‹ La psycho-physiologie de Gall; ses idées directricesChapitre 19 sur 25 · Idem, p · texte numérisé non relu

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ditions » et « causes efficientes », et à faire des facultés « un produit de l'organisation » (II, 4) : « Nous appelons organe la condition matérielle qui rend possible la manifestation d'une faculté. Les muscles et les os sont les conditions matérielles du mouvement, mais ne sont pas la faculté qui cause le mouvement ; l'ensemble de l'organisation de l'œil est la condition matérielle de la vue, mais ce n'est pas la faculté de voir. Nous appelons organe de l'âme une condition matérielle qui rend possible la manifestation d'une propriété de l'âme. Nous disons que l'âme, dans cette vie, pense et veut par le moyen du cerveau ; mais si l'on en conclut que l'âme est le cerveau, ou que le cerveau est l'âme, c'est comme si l'on disait que les muscles sont la faculté de se mouvoir ; que l'organe de la vue et la faculté de voir sont la môme chose. Dans les deux cas on confond la faculté avec les organes, et les organes avec la faculté » (II, 56).

Une semblable manière de voir, une semblable position du problème psychologique, une semblable conception de la méthode nécessaire pour le traiter, sont bien, à première vue, de nature à être taxées de positivistes. Mais Gall, en insistant sur

le point de vue tout phénoméniste qui est le sien, semble préoccupé, pour le moins, autant de se défendre contre l'accusation de matérialisme, en établissant qu'il ne tranche aucunement la question de l'existence de l'âme, que d'éliminer de sa recherche un problème insoluble, parce que sans objet.

Il ne considère pas que la matière est la seule substance, puisqu'il ne confond ni l'organe avec la faculté, ni l'âme avec le cerveau : « Si Ton voulait... nous appeler matérialistes, parce que nous disons que toutes les dispositions sont innées, et que leur exercice dépend d'organes matériels, il faudrait prouver, qu'en parlant ainsi, nous ne reconnaissons d'autre substance que celle de la matière, et que nous rejetons toute autre faculté » (II, 56). Et il en vient à affirmer très nettement l'existence de l'âme : « 11 n'existe, suivant nous, qu'une seule et même âme, qu'un seul et même esprit, qui voit, sent, goûte, entend et touche, qui pense et qui veut. Mais, pour que cette âme acquière la conscience de la lumière et du son, pour qu'elle puisse sentir, goûter et toucher; pour qu'elle puisse manifester ses différentes sortes de pensées et de

penchants, elle a besoin de divers instruments matériels, sans lesquels l'exercice de toutes ces facultés lui serait impossible » (II, 60).

Par conséquent, si nous comprenons bien, l'âme existe, selon Gall, mais elle ne nous est ni directement ni indirectement connaissable, et c'est un agnosticisme ^ bien plutôt qu'un positivisme, qu'il faudrait, à cet égard, reconnaître dans cette doctrine. A moins que, comme tendrait à le faire croire la préoccupation que montre Gall de repousser les accusations de matérialisme et de fatalisme, ce ne soient ici les manifestations multipliées d'une prudence excessive, devant les hostilités du siècle et les éventuels dangers que la hardiesse de ses idées, si elles s'étaient étalées sans voile, eût risqué de lui faire courir.

Dans cette hypothèse, Gall aurait parlé de l'existence de l'âme, comme Comte veut qu'il ait fait pour l'existence de Dieu, sans trop y ajouter foi, et uniquement pour désarmer de puissants adversaires. Mais Gall, dont Garnier nous dit qu'il était

1. « Cotnmonl saisir les conditions mali-rielies du principe immatériel, (jui se manifeste par son action, et semble se flérober à nos recherches...'/ » (Discours d'onrerlure, etc., p. 'J).

« plein de candeur et déloyauté » ', fait une grande place à Dieu dans son ouvrage et, arrivé au terme de son œuvre, a ce cri de foi et d'admiration : « Qu'on récapitule les aptitudes industrielles, les instincts, les penchants, les sentiments et les facultés qui, depuis l'insecte jusqu'à l'homme, caractérisent et diversifient l'immense multitude des êtres sensibles, et l'on se prosternera, pénétré d'adoration, devant le Créateur qui a su transformer si peu d'étoffe en instruments de puissances si nombreuses et si sublimes. Faudra-t-il alors jeter la pierre au physiologiste qui, dans son étonnement, s'écrie : Dieu et cerveau, rien que Dieu et cerveau ! » (IV, 260). 11 est peu vraisemblable qu'un homme, réputé loyal et candide, ait poussé jusque-là la prudence. Il est plus simple d'admettre que, à sa manière, Gall a cru très sincèrement à l'existence de l'âme et à l'existence de Dieu, et que le ph3'siologiste, capable de pousser des exclamations d'un accent si religieux, avait encore trop de métaphysique et de théologie en tête pour être un parfait et complet positiviste,

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