‹ La psycho-physiologie de Gall; ses idées directricesChapitre 1 sur 25 · m, Ed. Schleicher, 19U8. p · texte numérisé non relu

m, Ed. Schleicher, 19U8. p

Blonuel. — l'sycho-phybiologie. 1

2 I.A rSYCHO-PHYSIOLOGIE DE CALL

sont bien, comme Gall Ta définitivement établi, les principes fondamentaux ; l'étude des phénomènes mentaux, comme de tous les autres résultats de l'organisation, est bien le dernier chapitre et comme le couronnement de la physiologie.

En 1851, il est vrai, dans le premier volume du Système de Politique Positive ^, le point de vue de Comte a radicalement changé : c'est que, dans l'intervalle, sa sociologie s'est constituée. La psychologie ne fait plus partie de la biologie, mais bien de la science nouvelle. La méthode de Gall ne pouvait rien donner, faute de satisfaire aux véritables nécessités de la recherche. Seul l'examen positif de l'évolution collective se montre véritablement fécond. L'anatomie même ne sert plus qu'à en figurer et en confirmer les résultats. Du rang de créateur, Gall descend à celui de précurseur, et Comte a beau insister sur ce qu'il lui doit et reconnaître que ses erreurs étaient nécessaires, il ne concède plus à sa doctrine qu'un intérêt historique et une utilité passagère "".

d. Inlroduclion fondamentale, cliap. m.

2. 8ur l'ôvolutioii de la psychologie de Comte et de ses senliiueiils sur Gall. cl'. Lévy-Ùnitil : La l'hilonophie d'A. Comte

Mais, aussi bien en 1851, quand il entend opérer dans la physiologie du cerveau une véritable révolution, qu'en 1837, alors qu'il se contentait d'une simple réforme, les id('!es de Gall servent toujours de point de départ à l'exposé des siennes et ses arguments ne nous sont pleinement intelligibles qu'à condition que nous soit connue, au moins en ses lignes directrices, la théorie à laquelle il les emprunte ou à laquelle il les oppose. D'ailleurs, si évidentes que soient devenues entre Comte et son prédécesseur les divergences de principes, de méthode et de doctrine, elles ne vont pas jusqu'à interdire entre eux tout rapprochement et c'est ainsi que M. Soury a pu, au moins sur un point, les associer dans une même condamnation et prononcer que les organes cérébraux de l'un et de l'autre lui paraissaient « les plus creuses rêveries qui soient jamais sorties de la cervelle humaine » '■.

En 1801, à lasuile d'une communication deGratiolet sur la forme et lacavité crânienne d'un Toto-

(F. Alcan), l'.lUO, [). -IV.), ot G. Dumas : fjuid Aurjuslus Comte de suae aelalis psychologis senseril, Ikèse latine, 1900. 1. Le Système Nerveux Central. lï<99, p. 510.

naque, acec réflexions sur la signification du volume de l'encéphale, à laquelle Broca répondit par une étude sur le volume et la forme du cerveau suivant les individus et suivant les races, eut lieu à la Société d'Anthropologie de Paris une discussion \ qui n'occupa pas moins de huit séances, de février à juin, et qui fut, à la fois, la conclusion d'une controverse semi-séculaire sur la valeur et la portée de la phrénologie et l'aurore de recherches et de découvertes nouvelles sur les localisations cérébrales, l'anthropologie et la craniométrie.

Sans doute, si l'on met à part Perier, médecin des Invalides, élève de Spurzheim, dont l'enthousiasme pour la doctrine de Gall a des révoltes ingénues (p. 220), il apparaît bien, à lire cette discussion, que la phrénologie et ses applications n'avaient pu dès lors résister, dans le détail, à l'épreuve du temps. Il n'en est que plus remarquable de voir Gratiolet et Broca, malgré la divergence de leurs opinions sur la pluralité des organes cérébraux, s'accorder, du moins, pour

i . Hpproduile dans les Bulletins de la Société d'Anthropologie de Paria, t. Il, 1861.

reconnaître tout ce que la science doit à Gall.

Pour Broca, Gall est un novateur de génie. « Il eut l'incontestable mérite de proclamer le grand principe des localisations cérébrales, qui a été, on peut le dire, le point de départ de toutes les découvertes de notre siècle sur la physiologie de l'encéphale » (p. 191). « Gall et Spurzheim furent des anatomistes de premier ordre » {p. 192). Il y a lieu de distinguer la théorie de Gall des applications qu'il en a faites : « La doctrine phrénologique... s'est... écroulée..., mais le principe des localisations n'a pas péri pour cela » (p. 195).

Pour Gratiolet également, Gall est un « grand anatomiste » , et sa « doctrine de la spécialité des nerfs » a ouvert « en quelque sorte la voie à toutes les grandes découvertes qui ont illustré dans notre siècle la physiologie du système nerveux » (p. 262). Gratiolet a beau railler l'enthousiasme de tels de ses adversaires et s'amuser de voir «ceux-là même qui repoussent avec indignation l'étude de l'intelligence, quand elle se présente sous ce nom fatal de psychologie, lui faire au contraire un accueil très distingué quand elle prend le titre de physiologie du cerveau » (p. 434) ; il n'en trouve pas

moins, pour célébrer « le lobe frontal, dans lequel réside, en quelque sorte, la majesté du cerveau humain » (p. 273), des expressions d'un Wrisme que Gall lui eût envié : « Les lobes frontaux, dit-il, sont, pour ainsi dire, la fleur du cerveau » (p. 258).

