‹ La psycho-physiologie de Gall; ses idées directricesChapitre 15 sur 25 · INNÉITÉ ET ORGANISATION · texte numérisé non relu

INNÉITÉ ET ORGANISATION

matériels, et que ceux-ci sont multipliés et diversifiés, suivant que les facultés de l'âme sont plus variées et plus nombreuses. Nous voyons des instruments pour les mouvements volontaires, des systèmes nerveux pour les fonctions des sens; nous voyons un cerveau dont les systèmes particuliers se compliquent toujours de plus en plus, et qui offrent dans l'homme l'organisation la plus parfaite. Les propriétés marchent donc toujours d'un pas égal avec les appareils matériels » (I, 7).

Ainsi, à tout penchant, à toute faculté nouvelle répond nécessairement une complication nouvelle de l'organisme, et toute disposition intellectuelle ou morale, comme toute manifestation vitale, est conditionnée par un organe. Mais alors, l'organisation, à elle seule, devient la démonstration de l'innéité des penchants et des facultés. En effet, si le sensuaUsme était vrai, les individus et les espèces se trouveraient pourvus par la nature d'une foule d'appareils d'une extrême complexité, qui ne leur serviraient cependant à rien, puisque les facultés résulteraient chez l'homme et l'animal de la seule action des causes externes (11, 24).

Il ne saurait en être ainsi. Tout organe doit avoir nécessairement son activité propre et originale, et « les différences qui existent entre les espèces et les individus » ne peuvent ôtre fondées que « sur les modifications de leur organisme ». Malgré l'identité du sol, du climat et des circonstances, chaque animal, comme chaque plante, a, « en vertu de son organisation », ses propriétés spécifiques. Sinon, à quoi bon les organisations et leurs diverses modalités ? De même pour l'homme. « Si, dès sa naissance, ses qualités intellectuelles et morales n'étaient pas déterminées par sa nature primitive, et si la possibilité de les exercer n'était pas dépondante de son organisation, ce serait sans aucun but que son organisation serait si achevée et la structure de son cerveau si parfaite » (II, 26).

En résumé, un organe étant donné, tout ce que nous avons appris de la nature et de ses lois exige qu'il serve à quelque chose, autrement nous ne saurions vraiment que penser de sa j)résence; et ce à quoi il peut servir ne peut ôtre que ce pour quoi il a été préalablement organisé. Donc, d'une manière générale, son activité ne procède que de

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Ivii-même, et la. faculté, qui sans lui ne serait pas, osl nécessairement innée.

La connexité apparaît ainsi extrêmement étroite chez Gall entre l'innéité des facultés et la dépendance où elles sont de Torganisation . Ce sont, plutôt que principes, points de vue différents, auxquels nous sommes successivement invités à nous placer, suivant que nous avons à envisager l'activité mentale en psychologues ou en anatomophysiologistes. Et il ne semble pas moins évident que Gall y est, pour une grande part, amené par la considération que la nature procède partout de môme et obéit en tout aux mêmes lois. L'activité mentale ne saurait être dans le monde quelque chose d'absolument nouveau, de radicalement différent de tout ce qui la précède, en tant, du moins, que l'on considère l'ensemble de ses conditions. Elle n'apparaît pas brusquement ; elle s'installe progressivement dans l'animal pour s'épanouir dans l'homme. Elle ne peut pas, à son terme, ne pas répondre aux mêmes conditions qu'à ses débuts.

Or la vie organique est manifestement subordonnée à des conditions matérielles, et c'est au

sein de ces conditions matérielles que, à l'occasion de quelques modifications organiques, la vie consciente apparaît. Dès l'abord, l'activité mentale relève de l'organisme ; elle en relèvera donc dans tout le cours de son développement. Or tout organe est donné, avec toutes ses caractéristiques, avant le milieu dans lequel il a à intervenir, et tient de lui-même toutes ses propriétés. Les propriétés des organes psychiques ne peuvent se soustraire à cette nécessité, et les penchants et facultés qu'elles constituent sont donc, de ce chef, innés. De par la continuité de la nature, l'innéité des facultés et la dépendance où elles sont de l'organisation ne sauraient ainsi être mises en doute. Telle a été, au moins, une des voies par lesquelles Gall a établi ces points fondamentaux de sa doctrine.

Reste maintenant à préciser de quelle partie de l'organisme dépendent les facultés psychiques. C'est une question dont il n'est pas possible de méconnaître la portée : « On a dans tous les temps regardé comme très importantes les recherches qui avaient pour but de faire connaître les organes par lesquels les animaux et l'homme reçoivent les impressions matérielles du monde extérieur; sera-

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t-il moins intéressant, moins noble de tâcher de découvrir les organes des facultés supérieures de l'esprit?» (I, 163).

Nous voici parvenus au cœur même de la doctrine. Car, maintenant qu'il est avéré que les penchants et les facultés sont innés et dépendent de l'organisation, il faut démontrer de quelle partie de l'organisme ils relèvent précisément. Si l'organe de l'âme n'est pas exclusivement le cerveau, Gall se trouve arrêté au seuil môme de sa physiologie cérébrale. Il lui importe donc, au plus haut degré, d'établir, sans contestation possible, le rôle mental du cerveau. Pour cette démonstration, la continuité de la nature et la spécificité des organes vont lui être, simultanément, d'un indispensable secours.

