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qu'ils sont satisfaits, parce qu’ils sont d’ordre physique ; mais les nôtres ne s’apaisent jamais et se ravivent en toute occasion, car par la réflexion ils « se nourrissent de tout ce que les circonstances peuvent leur offrir » ‘. Ce n’est pas que nous ayons à les subir passivement, sans nous occuper de savoir s’ils sont bons ou mauvais : nous avons à vaincre nos défauts et à nous appliquer à devenir meilleurs ; mais seule une discipline où la raison intervient pourra nous élever audessus de nos passions. La supériorité que nous avons sur les animaux dans le domaine de lintelligence se retrouve à nouveau dans le domaine de la volonté.
De ces remarques une conclusion se dégage : « c’est que, dans les bêtes, l’entendement et la volonté ne comprennent que les opérations dont leur âme se fait une habitude, et que dans l’homme ces facultés s’étendent à toutes les opérations auxquelles la réflexion préside » ?. En d’autres termes, « les circonstances commandent les bêtes ; l’homme au contraire les juge, il s’y prête, il s’y refuse, il se conduit lui-même, il veut, il est libre » #. La comparaison de l'homme et de l'animal est donc particulièrement instructive. Elle montre d’abord la progression qu’il y a de l’animal à l’homme : sans doute ne peut-on rien dire touchant l’essence de la nature animale par rapport à celle de la nature humaine ; mais on aperçoit dans les actions qui les manifestent des caractères significatifs. Chez l’homme comme chez l’animal, tout dérive de la sensation ; l’homme s’élève seulement plus haut que l’animal dans le développement de ces facultés, et, partant, il le dépasse sans pouvoir toutefois en être séparé : il lui est supérieur. Or, d’un autre côté, l’analyse de la sensibilité animale révèle en celle-ci une réalité
1 Jbid., p. 600. 2n]bid.; "Part TI SCh. Xp -1029-026:
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d'ordre spirituel qu’on ne saurait confondre avec la matière. Aussi la comparaison instituée entre l’animal et l'homme conduit indirectement à reconnaître la spiritualité de l’âme : puisque dès l’impression sensible on se trouve à l’intérieur de la pensée, il devient évident que le développement de la vie psychologique se poursuit sur le même plan. Nul ne doit interpréter les théories de l’Æ£ssai ou du Traité dans un sens matérialiste, car les explications du Traité des animaux leur donnent un sens tout différent ; la philosophie de Condillac ne peut être qu’un spiritualisme.
Mais à ces indications doivent s’en ajouter d’autres, si l’on veut définir la nuance de ce spiritualisme. C'est à La logique et à La langue des calculs, toutes deux posthumes, qu’il faut demander le sens profond de la psychologie développée par Condillac.
À vrai dire, ces deux ouvrages ne traitent de psychologie qu'indirectement. Comme l’indiquent leurs titres, ils sont consacrés à des questions de logique et de méthodologie. Le premier est un livre élémentaire de logique, qui a été demandé à Condillac par le comte Ignace Potocki, « grand notaire de Lithuanie », pour les écoles palatines. Et le second n’a pour but que de « faire voir comment on peut donner à toutes les sciences cette exactitude qu'on croit être le partage exclusif des mathématiques » ‘. Mais, en fait, le lien est plus étroit qu’il ne paraît tout d’abord entre les questions de logique et les questions de psychologie. Pour définir les règles d'une saine méthode, Condillac est bien obligé de faire appel à son expérience personnelle ; il doit se rappeler les procédés qu’il a spontanément suivis dans
1 La langue des calculs, Introduction, p. 8.
l'élaboration de sa doctrine, et c’est seulement par réflexion sur ce qu'il a fait qu’il peut déterminer ce qu’il faut faire. De ce fait, les considérations qu’il développe sur la logique se présentent comme le prolongement de la psychologie qu'ont exposée les ouvrages antérieurs. La méthode donne leur vrai sens aux recherches dont elle est issue. Elle les précise et les éclaire, parce qu’elle manifeste l'esprit qui les anime. Par elle, l'£ssat et le Traité prennent leur signification profonde, et les œuvres de Condillac révèlent une unité singulière. On ne saurait, en tout cas, comprendre la psychologie que ces ouvrages résument, sans l’interpréter par la logique qui en est l’âme.
Aux yeux de Condillac, le seul procédé qui permette d'acquérir des connaissances claires, c’est l’analyse. D’instinct, les enfants y ont recours, et nous-mêmes, quand nous nous laissons guider par la nature, nous n’imaginons pas d'autre méthode. « En effet, que je veuille connaître une machine, je la décomposerai pour en étudier séparément chaque partie. Quand j'aurai de chacune une idée exacte, et que je pourrai les remettre dans le même ordre où elles étaient, alors je concevrai parfaitement cette machine, parce que je l'aurai décomposée et recomposée » ‘. D'ailleurs, «il n’y a pas même jusqu'aux plus petites couturières qui n’en soient pas convaincues : car si, leur donnant pour modèle une robe d’une forme singulière, vous leur proposez d’en faire une semblable, elles imagineront naturellement de défaire et de refaire ce modèle, pour apprendre à faire la robe que vous demandez » ?. D’après Condillac, toute analyse suppose donc une double opération : un travail de décomposition, par lequel on s’efforce de discerner dans un ensemble les éléments qui le constituent, puis
mLorlogique; Part. lé;chIIT p.27. MIDI DE:
un travail de recomposition, qui a pour objet de retrouver l’ordre suivant lequel s’enchaînent les éléments qui ont été distingués. Il serait absurde, en effet, que devant une difficulté nous restions « semblables à des hommes en extase » ‘, sans chercher à démêler la complexité du réel. Il faut que nous renonçions à « tout embrasser d'un coup d’œil » ?, et qu'au contraire nous nous arrèüons à considérer successivement les différents aspects de ce dont nous voulons faire l’étude : « il en faut voir chaque partie l’une après l’autre » *. Mais aussitôt après nous avons à déterminer l’ordre qui existe entre les termes auxquels nous a conduit l'effort de décomposition ; il s’agit en somme, après avoir examiné les choses isolément, d'apprécier « leur situation respective » * : les choses doivent être saisies d'une seule vue, et nous devons pouvoir « nous les retracer ensemble » comme « juger des rapports où elles sont entre elles » * ; alors tout est vu à la fois, quoique d’une manière distincte. « Analyser n’est donc autre chose qu’observer dans un ordre successif les qualités d’un objet, afin de leur donner dans l'esprit l’ordre simultané dans lequel elles
existent. C’est ce que la nature nous fait faire à tous » *.