11 y a plus : c'est au cours même de cette discussion, au début de la séance du 18 avril 1861 (p. 235), que Broca fit la mémorable communication intitulée : Perte de la parole, ramollhf^ejnent chronique et destruction partielle du lobe antérieur gauche du cerceau, première étape des recherches qui devaient promptement aboutir à localiser à la troisième frontale gauche le siège de l'aphasie. Or, au cours de la querelle qui a récemment jeté le trouble dans la cité neurologique, les deux protagonistes, MM. Déjerine et Pierre Marie, sont au moins tombé d'accord sur un point : c'est qu'il fallait faire débuter avec Gall l'histoire des locaUsations du langage ^

Enfin, plus récemment, Gall a trouvé enMobius^

1. Déjerine, L'aphasie sensorielle. Presse Médicale, 41 juillet 1906. P. Mario, Revision de la question de l'aphasie. Semaine médicale, 28 novembre l'.iO(i.

2. l'.-J. Môbius : Franz-Joseph Gall (Aîisgewâhlle Werke, Bd. VII, l'JOS).

un défenseur et presque un apologiste. iNon seulement la théorie des localisations parait à cel auteur irréfutable et irréfutée, mais encore ni Fanatomie, ni la physiologie, ni la psychologie, ni la craniologie ne permettent, selon lui, de rejeter a priori la théorie de Gall. Le crâne reproduit, en fait, la forme du cerveau, qui, à son tour, peut bien répondre aux différents degrés de développement des instincts, des aptitudes et des dispositions. C'est à l'observation d'en décider, et elle ne peut guère procéder autrement qu'en appliquant la méthode même de Gall, en établissant des comparaisons et des rapprochements entre le cerveau, la tête et le crâne d'une part, et les facultés mentales de l'autre. Alors même que rien ne subsisterait des inductions que Gall a tirées de la forme du crâne sur le rôle des différentes parties du cerveau, malgré des erreurs de détail, sa psychologie, qui est la seule compatible avec la théorie des localisations, n'en garderait pas moins toute sa valeur.

Un tel jugement démontre, dans son ensemble, qu'il est de nos jours des esprits pour trouver injustifié le discrédit où l'œuvre de Gall est commune-

8 LA PSYCHO-PHYSIOLOfilE DE GALL

ment tombée, et pour estimer qu'elle mérite encore d'ôtre prise en considération : si besoin était, le regain actuel de la doctrine de Gall en Amérique, dont témoigne l'existence à New-York d'un Institut et d'un Journal Américain de Phrénologie \ en serait une nouvelle preuve.

Mais le plus important pour nous est que Mobius n'hésite pas î\ distinguer la psychologie de Gall de sa craniologie et de son organologie, et considère qu'elle n'a pas à en partager la forlune. Or, dans la pensée de son auteur, comme A. Comte l'a très bien vu et comme nous essayerons de le montrer à notre tour, cette psychologie est essentiellement une physiologie du cerveau, où la représentation matérielle des processus psychiques est toujours présente à l'esprit de celui qui les étudie. Il reste donc que les principes directeurs selon lesquels Gall a conçu sa physiologie du cerveau nous sont donnés ici, une fois de plus, comme indépendants des applications qu'il a cru pouvoir en tirer.

Les contemporains, du reste, s'en étaient eux-

1. Ribcry. I.i Pliré/tolof/ie eii Amérique. H. Philos. 1903, l. p. 176.

mêmes aperçus. « J'admets la doctrine de Gall, écrivait G.-W. Hufeland \ lorsqu'elle donne le cerveau pour organe i\ l'activité psychique et qu'elle distingue dans cet organe différentes organisations spécialement destinées aux diverses fonctions. Mais je nie que ces divers organes se manifestent toujours par des protubérances de la surface du cerveau et surtout que les protubérances du crâne dérivent uniquement de cette cause, de façon qu'on puisse en tirer une conclusion certaine sur la nature et les dispositions internes de l'intelligence. Il suit que cette doctrine, vraie en théorie, ne l'est encore nullement dans les faits constatés. En d'autres termes, l'organologie est vraie d'une manière générale; l'organoscopie est inexacte ».

Gall, d'ailleurs, légitime lui-même cette distinction en signalant dans la constitution de son système deux moments successifs, indépendants l'un de l'autre, et en faisant nettement la démarcation entre les principes sans lesquels toute physiologie du cerveau lui paraît impossible, et les conditions

1. Bemerkungen ûber Galis Gehirnorganenlelire, 1803, d'après Soiiry, le Hyslème Nerveux Central, p. 499.

dO LA PSYCHO-PHYSIOLOGIE DE GALL

particulières qu'impliquent nécessairement ses propres localisations. « La possibilité, dit-il*, d'une doctrine sur les fonctions morales et intellectuelles du cerveau suppose : 1° que les qualités morales et les facultés intellectuelles sont innées ; 2" que leur exercice ou leur manifestation dépendent de l'organisation ; 3° que le cerveau est l'organe de tous les penchants, de tous les sentiments et de toutes les facultés ; 4" que le cerveau est composé d'autant d'organes particuliers qu'il y a de penchants, de sentiments, de facultés, qui diffèrent essentiellement entre eux ». Voilà ce sans quoi il n'y aurait point de physiologie du cerveau.

