CHAPITRE PREMIER
LA PHYSIOLOGIE DU CERVEAU. SES ORIGINES. SES RAPPORTS AVEC L'ANATOMIE CÉRÉBRALE.
Le passage de Gall resté le plus célèbre et qu'on cite le plus souvent est, peut-être, celui où il raconte l'origine et le point de départ de ses découvertes {{, préface, p. ii) ^ Dès l'enfance, son attention fut,
■1. Analomie el Physiologie du Système Nerveux en général, el du Cerveau en pariiculier, avec des observations sur la possibilité de reconnaître plusieurs dispositions intellectuelles et morales de V homme el des animaux, par la configuration de leurs têtes. Il en a paru concurremment deux éditions, lune in-folio, l'autre in-quarto, avec un atlas de cent planches : t. I, 1810, t. Il, 1812, t. III, 1818, t. IV, 1819. Le tome I, et, en partie, le tome II ont été écrits par Gall en collaboration avec son élève Spurzheim.
Toutes les citations accompagnées, au cours du texte, de la seule indication du tome et de la page renvoient à l'édition in-folio de cet ouvrage, 1 œuvre maîtresse de Gall, qui répond, en général, au plan de la Lettre à Retzer de 1798 (v. s.) ; qui utilise largement les Recherches sur le Système Nerveux en général et sur celui du Cerveau en particulier (reproduction du Mémoire à Tlnstitut de iiOS). suivi d'observations sur le Rapport qui en a été fait à celte Compagnie par ses Commissaires (en collaboration avec Spurzlieim, 1809) : qui incorpore en
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d'une manière générale, attirée sur la diversité et la fixité qu'offraient, malgré Funiformité de l'éducation et des conditions sociales, les talents, les dis-
entier, en tête du tome II, le traité publié en 18H avec Spurzheim : Des Dispositions Innées de l'Ame et de l'Esprit, du Matérialisme, du Fatalisme et de la Liberté Morale, avec des Réflexions sur l'Éducation et la Législation Criminelle : et dont, enfln, les six volumes de 1822-18^3 : sur les Fonctions du Cerveau et sur celles de chacune de ses parties, etc., ne sont qu'une seconde édition élaguée, légèrement remaniée et complétée.
Gall et Spurzheim ont également donné au Dictionnaire des Sciences médicales publié par Panckoucke, les articles : Acéphale {iM"!), Cerveau et Crâne (1813).
Le programme inséré au N" II (août 18i4) de la Revue Européenne (1824-x>6), entre Cuvier, Geoffroy Saint-Hilaire et Flourens, nomme Gall comme chargé des « rapports scientifiques » sur la physiognomonie et la craniologie. Le numéro de nov. 18i'4 contient, en effet, un Rapport Physiognomonique signé de Gall (p. 100). Il y résume ses critiques antérieures contre la Physiognomonie et annonce un rapport pathognomonique qui ne vit jamais le jour.
Le Discours d'Ouverture lu par M. le Docteur Gall à la première séance de son Cours Pu/jlic, sur la Physiologie du Cerveau, le lô janvier ISOS, fut publié à Paris la même année.
Tout permet daflirmer que la part que Spurzheim a pu prendre à l'œuvre de Gall fut loin d'être préjiondérante. En 1833. Fossati publia la Lettre à Retzerpour démontrer la pleine originalité de Gall. La j)reuve semble convaincante. Cette lettre, en effet, qui contient tout l'essentiel du système, date de 1798; et Spurzheim n'entra pour la première fois en contact avec Gall, il un de ses cours, qu'en 1800 {Lettre du Docteur Fossati au Docteur L'iliotson de Londres, servant de préface à la traduction de la Lettre à Retzer). Aussi nous croyons-nous en droit dulihser, indifféremment, les textes dont Gall seul est l'auteur et ceux qu'il a écrits en collaboration avec Spurzheim, sans nous attarder, chaque fois, ii signaler s'il a été ou non seul à les signer.
positions et les caractères. En particulier, il remarqua, à l'école, que ceux de ses condisciples qui avaient le plus de facilité à apprendre par cœur avaient les yeux saillants et à fleur de tête. Au collège, à l'université, il eut, à plusieurs reprises, Toccasion de faire la même observation, si bien qu'il en vint à conclure qu'une telle coïncidence ne pouvait être « uniquement l'effet du hasard », et tenait à « une connexion entre la m.émoire et cette conformation des yeux ». Du moment que la mémoire verbale se reconnaissait à des signes extérieurs, il lui apparut qu'il devait en être de même des autres facultés intellectuelles, et sa conjecture se trouva confirmée par la découverte qu'il fit peu à peu de pluvsieurs dispositions et de leurs caractères extérieurs '.
1. A plus dune reprise, au sujet, par e.xemplc, de la ruse (III. 185), du sens des localités (IV, 29). et de la religion (IV, •172), Gall signale les observations psychologiques faites antérieurement par lui sur ses condisciples ou dans sa famille, observations dont la portée ne lui apparut qu'à la lumière de ses découvertes ultérieures. La facilité h\ apprendre par cœur n'est donc pas la seule disposition intellectuelle ou morale que Gall ait primitivement constatée, mais elle est la première dont il ait remarqué les caractères extérieurs. C'est ce qui fait son importance capitale dans la formation du système. Kile était, du reste, marquée pour de bien hautes destinées, l)uisque c'est elle encore qui ouvre l'histoire des localisations cérébrales.
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C'est donc par la constatation de faits isolés, par la détermination empirique de certaines facultés, puis de leurs organes, que Gall a préludé à la constitution systématique de sa doctrine. En ellesmêmes, puisqu'elles tiennent à la craniologie et à l'organologie proprement dites, ces constatations et ces déterminations ne nous intéressent pas ici, mais elles nous intéressent au plus haut degré, en revanche, par la manière dont Gall y a réagi, et dont il les a élaborées.
S'il est, en effet, un point sur lequel Gall ne se lasse pas d'insister, c'est sur le rôle primordial qu'a joué, dans l'établissement de son système, sa physiologie générale du cerveau. Entre les découvertes isolées dont il est parti et l'anatomie du cerveau, elle a été l'intermédiaire indispensable : « On voit par la marche de ces recherches que le premier pas fut fait par la découverte de quelques organes ; que ce n'est que graduellement que nous avons fait parler les faits pour en déduire des principes généraux, et que c'est subséquemment et à la
fin que nous avons appris à connaître. la structure du cerveau » (I, préface, p. xii). M. Soury a donc grand raison de dire : <( Gall et Spurzheim... n'étaient... pas partis de Tanatomie dans leur enquèt'^surla nature du système nerveux * ».
L'ordre que Gall suit dans son exposition, en allant de l'anatomie à la craniologie et à l'organologie par la physiologie générale, ne doit pas faire illusion : il est l'ordre naturel, puisque l'organe précède la fonction ". Mais l'ordre réel des recherches a été précisément l'ordre inverse : « Des découvertes physiologiques préalables nous avaient amenés aux principes d'après lesquels les systèmes nerveux devaient être examinés ; et d'après la marche de nos études, c'était la physiologie du cerveau qui avait précédé sa connaissance anatomique » (11, 2),