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2P1bid. D. 18:
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6 Jbid., p. 22. Que Condillac ait toujours défini sa méthode par les mêmes caractères, c’est ce que démontre la lecture du Traité des systèmes. Dès 1749, il opposait en effet l’analyse à la synthèse. La synthèse, disait-il, est une mauvaise méthode, car celui qui la pratique se dispense de toute décomposition préalable et pose immédiatement ses propres définitions : « au lieu de décomposer le sujet sur lequel on se propose de faire un système, on se borne d'ordinaire à rechercher les notions abstraites auxquelles il a des rapports; on prend ces notions pour principes, et on n’imagine pas qu'il y ait quelque chose dont elles ne puissent rendre raison ». Au contraire, l’analyse est un procédé sûr, parce qu’elle « renferme deux opérations : décomposer et composer. Par
Mais en fait c’est aussi ce qui assure aux mathématiques un éclatant succès. Condillac le rappelle avec beaucoup de netteté. Il explique même que l’analyse, telle qu’il l'entend, est la méthode par excellence des sciences mathématiques. Dans l’analyse mathématique, deux procédés sont employés, dit-il : « par le premier on raisonne sur les conditions d’un problème », et « par le second, on va d’équation en équation jusqu’à la solution qu’on cherche » !. Ces deux procédés doivent ainsi se retrouver dans tous les domaines de la recherche scientifique : « par le premier on établit l’état de la question, c’est-à-dire, en d’autres termes, qu'on raisonne sur les conditions, qu'on n’en oublie aucune, et qu’on les traduit dans l’expression la plus simple ; par le second, on va de proposition identique en proposition identique jusqu’à la conclusion qui résoud la question, ce qui est encore, en d’autres termes, aller d’équation identique en équation identique jusqu’à l'équation finale » *. C'est dire, en somme, que l’analyse définie comme un double processus de décomposition puis de recomposition, n’est pas autre chose qu’une extension de la méthode qui est pratiquée dans les sciences mathématiques. Mais n'est-ce pas ce qu’avaient déjà soutenu Descartes et Leibniz? Dès les Regulæ, Descartes avait prescrit une méthode où se retrouvaient tous les caractères de celle que pratiquent les mathématiciens : chaque fois qu’une évidence intuitive ne pouvait être obtenue, 1l fallait procéder par ordre, avait-il dit, et se conformer aux règles où s'expriment les exigences de
la première on sépare toutes les idées qui appartiennent à un sujet, et on les examine jusqu’à ce qu’on ait découvert l’idée qui doit être le germe de toutes les autres. Par la seconde, on les dispose suivant l’ordre de leur génération ». Traité des systèmes, Ch. XVII, P+ 297.
1 La langue ces calculs, Liv. I, ch. XVI, p. 217.
2 Ibid., p. 218.
l’entendement t. Comme l’avait ensuite précisé le Discours de la méthode, deux préceptes devaient être observés dans l'étude des questions complexes : « diviser chacune des difficultés que j’examinerais, en autant de parcelles qu’il se pourrait, et qu’il serait requis pour la mieux résoudre »; puis « conduire par ordre mes pensées, en commençant par les objets les plus simples et les plus aisés à connaître, pour monter peu à peu, comme par degrés, jusqu’à la connaissance des plus composés » ?. Ces deux préceptes correspondaient à la mise en équation du problème et à la résolution méthodique des équations ; ils n’étaient qu’une généralisation de procédés mathématiques. Par eux cependant une méthode se trouvait définie, qui, aux yeux de Descartes, était valable pour toute recherche : la connaissance claire et distincte semblait devoir être le fruit d'une double opération d'analyse puis de synthèse. C’est en tout cas ce qu'à son tour Leibniz avait très nettement affirmé. Dans le De arte combinatoria, et plus tard dans les Meditationes de cognitione, veritate et ideis, il avait sans cesse répété que la connaissance parfaite exigeait l’emploi de l'analyse et de la synthèse *. IT avait considéré que tous les concepts, auxquels parvient l’entendement, devaient pouvoir se décomposer en éléments simples, et qu’inversement tous pouvaient être obtenus par combinaison de ces mêmes éléments. Là encore, la méthode était conçue comme un élargissement ou une transposition de procédés purement mathématiques. Démontrer ou découvrir une vérité impliquait toujours
1 Descartes, Regulæ ad directionem ingeni, Reg. V-VIT; ÉHPAElE Le Xp 970-002:
2 Descartes, Discours de la méthode, IT ; éd. A. T., t. VI, p. 18.
8 Leibniz, Dissertatio de arte combinatoria, éd. Gerhardt, Die philosophischen Schriften, t. IV, p. 27-102; Meditationes de cognitione, veritate et ideis, éd. Gerhardt, Die philosophischen Schriften, tOINP SD 122-420:
qu’on fit successivement usage de l'analyse et de la synthèse. En reprenant les mêmes idées, Condillac s'inspire par conséquent de Descartes et de Leibniz. Il continue la tradition que ceux-ci avaient inaugurée. Comme eux, il demande aux mathématiques de lui enseigner, avec la double méthode de décomposition et de recomposition, le secret même de la logique.
C’est cependant aux applications de cette logique qu'il s'intéresse avant tout. Après avoir défini ce qu'il entend par analyse, et plutôt que d'expliquer les origines de cette méthode, il a le souci de montrer quels services en peut attendre la psychologie. Il veut faire voir que les études poursuivies dans l£ssai sur l’origine des connaissances humaines et dans le Traité des sensations supposent la mise en œuvre des règles qui sont maintenant dégagées ; elles constituent en toute rigueur une « analyse des facultés de lâme » ‘. Ayant en effet remarqué que la faculté de sentir « enveloppe toutes celles qui peuvent venir à notre connaissance » ?, Condillac déclare que cette faculté est celle dont il lui fallait faire l’analyse. C’est pourquoi, dans ses ouvrages, il entreprit de la décomposer, c'est-à-dire « d’observer successivement tout ce qui s'y passe lorsque nous acquérons une connaissance quelconque » %. Considérant ainsi la sensibilité sous son aspect repésentauf, il crut voir se produire l’attention, dès que la sensation devient exclusive, la comparaison, dès que l’attention est double, le jugement, dès que la comparaison révèle des ressemblances et des différences, la réflexion, dès que des jugements se font par une suite de comparaisons, l'imagination, dès que la réflexion assembie des qualités qui appartiennent à des objets distincts, et le raisonne-
1 La logique, Part. I°, ch. VII-VIII, p. 58-77. 2MIbDIT Part RES CHI ED-00" SNIDIT Ep 00:
ment, dès que plusieurs jugements découlent les uns des autres. Envisageant ensuite les données sensibles sous leur aspect agréable ou désagréable, il crut voir naître le besoin, ou le simple malaise, de la souffrance plus ou moins forte que cause une privation, l’inquiétude, du mouvement qui incite à se procurer ce dont le besoin s’est fait sentir, le désir, de l'orientation que prend l’inquiétude, la passion, de l’habitude que crée le désir, l’espérance, le désespoir, la crainte et la confiance, des jugements qui se mêlent au désir ou à la passion. De ce fait il s’est expliqué « comment les facultés de l’âme naissent successivement de la sensation » !. Toutefois ce résultat n’a été atteint que parce que « toutes les opérations de l’entendement » comme « toutes les opérations qu’on rapporte à la volonté » ? se sont trouvées entièrement analysées. Par la décomposition de la pensée en ses mécanismes élémentaires, puis par la recomposition de celle-ci grâce à la réunion de ces mêmes mécanismes, le fonctionnement de lesprit a été mis en lumière. Mais la psychologie qui se dégage de là n’a que la valeur d’une dissection, pratiquée selon les règles d’une logique mathématique.