Mais voici, aussitôt après, ce sans quoi il n'y aurait plus de système de Gall : « Et comme les organes et leurs sièges n'ont pu être trouvés que par l'observation, il fallait encore que la forme de la tête ou du crâne représentât, dans la plupart des cas, la forme du cerveau, et suggérât des moyens variés pour découvrir les qualités et les facultés fondamentales, et le siège de leurs organes ».

Une fois démontrées, en effet, l'innéité des facul-

]. Sur les Fondions du Cerveau ci sur celles de chacune de ses parties, etc., F, Averlissemenl, p. vi. 1822.

lés, la dépendance où elles sont de l'organisation et en particulier du cerveau, la pluralité des organes, tous principes sans lesquels aucune localisation cérébrale ne semble seulement concevable, pour légitimer le procédé dont use Gall dans la détermination des organes et de leur siège, il est besoin de trancher deux problèmes, à la solution desquels sa psycho-physiologie demeure, au contraire, indifférente. Pour que la craniologi-e et l'organologie de Gall ne soient pas de pures chimères, il faut, à la fois, que l'activité des organes soit proportionnelle à leur volume et que la surface extérieure du crâne soit révélatrice de la forme du cerveau. Faute de Tun ou de l'autre, tout le système se trouve réduit à néant.

Gall s'efforce donc de démontrer, d'abord, cjue l'importance physiologique des organes se révèle t par la forme extérieure et la disposition relative / des parties cérébrales. Plus les circonvolutions / sont développées et font saillie à la surface du cerveau, plus les phénomènes mentaux dont elles sont le siège se manifestent avec énergie. Donc l'activité des organes est bien, dans ces conditions, proportionnelle à leur volume.

Mais Gall apporte à cette affirmation deux correctifs qui, tout en respectant le principe de la pluralité des organes, compromettent l'efficacité de la méthode qu'il préconise pour en déterminer le siège.

Dès 1798, s'il croit pouvoir prouver « qu'un organe est d'autant plus actif qu'il est plus développé », il ne prétend pas « pour cela exclure d'autres causes excitantes de son activité » K D'une part, il admet que les organes agissent les uns sur les autres et que l'un d'entre eux peut être ainsi porté, par contre-coup, à un degré d'activité que, de lui-même, il n'aurait jamais atteint : il est des criminels, par exemple, chez lesquels l'organe de l'instinct carnassier ne présente pas un développement anormal ; c'est que, au moment du crime, des circonstances accidentelles sont intervenues, qui ont entraîné son exaltation. D'autre part, en même temps que le volume, il fait intervenir l'irritabilité de l'organe. Dès lors, l'activité d'un organe

1. Lettre du docteur F.-.l. Gall à Joseph-François de Retzer, relativement à son prodrome sur les /'onctions du cerveau chez les hommes et les animaux, Neuer deutsche Merkur de Wieland, décembre 1798, traduction Fossati, in ./. de la Société Phrénoloqique de Paris, 183."), p. 127. Le prodrome ne fut jamais publié.

ne dépend plus seulement de son volume, mais aussi de son énergie fonctionnelle, et par conséquent, à volume égal, deux organes peuvent ne pas avoir la même énergie ou, au contraire, malgré leur inégalité de volume, déployer une énergie équivalente. Or il n'échappera à personne que cette notion d'activité dynamique, en se surajoutant à cellp de volume organique, en diminue singulièrement la valeur.

De même Gall s'ingénie à démontrer minutieusement que la forme du cerveau détermine celle du crâne et que de l'une il est possible de conclure à l'autre. Mais il reconnaît que certaines parties du cerveau, telles, par exemple, celles de la base, nous restent, de par leur situation, à jamais inaccessibles, qu'avec l'âge la correspondance entre le crâne et le cerveau cesse, chez l'homme, d'être suffisamment rigoureuse, qu'il est des espèces animales dont les têtes présentent des proéminences sans signification organologique, et qu'enfin, en certaines régions, malheureusement les plus importantes, tels les lobes frontaux, l'interposition des sinus et des orbites crée à l'observateur d'incontestables difficultés.

Ainsi, pour mener à bien l'étude du système de Gall en ses applications positives, craniologiques et organologiques, il faudrait le suivre sur ce terrain et examiner avec lui si, véritablement, Tactivité des organes est proportionnelle à leur volume, si, en fait, la forme extérieure du crâne reproduit celle du cerveau. Mais, si la critique de la structure du cerveau, telle que Gall l'a conçue, est du plus haut intérêt pour Thistoire de l'anatomie, elle exigerait bien naturellement un anatomiste. Pour suivre utilement Gall dans ses considérations sur la forme du crâne, il faudrait, en outre, un anthropologiste. On ne saurait nous faire grief de n'être ni l'un ni l'autre et de nous refuser à une discussion qui dépasserait notre compétence.

D'autant que la craniologie est seulement le moyen imaginé par Gall pour passer de la théorie à l'application et exploiter, si Ion peut dire, ses principes de physiologie générale ; et ce moyen se trouvât-il faux, ces principes, comme on l'a, nous venons de le voir, de tout temps soutenu, ne perdraient rien de leur valeur. Si, au contraire, la psycho-physiologie générale de Gall était fausse, sa craniologie, le crâne répondît-il de tous points

par sa forme extérieure à la forme du cerveau, ne serait plus qu'enfantillage ou que duperie.

