L ACTIVITÉ MENTALE ET LE CERVEAU
quées, plus rimbécillité qui en résulte est considérable (II, 175).
4° Plus le cerveau est développé en totalité ou en partie, plus sont énergiques, dans leur ensemble ou à certains égards, les facultés intellectuelles et les qualités morales (II, 176).
5*^ De l'enfant au vieillard, le développement du cerveau est proportionnel au développement des facultés (II, 177).
6° A la précocité générale ou partielle des facultés répond le développement précoce du cerveau; et, réciproquement, au retard général ou partiel de l'activité mentale répond une faiblesse ou une maladie de l'encéphale (II, 177).
7° Le cerveau et le cervelet ne sont pas nécessaires à la vie automatique ou organique. On en peut supprimer au moins une grande partie, sans entraîner inévitablement la mort ni môme la suppression de l'activité sensorielle. Durant le sommeil ou repos du cerveau, les fonctions vitales persistent; durant les maladies mentales, elles conservent souvent toute leur intégrité. Mais, en revanche, sans appareil cérébral en activité, il n'est plus d'exercice possible des fonctions de l'âme (II, 178).
Blo.vuel. — Psycho-physiologie. 7
8° Le travail intellectuel se sent dans la tête. Une attention excessive épuise Fencéphale ou le surexcite : d'où des insomnies, des troubles mentaux, des hallucinations. Dans la céphalée, les lésions et les maladies du cerveau, l'attention redouble la douleur (II, 178).
9" Les qualités morales et les facultés intellectuelles varient évidemment avec les sexes, les individus et les nations. Elles sont évidemment héréditaires. Ce sont autant de problèmes qui ne se peuvent résoudre qu'en admettant que le cerveau est l'organe de l'âme (II, 179).
10" Si le cerveau est intact, les maladies, même quand elles atteignent les autres systèmes nerveux, comme la rage ou le tétanos, laissent intactes les qualités morales et les facultés intellectuelles (II, 179).
11" Toute compression, irritation, lésion ou destruction du cerveau entraîne une modification, totale ou partielle, ou môme la cessation des fonctions intellectuelles, le coma, la stupidité, la « phrénésie », la stupeur. L'effet cesse avec la cause, quelquefois même instantanément (II, 180).
l'activité mkntale et le cerveau 99
12*^ La manie >■ a également son siège immédiat dans le cerveau. En eflcl, elle tient, avant tout, à des causes morales, et, si elle ne guérit pas, elle entraîne, avec des lésions cérébrales, une démence incurable. Or, « ce point démontré, il est démontré également que c'est dans le cerveau qu'ont lieu toutes les fonctions morales et intellectuelles; car les fonctions, dans leur état d'intégrité, ne peuvent avoir lieu que là où se manifeste leur dérangement » (11, 183).
Donc, de même que la vie organique a ses conditions spécifiques dans l'ensemble des viscères, et que l'activité sensorielle a les siennes dans les organes des sens, de même les qualités morales et les facultés intellectuelles ont les leurs dans le cerveau. Nous avons vu qu'à la vie organique, à l'activité sensorielle, l'intégrité du cerveau n'était pas indispensable. Gall est fermement convaincu que, de môme, l'activité cérébrale est largement indépendante de toutes les autres, et peut se manifester, avec ses propriétés spécifiques, sans qu'aucune
1. Ce terme était alors synonyme d'aliénation mentale, comme en témoigne le titre de la première édition du livre de Pinel : Traité médico-philosophique sur l'Aliénation Mentale, ou la Manie (An IX).