Aux yeux de Condillac, une méthode est d’ailleurs imparfaite, si elle n’est pas complétée par une langue qui en facilite le maniement : «les analyses atteignent à une précision d’autant plus grande, que les langues sont mieux faites » *; bien plus, « l’analyse ne se fait et ne peut se faire qu’avec des signes » *. N’est-il pas naturel, par conséquent, de recourir à ce moyen, pour bien user de la méthode et procéder d’une manière correcte aux analyses qu’elle impose ? Condillac rappelle que « sans des signes de quelque espèce » nous ne pourrions pas
#Tb1d., Part. Ich. -VIIT, p.70.
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$ La langue des calculs, Introduction, p. 1.
4 La logique, Part. II, ch. III, p. 118.
« nous rendre compte de ce que nous pensons » {. En fait, un langage se constitue très vite : sans doute est-ce d'abord le souci de l’action qui l'inspire ; néanmoins il se développe assez tôt pour lui-même et devient un admirable instrument de réflexion. L'Æssai sur l’origine des connaissances humaines avait insisté déjà sur ce point, en faisant voir l'influence qu’exerce sur le développement des facultés intellectuelles le langage de convention, Grâce à celui-ci, l’homme est capable de démèêler le chaos de ses pensées et de ses actions ; il dispose de termes qui lui permettent de désigner chacun des aspects qu’il aperçoit dans les données de l’expérience, et, par le fait même, il parvient à décomposer ce qui lui semblait d’abord confus : le langage est alors pour lui « une méthode analytique » ?. Il serait ridicule de n’en point profiter. Mais des précautions sont à prendre. L'une des plus importantes est de se laisser guider par l’analogie dans le choix des termes dont on use. En effet, « les langues ne sont pas un ramas d'expressions prises au hasard, ou dont on ne se sert que parce qu’on est convenu de s'en servir. Si l’usage de chaque mot suppose une convention, la convention suppose une raison qui fait adopter chaque mot, et l’analogie, qui donne la loi, et sans laquelle il serait impossible de s’entendre, ne permet pas un choix absolument arbitraire » *. Il faut que les expressions auxquelles nous avons recours représentent clairement « les rapports sous lesquels nous considérons une chose » * : la précision est à ce prix. Mais ce n’est pas tout. Il est évident
Moi Pactail chip 720.
? Ibid., p. 113. « On ne l'a pas vu, parce que, n'ayant pas remarqué combien les mots nous sont nécessaires pour nous faire des idées de toutes espèces, on a cru qu'ils n’avaient d'autre avantage que d’être un moyen de nous communiquer nos pensées ». Ibid Part Al ch sp er
3 La langue des calculs, Introduction, p. 1-2.
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que les mots dont nous nous servons sont de pures dénominations et que, par conséquent, ils n'expriment que ce qui est dans notre esprit. Dans bien des cas, notamment pour tous les termes abstraits, ils ne correspondent à aucun objet réel, mais seulement à ce que nous concevons. C’est pourquoi, dit Condillac, « nous saurons nous servir des mots, lorsqu’au lieu d’y chercher des essences que nous n'avons pas pu y mettre, nous n’y chercherons que ce que nous y avons mis, les rapports des choses à nous, et ceux qu’elles ont entre elles » ‘. Il ne faut les prendre que pour ce qu’ils sont. En vérité, ces précautions semblent des plus utiles. Elles permettent d’éviter une foule d’erreurs, qui sont dues au mauvais usage que nous faisons de notre langue. Elles nous apprennent à ne considérer les signes dont nous nous servons que « comme un moyen dont nous avons besoin pour penser » ?. D’immenses progrès peuvent alors s’accomplir dans tous les domaines du savoir, car nous devenons capables de nous faire sur toutes choses des idées exactes. Au lieu de se perdre en des rêves qui sont le fruit d’une imagination déréglée, l'esprit découvre des vérités précises et claires. Aussi Condillac nous invite à reconnaître « que les langues ne sont que des méthodes analytiques plus ou moins parfaites, et que, si elles étaient portées à la plus grande perfection, les sciences parfaitement analysées seraient parfaitement connues de ceux qui en parleraient bien les langues » ?. Ce qu’il faut donc, ajoute-t-il, c'est une langue bien faite.
Ici encore l'exemple des mathématiques inspire Condillac. Lui-même le fait remarquer : dans La logique, il rappelle « qu’en mathématiques on parle avec pré-
1 La logique, Part. Il, ch. V, p. 136.
2PTDITPD 21007 3 La langue des calculs, Liv. I®', ch. XVI, p. 228.
cision, parce que l’algèbre, ouvrage du génie, est une langue qu'on ne pouvait pas mal faire » ‘; dans Za langue des calculs il insiste également sur l'importance des symboles dans le développement de la pensée mathématique : « l'algèbre est une langue bien faite, et c’est la seule : rien n’y paraît arbitraire » ?. Il estime que l’arithmétique et l'algèbre exigent très vite l’invention de signes faciles à retenir; « le calcul ne se peut faire sans signes : s’il ne se fait ni avec des chiffres, ni avec des lettres, il se fait avec des noms ou avec les doigts » *. En fait, l'homme commence par se servir de ses doigts : aussi adopte-t-il la numération décimale. Mais il s’aperçoit ensuite qu'il peut se servir de noms et de phrases, pour désigner les nombres qu’il considère et les opérations qu’il entend effectuer avec ces nombres. Les noms, à leur tour, peuvent être remplacés par des chiffres ou par des lettres, et les opérations par des signes conventionnels très simples. Plusieurs « dialectes » s'offrent ainsi à l’esprit; mais ils n’ont pas tous la même valeur. Le premier système doit être vite abandonné, parce que les doigts finissent par rendre les calculs assez compliqués. Les noms également ne constituent pas une langue commode, car ils manquent de précision et de brièveté : ici « l’analogie n’est pas sensiblement l’analogie même de la numération, et c’est en quoi pèche ce langage » *. On imagine donc des signes plus simples, exprimant les idées avec exactitude et faisant voir de façon claire leur mode de formation : dès lors, « l’analogie, toujours telle qu’elle doit être, se montre toujours de la manière la plus sensible » *. Bref, toute la perfection de l'algèbre vient de la nature des
DPanlogique Part Il echeaIV/ Mn r20:
? La langue des calculs, Introduction, p. 6.