11 est des physiologistes pour lesquels aucune fonction n'est possible sans l'intervention de toute l'organisation. Gall reconnaît, bien entendu, que tout organe est soumis aux lois générales de l'orga-

nisme, et que, pour indépendant qu'il soit de tous les autres quant à ses fonctions particulières, il demeure en communication avec tout le corps en général. Mais de là à conclure que c'est le corps tout entier qui est Tinstrument de chaque fonction particulière, il y a un abîme. Parce qu'un œil arraché ne v'oit plus, on n'en attribue pas pour cela la vision au corps pris collectivement. Autrement, on ne pourrait comprendre que, au seul dérangement d'un organe donné, le corps cessât une fonction, que l'étude des parties isolées et de leur rôle donnât des résultats, ni, enfin, que la nature eût construit tant d'appareils particuliers, puisque un moyen unique suffisait à toutes ses fins. « Mais, si elle a construit un appareil particulier pour chaque fonction, pourquoi aurait-elle fait une exception pour le cerveau? Pourquoi n'aurait-elle pas destiné cette partie si artistement construite, à des fonctions particulières? » (II, 169).

Il est impossible, d'autre part, de localiser l'activité mentale ailleurs que dans le cerveau. Ainsi l'exige la spécificité des organes. Nul n'a jamais eu l'idée de situer l'âme dans les os, les ligaments, les membranes, les muscles, le tissu cellu-

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laire, les vaisseaux, les glandes, etc. En revanche, on lui a assigné pour sièges : le cœur, mais le cœur est un muscle qui sert à la circulation ; le foie, mais le foie sécrète la bile « et l'on imaginera difïicilement que ce fluide soit l'intermédiaire entre l'âme et le corps » ; les reins même, d'après la Bible, mais ce ne peut être que métaphore, car, comme ils « sont chargés de la sécrétion de l'urine, ce serait une idée ignoble que d'y chercher l'origine des passions et des conceptions ».

Sans doute, dans toute affection violente, les viscères se trouvent intéressés, mais ils ne le sont que par sympathie. Concevoir autrement leur rôle, c'est confondre « l'organe qui produit une affection ou une passion, avec les viscères sur lesquels agit cette affection ou cette passion ». Entre les viscères et le système nerveux, entre les différents systèmes nerveux, il existe assurément tout un ensemble d'influences réciproques, mais ce fait « ne prouve nullement que la terreur, l'angoisse, le chagrin, l'envie, la haine, l'amour, la jalousie, etc., ont leur siège là où l'on ressent ces affections ».

Du reste « tous les viscères portent le caractère

des fonctions mécaniques dont ils sont chargés, ou bien, tout y est arrangé pour opérer une sécrétion ou pour remplir un but qui n'a rien de commun avec les fonctions intellectuelles ou morales ». Donc, hors du système nerveux, toutes les parties du corps ont déjà leurs fonctions définies, et aucune d'elles ne saurait, par conséquent, passer pour produire les instincts, les aptitudes industrielles, les passions, les facultés, la volonté et la raison.

De même, tous les systèmes nerveux, si l'on en excepte le cerveau, ont, de par la physiologie et l'anatomie comparée, des fonctions déterminées, indépendantes de l'activité proprement mentale. Les plexus nerveux et les ganglions de la poitrine et du bas-ventre, d'une part, concourent au fonctionnement des viscères, communiquent avec le cerveau par l'intermédiaire de la moelle, et font le lien entre la vie automatique [Gall veut dire : organique) et la vie animale [Gall veut dire : psychique) ; d'autre part, ils existent chez l'huître, par exemple, qui est manifestement affranchie de nos passions et de nos affections, et restent identiques chez les mammifères, cependant que varient

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les penchants et les facultés (II, 163-167). De même, la spécificité des sens nous est une garantie que leurs organes ne peuvent servir à une autre fin. De tous les systèmes nerveux, le cerveau reste donc le seul à pouvoir être considéré comme le siège des facultés intellectuelles et des qualités morales.

Ainsi l'existence même du cerveau est une preuve qu'il doit servir à quelque chose, et, tous les autres viscères, tous les autres systèmes nerveux ayant leur rôle à remplir, l'activité mentale demeurerait res nidlius, si le cerveau n'en faisait pas son affaire.

Le cerveau est l'organe spécifique de toutes les qualités morales et de toutes les facultés intellectuelles. Les preuves, d'après Gall, en sont innombrables, et rempUsscnt toute son œuvre. Mais cette spécificité ne sera jamais plus évidente, que si l'existence d'un constant parallélisme entre le développement psychique et le développement cérébral peut être rigoureusement établie. C'est pourquoi, de l'anatomie comparée, de la physiologie, de la pathologie, des sciences naturelles en général,

Gall dégage un faisceau de douze preuves qui lui paraissent démontrer définitivement qu'à toute variation de la masse cérébrale répondent des variations de l'activité mentale (II, 173-184) :

1° Dans la séiie des êtres et des espèces, depuis l'insecte jusqu'à l'homme, plus le système cérébral se développe, plus les qualités et les facultés s'accentuent. Entre celles-ci et celui-là, il existe donc une proportionnalité constante (II, 174).

2° Dans une même espèce, les cerveaux, d'une part, les facultés et les qualités, de l'autre, sont, dans leur ensemble, normalement identiques; et, réciproquement, « toutes les fois que l'on observe dans les animaux des qualités et des facultés différentes, Tanatomie comparée découvre des différences essentielles dans leurs cerveaux ». Donc tous les hommes sont spécifiquement égaux : « Toutes les différences qui existent à cet égard, se réduisent à de simples nuances. Or, comme je trouve dans le cerveau du Nègre les mêmes parties que dans celui de l'Européen, il est certain que le Nègre et l'Européen occupent le même degré dans l'échelle du règne animal » (II, 17u).

3° Plus les défectuosités du cerveau sont mar-

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