LES PREMIÈRES IMPRESSIONS DU NOUVEAU-NE
molle pression dont ils avaient l'habitude, reçoivent une liberté d'extension douloureuse; nos mains, dont les caresses les plus légères sont pour lui une torture, froissent, compriment, secouent ses tendres organes, meurtris par le travail de la naissance. Tous les sens sont battus coup sur coup d'impressions insolites, et les faibles cris de l'enfant semblent témoigner qu'elles sont péniblement ressenties. Le nouveau-né est aveugle et sourd : les traits de la lumière environnante n'en frappent pas moins ses yeux d'impressions choquantes ; des tourbillons d'ondes aériennes n'en heurtent pas moins son tympan de dures excitations. Faut-il s'étonner que cette brutale prise de possession par la nature extérieure détermine chez l'enfant les cris plaintifs que le poète a si énergiquement décrits : « L'en^ fant à sa naissance, comme le nautonier jeté sur le rivage par les ondes en courroux, est étendu à terre, nu, ne parlant pas, dénué de tous les secours de la vie, dès le moment où il aborde aux plages de la lumière, arraché du sein maternel par les efforts de la nature ; et il remplit de vagissements lugubres le lieu où il vient de naître : douleur bien légitime ! il lui reste à traverser une vie si durement affligée de maux 1 » (1) L'enfant ne pressent ni les maux ni les joies qui se partageront sa courte ou longue carrière, mais il souffre évidemment de sa vie désormais individualisée : il palpite, se lamente, comme s'agitent et geignent les animaux qui viennent de naître, sous l'influence des nouvelles et multiples impressions qui irritent leur sensibilité. Il est donc rigoureusement exact que l'enfant fait connaissance avec la vie extérieure par la peine. Son entrée dans ce monde est aussi douloureuse que sa sortie, et c'est pourquoi l'on voit tant d'enfants, épuisés par leurs premiers efforts et par leurs impressions nouvelles, tomber, après la naissance, dans une sorte de rigidité cadavérique.