2M1Did AVAL Ch EX pr 00:
Ibid. Liv HR MIT D 280:
PAIDIT., p.290:
signes qu’elle emploie ; sa rigueur est due à l'usage de symboles précis et clairs. Si l’on veut « faire voir comment on peut donner à toutes les sciences cette exactitude qu’on croit être le partage exclusif des mathématiques » !, il faut par conséquent constituer une langue qui soit bien faite. N'est-ce pas, ici encore, ce qu'avaient déjà dit Descartes et Leibniz? On sait que dans les Regulæ Descartes avait conseillé l'emploi de signes sensibles pour soulager la mémoire et décharger l’entendement dans le raisonnement mathématique ; il avait même attaché une certaine importance au choix des symboles ?. Ayant eu connaissance d’un projet de langue universelle, il s’était également déclaré favorable à des recherches de cet ordre *. Il avait considéré que l'invention d'un système, où l'on ferait correspondre des signes parfaitement déterminés aux concepts euxmêmes, serait d'un secours précieux, non seulement en mathématiques, mais dans tous les domaines du savoir. C’est cependant à Leibniz qu’il avait été réservé de donner à ces suggestions leur plein développement ‘. Leibniz avait remarqué que les progrès accomplis dans les sciences mathématiques avaient été facilités par l'emploi de symboles, tels que les chiffres arithmétiques et les signes algébriques : aussi son intention avait-elle été d'imaginer une caractéristique universelle qui pût servir dans toutes les sciences. Il avait rêvé de réduire tous les concepts en éléments simples : si l’on y parvient, il ne reste en effet qu’à représenter par des caractères, à la fois maniables et naturels, les concepts primitifs ; la combinaison des signes qui correspondent aux
1 Jbid., Introduction, p. 8.
2 Descartes, Regulæ ad directionem ingenü, Reg. XIV-XVI; CARAMEL EN ID 408-100;
8 Descartes, Lettre à Mersenne, 20 novembre 1629; éd. A. T., PAC ED 270
4 Leibniz, Dissertatio de arte combinatoria, éd. Gerhardt, Die philosophischen Schriften, t. IV, p. 27-102.
éléments simples, suffit ensuite à expliquer toutes les idées complexes. La démonstration et l’invention n’auraient plus comporté d'incertitude; elles seraient devenues, grâce à la caractéristique, une affaire de calcul. C'était dire toute l'importance de la langue. En reprenant la même idée et en s'inspirant de l'exemple que lui offrent les mathématiques, Condillac apparaît ici comme le continuateur de Leibniz.
Pourtant les questions de pure logique lintéressent moins que les problèmes de psychologie. S'il indique les avantages que procure une langue bien faite, c’est en réalité pour faire voir le profit que la psychologie peut en tirer ; il entend définir comment celle-ci doit procéder. Certes il ne doute pas un instant que l’objet des études psychologiques soit l'analyse des facultés de l’âme. Mais, dans ce domaine comme dans celui des autres sciences, les signes jouent, d’après lui, un rôle considérable, et leur choix ne saurait, par conséquent, être fait sans réflexion. Au terme de l'analyse qui décompose la faculté de sentir, il faut qu’on ait recours à des mots et qu'on désigne par leur intermédiaire les fonctions mentales qui viennent d’être distinguées ; le terme d’attention désignera, par exemple, la « sensation qui devient en quelque sorte exclusive » ‘, celui de comparaison, « une double attention » ?, et ainsi de suite : la précision est à ce prix. En vérité, ces termes sont loin d'être parfaits. L'idéal serait de n’utiliser que des « expressions figurées » *, où l’on percevrait immédiatement l'origine de chaque faculté : « car une langue bien faite devrait être comme un tableau mouvant, dans lequel on verrait le développement successif de toutes nos connaissances » *. [l est malheureusement impos-
Lalogique, Part. F/ch,. VIT, p.6r.
Ibid., p. 6x.
Tbid Part AH ch elV peer
La langue des calculs, Liv. I**, ch. III, p. 39.
sible d'obtenir la perfection : nous sommes prisonmers. du vocabulaire que l'usage a consacré ; les mots, avec toute leur confusion, s'imposent à nous. Aussi faut-il se contenter, en psychologie, d'expressions usuelles. Il n’est qu'un point auquel il faille particulièrement veiller, c’est à ne pas prendre les termes qu'on emploie « pour des choses très réelles qui existent en quelque sorte séparément dans l’âme » !. Le travers est fréquent chez les philosophes ; mais il faut s’en garder soigneusement : « les abstractions réalisées sont une source de vaines disputes et de mauvais raisonnements » ?. Quand les différentes opérations de l'esprit sont analysées, on désigne chacune d'elles par un terme abstrait, où se résument les caractères qui en définissent l’origine : rien n'est plus légitime, et rien n’est plus nécessaire. Ce qu'il faut éviter, c’est de prendre les fonctions ainsi désignées pour des choses et de vouloir disputer sur leur nature : ce sont des notions abstraites qui n’ont pas plus de réalité qu’un mot; il serait absurde d’en faire des facultés distinctes. Par là Condillac se montre soucieux, une fois de plus, d'échapper aux spéculations métaphysiques. Il entend faire œuvre positive, et tout ce qu'il demande au langage, c’est d’être, en psychologie comme en mathématiques, un instrument d'analyse.
En effet, grâce au langage, les connaissances humaines peuvent être appréhendées comme un savoir où tout se tient. Les signes ont rendu l'analyse précise, et dès lors l'enchaînement des idées obtenues par décomposition s'effectue sans peine : le raisonnement reconstitue le réel dans sa complexité ; il en donne, avec les détails explicites, une vision d'ensemble. Mais, en somme, cette vision manifeste seulement une identité. La démonstra-
1 Traité des animaux, Part. II, ch. X, p. 622. 2 Jo, 0 PER
tion n’a pour but que de mettre en lumière le lien qui unit entre eux plusieurs concepts; elle ne montre pas qu’ils dépendent les uns des autres, mais bien plutôt qu'ils s’'impliquent mutuellement, étant identiques. Le raisonnement, dit Condillac, est « une suite de jugements qui sont renfermés les uns dans les autres » *. Or, ajoute-til, « on voit que le dernier n’est renfermé dans le pénultième, le pénultième dans celui qui le précède, et ainsi de suite en remontant, que parce que le dernier est identique avec le pénultième, le pénultième avec celui qui le précède, etc.; et l’on reconnaît que cette identité fait toute l’évidence du raisonnement » *. Est-ce à dire que toute démonstration soit une tautologie? Évidemment non. « Faute d’avoir distingué deux identités, l’une dans les mots, l’autre dans les idées, on a supposé que toute proposition identique est frivole, parce que toute proposition identique dans les mots, est frivole en effet ; et on n’a pas soupçonné qu'une proposition ne saurait être frivole, lorsque l'identité n'est que dans les idées » *. En fait, le progrès de la pensée n’est pas douteux : seule « la suite des jugements est la même, et il n’y a que l’expression qui change »‘. Le raisonnement n’est donc pas inutile. En révélant l’identité des concepts qu’il met en œuvre, il fait voir ceux-ci les uns dans les autres. Du même coup, il permet de concevoir, à l’aide de notions déjà connues, des vérités complexes qu’on n'apercevait pas explicitement. Il assure une vision complète du réel, car il laisse pressentir dans un principe unique la multiplicité des choses. Aussi, selon cette perspective, « chaque science pourrait se réduire à une première vérité, qui, en se transformant de proposition identique en proposition identique, nous
La logique, Part. II, ch. VII, p. 157.
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La langue des calculs, Liv. I, ch. V, p. 61-62. La logique, Part. II, ch. VII, p. 165.
