AVANT-PROPOS
cher, nul ne le conteste : les motifs qui ont agi sur la pensée d’un philosophe demandent à être précisés. Mais ce qu'il importe de souligner d’abord, c’est qu’il y eut évolution. Si l’on ne tient pas compte de ce fait, on ne comprend pas les caractères propres de l’£ssar et du Traité : on prend le second de ces ouvrages pour la réédition du premier, et on ne voit pas que dans l’intervalle qui les sépare un problème a surgi. Encore une fois, des difficultés avaient apparu, auxquelles ce nouveau problème correspond; mais ce sont précisément ces difficultés qu’il faut apercevoir, si l’on veut saisir l’unité du système.
Les vicissitudes de la pensée condillacienne offrent un intérêt profond. Elles ne font pas seulement connaître, d’une façon plus exacte, l’histoire d’une doctrine ; elles permettent d’en dégager le sens. Il suffit de comparer les œuvres qui en développent les thèses principales : on s'aperçoit que les conceptions de Condillac relatives à la psychologie, loin de se suffire, supposent toute une philosophie. Cette philosophie ne ressemble en rien à celle qu’on attribue communément aux hommes du xvi® siècle : ce n’est ni un empirisme banal, ni un matérialisme. Au contraire, les analyses où elle se résume aboutissent à un intellectualisme décidé; elles impliquent même un panlogisme d’une rigueur extrême. Ainsi font-elles toucher, par les grands systèmes qu’elles évoquent, aux sommets de la métaphysique ; elles s’apparentent aux philosophies les plus hautes. Elles laissent voir, en tout cas, à propos de questions en apparence très humbles, l’une des intuitions philosophiques les plus hardies, mais peut-être la plus décevante.
La première édition des Œuvres complètes de Condillac a été préparée par l’abbé de Mably, puis publiée par Arnoux et Mousnier, 23 vol., Paris, 1798. Elle a été établie conformément aux manuscrits autographes de