‹ La psycho-physiologie de Gall; ses idées directricesChapitre 18 sur 25 · DE LA VIE MENTALE · texte numérisé non relu

DE LA VIE MENTALE

Dans son Cours de Philosophie Positive, malgré « le prétendu organe de la théosophie, superfétation évidemment absurde », mais où il ne veut voir « qu'une simple concession dictée par la prudence » \ A. Comte décerne solennellement à Gall un brevet de positivisme ".

C'est, d'abord, que Gall marque, en effet, pour la métaphysique un vigoureux mépris, et parle des plus grands philosophes sur le ton le plus cavalier. « Il faut, dit-il à propos de la glande pinéale, que Descartes eût des idées bien rétrécies de la structure du cerveau et des fonctions de l'âme, pour

i. K(!. SclilcicliL-r, l'tOS, 111, 43.i. 1'. Loc. cil.. 403, 4U4, 41 'J. 422, 42(1.

croire qu'elle avait son siège dans une partie si insignifiante » (I, 223). Après avoir cité Zenon et son fatalisme, Descartes et ses animaux-machines, Malebranche et sa vision en Dieu, Helvétius et sa table rase, Leibniz et ses monades, il s'écrie : « Voilà quelques échantillons des efforts des philosophes, dont plusieurs ont fait l'admiration de leur siècle ! » (IV, 254) . Le système de Kant lui « paraît d'une généralité telle qu'il ne trouve d'application à aucune science ni à aucun art ». Kant et ses disciples se perdent « dans le vague », et construisent « tout le monde extérieur avec de prétendus matériaux pris dans leur intérieur, au lieu de faire de l'observation la base de leurs raisonnements ». Toute métaph3'^sique est, somme toute, impossible : « 11 paraît prouvé par l'expérience que tant que l'homme est condamné à habiter cette terre, il n'y a pas de fruit à tirer pour lui des spéculations de cette sublime philosophie, et que nous ferons très bien, par conséquent, de nous renfermer dans la sphère d'activité que nous offre le monde des réalités » (IV, 121-122).

Aussi, sans prononcer contre l'observation inté-

rieure le même ostracisme que Comte, témoignet-il à son égard de la plus vive défiance, et finit-il par condamner sans appel la psychologie métaphysique : « Je suis loin de nier que Ymtuition intérieure ne puisse devenir aussi un objet d'observation ; mais lorsque je vois que cette intuition conduit, dans chaque individu, à des conclusions différentes, et ne se prête, par conséquent, à aucune observation certaine; lorsque je vois qu'au milieu du monde corporel, qu'au miUeu d'institutions fondées sur la matière et les corps, les métaphj^siciens, comme Berkeley l'a déjà fait, il y a plus d'un siècle, vont jusqu'à révoquer en doute l'existence de la matière parles sophismesles plus puérils, soit dans l'intention d'éloigner d'eux le reproche du matériahsme, soit que, par une semblable extravagance, ils prétendent s'élever au-dessus de l'humble observateur de la nature ; lorsque je vois dans tous les siècles les efforts aussi solides que profonds des idéologistes tour à tour se détruire et se renouve 1er ; lorsque je vois que les métaphysiciens de profession affectent une aversion pour les recherches sur l'homme tel qu'il existe : je doute que jamais un tel emploi de l'esprit métaphysique puisse pré-

tendre à un autre mérite qu'à celui de la simple spéculation » (IV, 122-123) ^

C'est, d'autre part, que Gall décline toute prétention à « expliquer les premières causes des phénomènes non seulement de la vie animale [Gall veut dire : psychique), mais même de la vie organique ■ » . Il proclame prudent « de n'entreprendre jamais l'explication d'une force quelconque dans la nature » (II, 281). Toutes les définitions qui ont été données de la vie, même par Kant et Bichat, ne nous présentent jamais « que des conditions isolées de la vie, ou quelques-uns de ses premiers et de ses plus importants effets ; et presque toujours des

1. Cf. A. Comte, Cours de Philosophie Positive. Ed. Schleicher, 1907, I, 20 : « Cette prétendue méthode psychologique est donc radicalement nulle dans son principe... Les résultats d'une aussi étrange manière de procéder sont parfaitement conformes au principe. Depuis deux mille ans que les métaphysiciens cultivent ainsi la psychologie, ils n'ont pu encore convenir d'une seule proposition intelligible et solidement arrêtée. Ils sont, même aujourd'hui, partagés en une multitude d'écoles qui disputent sans cesse sur les premiers éléments de leurs doctrines. L'Observation intérieure engendre presque autant d'opinions divergentes qu'il y a d'individus croyant s'y livrer. Les véritables savants, les hommes voués aux études positives, en sont encore à demander vainement à ces psychologues de citer une seule découverte réelle, grande ou petite, qui soit due à cette méthode si vantée ».

2. Recherches sur le Système Nerveux, etc., Introduction, p. &.

choses que Ton devrait considérer comme des propriétés essentielles et inhérentes aux corps, sont personnifiées et transformées en substances réelles » (I, 4). Jamais les ph^^siologistes « n'expliqueront la vie ; jamais ils ne remonteront aux forces premières. Il est de fait que les hommes doués de la plus grande sagacité ont échoué toutes les fois qu'ils ont voulu s'élever au-dessus des phénomènes et des conditions de ces phénomènes » (11, 149). Dans l'ignorance oii nous sommes « en général des forces primitives de l'organisme vivant » (1, préface, p. xxvii), il convient de s'en tenir, en tout, au pur examen et à la simple exposition des faits, « indépendamment de toute explication » (I, 4).

Les fonctions de la vie animale {Gall veitt dire : psychique) ne nous sont pas plus intelligibles que celles de la vie en général. Nous ne savons pas comment l'œil voit, ni comment l'unité du moi est conciliable avec la multiplicité des impressions sensorielles, des mouvements volontaires, des instincts, des facultés (11, 270) : « 11 est prouvé à la vérité que le 7noi subsiste malgré la grande diversité des instruments des sensations et des facultés. Je dis qu'il est prouvé qu'il existe, mais je

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renonce pour toujours à expliquer comment » (II, 314).

Par conséquent, « il est ceilain qu'il n'y a que les phénomènes et les conditions matérielles de leur existence qui soient du domaine de nos recherches, tant dans la vie animale [GaU cent dire : psychique) que dans la vie organique » '. Ainsi Gall entend se borner « aux phénomènes », ne faire « aucune recherche sur la nature de l'âme et du corps », n' « expliquer l'essence d'aucune de leurs facultés » (II, 56), ne pas s'enquérir de difîérenccs métaphysiques, insaisissables pour nous, qui n'importent nullement à la connaissance des conditions matérielles des manifestations psychiques (II, 207). Il s'applique à déterminer le « rapport nécessaire et immédiat » de « la structure des parties du cerveau » « avec leurs fonctions », mais non à « expliquer aucune faculté par la structure anatomique, ni de toute autre manière » (I, prrface, pp. xvixvii).

Aussi se rcfuse-t-il avec insistance à confondre « organe » et « siège de l'âme » (II, 147), « con-

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