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offrirait, dans une suite de transformations, toutes les découvertes qu’on a faites, et toutes celles qui restent à faire » !.
Ce sont encore des considérations sur les mathématiques qui suggèrent ces idées à Condillac. Il rappelle en effet qu’en mathématiques le recours au raisonnement est nécessaire pour l'étude des questions complexes. C’est à la démonstration qu'il appartient de parcourir, suivant un ordre logique, les idées qui doivent assurer une connaissance complète ; seule elle satisfait pleinement l'intelligence, en faisant comprendre l’enchaînement des concepts. Sa rigueur vient, au reste, de l'identité qu’elle révèle. « Ce langage algébrique fait apercevoir d’une manière sensible comment les jugements sont liés les uns aux autres dans un raisonnement », et l'évidence apparaît « dans l'identité qui est sensible d’un jugement à l’autre » ?. On reconnaît, ici aussi, des idées qui avaient été esquissées par Descartes et par Leibniz. Descartes avait reconnu la nécessité de procéder par raisonnement déductif, chaque fois qu’une évidence immédiate ne pouvait être obtenue. A ses yeux, la déduction était seule capable d’apporter la solution d'une question complexe. Il est vrai que le cheminement de la pensée n’avait pas été défini comme une suite d’identités. Descartes s’était contenté de dire que les propositions doivent s’enchaîner les unes aux autres, sans préciser la nature de la dépendance dont il s'agissait. L'essentiel était qu'il y eût un lien nécessaire *. Mais des précisions plus grandes avaient été données par Leibniz. Reprenant certaines idées de Descartes, mais sans abandonner les conceptions qui lui venaient d’Aristote, Leibniz avait voulu construire une
1 La langue des calculs, Liv. I®', ch. XII, p. 168. 2 La logique, Part. II, ch. VII, p. 164-165.
8 Descartes, Regulæ ad directionem ingenii, Reg. IIT, éd. A. T.,
logique générale. À son tour, il avait considéré que la déduction a pour rôle d’indiquer de quelle suite de concepts est constitué tel ou tel ensemble. Seulement, d’après lui, la valeur de chaque terme de cette déduction reposait sur le principe d'identité. Démontrer impliquait qu'on ramenât toute affirmation à une vérité identique, si bien qu’à chaque étape du raisonnement il fallait mettre en évidence l'identité explicite ou virtuelle des termes de la proposition. Toute conclusion apparaissait inscrite d'avance dans les prémisses ‘. Or, c’est effectivement ce que soutient Condillac ?.
Mais, ce faisant, il songe surtout à la psychologie. Le raisonnement doit en effet y jouer un rôle. Puisque sa fonction est de recomposer, à partir des éléments simples, un concept ou un objet complexe, on ne sau-
1 Leibniz, Discours de métaphysique, VIII, éd. Gerhardt, Die philosophischen Schriften, t. IV, p. 432-433 ; Correspondance avec Arnauld, éd. Gerhardt, t. Il, p. 11-138; Nouveaux essais sur l’entendement humain, Liv. IV, ch. IT et ch. VII, éd. Gerhardt, t. V, p. 342-356 et np. 387-408.
2 Reprenant ces idées d’un point de vue strictement mathématique, d’Alembert lui aussi assimilait le raisonnement à une suite d’identités : « Qu'on examine une suite de propositions de géométrie déduites les unes des autres, en sorte que deux propositions voisines se touchent immédiatement et sans aucun intervalle, on s'apercevra qu'elles ne sont toutes que la première proposition qui se défigure, pour ainsi dire, successivement et peu à peu dans le passage d’une conséquence à la suivante, maïs qui pourtant n’a point été réellement multipliée par cet enchaînement, et n’a fait que recevoir différentes formes. C’est à peu près comme si on voulait exprimer cette proposition par le moyen d’une langue qui se serait insensiblement dénaturée, et qu’on l’exprimât successivement de diverses manières, qui représentassent les différents états par lesquels la langue a passé. Chacun de ces états se reconnaïîtrait dans celui qui en serait immédiatement voisin ; mais dans un état plus éloigné, on ne le démêlerait plus, quoiqu'il fût toujours dépendant de ceux qui l’auraient précédé, et destiné à transmettre les mêmes idées. On peut donc regarder l’enchaînement de plusieurs vérités géométriques comme des traductions plus ou moins différentes et plus ou moins compliquées de la même proposition, et souvent de la même hypothèse ». D’Alembert, Discours préliminaire de l'Encyclopédie, éd. Picavet, p. 37-88.
rait se dispenser d’y faire appel, lorsqu'il s'agit d’expliquer l’âme humaine. Et, puisque la série des jugements qui mènent à une conclusion, exprime, sous des formes variables, une identité foncière, on doit considérer les différentes fonctions qui constituent l’entendement et la volonté comme identiques les unes aux autres. « Nous n'avons, par exemple, expliqué la génération des facultés de l’âme, dit Condillac, que parce que nous avons vu qu'elles sont toutes identiques avec la faculté de sentir ; et nos raisonnements faits avec des mots sont aussi rigoureusement démontrés que pourraient l’être des raisonnements faits avec des lettres » ‘. Précisant cette comparaison avec les sciences mathématiques, il ajoute
même « que, comme les équations æ — 1 — y +1, et æ + 1 — 2y — 2, passent par différentes transformations pour devenir y — 5 et x — 7, la sensation
passe également par différentes transformations pour devenir l’entendement » ?. C’est dire que de proche en proche les opérations psychologiques, que Condillac a distinguées sous des noms différents, se ramènent les unes aux autres. Il suffit d’en développer la série pour reconstruire entièrement l’esprit humain et en avoir une vision complète. De même qu’un raisonnement, l'âme n’est constituée que par la répétition d’un même terme, dont la reprise, qui s’effectue sous des apparences toujours nouvelles, cache au fond une inaltérable monotonie.
La psychologie de Condillac apparaît avec tous les caractères d’une logique. Cette logique, bien que le principe en fût posé dès le Traité des systèmes, Condillac n’entreprit de la définir complètement qu’à la fin de sa vie, dans La logique et dans La langue des calculs. Il crut pouvoir ramener les démarches régulières de la pensée à une double opération d’analyse et de syn-
1 La logique, Part. IT, ch. VII, p. 166. / 2 Ibid, Part. 11; Che NII, p.179.
thèse, c’est-à-dire de décomposition et de recomposition; il s’efforça de montrer que la décomposition exige un langage précis pour être parfaite, et que la recomposition suppose un raisonnement rigoureux pour être satisfaisante ; il pensa, de ce fait, tout résoudre en identités. En cela il reprit évidemment des idées émises par Descartes et par Leibniz. De Descartes, il garda les préceptes extérieurs de la méthode, l'analyse et la synthèse; mais il ne vit pas ce qui leur donne un sens : l’idée d’une activité créatrice qui pose des relations. À Leibniz il emprunta le rêve d’une combinatoire et d’une caractéristique universelle, toutes deux calquées sur l'algèbre ; il emprunta même la conception d’une logique de l'identité. Mais, au fond, ces considérations n’eurent d'intérêt pour lui qu’à titre d’idéal. Elles révèlent la pensée secrète qui l’anima, car les principes où elles se résument sont ceux qu’il a spontanément suivis. Distinguer à lintérieur de l'esprit les différentes fonctions qui s’y aperçoivent ; reconstruire l'édifice de la vie psychologique à l’aide des matériaux ainsi dissociés ; et finalement découvrir l'identité foncière de tout ce qui paraissait distinct : voilà son œuvre. Elle ressemble au jeu d’un logicien, dont l’unique souci serait d’analyser les implications d’un concept.