100 LA PSYGHO-PHYSIOLOdIE DE GALL
excitation la mette en rapport avec un milieu extérieur (II, 264). Il en est tellement convaincu qu'il en vient à admettre que les aveugles peuvent juger des couleurs. « Nous fûmes frappés surtout d'un libraire d'Augsbourg, aveugle de naissance, qui soutenait que ce n'est pas l'œil, mais l'intellect, qui reconnaît, qui juge et qui crée la proportion des couleurs. Cet homme assure même, qu'au moyen d'un sens interne, il a des notions précises des couleurs, et il est de fait qu'il en détermine l'harmonie avec exactitude. Il a un assez grand nombre de perles de verre de couleur; il en forme différentes figures, et l'ordonnance des couleurs est toujours harmonique » (IV, 73) ^ Rien ne peut
i. Gall semble ici se mettre en contradiction avec lui-même. « On cite même, d'après Boylc, dit-il ailleurs (f, 156), l'exemple d'un musicien aveugle qui palpait les couleurs. Beaucoup de personnes avaient raconté la même chose de l'aveugle Weissenbourg de Manlieim. Celui-ci avait environ trente petits morceaux de drajjs dont il déterminait la couleur avec précision. Mais il lui arrivait fréquemment de se tromper au drap des habits des étrangers; ce qui donne lieu de soupçonner qu'il avait d'autres marques de reconnaissance. Les cartes dont il avait coutume de se servir pour jouer étaient marquées par des piqûres d'épingle ; les personnes qui n'étaient pas au fait, croyaient (ju'il distinguait par le tact la couleur des cartes. C'est sans doute aussi le moyen qu'employait l'aveugle dont parle Lecat. Au moins plusieurs aveugles-nés qui avaient perfectionné avec beaucoup de soin leurs facultés intellectuelles et leur toucher, nous ont assuré
mieux marquer jusqu'où Gall poussait sa foi en la spécificité du cerveau.
La spécificité, du reste, ne s'arrête pas là et pénètre le cerveau môme, qui, en fait, n'est pas un organe, mais bien une somme d'organes.
De la simplicité de l'âme, on a voulu conclure à la simplicité de son organe ; mais l'anatomie démontre qu'il n'y a pas dans le cerveau de centre commun, de point de concentration de toutes les fibres nerveuses. Donc l'organe de l'âme n'est pas un (II, 262). Ce qui, d'ailleurs, n'enlève nullement â l'activité mentale son unité dynamique, car « la pluralité des organes qui sont nécessaires pour un
(luils legardaienl comme une chose impossible qu'on put palper les couleurs. U n'y en a qu'un petit nombre qui distinguent le blanc parce ((ue la surface leur parait plus lisse w. Mais il ne faut pas oublier q-ie c'est toute autre chose pour Gall de percevoir des sensations et de les comparer entre elles, de porter sur elles un jugement. « Je n'entends nullement désigner, dit-il (IV. 69), par l'expression sens des rapports des couleurs, la simple faculté de voir ou de percevoir les couleurs... l'ar l'expression, sens des rapports des couleurs, j'entends la faculté de juger l'harmonie et le contraste des couleurs, d'im sentir et d'en juger les lois, et de s'y conformer dans leur emploi ». La contradiction n'est donc peutêtre qu'apparente. Mais nous avons peine à comprendre comment Gall concevait qu'on pût comparer des objets de la perception desquels on était privé.
but commun, n'exclut pas Tunité de leur action. Ainsi une vie a lieu avec plusieurs organes, et une seule volonté avec plusieurs instruments du mouvement volontaire » (I, 56).
L'anatomie ne fait, d'ailleurs, ici, une fois de plus, que confirmer les données de la physiologie. L'observation prouve, en effet, que, à masse cérébrale égale, les dispositions morales et intellectuelles varient notablement d'un individu à l'autre. « Ici vient échouer tout ce que l'on peut avancer sur le cerveau, considéré seulement quant à sa masse. Selon les physiologistes que j'ai cités plus haut, et qui mesurent la masse cérébrale, soit considérée en elle-même, soit comparativement aux autres parties du corps, il faut, amasse égale du cerveau, s'attendre non seulement aux mêmes facultés, mais même, à peu près, au même degré de manifestation de ces facultés. Cependant, l'expérience nous enseigne tout autre chose ; avec une masse égale de cerveau, l'on trouve les différences les plus marquées, tant pour le caractère moral, que pour le caractère intellectuel. 11 n'est pas ici question de nuances qui pourraient s'expliquer par la constitution du corps, par l'éducation, etc. Il est question
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des différences les plus essentielles, et qui sont manifestement l'ouvrage de la nature, qui triomphe dans ces cas de toutes les influences extérieures... Comment expliquer cette variété de penchants et de facultés? »
Il n'en est qu'un moyen : c'est d'admettre que, chez l'imbécile comme chez l'homme de génie, les particularités intellectuelles et morales tiennent au développement plus ou moins considérable de parties cérébrales particulières, « que ce n'est pas la masse absolue du cerveau, qui détermine seule, ni tel caractère moral, ni tel génie ; mais que chaque partie cérébrale, en particulier, en tant qu'elle a acquis un développement plus ou moins favorable, peut modifier le degré de manifestation de telle qualité morale, et de telle faculté intellectuelle particulière ». D'où il résulte nécessairement « que les différentes parties cérébrales ont des fonctions différentes à remplir; que la totalité du cerveau n'est point un organe unique ; que chacune de ses parties intégrantes est un organe particulier, et qu'il existe autant d'organes particuliers qu'il y a de fonctions de l'âme essentiellement distinctes » (11, 245-246).
