de la vie animale (Gall veut dire : psychique) ne nous sont pas plus intelligibles que celles de la vie en général. Nous ne savons pas comment l'œil voit, ni comment l’unité du moi est conciliable avec la multiplicité des impressions sensorielles, des mouvements volontaires, des instincts, des facultés (IL, 270) : « ILest prouvé à la vérité que le mot subsiste malgré la grande diversité des instruments des sensations et des facul- :
tés. Je dis qu'il est prouvé qu'il existe, mais je
nonce pour PARA à expliquer comment » (IL, ;! 14).
Par conséquent, « il est certain qu'il n’y a que
es phénomènes et les conditions matérielles de leur
xistence qui soient du domaine de nos recherches, tant dans la vie animale A veut dire : psychique) que dans la vie organique » ‘, Ainsi Gall entend
ND
se borner « aux nn », ne faire « aucune
Dlement à la connaissance des ae maté-
rielles des manifestations psychiques (IE, 267). IL 1 s'applique à déterminer le « rapport nécessaire et di. immédiat » de « la structure des parties du cer-
| | veau » « avec leurs fonctions », mais non à « expli-
» quer aucune faculté par la structure anatomique,
À É ni de toute autre manière » (I, préface, pp. xvr-
4 ! k vit).
me j Aussi se refuse-t-il avec insistance à confondre | «organe » et « siège de l’dme » (IL, 147), « con-
ff «7
} 4. Idem, p. 9. a
ditions » et « causes efficientes », et à faire des facultés « un produit de l’organisation » (II, 4) : « Nous appelons organe la condition matérielle qui rend possible la manifestation d’une faculté. Les muscles et les os sont les conditions matérielles du mouvement, mais ne sont pas la faculté qui cause le mouvement ; l’ensemble de l'organisation de l’œil est la condition matérielle de la vue, mais ce n’est
pas la faculté de voir. Nous appelons organe de
l’äme une condition matérielle qui rend possible la manifestation d’une propriété de l’âme. Nous disons que l’âme, dans cette vie, pense et veut par le moyen du cerveau ; mais si l’on en conclut que l’âme est le cerveau, ou que le cerveau est l'âme, c'est comme si l’on disait que les muscles sont la faculté de se mouvoir ; que l’organe de la vue et la faculté de voir sont la même chose. Dans les deux cas on confond la faculté avec les organes, et les organes avec la faculté » (II, 56).
Une semblable manière de voir, une semblable position du problème psychologique, une semblable conception de la méthode nécessaire pour le traiter, sont bien, à première vue, de nature à être taxées de positivistes. Mais Gall, en insistant sur
le point de vue tout phénoméniste qui est le sien, semble préoccupé, pour le moins, autant de se défendre contre l'accusation de matérialisme, en établissant qu’il ne tranche aucunement la question de l'existence de l'âme, que d'éliminer de sa recherche un problème insoluble, parce que sans objet.
Il ne considère pas que la matière est la seule substance, puisqu'il ne confond ni l’organe avec la faculté, ni l'âme avec le cerveau : « Si l’on voulait. nous appeler matérialistes, parce que nous disons que toutes les dispositions sont innées, et que leur exercice dépend d'organes matériels, il faudrait prouver, qu’en parlant ainsi, nous ne reconnaissons d'autre substance que celle de la matière, et que nous rejetons toute autre faculté » (Il, 56). Et il en vient à affirmer très nettement l'existence de l’âme : « Il n'existe, suivant nous, qu’une seule et même âme, qu'un seul et même esprit, qui voit, sent, goûte, entend et touche, qui pense et qui veut. Mais, pour que cette âme acquière la conscience de la lumière et du son, pour qu’elle puisse sentir, goûter et toucher; pour qu’elle puisse
manifester ses différentes sortes de pensées et de
{ tériels, sans D nUibe l'exercice de toutes ces fo
tés lui serait impossible » (IF, 60).
Par conséquent, si nous comprenons bien, l'âm
existe, selon Gall, mais elle ne nous est ni direc-
tement ni indirectement connaissable, et c’est u en
agnosticismet, bien plutôt qu’un positivisme, qu’ faudrait, à cet égard, reconnaître dans cette doc
trine. À moins que, comme tendrait à le faire croire la préoccupation que montre Gall de repousser le accusalions de matérialisme et de fatalisme, ce n
soient ici les manifestations multipliées d’une pru dence excessive, devant les hostilités du siècle e
si elles s’étaient étalées sans voile, eüt risqué de lui 5
faire courir. sé
Dans cette hypothèse, Gall aurait parlé de l’existence de l'âme, comme Comte veut qu'il ait fait
pour l'existence de Dieu, sans trop y ajouter foi, et uniquement pour désarmer de puissants adversaires. Mais Gall, dont Garnier nous dit qu'il était
4. « Comment saisir les conditions matérielles du princip immatériel, qui se manifeste par son action, et semble s dérober à nos recherches...? » (Discours d'ouverture, etc.