La psycho-physiologie générale de G ail se détache donc naturellement du reste du système, et nous nous croyons, par conséquent, en droit de limiter à cet objet notre étude.

Pour la clarté de l'exposition, il y aura, en outre, intérêt, croyons-nous, à alléger cette élude de la psycho-physiologie de Gall de tout ce qui ne lui est pas essentiel, de tout ce qu'elle tient des circonstances dans lesquelles elle est apparue et des intimes rapports qu'elle entretenait, dans l'esprit de son auteur, avec la craniologic proprement dite. Gall a été, avant tout, un homme à idées : anatomiste, physiologiste, médecin, psychologue, philosophe, moraliste, pédagogue et citoyen, convaincu des conséquences sans nombre qu'entraînait sa doctrine en politique, en pédagogie, en morale, en philosophie, en psychologie, en médecine générale, en psychiatrie, en physiologie et en anatomie, il a, au cours de ses livres, abordé une multitude de questions et fait front à une foule d'adversaires.

Aussi son exposition est-elle incessamment

mêlée de polémiques. Il part en guerre, tour à tour, contre ceux qui l'accusent de matérialisme et de fatalisme, contre les sensualistes, tel Condillac, contre les métaphysiciens, tel Laromiguière, contre les physiologistes, telFlourens. En ces discussions il est, souvent, fort difficile de faire le départ entre ce qui intéresse la psycho-physiologie générale et ce qui a trait à la craniologie : à travers la psycho-physiologie générale, c'est à la craniologie que les adversaires de G ail s'attaquent le plus généralement, et, de même, ce que Gall a toujours à cœur de défendre, à travers sa psycho-physiologie générale, c'est le système auquel elle aboutit à ses yeux .

Etant donné l'objet que nous nous proposions, il n'y avait pas lieu de nous arrêter à ces polémiques et nous ne les utiliserons que dans la mesure où elles nous apportent des éclaircissements sur la psycho-physiologie générale de Gall et ses idées directrices.

Ponr permettre au lecteur de se faire une idée de ce que les conceptions que nous allons étudier peuvent avoir eu (l'original, il nous a paru indispensable d'ajouter ici quelques éclaircissements historiques, sans prétendre, bien entendu,

faire, de l'état des sciences physiologiques et psychologiques, au moment où Gall écrivait, et des influences qu'il a subies, un exposé, que notre sujet, tel que nous l'avons délimité, ne comporte pas.

Ni le rattachement au cerveau de l'activité mentale ni l'hypothèse qu'il est constitué par des organes différenciés répondant à la diversité des manifestations psychiques ne datent de Gall. 11 suffit de le lire pour s'en convaincre (A)iatomie et Physiologie du Système Nerveux, etc., II, p. 58, passage où, pour se défendre de l'accusation de matérialisme, il allègue que « les médecins physiologistes et les philosophes font tout dépendre du cerveau, au moins les qualités de l'esprit, l'attention, la mémoire, l'imagination, etc. » ; idem, II, section IV, de l'organe de l'âme, section V, sur les moyens de trouver, à l'aide de l'état du cerveau, une mesure pour les facidtés intellectuelles et les qualités morales, section VI, sur la pluralité des organes, où, de l'antiquité au X VIII» siècle, il présente un très rapide historiquede la question).

Il ne se fait pas faute, du reste, de déclarer au besoin qu' « il est généralement reconnu que le cerveau est l'organe particulier de l'àme » {idem, II, 9, note) ; que « depuis assez longtemps, l'on convient que le cerveau est l'organe particulier do l'âme » (idem, IL 23). a M. Sômmering a allégué déjà une partie de ces preuves », avouo-t-il encore {idem, II, 180, note), au cours de la démonstration des fonctions mentales du cerveau que nous rapporterons dans la suite. Sa seule prétention est de mettre dans l'établissement de sa thèse plus de rigueur et de précision que ses devanciers : « Depuis longtemps, des philosophes, des physiologistes et des médecins, soutiennent que le cerveau est l'organe de l'âme : il pourrait donc paraître superflu de l'aire encore des recherches sur ce sujet. Mais autre chose est de répéter des opinions hasardées, accueillies pour un moment, ou de développer une vérité dans toute son étendue, et la rattacher â la science sous tous ses rapports » [idem, II. 150).

Il en est de même â l'égard de la pluralité des organes cérébraux. Si, dans son article sur le Cerveau (Dictionnaire des Scie7ices méd'icales, I. IV), il commence par prétendre qu' « on se borne jusqu'ici à dire en général que le cerveau est l'organe ou, selon d'autres, le siège de l'âme » (p. 462), il ne tarde pas à ajouter (p. 478) que « cette vérité que l'âme a autant d organes différents qu'elle peut exercer de facultés

Blondel. — Psycho-physiologie. 2

différentes, a été présentée très anciennement ; plusieurs ont même fait graver des planches dans lesquelles sont marqués les sièges particuliers du sens commun, de l'imagination, de la mémoire et du jugement », et. au tome II de son grand ouvrage (p. Su'J). à Rudolphi, qui soutenait que les parties cérébrales sont trop semblables entre elles pour être des organes particuliers, il répond, en s'appuyant sui une citation de la Physioloqie de Richcrand : « Combien ce langage est différent de celui des autres physiologistes, qui regardent comme démontré, que le cerveau est un assemblage de plusieurs organes; parce que dans le cas contraire on ne concevrait pas pourquoi on y trouve tant de parties si différemment formées ! » Mais, malgré cet hommage rendu aux physiologistes contemporains, après avoir énuméré les méthodes proposées par ses devanciers pour « trouver, à l'aide de l'état du cerveau, une mesure pour les facultés intellectuelles et les quahtés morales », il n'en conclut pas moins : «Il résulte de tous ces essais infructueux, que, jusqu'à nos jours, on ne connaissait assez, ni la structure du cerveau, ni ses fonctions, pour avancer quelque chose de positif, soit sur la nature des qualités des animaux, soit sur le moyen d'estimer à quel degré ils les possèdent » [idem, II, 230).