Bien qu’ils ne résolvent aucun problème psychologique nouveau, les derniers ouvrages de Condillac apportent en définitive un enseignement précieux. Le Traité des animuux fait comprendre sur quel plan il convient de se placer pour décrire les différentes manifestations de la vie mentale. Par l'étude de la sensibilité chez l’animal et par la comparaison de l’homme et des animaux, il montre que la sensation, d’où naissent les facultés de l'entendement et de la volonté, n’est pas un phénomène
physique, mais une simple manière d’être tout intérieure à l’esprit. La vie psychologique se déroule sur le plan de la spiritualité pure : sans doute, certaines réactons organiques sont liées à ses manifestations ; elles ne jouent cependant qu’un rôle de causes occasionnelles : toutes les fonctions mentales s'expliquent comme des réalités, qui ne relèvent que de la conscience, et qui, de ce fait, sont de nature exclusivement spirituelle. La logique et La langue des calculs précisent d’ailleurs le mode d’explication que comportent ces phénomènes psychologiques. On y voit que toutes les facultés de l’esprit dépendent les unes des autres et se déterminent mutuellement, au point de former une chaîne où tout se tient. Il apparaît par là qu’elles doivent pouvoir se ramener progressivement les unes aux autres, comme si dans le fond elles étaient toutes identiques. Dès lors, mieux que ne l’avaient fait Essai sur l’origine des connaissances humaines et le Traité des sensations, les remarques que contiennent le Traité des animaux, La logique et La langue des calculs, donnent son vrai sens à la formule d’après laquelle « les facultés de l’âme naissent successivement de la sensation » et « ne sont que la sensation qui se transforme, pour devenir chacune d’elles » *. Tout prouve qu’à travers toutes ses œuvres Condillac ne poursuit qu’un but : trouver un état de conscience, essentiellement simple et pur de tout mélange, mais d’où puissent jaillir par explicitation toutes les formes de la vie mentale.
Pour tenir cette gageure, deux conditions se trouvent cependant requises. Il faut tout d’abord procéder à une transposition des faits psychologiques en concepts. La description des données immédiates de la conscience ne peut suffire : telle qu’elle apparaît à celui qui reste en contact avec elle, la vie intérieure offre une complexité
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qui masque son dessin ; sa richesse défie l’analyse. Pour qui est épris de logique il est donc nécessaire de ne pas s’attarder à l'étude de ce que révèle l’observation directe. A la réalité telle qu’elle est effectivement vécue doivent être substituées, sous forme de termes abstraits, des expressions plus simples. Une définition présente l'avantage de dégager les caractères qui sont jugés essentiels ; par les termes qu’elle utilise, l'expression verbale laisse transparaître un schéma où tout devient plus clair : aussi est-il commode que les mouvements de la vie psychologique soient traduits en concepts. Pour réussir l’œuvre qu’il a entreprise, Condillac a besoin de remplacer le réel par des notions abstraites. C’est, au reste, ce qu’il fait. Plutôt que de s'intéresser à ce qui se passe réellement dans l'esprit au cours d’un effort d’attention, pendant l'évocation d’un souvenir, ou durant une perception, il préfère parler de sensation, de mémoire ou d'attention. Toutes les fois, il se contente de définir d'un mot chacune de ces facultés ; il appelle sensation toute modification simple de la conscience, il qualifie d’attention la sensation exclusive, il nomme comparaison la double attention, et ainsi de suite. Il raisonne dès lors sur ces définitions, sans plus se soucier de ce qu’elles cachent. Les expressions verbales imaginées pour traduire le mouvement de la vie constituent désormais un objet d'étude privilégié ; on peut se fier à elles et les considérer comme la réalité même. La transposition nécessaire pour l’analyse de l’esprit humain est jugée légitime.
Mais 1l faut encore admettre la possibilité d’une assimilation des concepts les uns aux autres. Car par ellemême une traduction du réel en termes abstraits ne possède aucune valeur explicative : pour qu'il y ait explication, il importe qu’un enchaînement logique apparaisse entre les termes dont il est question; une relation de dépendance est seule satisfaisante pour l'es-
prit. [I est donc nécessaire de chercher à établir un lien entre les notions antérieurement élaborées. En indiquant leur succession, il convient de faire voir de quelle manière elles se prolongent, et comment subsistent en chacune d'elles, sans altération véritable, les mêmes éléments. L'identité qui s'aperçoit derrière des divergences apparentes, éclaire et satisfait la raison ; elle assure l'achèvement d’un savoir pleinement intelligible : n’est-il pas naturel, par conséquent, que l'explication des concepts substitués aux faits psychologiques soit cherchée dans cette voie ? Tout convie Condillac à reconnaître l’analogie profonde permettant le rapprochement des expressions dont il s’est servi; il lui faut même découvrir leur identité foncière. Et c’est ce qu'il fait encore. Il se soucie fort peu de suivre le développement réel des facultés mentales. Mais considérant plutôt les concepts qui en doivent donner une définition abstraite, il ne songe qu’à démontrer en quel sens ils sont identiques : l'attention, qui a été définie comme une sensation exclusive, lui paraît identique à la sensation même; la comparaison, qui à été assimilée à une double attention, se trouve réduite à son tour à l’attention, et ainsi de suite. Condillac juge que tous ces concepts peuvent être ramenés les uns aux autres, non pas qu’ils aient à être rapprochés par un effort d'identification, mais parce que d'elles-mêmes leurs mutuelles implications se révèlent à la pensée. La découverte de cette identité paraît fournir désormais une explication entièrement intelligible, et Condillac entend s’y tenir en raison de la clarté qu’elle apporte. Par là l’assimilation des concepts qui assurent l'analyse de l’esprit humain, est, elle aussi, déclarée légitime.
Grâce à ces deux moyens, en tout cas, — traduction des faits psychologiques en concepts abstraits, puis réduction de ces concepts les uns aux autres par identité, — un système original a pris naissance. En le déve-
loppant, Condillac accomplit une œuvre de logicien : superposant au réel un tissu d’expressions verbales, pour se contenter ensuite de classer ces abstractions, il quitte le terrain des faits; par souci de rigueur et d'unité, il se borne à pratiquer une analyse logique, qui est tout idéale. C’est dire de quelles métaphysiques sa doctrine doit finalement se réclamer.