Il n'y a, certes, pas lieu de s étonner qu'il en soit de l'activité mentale comme de la vie organique et de l'activité sensorielle. De même qu'il y a plusieurs viscères et plusieurs organes des sens, de même il est tout naturel qu'il y ait plusieurs organes de l'âme. Cependant la pluralité des organes cérébraux est de telle importance pour Gall, qu'il juge nécessaire d'en apporter une démonstration systématique, et de la fonder sur un ensemble imposant de preuves anatomiques, physiologiques et pathologiques.
I. — Les preuves anatomiques sont au nombre de trois (11, 2o2-2&Q) :
1° « Les facultés de l'animal sont d'autant plus multipliées, que son cerveau est plus composé ». La vie organique se développe au fur et à mesure que l'organisme se perfectionne ; de même la vie animale (Gall veut dire : psychique) progresse comme le système nerveux. L'anatomie comparée démontre qu'à tout viscère nouveau répond une fonction nouvelle, d'autant plus compliquée que l'organe est plus complexe. La même gradation se rencontre dans la structure du cerveau : « Les parties intégrantes du cerveau augmentent en nombre et en
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développement, à mesure que l'on passe d'un animal moins parfait, à un animal plus parfait », et le nombre, ainsi que l'énergie des facultés, s'accroît parallèlement. « Comment, lorsque l'on voit la nature suivre une semblable marche, peut-on douter encore que chaque partie du cerveau a des fonctions différentes à remplir... ? » (II, 253-254).
2° « L'analogie qui existe entre l'organisation du cerveau et celle des autres systèmes nerveux, prouve que le cerveau est composé de plusieurs organes ». Tout système nerveux autre que le cerveau comprend un ensemble d'organes, dont chacun pour sa part répond à un viscère, à un mouvement, à un sens particuliers. Cette activité végétative, motrice ou sensorielle est sa fonction propre, dans l'accomplissement de laquelle il ne peut ôtre suppléé par aucun autre. La continuité de la nature interdit de penser que le cerveau puisse être taillé sur un autre modèle (II, 258).
3° « Les différences les plus marquées de la structure de l'encéphale, chez les différents animaux, correspondent à des différences marquées dans ses fonctions ». C'est ainsi, par exemple, qu'aux différences constantes qui distinguent l'homme de
l'animal, au point de vue des facultés intellectuelles, répond, du point de vue anatomique, l'absence constante chez tout animal des « parties cérébrales situées dans la partie antérieure-supérieure, et supérieure-postérieure du frontal », qui, nous y reviendrons, constituent l'apanage exclusif de l'humanité (II, 265).
II. — Les preuves physiologiques sont au nombre de six (II, 266-290) :
1° « Dans tous les êtres organisés, des phénomènes différents supposent des appareils différents; donc les différentes fonctions de Tâme et de l'esprit supposent également des organes différents dans le cerveau ». Dans le règne végétal, dans le règne animal, toute fonction distincte est remplie par un organe distinct, qui lui est rigoureusement et exclusivement adapté. L'activité sensorielle comporte autant d'organes spéciaux, que l'animal et l'homme ont à « recevoir d'espèces essentiellement différentes d'impressions du monde extérieur». Si la manifestation des qualités morales et des facultés intellectuelles suppose des conditions matérielles, c'est-à-dire le cerveau; si les facultés manifestées par le cerveau sont très différentes chez l'animal et
LA PLUrtALITÉ DES ORT.ANES CKRKBRAUX 107
chez rhomme ; si les sentiments, les penchants, les instincts diffèrent essentiellement des facultés intellectuelles; si les facultés intellectuelles diffèrent essentiellement entre elles, « il faut admettre qu'il existe dans le cerveau autant d'organes distincts, qu'il existe de forces de l'âme essentiellement distinctes ». Sinon, c'en serait fait de la continuité de la nature et de l'uniformité de ses lois (11, 266).