Ce qu'il y a de nouveau dans les idées de Gall, ce n'est donc pas, de son propre aveu, le principe des localisations cérébrales, mais la théorie qu'il en a apportée et la rigueur scientifique avec laquelle il la croit établie.

Il importe, toutefois, de ne pas oublier que, au moment où Gall conçut son système :

1» Les passions étaient encore souvent localisées dans les viscères thoraciques ou abdominaux, cœur, foie, estomac, système sympathique et même diaphragme (Buffon, Vicqd'Azyr, Reil, Richerand. Cabanis, Bichat).

2» Le conflit avait déjà éclaté entre partisans et adversaires de l'homogénéité du cerveau. Mais à l'époque oii Gall exposa son système, les partisans de l'homogénéité du cerveau étaient, semble-t-il, en majorité, car Rullier (Dictionnaire des Sciences médicales, t. XIV, ISio, article Faculté, p. 403) dit de Séné, un des adversaires de Gall. qu'il « croit tout simplement, avec la presque universalité des physiologistes et des philosophes, que le cerveau tout entier représente, dans la masse de ses parties matérielles, l'instrument universel de l'âme ».

A la fin du vviu» siècle, cette question. ûC'yk par elle-même bien délicate à trancher, se compliquait encore, dans une large mesure, de préoccupations et de difficultés métaphysiques. En étudiant les rapports de l'activité mentale et du cerveau, on s'inquiétait trop souvent de ce qu'on avait appris par ailleurs, de l'unité du principe spirituel, de Téminente dignité de l'àme et de la vie future à laquelle elle était destinée. C'est ainsi que, dès le milieu du xvm» siècle, il était de notion courante que les nerfs cérébrau.x ne partaient point d'un centre commun, puisque Laniettrie, plus philosophe qu'anatomiste, use de cet argument, dans son Histoire naturelle de l'Ame (174o), pour démontrer que l'àme ne saurait occuper un seul point (Signalons au passage que Lamettrie fut lélève de Boerhaave, qu'eut pour maître Van Swieten, avant d'être, à son tour, à Vienne le maître de Gali). Bonnet, que nous verrons tout à l'heure admettre l'hypothèse de la pluralité des organes cérébraux, reconnaît de même que le centre de réunion des nerfs est inconnu anatomiquement. Mais les idées s'enchaînent et viennent des sens. Donc les fibres sensorielles communiquent secrètement entre elles et le point où cette communication s'opère est le siège de l'âme. C'est que. pour atteindre au but qu'il poursuit dans sa Palin.' génésie, c'est-à-dire pour assurer l'immortalité aux âmes, non seulement de l'homme, mais des animaux, il croit avoir besoin d'un organe universel, visible et palpable, centre apparent de l'activité mentale, qui en contienne à son tour un autre, germe du nouveau corps, véritable siège de l'àme et de la personnalité (Œuvres d'Histoire Naturelle et de Philosophie, Neufchâtel, t. VII, 1783). Telles étaient les conditions auxquelles les localisations cérébrales en venaient à devoir satisfaire.

D'autre part, les partisans de l'hétérogénéité du cerveau ou bien l'entendaient tout autrement que Gall ou bien s'en tenaient au principe sans passer aux applications.

Willis, en effet, qui, comme le dit Gharlton Bastian (Le Cerveau Organe de la Pensée, etc., 1882, II, p. 143), est, en un sens, le « père de la phrénologie » et dont tous les anatomistes qui, au xvm» siècle, cherchèrent à définir les fonctions des diverses parties du cerveau, suivirent la méthode, n'opère nullement ses localisations, tant au point de vue anatomique qu'au point de vue psychologique, suivant les mêmes principes que Gall : la substance blanche mérite pour lui, à cet

égard, la même considération que la substance grise et aux différents étages du cerveau, ce sont la perception, la mémoire, l'imagination, l'entendement, toutes facultés dont Gall niera l'existence autonome, qu'il se trouve localiser. Une telle hétérogénéité n'est, au fond, qu'une homogénéité qui s'ignore, car tout état mental un peu complexe supposant l'intervention du moi. de la mémoire, de l'imagination, et s'accompagnant d'un certain état moteur et affectif, la participation du cerveau tout entier est nécessaire à la réalisation d'un quelconque des états psychiques dont notre vie mentale est faite.