Par ses tendances les plus profondes, Condillac s’oppose à l’empirisme issu de Locke. Il s’en écarte, sinon dans les expressions qu’il emploie, du moins par lesprit qui l’anime; malgré les apparences, il n’en est pas le vrai continuateur. Sans doute doit-on reconnaître, dans bien des cas, une influence directe de Locke sur Condillac. En fait, c’est à Locke que Condillac a emprunté l’idée d’une étude positive de l’entendement humain. Plus précisément, il a trouvé dans l’£ssar du philosophe anglais l’esquisse, alors nouvelle, mais infiniment séduisante, d’une explication de toutes les facultés mentales ; il en a retenu le principe, qui est de faire dériver des données de l'expérience toutes les opérations de l'esprit, et à son tour il a formé le projet de retracer la genèse de l’entendement et d'en montrer l’origine dans la sensibilité. Sur bien des points de détail il s’est même contenté des indications qui lui étaient fournies par Locke. On ne saurait, par conséquent, négliger une telle influence : elle est trop éclatante. Ce qu’il faut pourtant remarquer, c’est qu’elle est peut-être plus superficielle que profonde. L’inspiration secrète qui traverse l’œuvre de Condillac, ne vient pas de Locke, mais d’ailleurs. Chez Locke, comme dans tout empirisme, il ne s'agissait que de ramener toutes les manifestations de la vie psychologique à des données sensibles; mais l'expérience dont il était ainsi question, m'était pas nécessairement simple : elle comportait, au contraire, une hétérogénéité radicale, les faits appréhendés pouvant n'avoir entre eux aucune analogie; les sensations,
par exemple, étaient de types différents ; la réflexion à son tour, s’opposait irréductiblement à la sensation : tout révélait, en somme, l’absolue diversité des données initiales. Or, c’est ce que Condillac n’admet pas : il entend bien réduire à la sensation toutes les opérations de l'esprit; mais la sensation dont il parle est un élément qui est unique : il ne conçoit pas d'expérience qui s’accomplisse autrement que par sensation, et, à l’intérieur de la sensibilité, il considère même toutes les impressions des sens comme équivalentes; c’est dire qu’une modification purement subjective doit suffire à tout expliquer ; tout au plus, est-il nécessaire que cette modification se prolonge et se répète : sous des formes différentes elle reste, en tout cas, identique à elle-même, si bien que l'expérience ne se trouve invoquée que pour fournir une donnée primitive, essentiellement simple et toujours semblable à elle-même. En vérité, rien n'est plus contraire à l'empirisme de Locke que ce souci d'unité. Au lieu de se prêter docilement à l’expérience, et d'en accueillir les données, en respectant les différences essentielles qu’elles manifestent, Condillac s'oriente délibérément dans une voie nouvelle. Il n’évoque jamais l'expérience pour s'intéresser à la multiplicité des faits qu’elle révèle ; il ne cherche qu’à découvrir un principe unique, auquel tout se rattache, et dont la permanence apparaisse à travers les complications ultérieures. Bref, au souci d'apprécier la variété et l'hétérogénéité des faits, il substitue un idéal d'unité et d'identité logiques ; il voit les choses en logicien, quand Locke les voyait en médecin. Il s’est peut-être imaginé refaire l’œuvre de Locke, mais ce n’est pas de Locke que procède sa pensée profonde *.
1 Plus tard, les idéologues reviendront vers l’empirisme. Tout en se réclamant de Condillac, ils s’inspireront d’une méthode nouvelle et aboutiront à des conclusions originales : à l’analyse réductrice, ils substitueront l’observation immédiate, et, plutôt que
C'est à Leibniz que Condillac fait plutôt songer. Le système qu’il poursuit, et dont le caractère se dégage dans les dernières œuvres rappelle en effet les vues de Leibniz sur la logique; dans les deux cas, la pensée s'oriente vers un panlogisme d’une rigueur extrême #. Ce n’est pas assurément que Condillac adopte la philosophie de Leibniz; les critiques qu'il lui adresse sont, au contraire, nombreuses. Dès le Traité des systèmes, Leibniz a été considéré comme un métaphysicien confus, dont la doctrine doit être rejetée, au même titre que celle d’un Descartes, d’un Malebranche ou d’un Spinoza. Plus spécialement, Condillac s’oppose à toute psychologie où il est question d’idées innées : la restriction apportée par Leibniz à la formule de l’empirisme — nihil est in intellectu, quod non prius fuerit in sensu, nist ipse intellectus — lui paraît une monstruosité, et il la condamne; pour lui, l'âme est effectivement une
de décrire la genèse idéale des opérations de l’âme, ils définiront des facultés irréductibles et indépendantes. Destutt de Tracy, dans l’Idéologie, distinguera quatre modes différents de la pensée : considérant que l'esprit peut apercevoir un rapport, un souvenir, un désir ou une sensation, il parlera de jugement, de mémoire, de volonté et de sensibilité. Cabanis, dans les Rapports du physique et du moral de l’homme, opposera les impressions internes aux impressions externes, et verra dans ces deux sources l’origine de toutes les déterminations psychologiques. Enfin, Laromiguière, dans les Leçons de philosophie, jugera nécessaire de distinguer deux facultés primitives, l’une purement passive, caractérisée par la sensation, l’autre essentiellement active, caractérisée par l’attention. Par cette recherche de facultés irréductibles et rebelles à l'analyse, les idéologues se rapprocheront de Locke beaucoup plus que de Condillac.
1 Il ne s’agit pas de discuter ici la question de savoir si toute la philosophie de Leibniz est effectivement une logique, qui résumerait la formule : omne prædicatum inest subjecto. Il suffit de reconnaître que, chez Leibniz, les essais de logique traduisent des préoccupations, qui ont toujours été parmi les plus profondes et les plus constantes. Sur cet aspect de la pensée leibnizienne,
cf. Couturat, La logique de Leibniz, Paris, 1901 : en particulier Ch. VI, p. 176-282.
table rase, tant que les sensations ne sont pas venues se déposer en elle : elle ne contient rien, fut-ce à l’état virtuel, et elle est absolument vide. Aussi les réflexions suggérées par Leibniz dans les Nouveaux essais ne peuvent pas guider Condillac au cours de ses recherches. On ne conçoit guère qu’une influence puisse s’exercer de l’un sur lPautre. Ce qu’il faut pourtant noter, c’est qu’en dépit de ces oppositions un même idéal inspire l’œuvre de Leibniz et l’œuvre de Condillac. Tous deux rêvent de donner à leur pensée une expression, où se retrouvent les caractères mêmes de la logique. Leibniz ne s’en cachait pas : considérant que toute idée est composée d'éléments simples, et que l’analyse suffit à découvrir dans un concept les termes premiers qui le constituent, puis à montrer comment ces termes se rattachent, par inclusion logique, au sujet dont ils sont les prédicats, il s’efforçait d'établir, d’après ces principes, « que toute prédication véritable a quelque fondement dans la nature des choses » ‘ ; il déclarait que tout sujet réel, c’est-à-dire toute monade, enferme une fois pour toutes tout ce qui lui arrivera, la notion du prédicat étant comprise en quelque façon dans celle du sujet; de ce fait, toute vérité lui paraissait analytique : une intelligence supérieure devait pouvoir discerner a priori dans un sujet l’ensemble des états successifs qu’un développement ultérieur ferait apparaître. Or, c’est au fond ce que redit Condillac : à son tour il esquisse une logique, qui repose sur l’analyse ; il estime que toute notion doit être décomposée, puis recomposée, de façon qu’apparaisse l’'enchaînement des termes qui la constituent ; il considère que tout attribut est impliqué dans le sujet; mais, chez lui aussi, ces remarques ne se suffisent pas : une psychologie préfigure la logique ; Condillac juge que l’âme