2° « Une espèce d'animaux est douée de facultés et de qualités dont une autre est privée ; cela serait inexplicable, si chaque fonction particulière du cerveau n'était pas propre à une partie cérébrale particulière ». Gall, ici encore, raisonne par analogie. Si une espèce est, par exemple, privée d'odorat, le phénomène nous est très concevable, car nous la supposons, immédiatement, privée d'organe olfactif. Mais, si nous admettions un seul organe pour tous les sens, le fait nous deviendrait inexplicable. Puisque les différentes espèces animales présentent des instincts différents, il nous faut, de toute nécessité, également admettre l'existence d'organes cérébraux différents. Car, si le cerveau était l'organe homogène de tous les instincts et de toutes les facultés, nous ne saurions com-
prendre pourquoi tout animal ne les possède pas tous ni d'où vient la supériorité de l'homme. Une fois admise, au contraire, la pluralité des organes cérébraux, ces difficultés n'existent plus pour nous (II, 27i).
3" « Les qualités et les facultés qui se trouvent chez tous les individus de la même espèce, existent chez ces divers individus à des degrés très différents, ce qui ne peut s'expliquer que par le différent degré d'activité des différents organes de ces qualités ou de ces facultés » . En effet, ces différences ne tiennent pas à l'éducation et ne peuvent s'expliquer « à l'aide d'un seul organe ». Les variations inévitables dans le développement relatif d'organes différents nous en rendent, au contraire, aisément raison (II, 274).
4° « Dans le même individu, les différentes qualités primitives ou fondamentales existent à des degrés très différents, ce qui encore ne pourrait pas avoir lieu, si chaque qualité primitive ne dépendait pas d'un organe particulier ». De nouveau, Gall fait appel à la continuité de la nature. Les anatomistes ont démontré l'indépendance des sens, mais cette indépendance pouvait déjà se conclure de la diffé-
rence d'énergie que présentent les différents sens chez le même animal et chez le môme homme. « Si donc, le même phénomène a lieu pour les qualités morales et les facultés intellectuelles, n'en conclura-t-on pas avec raison, que les instruments internes de ces qualités et de ces facultés sont également différents et indépendants les uns des autres? » (II, 277).
5° « Les fonctions essentiellement différentes du cerveau ne se manifestent simultanément, ni chez les animaux, ni dans Thomme ; les unes se manifestent constamment, tandis que d'autres, suivant l'âge du sujet, ou suivant la saison, se manifestent ou cessent de se manifester : phénomènes qui ne sauraient avoir lieu, si toutes les fonctions dépendaient d'un organe unique et homogène ». C'est le procédé uniforme de la nature. Les parties des plantes se développent successivement. Les insectes et les amphibies sont sujets à des métamorphoses. Chez les animaux plus parfaits, les organes destinés à la nutrition, à la circulation, à l'excrétion, se développent à des époques différentes suivant les espèces. Les systèmes nerveux, non plus, n'apparaissent pas simultanément : les plexus et
les ganglions de la poitrine et du bas-ventre précèdent la moelle et ses nerfs ; à la naissance, les organes sensoriels ne sont pas tous également développés, et tous n'entrent pas en activité au même moment. 11 est donc bien naturel que l'activité mentale ne soit pas, elle aussi, donnée, dès le début, tout entière, et que, dans la progression et la régression de ses manifestations, elle suive normalement un ordre défini. L'observation démontre qu'il en est bien ainsi. Mais il n'en peut être ainsi qu'à condition que le cerveau ne constitue pas un organe unique et homogène (II, 281).
6° « Une contention d'esprit soutenue ne fatigue pas également toutes les facultés intellectuelles. La principale fatigue n'est jamais que partielle, de façon que l'on peut se reposer, tout en continuant de s'occuper, pourvu que l'on change d'objet. Cela serait impossible, si, dans une contention d'esprit quelconque, le cerveau tout entier était également actif ». La marche repose de l'immobilité; la musique fait plaisir après un bon dîner; l'exercice d'un sens, en général, délasse de la fatigue d'un autre. On le comprend aisément, parce qu'on sait qu'il y a plusieurs organes senso-
LA l'I.URALITK l)i:S OKCJANES CÉRÉBRAUX IH
riels ; car, si l'instrument des sens était unique, il faudrait que la fatigue et la satiété fussent générales. Si donc Tintelligence et l'attention peuvent échapper à la fatigue en modifiant leur occupation, c'est qu'elles ont à leur disposition plus d'un organe, et Bonnet disait déjà : « Si la fatigue cesse lorsque l'âme change d'objet, c'est qu'elle agit par d'autres fibres, (d'autres organes) » (II, 285).