EN
plein de candeur et deloyauté » ?, fait une grande
place à Dieu dans son ouvrage et, arrivé au terme “0 < 1 4 . « . 1 de son œuvre, a ce cri de foi et d’admiration : « Qu'on récapitule les aptitudes industrielles, les
k instincts, les penchants, les sentiments et les facul- » tés qui, depuis l’insecte jusqu’à l’homme, carac-
L térisent et diversifient l'immense multitude des | êtres sensibles, et l'on se prosternera, pénétré
d’adoration, devant le Créateur qui a su transfor-
mer si peu d’étoffe en instruments de puissances si nombreuses et si sublimes. Faudra-t-il alors jeter
| | 1 la pierre au physiologiste qui, dans son étonnement, s’écrie : Dieu et cerveau, rien que Dieu et cerveau! » (IV, 260). Il est peu vraisemblable qu'un homme, réputé loyal et candide, ait poussé jusque-là la
prudence. Il est plus simple d'admettre que, à sa manière, Gall a cru très sincèrement à l’existence de l’âme et à l'existence de Dieu, et que le physiologiste, capable de pousser des exclamations d’un accent si religieux, avait encore trop de métaphy- sique et de théologie en tête pour être un parfait et
Até
complet posiliviste.
Ws 74 1. La Psychologie el la Phrénologie comparées, p. 16.
Et pourtant Cointe, du point de vue d’où il juge Gall, ne s’est nullement trompé. Si on élimine de son système tous les enrichissements que, à tort ou à raison, il a jugé bon d’y apporter, si on s’en tient à la physiologie du cerveau, on ne peut manquer de constater que Gall renonce absolument à rien expliquer par un appel à une intervention divine, comme le théologien, ou même à une notion abstraite, comme le métaphysicien. Au contraire, il se déclare satisfait dans sa recherche, et considère les phénomènes comme suffisamment expliqués, sans s’enquérir autrement ni davantage, quand il a établi entre eux « des relations constantes ». Par conséquent, à ce point de vue, il admet bien dans sa pratique, « comme règle fondamentale, que toute proposition qui n’est pas strictement réductible à la simple énonciation d’un fait, ou particulier ou général, ne peut offrir aucun sens réel et intelligible »". De savoir s’il a appliqué cette règle à bon escient, ou si, au contraire, comme Comte l’a soutenu dans sa Politique Positive, il ne s’est pas mépris sur l’objet même de sa
1. Discours sur l'Esprit Positif, Edit. Schleicher, 1909, p. 18.
recherche, c'est une tout autre question. En tout cas, nous croyons que, si, après le Comte du Cours de Philosophie Positive, on peut parler du positivisme de Gall, c’est dans la physiologie du cerveau qu'il se trouve tout entier.
A quoi tend, en effet, la physiologie du cerveau, sinon à donner la vie mentale et ses états comme expliqués, autant qu'ils peuvent l'être, quand sont suffisamment définies leurs immédiates conditions d'existence, c'est-à-dire la série des phénomènes anatomo-physiologiques en labsence desquels il n'est jamais constaté de phénomènes psychiques ? Nous ignorerons toujours ce que sont en soi la conscience et les états de conscience, A considérer isolément ces états, nous ne gagnerions que de mieux savoir, peut-être, comment ils nous apparaissent, mais nous n'apprendrions rien de leurs conditions d'existence. Car, comme toutes choses, ils ne portent pas leur cause en eux-mêmes, et ne nous .evèlent par eux-mêmes rien de sa nature, liés
Eu
qu'ils sont, comme toutes choses, à leurs antécédents par des relations de fait, que nous pouvons bien constater, mais qu’il nous faut renoncer à comprendre.
Lors donc que, entre les phénomènes psychiques et les états cérébraux, nous avons relevé un nombre imposant de telles relations de fait, nous sommes en droit d’inférer, de la présence d’un état de conscience, à l'existence de ses antécédents matériels, et de nous faire, de la vie mentale tout entière, une réprésentation anatomo-physiologique, qui, en systématisant l’ensemble de ses conditions organiques, nous en apprend tout ce que nous en pouvons positivement savoir, si nous voulons nous en tenir aux faits et ne pas nous aventurer en d’invérifiables hypothèses.
A l'égard des phénomènes psychiques, le devoir
du savant est donc, selon Gall, de penser anato-
miquement et physiologiquement sans rien tenter au delà. Cette représentation anatomo-physiologique de la vie mentale est, en vérité, la consé-
quence, aussi Capitale que nécessaire, de la phy-
siologie générale du cerveau, telle que Gall l’a de
hs
conçue. Elle est indépendante de l’organologie pré
PPT ELISA
prement dite, qui, au contraire, est difficilement concevable sans elle. Il nous appartient donc d’en déterminer ici les traits essentiels,
Toute qualité morale, toute faculté intellectuelle, c’est-à-dire tout groupe défini de phénomènes mentaux, supposent, nous l’avons vu, anatomiquement, un organe cérébral dont elles constituent, physiologiquement, la fonction. Mais, en réalité, le contenu de la conscience est toujours extrêmement complexe. Ses états supposent, le plus généralement, l'intervention d'activités psychiques multiples, agissant et réagissant les unes sur les autres, et comportent, naturellement, l'entrée en jeu d’un nombre correspondant d'organes, aptes précisément à ces actions et réactions réciproques.
Par conséquent, pour rendre compte de lactivité d’un organe cérébral, il ne suffit pas de la seule considération de son volume, dont Gall a, dans ce qui précède, presque exclusivement souligné l'importance, mais qui n’est, cependant, pas tout en l'espèce. Il faut aussi, nous le savons, faire état de son irritabilité, de son activité dynamique. Il est impossible de déterminer rigoureusement le
BLonvez. — Psycho-physiologie. 9
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