Mais, surtout, la plupart des auteurs, 'Van Swicten. Prochaska. Bonnet, Haller, Sômmering. Richerand, Cuvier se contentent de constater la probabilité ou l'évidence de l'hétérogénéité du cerveau et de la pluralité des organes dont il est composé, mais proclament l'impossibilité momentanée (Prochaska. Sômmering, Richerand. Cuvier) ou définitive (Haller) de les déterminer, quand, comme Bonnet, ils ne concèdent pas, en même temps, h l'âme un siège unique et presque immatériel, pour les besoins de leur métaphysique, ou, comme Haller, ne se montrent pas plus souvent encore adversaires que partisans de la différenciation fonctionnelle du cerveau. Cependant certaines hypothèses étaient risquées sur l'emplacement relatif des organes cérébraux et c'est ainsi que. selon Boerhaave et Prochaska (Gall, Anatomie et Physiologie du Système Xerveux, II, 230), le siège de l'imagination devait être loin de celui de la perception, car, durant le sommeil, notre inmgination travaille, tandis que nous ne percevons rien : indication dont Gall fera son profit, car il posera en principe que les organes sont d'autant plus éloignés les uns des autres que leurs fonctions sont plus indépendantes. 3» Les esprits animaux, discutés et combattus au cours du xvin» siècle, conservaient encore un reste de crédit. Or. si les mouvements d'un fluide sont la condition des phénomènes mentaux, on conçoit aisément que le principe des localisations cérébrales perd tout ou partie de sa portée : on ne saurait, en effet, assigner alors aux états et aux facultés psychiques un siège immuable. D'autre pari, la conception des esprits animaux avait contribué à faire adopter, sur la constitution du système nerveux, les opinions les plus erronées, à faire considérer, par exemple, le cerveau comme une glande ou comme un réseau do minuscules canaux. Aussi, à la fin

du xvui° siècle, la hiérarchie fonctionnelle, qui s'est, depuis, établie entre les éléments nerveux et les parties du cerveau, ne s'était-ello pas encore précisée et fixée. En 1796, deux ans avant que Gall publie les lignes fondamentales de sa doctrine, Sommering {Ueber das Orgayi der Seele) localise encore l'ùmc dans le liquide ventriculairc et les parois des ventricules, dernière expression historique, probablement, de l'importance longtemps attribuée aux fluides et de la méconnaissance complète du rôle des circonvolutions.

Or, chez Gall, les considérations métaphysiques sont écartées: les passions reçoivent un siège dans le cerveau, grâce à une argumentation que Comte juge décisive {Cours de Philosophie Positive, Ed. 8chleicher, t. HI, 1908, p. 423) et que Vulpian reprendra encore, partiellement, en 1866, dans ses Leçons sur la Physiologie ge'nérale et comparée du Système Nerveux (p. 702) ; la substance grise, les circonvolutions de l'écorce cérébrale acquièrent la dignité qu'elles ont conservée de nos jours ; les organes cérébraux, avec leurs activités électives et spécialisées, sont conçus comme nos centres corticaux. En un sens, M. Soury, qui ne fait, du reste, que traduire l'opinion commune, était donc bien en droit d'écrire : « L'ère des localisations cérébrales s'ouvre enfin avec Gall » {Le Système Nerveux Central, p. 497. — Nous nous sommes, l)Our établir ce qui précède, fréquemment inspiré de cet ouvrage, ainsi que du travail de Max Dessoir, Geschichle der Neueren Deutschen Psychologie, 2° édition, Berlin, 1902).

Si, pour confirmer ses théories sur la continuité de la nature, l'innoité des facultés et leur dépendance des organes cérébraux, Gall invoque souvent Herder et ses Ideen zur Philosophie der Geschichle der Menscheit (1784-1791) {Anatomie et Physiologie du Système Nerveux, II, pp. 6, 9, 22, 27, 47, 57), il est, cependant, manifeste que, en ce qui concerne la continuité de la nature, il a subi l'influence de Leibniz, sinon directement, du moins par l'intermédiaire de Bonnet. « Rien n'est plus célèbre en histoire naturelle que Véchelle des êtres, imaginée par Bonnet », écrit Flourens dans son Analyse Raisonnée des Travaux de G. Cuvier (1841, p. 250), et il constate, dans son Histoire des Travaux et des Idées de Du/fou (1850, p. 36), ([ue Bonnet a eu, sur ce point, Buffon pour devancier.

Cette notion de la continuité de la nature est, du reste.

chez Gall. antérieure, à l'élaboralion de son système ; car, dans son premier ouvrage : Philosophische-medizinische Untersuchungen ïiber Salur iind Kunst im gesunden und kranken Zustande des Menschen (Vienne, 1791), — dont nous n'avons malheureusement pu avoir connaissance, mais qui, évidemment, « na rien de commun avec son système phrénologique », tant d'après le témoignage de Morel (Traité des Dégénérescences, etc., 1857, Préface, p. X). que d'après sa date, puisque la Lettre à Retzer, première ptiblication des conceptions craniologiques, ne paraîtra qu'en 1798, — Gall o considère », selon Morel (l. c), « l'état de santé et de maladie chez l'homme dans ses rapports avec les lois qui président à l'état de santé et de maladie chez tous les êtres créés du règne animal et du règne végétal », et, par conséquent, fait, dans ses recherches de pathologie générale, application du principe qu'il utilisera plus tard pour déterminer les fonctions du cerveau.