m. — Les preuves pathologiques sont au nombre de deux (II, 290-303) :
1° « L'origine de certaines maladies mentales, et le mode de leur guérison [Gall veut dire : l'utilité thérapeutique des distractions et des changements d'occupation), prouvent également la pluralité des organes de l'âme ». Si un muscle, un membre, un œil, une oreille sont trop longtemps maintenus en état de tension soutenue, leur excitabilité s'exalte, des spasmes, des convulsions, des tremblements involontaires se produisent, les sensations colorées et auditives persistent, une fois même leur cause disparue. De même, si nous nous livrons avec une attention trop exclusive à certains sentiments ou à certaines idées, il finit par ne plus nous être possible de les chasser de notre esprit. C'est là, le
plus souvent, Torigine de la manie partielle, proche parente de la monomanie d'Esquirol, et on se rend aisément compte combien cette conception nosologique devait convenir à Gall : si le cerveau était un organe homogène, la manie partielle, en effet, serait incompréhensible. L'existence des manies partielles suppose celle d'organes particuliers, à l'exaltation desquels elles répondent (II, 290).
2° « Des qualités morales ou des facultés intellectuelles peuvent, par une maladie, par une excitation, par une blessure, etc., être troublées, émoussées, ou exaltées, tandis que d'autres fonctions de l'âme sont dans un état tout différent, ou bien dans l'état de santé : phénomène qu'il est impossible de concevoir dans l'hypothèse que le cerveau tout entier n'est que l'organe unique et homogène de la manifestation de toutes les qualités et de toutes les facultés », Et Gall allègue, entre autres exemples, les amnésies partielles des noms et des substantifs, consécutives aux commotions ; les hypermnésies qui résultent de l'ivresse ou de la fièvre; les aliénations relatives « à un seul objet », d'où leur nom de « manie raisonnante » ; les cas nombreux, enfin, où l'imbécillité n'est que partielle
et s'accompagne d'une activité, souvent considérable, de certains instincts et de certaines facultés (II, 293).
Ainsi se trouve établie, selon Gall, la pluralité des organes cérébraux, dont la démonstration était la dernière des conditions posées par lui à la possibilité de toute physiologie du cerveau. Nous ne le suivrons pas plus avant. Il n'importe pas, en effet, à notre sujet, de chercher en quels instincts, en quelles facultés Gall a divisé l'esprit humain, ni en quelles régions du cerveau il les a localisés. Il nous suffit de savoir d'où le principe de cette localisation a emprunté, à ses yeux, sa nécessité et son évidence.
Résumer, comme nous venons de le faire, les démonstrations que Gall a données du rôle du cerveau et de la pluralité de ses organes, c'est établir, du même coup, que la continuité de la nature et la spécificité des organes sont bien les notions directrices auxquelles il fait constamment appel pour fonder sa physiologie du cerveau. Point n'est donc besoin d'y insister bien longuement. Un ra- \n(.U'. retour sur rcnscmblc du raisonnement suffira Blondel. — Psycho-physiologie. 8
pour assurer définitivement notre conviction.
Déjà, la continuité de la nature nous avait conduits à admettre que l'activité mentale, comme toutes les autres, suppose des conditions matérielles, et la spécificité des organes nous avait fait préjuger que des phénomènes nouveaux exigeaient des conditions matérielles nouvelles. Or « le cerveau n'est point nécessaire à la vie ; mais, comme la nature n'a rien fait d'inutile, il faut bien que le cerveau ait une autre destination » ' .
D'une part, donc, nous avons des fonctions supérieures qui ne peuvent se passer de conditions matérielles, mais qui ne peuvent les trouver ni dans les viscères, ni dans les systèmes nerveux inférieurs, déjà affectés à d'autres emplois. D'autre part, nous avons un organe, le plus complexe et le plus achevé de tous, qui ne répond ni aux fonctions vitales, ni aux fonctions motrices, ni aux fonctions sensorielles, puisque viscères, plexus et ganglions sympathiques, moelle et organes des sens sont là pour les remplir.
La continuité de la nature, la spécificité des