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La Psychologie de Condillac

De l’œuvre psychologique de Condillac on ne donne généralement qu’une assez grossière caricature. On réduit cette psychologie à la thèse de la sensation transformée ; on en retient, pour l’illustrer, l’image célèbre de la statue ; et on y voit aussitôt le modèle du sensualisme matérialiste. Il suffirait pourtant, je ne dis pas d'étudier, mais de lire les ouvrages de Condillac — ceux qui traitent de questions philosophiques ne sont pas si nombreux ni si difficiles, qu’on ne puisse les aborder sans peine, — on s’apercevrait vite qu'ils sont plus riches qu’on ne dit, et que les formules, par lesquelles on les résume d’habitude, n’en laissent qu’une idée superficielle et fausse. Loin d’avoir la simplicité banale qu’on lui prête, la pensée de Condillac se déploie d’une manière subtile et complexe. Elle trahit de multiples préoccupations. Au total, celles-ci révèlent une attitude constante, plus originale peut-être qu’on ne croit; mais dans le détail, elles se traduisent par des expressions variées, qui seules donnent à la doctrine sa vraie figure.

C’est un fait : la pensée de Condillac a évolué. Les réflexions qu’on découvre dans le Traité des sensations ne sont plus tout à fait celles qui avaient inspiré l'£ssai sur l’origine des connaissances humaines. Plus exactement, le centre d’intérêt s’est déplacé d’un ouvrage à l’autre, et les deux livres n’abordent pas le même problème. Que ces changements se soient accomplis dans

des circonstances qu’il appartient à l’histoire de recher- LE ROY I-1I

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