1 Leibniz, Discours de métaphysique, VIII, éd. Gerhardt, Die philosophischen Schriften, t. IV, p. 433.
humaine est composée de sensations ; à partir d'une modification telle qu'en produit une impression sensible, toutes les opérations de l’esprit doivent donc s'expliquer ; rien ne peut venir s'ajouter à la sensation, mais tout en dérive par développement, et quiconque aurait une vue suffisamment perçante devrait y apercevoir l’ensemble des facultés mentales. Le rêve qui avait hanté Leibniz, reparaît ici. Sans doute, Condillac n’a pas conscience de ces analogies, car dans les œuvres de Leibniz connues au xvine siècle les considérations logiques se laissent mal apprécier. Mais, au fond, la même inspiration anime les deux œuvres. L’une a l'ampleur du génie, l’autre procède avec une ingéniosité plus grêle; la première tend à ressaisir l’univers, la seconde ne décrit que lâme humaine : mais toutes deux envisagent le réel de la même façon; elles le conçoivent comme un système de vérités analytiques, dans lequel les choses seraient assimilables à des concepts, et, finalement, elles le caractérisent comme une logique vivante.
Un panlogisme : telle est, dans son essence, la psychologie de Condillac. Il est vrai qu'elle ne s’est pas présentée d’abord sous ce jour, puisque, historiquement, c’est de la lecture de Locke qu’est venue l’idée d’une étude descriptive de l’entendement humain. Cependant l'influence de Newton intervint très tôt : Condillac en garda le souvenir d’une science, où tout est expliqué par un seul principe, et qui, de ce fait, offre une unité parfaite; pour obtenir un succès équivalent, il n’eut de cesse que la vie mentale n’ait été réduite tout entière à un seul fait. Il fut ainsi conduit à définir une donnée première, comme si toutes les opérations de la pensée s’y trouvaient d'avance incluses, mais à l’état virtuel, et comme s’il suffisait ensuite d’en expliciter le contenu, pour y découvrir ce que manifeste l’expérience : ce fut rejoindre Leibniz. Désormais la psychologie devint une logique. Substituant à la réalité vécue des expressions
abstraites et spéculant dès lors sur celles-ci, Condillac eut effectivement toute facilité pour reconstruire, à parür d’un état de conscience réputé simple, toutes les facultés de l'esprit. Mais, ce faisant, il négligea nécessairement les données concrètes de l’expérience ; il élabora en logicien un système de concepts où tout s’enchaînait, et il supposa que ce système donnait une image exacte des choses ; il se comporta comme si le réel était intégralement perméable à la raison. Du résultat final, d'Alembert avait donné une formule heureuse. N'’avait-il pas dit que « l'univers, pour qui saurait l’embrasser d’un seul point de vue, ne serait, s’il est permis de le dire, qu’un fait unique et une grande vérité » ‘? C’est, semble-t-il, ce que Condillac pouvait redire, d’un point de vue plus restreint. De même que tous les prédicats d’un sujet sont contenus dans l’idée de celui-ci, de même toute la vie psychologique sommeille dans la sensation : peutêtre est-il malaisé de l’y apercevoir ; en tout cas, l’œuvre de Condillac n'eut pas d'autre but que de l’y découvrir.
La pensée de Condillac est intrépide. Ce qui en fait la force comme aussi la faiblesse, c’est un souci d’intelligibilité poussé jusqu’à l'extrême. Condillac entend expliquer la vie psychologique intégralement. Non seulement il en veut démonter les principaux mécanismes, mais il cherche à rendre compte par idées claires et distinctes de toutes les fonctions qui s’y accomplissent; 1l lui faut toujours la raison de tout. À aucun moment 1l n'admet que son investigation puisse se heurter à un irrationnel ; il se refuse même à concevoir que quelque chose dans la vie mentale résiste à des tentatives de réduction. L’intelligibilité doit être absolue. Parfois il en résulte d’heureuses trouvailles, car le souci de la rigueur engage à
1 D'Alembert, Discours préliminaire de l'Encyclopédie, éd. Picavet, p. 39,
des recherches qui dévoilent, par la finesse des analyses qu’elles suscitent, quelques aspects nouveaux de l'esprit humain. Mais plus souvent une certaine sécheresse en est la conséquence, le besoin de logique entraînant des simplifications arbitraires, qui constituent autant d’abstractions et ne donnent jamais qu’un schéma conceptuel. On comprend, en tout cas, la double impression que laissent des œuvres telles que l’Æssai sur l’origine des connaissances humaines et le Traité des sensations. Elles semblent unir un sens aigu du réel et des complexités de la vie au rêve toujours décevant d’un formalisme logique. On y trouve, par exemple, une étude du langage, puis une analyse de la perception, qui toutes deux ouvrent des perspectives nouvelles; mais on y découvre aussi un désir de cohésion et d'unité, qui impose, en dépit de difficultés redoutables, une systématisation complète des faits. Ce déploiement d’ingéniosité dans la pénétration du détail, et cet effort de simplicité logique dans la conception de l’ensemble, n’ont pourtant qu'une même cause : le souci de tout comprendre. C'est pour ne rien laisser d’obscur ni de mystérieux dans l'esprit humain, que Condillac démêle le rôle du langage et décrit la collaboration des sens. Mais c’est également pour tout définir et pour tout expliquer, qu'il procède à un essai de déduction des facultés mentales. Une impérieuse exigence d’intelligibilité commande l’œuvre entière. Elle en fait la puissance, et elle en fait l’étroitesse; mais elle lui imprime du même coup une marque qui lui est propre.
La question subsiste évidemment de savoir si la réalité qui constitue le fond de toute vie, peut être entièrement pénétrée par la raison. A-t-elle une simplicité logique, qui permette de lassimiler à un concept et d’en faire une analyse exhaustive? Peut-elle être intégralement expliquée par les idées claires et distinctes auxquelles se complait l’entendement? Condillac le croit. Mais à
l'échec de l’œuvre se mesure sans doute la vanité de l'idéal. En toute vie éclate une force originale, irréductible et neuve, que nulle expression rationnelle ne traduit fidèlement. Ou plutôt des caractères apparaissent, qui supposent l'existence de plans étalés en profondeur et requièrent une méthode de description docile. Tout effort d'explication doit comporter ici la reconnaissance de ses limites. Il est permis de définir ce qui peut se concevoir en termes intelligibles; mais il convient de marquer où s’arrête l’analyse et où s’impose la recherche d’une participation vécue. Cest ainsi, du moins, que se constituera, dès le début du xix° siècle, une psychologie vraiment souple et féconde, avec Maine de Biran.