Gall a encore Bonnet pour devancier dans sa conception anatomique de l'innéité des facultés et des conditions de la connaissance : « Chaque espèce de fibre sensible a été originairement construite sur des rapports déterminés à la manière d'agir de son objet » ; « chaque partie du Végétal ou de l'Animal a une organisation qui lui est propre, d'où résultent ses fonctions », écrit Bonnet {l. c, Analyse Abrégée de l'Essai Analytique, p. 13, et Palingéiiésie Philosophique, p. 306), qui ailleurs (l. c. Essai des Principes Psychologiques de l'Auteur, p. lOo) ajoute : « 11 n'est donc rien d'isolé ou de solitaire dans la Nature, le Cerveau, destiné à peindre à l'Ame la Nature, a donc été organisé dans un rapport direct à la Nature. Il y a donc entre les fibres sensibles du Cerveau des rapports ou des liaisons analogues à celles qui unissent les divers Objets de la Nature ».

Ni en anatomie comparée, ni en psychologie animale, Gall ne semble, non plus, avoir été un novateur. Dans son Rapport Historique sur les Progrès des Sciences Naturelles depuis 1789 et sur leur Etal Actuel présenté à Sa Majesté l'Empereur et lioi en son Conseil d'État, le 6 février ISOS, etc., Guvier nous montre l'anatomie comparée, après le recul que, dans la première moitié du xvni» siècle, lui fit subir l'influence des botanistes, prenant, avec Buffon, Daubenton, Pallas, Haller. un nouvel essor et ayant en Hunter. les deux Monro, Camper et Vicq-d'Azyr ses représentants les plus autorisés.

« L'Europe, conclul-il (p. 321), compte mainfenanl plusieurs savants qui soccupent, soit de disséquer les animaux qui n'ont pas encore été examinés anatomiquement, soit d'employer l'anatomie à déterminer la nature des animaux et à expliquer leurs fonctions, soit enfin de faire réfléchir les rayons de l'anatomie comparée sur la physiologie générale ». De même, en psychologie animale, sans doute Gall ajoute à l'œuvre de ses devanciers des observations et des vues personnelles, mais il ne fait que suivre la voie tracée, outre Bonnet, par Réaumur (Mémoires pour servir à V Histoire des Insectes, 1734-1742), Trcmbley (Mémoire pour servir à VHistoire d'ungenrede Polypes d' eau douce à brasen forme de corne, 1744), Condiliac (Traité des Animaux, 17or)), Reimarus (Allgemeine Betrachtunrjen iiber die Triebe der Tiere, kauptpsàchlich iiber ihre Kunsttriebe, etc., 1760), G. Leroy (Lettres pliilosophiques sur l'Intelligence et la Perfectibilité des Animaux, 1781), etc.

Sur les points que nous venons de signaler, si Gall ne s'applique pas toujours suffisamment, comme le lui a reproché Georget (De la Physiologie du Système Nerveux, etc., 1821, I, p. 78), à rendre à chacun ce qui lui est dû, du moins estil assez abondant en références et en citations. Son attitude à l'égard de Hartley et des philosophes écossais n'en est que plus singulière.

Dans son grand ouvrage Gall ne cite Hartley qu'une fois : « l'eu à peu Ion revint à cette question : est-ce l'àme qui opère dans le corps tous les changements dont la plupart ont lieu sans qu'elle en ail la conscience ?Whytt, Sauvages, Hartley, Unzer, Charles Bonnet, etc., reconnurent et soutinrent qu'au moins toutes les fonctions naturelles du corps se faisaient indépendamment de la conscience et de la spontanéité, par conséquent d'une manière nécessaire, et que l'àme ainsi bornée dans son empire, avait son siège dans dans tout le corps. » (Analomie et Physiologie du Système Nerveux, I, Introduction, j). 4). En cet unique passage il ne fait, on le voit, aucune allusion aux théories auxquelles Hartley doit sa réputation. Gall ne semble pas se douter que l'auteur des Observations on Man, iiis Frame, his Uuty and his Expectations (1749) puisse passer pour un de ses précurseurs. Cependant, non seulement la cinquième édition anglaise de Hartley est de 1810 ; non seulement en 1802, il avait été traduit en français par l'abbé Sicard, directeur de l'InsUtu-

tion des Sourds-Muets, que Gall cite précisément parmi les autorités pédagogiques (idem, II, p. 33), tandis que, ailleurs {idem, III, p. 191). il se donne comme ayant été médecin de la même Institution. Mais encore, dans le rapport cité tout à l'heure, Cuvier, parlant des conceptions qu'on tendait alors à se faire des fonctions du cerveau, ajoute que les « principaux germes » s'en « trouvent surtout assez nettement dans les ouvrages de Bonnet et de Hartley », met à la ligne et continue : « M. Gall... » (p. ^o4^. Or il est sûr que Gall a lu ce rapport, puisque, en en reproduisant les termes mêmes, il rappelle le jugement porté par Cuvier sur sa doctrine [idem, II. p. 2r>[). Donc il ne pouvait pas ignorer que Hartley avait soutenu, sur le rôle du cerveau, des idées qui rappelaient, au moins, les siennes. Mais la théorie de Hartley est toute physiologique et ne comporte ni conceptions ni hypothèses anatomiques ; peut-être est-il apparu à Gall que, dans ces conditions, les visées de Hartley différaient trop des siennes pour qu'il eût à en faire étal. Cependant il est douteux qu'Aristote, les Arabes, les Pères de l'Eglise se soient davantage approchés de l'opinion de Gall et, cependant, il les cite à diverses reprises. Reste à admettre que Fossali nous dit moins encore que la vérité, quand il attribue à Spurzheim dans l'œuvre commune un rôle de documentateur et de fournisseur de fiches [Biographie Générale de Didot). Gall n'aurait alors rien dit de plus de Hartley parce que Spurzheim ne l'aurait pas lu, et la seule allusion qu'il fasse à cet auteur n'est pas de nature à infirmer cette hypothèse.

D'autre part, ;\ la fin du xviii» siècle, la réaction contre l'empirisme et le sensualisme, à laquelle Gall se trouve s'être associé, a été menée par les philosophies allemande et écossaise Gall cite quelquefois Kant {idem, I, p. 4, définition de la vie d'après Kant; p. 107. allusion, sans nommer Kant, au philosophe qui construit « de son moi le monde e.vtérieur »; II, pp. 68 et 89, allusions aux théories de Kant sur la liberté et sur la vertu ; p. 70, approbation de la distinction faite par Kant du désir et de la volonté : p. 149, rap[)el de l'opinion de Kant renvoyant la question de l'action réciproque de l'àme et du corps aux médecins et aux physiologistes : III. p. 70, faible développement du cervelet et, par conséquent, de l'instinct de la propagation, chez Kant; W, pp. 121-122, critique des théories kantiennes ; « Leur dogme, par exemple, que le temps et l'espace ne sont qu'une forme à laquelle notre

entendement est assujéti, me parait d'une généralité telle qu'il ne trouve d'application à aucune science ni à aucun art » ; reproche fait aux kantiens « de construire tout le monde extérieur avec de prétendus matériaux pris dans leur intérieur » ; constatation que le crâne de Kant est porteur de la saillie osseuse caractéristique de l'esprit métaphysique, de la profondeur d'esprit) ; mais il ne parait pas s'apercevoir des rapports de leurs doctrines. Entre la méthode par laquelle Kant aboutit aux catégories et la ta';on dont il les conçoit, d'une part, et, d'autre part, les procédés dont useGall pour déterminer les facultés et la façon dont il les comprend, les différences sont, il est vrai, assez i)rofondes pour avoir masqué à Gall les analogies.

Mais les Ecossais i)artent, comme lui, de l'expérience et veulent, comme lui, faire de la psychologie une science d'observation, sur le modèle des autres sciences. Le mouvement écossais commença à être connu en Allemagne, d'après Dessoir (l. c, p. 123), dans le dernier quart du xvni» siècle. En France, l'attention avait été attirée sur lui par VtUsloire comparée des Systèmes de Philosophie de Degérando (1804) et le cours de Royer-Collard de 1811 (Boutroux, Eludes d'Histoire de la Philosophie, 1897, pp. 418-422). Dans le milieu médical français du début du xix» siècle, il est vrai, les conceptions de Reid et de Uugald-Stewart semblent avoir été à peu près ignorées, car il n'en est pas dit un mot dans l'article de Huilier sur les Facultés que nous avons déjà signalé. Le silence de Gall n'en est pas moins étrange. D'une part, en effet, il connaissait d'autres Ecossais : il nomme Grégory (idem, l, p. 5). cile une fois les Essays on tlie Principles of Moralily and Naturul Religion (1751) d'Henri Home (111. p. 202) et donne d'assez longs extraits de VEs.^ai sur l'Histoire de la Société Civile d'Adam Ferguson (traduction Bergier, 1783), dans son quatrième volume, rédigé sans le concours de Spurzheim (pp, 107, 128-130, 198-19'J, 249). D'autre part, entre la psychologie des facultés de Gall et celle dos Ecossais, les r;ip[)orls, comme l'a montré Garnier (La Psychologie et la l'hrénologie Comparées, 1839, p. 17), sont plus que frappants. Peut-être la solution de ce problème nous est-elle apportée parla réponse que fit Spurzheim à Garnier qui lui avait soumis l'objection (l. c, p. 24). L'absence, dans la psychologie écossaise, des recherches et des constatations organologiques sans lesquelles, à ses yeux, il n'est point possible d'affirmer

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linnéité dune faculté, semble, en effet, rendre le plirénologiste insensible aux plus évidentes analogies. Or, lorsque, résumant à la fin de son œuvre sa théorie des facultés, Gall déclare qu'il ne rapportera pas, « pour les réfuter », les systèmes de ses devanciers, qui « se laissaient guider par une fausse philosophie relativement aux qualités et aux facultés de l'homme » [idem, IV, p. 225), on s'aperçoit, de même, aussitôt, que, au nombre de ses devanciers, il compte seulement ceux qui « cherchaient des organes » (idem, IV, p. 226). Aussi n'est-ce, sans doute, pas à Reid et à Dugald-Stewart que Gall fait allusion quand, après avoir déclaré : « Tels sont les motifs qui, dans les objets importants, nous ont déterminés à en donner toujours l'histoire littéraire » [idem, I, préface, XXIV), il ajoute : » Aussi regrettons-nous que les circonstances actuelles ne nous aient pas permis de nous acquittei- entièrement du devoir de la reconnaissance envers les auteurs des autres nations, particulièrement envers les Anglais » [id., xxv). En tout cas, ces circonstances, qui n'empêchaient pas dailleurs Cuvier de citer Hartley, liunter et les Monro, si elles pouvaient être alléguées en 1810 et en 1812, lors de l'apparition du premier et du second volume de l'Aiialomie et Physiologie du Système Nerveux, avaient tout perdu de leur actualité après la chute de Napoléon, et c'est en 1818 et en 1819 que furent publiés les troisième et quatrième volumes.

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